Yoann Barbet : «la Premier League c'est le plus haut niveau et j'ai envie d'y jouer un jour»

Parti en Championship à 22 ans, Yoann Barbet s'est acclimaté à la difficulté de l'antichambre de la Premier League. Achevant sa cinquième saison dans ce championnat, il s'est vite affirmé comme une valeur sûre et s'épanouit en Angleterre. Pour Foot Mercato, il est revenu sur son parcours.

Yoann Barbet (QPR) au duel avec Chuks Aneke (Charlton)
Yoann Barbet (QPR) au duel avec Chuks Aneke (Charlton) ©Maxppp

Originaire d'Aquitaine et né à Libourne il y a 27 ans, Yoann Barbet a eu un début de parcours classique. Arrivé à 13 ans en préformation aux Girondins de Bordeaux, il a signé pour trois années avec le centre de formation. Puis deux ans avec la CFA dont il s'est vite imposé comme un titulaire. Cependant, au moment de découvrir le monde professionnel, il se retrouve bloqué comme de nombreux jeunes joueurs. Malgré l'appui d'anciennes gloires de Bordeaux et de l'Équipe de France comme Patrick Battiston et Marius Trésor, il n'entre pas du tout dans les plans du coach de l'équipe première de l'époque Francis Gillot. Sans jouer avec son club de cœur, les Girondins, il quitte la formation au scapulaire en 2014 dans l'anonymat. Six ans plus tard, le défenseur central a traversé pas mal d'épreuves, mais s'est établi comme une valeur sûre de Championship. Un choix risqué qu'il a pris à 22 ans, mais qu'il ne regrette pas. Car c'est en Angleterre qu'il a surtout évolué en tant que joueur et en tant qu'homme. Pourtant six ans auparavant la situation était bien différente. «Pendant quelques semaines, ça a été compliqué. C'était délicat, il fallait que je trouve un club. J'avais quasiment 100 matches de CFA. J'avais que des appels de CFA et CFA 2 où on me proposait en plus un boulot à la mairie. Ce n'était pas du tout ce dans quoi je me projeter. Je voulais mettre toutes mes chances de mon côté pour être professionnel. Je ne voulais pas d'un travail à côté. J'avais l'impression que si je faisais ce choix ça allait être un échec et que j'allais faire une croix sur mon rêve» nous raconte celui qui porte actuellement le numéro 29 avec Queen Park Rangers.

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Pour un jeune joueur, l'entrée dans le professionnalisme n'est pas forcément tracée et Yoann Barbet en a fait l'expérience, mais celle-ci s'est avérée concluante : «j'ai eu la chance que le directeur sportif de Niort Karim Fradin m'ait contacté. Il m'a dit "écoute ça fait deux ans que je te suis, ton profil m'intéresse. J'ai envie de te faire signer tout de suite si tu es intéressé, mais il y a un nouveau coach qui arrive et il faudra que lui aussi valide mon choix. On veut que tu viennes faire la préparation physique." J'étais super content, en plus j'étais à moitié blessé avec une entorse lors de mon dernier match de championnat. J'ai donc repris à Niort à 80% et j'ai fait deux matches amicaux. Je suis parti en stage avec eux. J'ai joué une superbe mi-temps dans un match amical contre Tours et ils m'ont fait signer un contrat de deux ans.» Un match certes amical, mais déterminant dans la carrière de Yoann Barbet : «j'ai appris ensuite durant la saison avec le coach qu'avant le match contre Tours, ils ne voulaient pas me signer, pas me garder, car ils me trouvaient bon, mais il manquait quelque chose. J'ai fait une superbe mi-temps contre Tours qui a tout changé. Ça s'est joué en 45 minutes. Je ne dois rien à personne. Je suis allé le chercher tout seul. J'ai signé en tant que numéro 3, mais ce n’était pas un problème. Je voulais signer mon contrat et ensuite faire mes preuves.»

«En une saison, je suis passé de presque rien à tout»

Remplaçant à Niort, il profite néanmoins au bout de trois matches de la blessure de Frédéric Bong et se retrouve propulsé titulaire. S'affirmant sur le terrain, il conserve un statut de titulaire de bout en bout au cours de cette saison. Une première expérience très positive au niveau professionnel que Yoann Barbet ne va pas oublier : «en une saison, je suis passé de presque rien à tout. Donc je suis fier de moi et de n'avoir rien lâché et ça a payé. C'est délicat, on a fini la saison, on a quitté le club et tous les jours on regarde le téléphone s’il sonne. Je ne souhaite à personne de vivre ça. Beaucoup de joueurs le vivent et ce n'est pas la période la plus simple. Heureusement que j'étais à Bordeaux et que j'avais une bonne vitrine. Même si je n'avais joué qu'en CFA, c'était avec les Girondins ce n'est pas n'importe quel club ça aide aussi. C'est quand même positif.» Une belle revanche pour le joueur qui a su inverser la donne en une année : «je suis un enfant du coin. J'ai toujours été supporter du club (Bordeaux). Donc faire toutes les gammes et échouer à la dernière marche ça aurait été difficile à accepter. Heureusement ça s'est bien passé. Je ne pouvais pas trouver un club professionnel plus proche que Niort. J'étais à 1h30/1h45 de chez mes parents donc ils me voyaient à tous les matches à domicile. C'était que du positif. J'avais un contact pour jouer en Écosse et ce n'était pas ce que je souhaitais. Heureusement il y avait Niort c'était un bien meilleur choix de carrière.»

Bien dans ses crampons avec les Chamois, Yoann Barbet reçoit rapidement des intérêts de clubs de Ligue 1 comme Nantes et Montpellier, mais ces derniers ne pouvaient pas s'aligner sur le prix du transfert. Loin d'être déçu, le défenseur se voyait confirmer en Ligue 2 avant de frapper à l'étage supérieur, mais le destin en a décidé autrement : «lors de l'avant-dernier match de Championnat, mon agent est venu me voir en Corse. Il a eu un coup de fil de Brentford. Club que je ne connaissais pas du tout quand il m'en a parlé. Je connaissais Bradford, car ils avaient fait une finale de League Cup. Je ne connaissais pas et ils faisaient à ce moment-là les play-offs afin de monter en Premier League. Qu'ils montent ou qu'ils ne montent pas, ils voulaient me signer. J'ai toujours suivi le championnat anglais, ça m'attirait. Je me suis posé la question. J'ai toujours voulu jouer en Angleterre, je me suis dit que ce serait peut-être la seule opportunité de ma carrière de jouer en Angleterre. Du coup j'ai saisi l'opportunité. Ils pouvaient payer le transfert et c'est comme ça que je me suis retrouvé à Brentford.» N'arrivant cependant pas à accéder à la Premier League, Brentford continuera à faire preuve de régularité au cours des quatre saisons où Yoann Barbet évoluera au sein du club. Sans se qualifier pour les play-offs, les Bees continueront à se maintenir dans la première partie de tableau. Actuellement troisièmes de Championship, ils seront quoi qu'il advienne en play-off et ils peuvent être promus en cas de succès jumelé a une contre-performance du deuxième West Bromwich Albion. Une belle performance qui ne surprend pas Yoann Barbet : «ah oui tout à fait je ne suis pas surpris. C'est un club qui a un projet et ils n'ont pas changé de projet entre le moment où je suis arrivé et celui où je suis parti. Donc quand on construit un projet sur plusieurs années et qu'on garde la même ligne de conduite, forcément à un moment donné ça paye et ça arrive cette saison. »

«L'adaptation ? Ça a pris un peu de temps»

«Ce sont des recrutements intéressants souvent basés sur des statistiques. Et ils se sont rarement trompés et ont sorti pas mal de joueurs. Il y a déjà beaucoup de joueurs avec qui j'étais lors de ma première année et qui sont partis en Premier League. Il y a Saïd Benrhama qui réalise encore une très grande saison. Si jamais Brentford ne monte pas, il devrait trouver un grand club. Il y a Neal (Maupay ndlr) qui est parti. Ils sont très bons pour investir sur un joueur pas très cher et le revendre 10 fois plus cher» poursuit-il mettant bien en avant le travail de Brentford. Disposant d'un profil intéressant pour le club, car jeune et à potentiel, Yoann Barbet découvre l'Angleterre et la Championship à 22 ans. Si la greffe a pris, les débuts ont été un peu balbutiants : «ça a pris un peu de temps. Je ne parlais pas forcément bien anglais. J'avais appris à l'école, mais entre comprendre l'anglais, le parler et le parler couramment ce n'est pas la même chose. Heureusement, il y avait un Français dans l'équipe (Toumani Diagouraga ndlr) qui était en Angleterre depuis 10 ans et qui m'a bien aidé. Ce qui était compliqué, c'est que j'ai démarré la saison sur le banc. J'ai fait les 8 premiers matches sur le banc. J'ai finalement fait mon premier match contre Middlesbrough et on perd 3-1, mais j'avais fait un bon match dans l'ensemble. Le match suivant on joue contre Preston. On gagne 2-1 et je finis homme du match. Le match suivant, on m'a remis sur le banc, car un défenseur central était de retour de blessure. On perd le match, le coach se fait virer et du coup c'est un coach de la réserve qui a repris l'équipe. Il a été cash avec moi, il m'a dit : "je ne te connais pas donc tant que je serais coach de l'équipe première tu ne joueras pas." Je me retrouve au placard sans avoir rien fait de mal, sans rien avoir demandé et en ayant bien joué. Donc c'était délicat. De septembre à début janvier je me retrouve sur le banc ou avec la réserve. Heureusement, début janvier, Dean Smith est arrivé et au bout de deux trois matches il m'a fait jouer et j'ai terminé la saison titulaire.»

S'en suivra quatre années intéressantes où Yoann Barbet et Brentford joueront les premiers rôles en championnat se mêlant souvent à la lutte pour une place en play-off. Le défenseur central n'en garde que des bons souvenirs : «j'ai quasiment fait 120 matches avec le club en 4 ans. Ça fait une moyenne de 30 matches par an. C'est très correct.» Pourtant à l'été 2019, il quitte le club librement et rebondit à Queen Park Rangers. Les deux partis ne parvenant pas à trouver d'accord. «Pour être honnête, le club voulait que je reste. Je voulais absolument rester. J'étais le chouchou des supporters, tout se passait bien. Et puis, le contrat qu'on m'a proposé n'était pas à la hauteur de mes attentes. Et voilà, on n'a pas réussi à tomber d'accord. Même si je voulais vraiment rester. J'ai commencé ma carrière sur le tard à 21 ans. À Niort, ce n'est pas là forcément là où j'ai commencé à gagner ma vie en tant que footballeur. Le côté financier était aussi une partie importante et je ne m'en cache pas. Je n'ai pas de problème avec ça. Je sais qu'en France on n'aime pas trop parler d'argent. Le côté financier pour moi aussi était important, oui au final, je reste en Championship. Et puis quand j'ai vu que Brentford a recruté des joueurs pour le double de ce qu'ils me proposaient, s'ils voulaient vraiment vraiment que je reste, ils auraient pu faire un effort pour qu'on tombe d'accord. Mais voilà, c'est le foot, c'est comme ça. J'ai retrouvé un autre club de Championship et c'est très bien.» L'adaptation est très rapide et la saison débute bien pour Yoann Barbet et Queen Park Rangers. En lutte pour les play-offs en début de saison, le club a eu un creux ensuite avant de revenir vers le mois de février.

Cependant le confinement a eu son incidence : «notre meilleur buteur est parti à Bristol City et là on s'est retrouvé sans deux joueurs importants depuis la fin du confinement. Notre milieu gauche et notre capitaine et défenseur central qui jouait avec moi. Ils étaient tous les deux en fin de contrat. Le club n'a pas voulu s'aligner en termes de contrat. Ils n'ont pas prolongé et n'ont pas voulu prendre le risque de se blesser. Depuis qu'on a repris, on n’a pas du tout été au niveau. Donc les ambitions se sont vites envolées.» Sur le plan personnel, ça a été aussi compliqué pour Yoann Barbet. S'il a connu un très heureux événement personnel, le confinement ne lui a pas permis d'être au point physiquement pour la reprise : «oui c'est inédit et je suis devenu papa durant le confinement. Ma copine a eu une césarienne et le fait que ça se déroule en plein confinement, personne ne pouvait voyager pour nous aider. Les dix premiers jours, j'ai dû tout faire puisqu'elle ne pouvait pas bouger donc ça a été très dur physiquement. Même si j'avais un programme à suivre pour m'entraîner, les deux premières semaines où le petit est arrivé j'ai quasiment rien pu faire. J'ai eu vraiment du mal à récupérer, à reprendre et enchaîner les entraînements. C'est surtout le côté physique, j'étais complètement cramé. Après ça se gère un peu comme une pré saison sans savoir quand est-ce qu'on reprend. On a habitude de faire ça en été, mais on ne savait pas quand on allait reprendre. C'était particulier. Le temps de préparation. Si on devait reprendre. C'était assez étrange comme période. Après on n'a pas d'excuse. Le contexte a été le même pour tout le monde. Il y a des équipes qui ont bien repris et on fait partie de celles qui ont mal repris. C'est dommage.»

«Plusieurs équipes de Championship pourraient se maintenir en Ligue 1»

Maintenu avec Queen Park Rangers, Yoann Barbet se sent bien en Championship et estime que ce championnat n'est pas estimé à sa juste valeur en France : «Je n'ai jamais connu de top top championnats même si je considère que les Français sous-estiment le niveau de la Championship. Je pense qu'il y a plusieurs équipes en Championship qui se maintiendraient en Ligue 1. Sans manquer de respect à la Ligue 1, il y a 7 ou 8 équipes qui pourraient jouer en Ligue 1. Déjà c'est l'antichambre de la Premier League. L'an dernier, sur les 24 équipes seulement 4 n'avaient jamais connu la Premier League. Donc on se retrouve dans un championnat avec des clubs historiques qui ont énormément de moyens. Même en Championship il y a énormément d'argent. Il y a des ambiances extraordinaires avec des stades pleins. Que ça soit samedi ou mardi soir, peu importe. L'engouement en Angleterre est vraiment différent. C'est un championnat de haute qualité, très physique. Un des plus difficiles au monde. C'est super intéressant de jouer 46 matches et des play-offs. Je préfère jouer tous les trois jours que jouer le samedi et que rejouer le samedi après. Ça nous forme pour le haut niveau, la Ligue des Champions ... Quand on a la chance de jouer, on s'entraîne moins. C'est match, récupération et match. En tant que compétiteur on a envie de jouer le plus de matches possibles. Moins les matches sont espacés et mieux c'est. D'arriver à faire une série de 5-6 matches sans défaite, c'est quelque chose de bien. C'est ça qui est intéressant dans cette division. Le dernier peut battre le premier et ce n'est pas vraiment une surprise quand ça arrive. C'est très dur de prédire qui va battre quelle équipe et c'est ce qui fait la beauté de ce championnat. Pour avoir connu la Ligue 2 française et la Ligue 2 anglaise, ça n'a rien à voir, ce n'est pas le même niveau.»

D'ailleurs, le niveau de jeu ne cesse de progresser et on se détache de plus en plus du fameux style des divisions inférieures anglaises : «en Championship, il y a toujours des équipes qui continuent en Kick and Rush. Qui jouent long devant sur leurs grands attaquants et gagnent les seconds ballons. Mais il y a de plus en plus des équipes qui comme nous surtout au début de saison, Leeds, West Bromwich Albion, Brentford, Swansea, Nottingham Forrest jouent au ballon. C'est un championnat avant tout physique. Un mix entre technique et physique. Autant l'année dernière (Leeds) on pensait qu'ils allaient monter. Ils ont fait une grosse saison avant de chuter physiquement. Cette année, ils n'ont pas eu de creux. C'est la meilleure équipe qu'on a jouée et ils méritent clairement de monter. West Bromwich a aussi fait une belle saison. C'était notre premier gros test en début de saison et on a perdu. Vraiment très solide. Mais aussi mon ancienne équipe Brentford qui fait une belle saison et qui est en train de finir très fort. C'est une équipe qui peut peut-être même monter directement.» Très bien en Angleterre, et même s'il ne ferme pas la porte d'évoluer un jour en Ligue 1, Yoann Barbet a surtout envie d'évoluer un jour en Premier League : «bien sûr, comme tout joueur de Championship et même d'ailleurs. C'est certainement le meilleur championnat du monde. Donc tout le monde a envie de jouer au plus haut niveau et moi le premier. À moi de faire de belles performances individuelles et collectives pour atteindre mes objectifs. J'aimerais un jour découvrir un autre championnat, mais c'est vrai que de faire toute ma carrière en Championship me rendrait heureux. Je joue des gros matches tous les week-ends et je suis épanoui en Angleterre. Les stades, les supporters, les pelouses, l'aspect financier tout est réuni.» Désirant faire carrière en Angleterre, Yoann Barbet a su saisir sa chance et exaucer son rêve. Demain, il terminera sa saison face à West Bromwich Albion et tentera de finir par une victoire. Une belle façon d'achever une saison inédite sur le plan professionnel et personnel.

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