Le Deportivo de La Corogne, ce club espagnol historique au bord du gouffre

Englué dans les profondeurs de la deuxième division espagnole, le Deportivo de la Corogne est en pleine crise et risque de disparaître complètement des radars.

Riazor, l'emblématique stade du Depor, lors des playoffs de montée en Liga en juin dernier
Riazor, l'emblématique stade du Depor, lors des playoffs de montée en Liga en juin dernier ©Maxppp

Le Deportivo de La Corogne n'évoquera peut-être pas grand chose aux plus jeunes d'entre vous, mais pour ceux qui commencent à avoir déjà de la bouteille, c'est un club incontournable des années 90 et du début des années 2000. Il nous a notamment offert de sacrées soirées, en Europe et sur la scène nationale, remportant par exemple la Liga en 2000 et s'emparant de la Coupe du Roi sur la pelouse du Santiago Bernabéu en 2002, face à un Real Madrid qui fêtait son centenaire. Le fameux Centenariazo dont on parle encore en Espagne aujourd'hui. Des joueurs du talent de Bebeto, Mauro Silva, Donato, Djalminha, Juan Carlos Valerón, Roy Makaay, Fran, Noureddine Naybet, Diego Tristán, Rivaldo, Mustapha Hadji, Jacques Songo'o ou Flavio Conceiçao ont porté la tunique bleue et blanche de celui qu'on surnommait le Superdépor à la fin du XXe siècle et début du XXIe siècle. Si on ne peut pas parler du Deportivo comme d'un monument du football espagnol au même titre que le Barça ou le Real Madrid, et qu'il reste quand même en dessous de clubs comme l'Atlético, l'Athletic ou Valence, il reste un élément historique et emblématique du football de l'autre côté des Pyrénées.

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Malheureusement pour ses fans, l'heure de gloire du club galicien semble désormais bien loin. Depuis le début des années 2010, le club vivote entre la Liga et la deuxième division, et fait l'ascenseur, parvenant parfois à se maintenir avant d'être relégué puis de revenir. Les entraîneurs se succèdent, les joueurs viennent et repartent, avec une influence assez marquée de Jorge Mendes pendant une certaine période. Mais la stabilité, elle, se fait toujours attendre. La saison dernière, le club a d'ailleurs frôlé un nouveau retour dans l'élite, mais s'est finalement incliné en finale des playoffs face à Mallorca après avoir remporté le match aller 2-0 ! Un triste dénouement qui résume bien le passage difficile que traverse le club depuis bien des années. Et l'horizon semble encore plus sombre, puisque les pensionnaires de Riazor sont actuellement lanterne rouge de la deuxième division espagnole... Même si la saison est longue, les Gallegos comptent déjà cinq points de retard sur le premier non-relégable, n'ayant remporté qu'un match en seize journées de Segunda.

Comment a commencé le déclin du club ?

Comme beaucoup de clubs espagnols, le club a été heurté de plein fouet par la crise économique qu'ont aussi connu des clubs comme Valence et l'Atlético. Après de longues années où ils ont vécu au-dessus de leurs moyens, la bulle du football a éclaté, et même si la situation est aujourd'hui bien plus reluisante avec 19 des 20 clubs de Liga qui ont fait des bénéfices la saison dernière par exemple, certains clubs dans les divisions inférieures en souffrent encore. Le club paye donc encore les pots cassés de gestions plutôt mauvaises datant du début du siècle. « La chute du Depor ne s'est pas produite du jour au lendemain. Elle s'est faite peu à peu, depuis quinze ans. En 2004, le club a raté une opportunité historique de gagner la Ligue des Champions, perdant face au Porto de Mourinho en demi-finales après avoir obtenu un nul au Portugal à l'aller. Un an plus tard, deux joueurs mythiques comme Fran et Mauro Silva ont pris leur retraite, et la transition n'a pas été bonne. L'équipe n'a plus joué la Ligue des Champions et a donc arrêté de toucher des quantités d'argent importantes, et il faut ajouter à ça une mauvaise gestion financière qui a créé une dette qui a laissé le club au bord de la faillite », nous résume Iván Antelo Gómez, journaliste pour le site La Voz de Galicia.

2013 a aussi été une année marquante - d'un point de vue négatif - puisque le club affichait un trou de 160 millions d'euros. Les pouvoirs publics ont donc dû, à sa demande, placer le club en redressement judiciaire. Ce fut aussi le cas pour d'autres formations espagnoles comme le Rayo Vallecano ou Elche, à la même époque. Un processus plus ou moins courant à l'époque en Espagne, où on plaçait un contrôleur judiciaire à la tête des clubs pour couper au maximum les dépenses et tenter de les remettre à flot financièrement. Mais la relégation à l'issue de la saison 2012/2013 n'a pas arrangé les choses, même si une petite lueur d'espoir s'en est suivie avec l'arrivée de Tino Fernandez, entrepreneur local venu remplacer le sulfureux Augusto César Lendoiro à la présidence de l'institution galicienne. « Le club a retrouvé une stabilité financière, parvenant à être en règle vis à vis de ses différentes échéances et a retrouvé la confiance des investisseurs », nous explique le journaliste espagnol, et le club retrouve la Liga après une saison dans l'enfer de la D2.

La menace d'une disparition plane-t-elle au-dessus de Riazor ?

Mieux financièrement, le club n'a cependant plus les moyens de se renforcer, et la gestion sportive du club est plutôt mauvaise, avec une gestion se basant sur le court terme et une valse d'entraîneurs sur les bancs qui débouche sur une relégation en 2018. « Ce qui se passe cette saison n'est que la dangereuse continuité d'une mauvaise planification sportive », explique Iván Antelo Gómez. Il faut dire qu'une relégation en Segunda B, la troisième division, pourrait avoir des conséquences désastreuses. Déjà, parce que c'est une division compliquée, avec quatre groupes de vingt équipes et seulement quatre promus au total, mais surtout parce que c'est une catégorie semi-pro. Même si certains clubs fonctionnent comme des formations professionnelles à part entière, les revenus chutent drastiquement. Les rencontres ne sont par exemple plus diffusées sur les chaînes nationales, et tout l'argent obtenu par les droits TV dans le monde pro s'envole, comme les subventions de la Liga qui ne gère que les premières et deuxièmes divisions (la Segunda B est sous la responsabilité de la fédération). Un club avec de telles dépenses au niveau des infrastructures et bien plus encore ne pourrait pas survivre, même en cas de refonte totale de l'effectif.

Une relégation à l'issue de cette saison pourrait marquer la fin du Deportivo de La Corogne selon plusieurs médias ibériques. Heureusement pour le club, si la gestion purement sportive est un désastre, le travail fait dans les bureaux depuis quelques années est plutôt bon. Tino Fernandez, parti en 2018 et remplacé par Paco Zas, avait négocié avec une banque pour que cette dernière prenne en charge la dette du club (elle est d'un peu moins de 100 millions d'euros aujourd'hui) avec le fisc via un prêt sur le long terme. « Un élément très important », explique le journaliste qui ne se veut pas aussi pessimiste, « puisque si tu dois de l'argent au fisc et que tu ne payes pas, tu es pratiquement condamné à la disparition ». Le club peut aussi compter sur le sponsor d'une banque de la région, Abanca, naming du stade et sponsor de l'équipe féminine qui elle se débrouille très bien en première division.

L'avenir n'est pas réjouissant

La situation que traverse le club fait en tout cas tache, et aujourd'hui, le rival de Vigo, le Celta, fait office d'étendard du football galicien, pendant que le Depor tombe dans les oubliettes pour le reste du pays. D'autres clubs qu'on avait l'habitude de voir en Liga à une époque comme le Racing de Santander ou le Real Oviedo ont mis des années à se remettre d'une descente en troisième division, alors que d'autres comme Salamanca ont même disparu. À La Corogne, il y a déjà plusieurs années que les supporters montent la fronde face à cette dégringolade, à tel point que certains fans radicaux sont même allés récemment taguer la maison du directeur sportif Carmelo del Pozo. Une sensation de dépit généralisée mais surtout des difficultés à envisager un avenir potentiellement plus joyeux.

« Penser à un retour du Superdépor, qui gagnait des titres et jouait la Ligue des Champions, serait une illusion », résume Iván Antelo Gómez, puisqu'il faut pratiquement que les étoiles s'alignent rien que pour envisager un retour en Liga. Il faudra se maintenir, forcément, et ensuite continuer de se montrer compétitif et viser un retour en Liga pour enfin rembourser les prêts et mettre les quelques soucis financiers du club au fond d'un tiroir. Le tout avec des capacités financières qui sont donc limitées, et un centre de formation qui va notamment devoir se montrer plus productif que jamais. Les supporters risquent donc de devoir prendre leur mal en patience et croiser les doigts pour que Luis César Sampedro et ses troupes parviennent à éviter la relégation au troisième échelon du football national...

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