Droits TV : Didier Quillot sort du silence sur le fiasco Mediapro

Directeur général au moment de l'attribution des droits TV à Mediapro en 2018, Didier Quillot était entendu ce jeudi à l'Assemblée Nationale. Pour la première fois, ce dernier s'est longuement confié sur ce fiasco.

Didier Quillot, le directeur général de la Ligue de football professionnel
Didier Quillot, le directeur général de la Ligue de football professionnel ©Maxppp

Flou. Alors que la saison de Ligue 1 démarre dans quelques jours seulement, bien malin qui peut dire comment l'amateur de football devra faire pour suivre le championnat de France à la télévision. Si Amazon a décroché la majeure partie des affiches récemment, beIN Sports et Canal + se déchirent devant les tribunaux, se renvoyant la balle et laissant planer le doute sur la diffusion de deux matches par journée. Dans ce contexte, l'Assemblée Nationale, dans le cadre d'une audition dans sa mission d'informations sur les droits de diffusion audiovisuelle des manifestations sportives, recevait Didier Quillot, directeur général de la Ligue de Football Professionnel au moment de l'attribution des droits TV de la Ligue 1-Ligue 2 à Mediapro en 2018.

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Pour la première fois, ce dernier, qui a quitté la LFP au moment de l'arrivée de Vincent Labrune, est revenu sur ce fiasco, assurant que l'appel d'offres avait été fait dans les règles de l'art et avec rigueur, revenant en détails sur le déroulé des opérations. S'il reconnaît qu'une garantie bancaire aurait pu être demandée, l'ancien dirigeant explique qu'objectivement, il n'y avait, à l'époque, aucune raison de penser que le choix Mediapro tournerait aussi mal. «Nous n'avons ni été en aveuglement ni en imprudence, nous avons été extrêmement rigoureux tout le long, sur la base de ce que nos experts nous faisaient remonter. (...) Est-ce qu'il y a eu, de la part du comité de pilotage, une erreur de ne pas demander une garantie financière ? La réponse est bien évidemment oui. La LFP n'a jamais demandé de garantie depuis 25 ans, c'est ce qui a toujours été fait précédemment», a-t-il expliqué avant de poursuivre.

Une erreur et la position de Canal +

«Ma recommandation a été de faire une demande d'acompte. Mais seule l'UEFA demande des acomptes à hauteur de 10%. À l'évidence, il faudrait le faire en France. (...) On aurait pu demander un acompte, qui nous aurait offert de la liquidité plus vite, de 10 ou 20% par exemple. En 2018, il aurait sans doute été payé. Mediapro était en bonne santé financière, avec l'arrivée d'un nouvel actionnaire chinois aussi. Nous avions confiance en Mediapro, avec 25 ans d'expérience, des actionnaires stables et solides, et un business-plan qui aurait pu fonctionner sans effets conjoncturels. Ma conviction absolue, Mediapro ne voulait pas faire de trading. Leur volonté était de lancer une chaîne, d'ailleurs, ils l'ont fait. Et de notre côté, nous ne voulions pas que les droits s'organisent en trading», a-t-il confié, ne regrettant donc pas son choix de l'époque, pointant du doigt, aussi, la responsabilité de Canal +.

«À aucun moment il n’y a la volonté d’éliminer qui que ce soit. Pour le lot 1, Canal + propose 272 M€, Mediapro 330 M€. Nous demandons à Canal + s’il veut exercer son droit de match up (égaler ou surenchérir sur l'offre de Mediapro). Canal + décide de ne pas s’aligner. Sur le lot 2, Mediapro offre 200 M€, Canal + propose 10 M€. Le lot 2 est aussi attribué à Mediapro. Sur le lot 3, beIn Sports propose 332 M€, Canal + propose 10 M€. Canal + reconnaît que dès l’instant où il a perdu le lot 1, il a souhaité faire échouer l’appel d’offres, Canal a pensé qu’il était seul. Ne sachant pas ce qu’il se passait, il pensait que le prix de réserve ne serait pas atteint. Le prix de réserve intermédiaire est dépassé, plus de 800 M€. L’enchère continue», a-t-il indiqué avant d'ajouter.

«Canal +, sur les lots 2 et 3, a essayé de faire échouer l’appel d’offres en mettant un prix très bas. En voyant que l’appel d’offres continuait, Canal + a tenté de récupérer les lots 4 et 6, mais a échoué. Nous sommes devant la constatation que nous devons attribuer à ceux qui ont fait la meilleure offre. Voilà exactement ce qui s’est passé», a-t-il raconté. Face au business model de Mediapro (25€ par mois pour l'abonnement à La Chaîne Téléfoot), qui n'avait pas été évoqué au moment de l'attribution des droits, Didier Quillot a des doutes mais aussi des certitudes. «On pense qu’avec un fond d’investissements chinois, proche de l'État, qui prend une participation, c'est du sérieux. C'étaient autant d’éléments qui ne mettaient pas en doute la capacité de Mediapro à payer. Tout le monde pensait qu’il y aurait une ou deux années de déficit et, qu’au bout de la 3e ou 4e année, on serait à l’équilibre. Mais on se dit qu’avec l’actionnaire fort, cette situation peut être assumée».

Les raisons de l'échec

L'histoire se passera différemment. Pour quatre raisons à en croire l'intéressé. «La valeur objective du produit, avec des matches à huis clos, n’est plus la même. Le spectacle n’est plus le même. Il y a objectivement moins de gens intéressés par la possibilité de voir des matches à huis clos. Il y aussi une loi en Chine votée en 2019 qui interdit les investissements dans le sport en Europe. Il y a aussi le piratage, fléau sur lequel l’Assemblée Nationale travaille, mais qui est une activité en croissance malheureusement. Et enfin, il n'y a pas d’accord de distribution avec Canal +, donc le business plan était impossible à atteindre. L'opérateur n'était donc pas en position de réussir», a-t-il justifié, répondant à ses détracteurs.

«Après septembre 2020, je n’étais plus là donc je ne sais pas. Des commentaires ? Je me garderai de faire ce que beaucoup ont fait à mon égard sans savoir», a-t-il lâché, expliquant pourquoi il avait décidé de rendre son bonus, lié au contrat des droits TV, à son départ de la LFP. «Le contrat n’a pas été exécuté, ça me paraît normal de rendre mon bonus, il ne faut pas y voir une explication de quoi que ce soit, c'est un choix personnel. Comme je vous l'ai dit, il n’y a pas eu de dysfonctionnements opérationnels dans cet appel d'offres. Mais je considère que celui qui était aux commandes doit prendre sa part de responsabilités et rendre son bonus vu que le contrat n'a pas été honoré. Je l’ai fait 48h après ma déclaration. C’était un virement qui nécessitait un accord formel de ma part», a-t-il conclu.

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