Coupe du Monde 2026 : la FIFA remporte un procès contre la communauté iranienne aux États-Unis
À quelques heures du match Iran-Nouvelle-Zélande à Los Angeles, la FIFA a remporté un procès d’urgence visant à interdire l’ancien drapeau iranien du Shah dans les stades du Mondial 2026. Une décision hautement symbolique dans une ville surnommée « Tehrangeles », bastion historique de la diaspora iranienne opposée au régime de Téhéran
À quelques heures de son entrée en lice face à la Nouvelle-Zélande dans la nuit de lundi à mardi au SoFi Stadium d’Inglewood, l’Iran continue d’avancer dans une Coupe du Monde 2026 qui ressemble déjà à un parcours semé d’obstacles. La qualification sportive n’a jamais été le principal sujet de préoccupation de la Team Melli ces derniers mois. Depuis le conflit qui a opposé Washington et Téhéran au début de l’année, la simple présence de la sélection iranienne dans un tournoi coorganisé par les États-Unis a longtemps semblé compromise. Les joueurs ont dû composer avec des procédures de visas complexes, des retards administratifs, des déplacements bouleversés et un contexte diplomatique explosif. Certains membres du staff n’avaient toujours pas reçu leur autorisation d’entrée sur le territoire américain à la veille du tournoi, tandis que plusieurs responsables iraniens dénonçaient un traitement jugé discriminatoire. L’équipe a finalement établi sa base à Tijuana, au Mexique, afin de limiter sa présence sur le sol américain et de bénéficier d’un soutien consulaire plus simple. Cette situation inédite a transformé chaque déplacement en casse-tête logistique. Elle contraste d’ailleurs avec le climat plus apaisé observé ces derniers jours sur le plan diplomatique, marqué par de nouveaux signaux de détente régionale et des discussions présentées comme encourageantes par plusieurs acteurs internationaux. Le match face à la Nouvelle-Zélande dépasse largement le cadre sportif. Pour l’Iran, il s’agit aussi de démontrer sa capacité à participer normalement à une compétition mondiale malgré une année dominée par les crises politiques et militaires. Et cette tension se retrouve également dans les tribunes.
La ville de Los Angeles occupe une place particulière dans l’histoire de la diaspora iranienne. La métropole californienne abrite la plus importante communauté iranienne hors du pays, au point d’avoir hérité du surnom de « Tehrangeles ». Plusieurs centaines de milliers d’Irano-Américains vivent dans la région, dont de nombreux exilés arrivés après la révolution islamique de 1979 qui a porté les Mollahs au pouvoir, guidés par le Guide suprême Rouhollah Khomeini. Une partie importante de cette diaspora demeure hostile au régime de Téhéran et conserve un attachement marqué à l’ancien drapeau national portant le lion et le soleil, symbole de la monarchie du Shah renversée il y a près d’un demi-siècle, aujourd’hui représenté par Reza Pahlavi, fils héritier du dernier Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi. De nombreux artistes, intellectuels, entrepreneurs et personnalités politiques ayant fui l’Iran après la révolution se sont installés dans le sud de la Californie, faisant de Los Angeles un centre culturel iranien majeur porté par des chanteurs comme Googoosh ou encore Ebi. Les organisations monarchistes et les mouvements opposés à la République islamique y sont particulièrement actifs. Plusieurs membres de la FIFA redoutaient donc que le premier match de l’Iran serve de caisse de résonance à des revendications politiques. Selon plusieurs sources proches de l’organisation internationale, des supporters auraient acheté leurs billets depuis longtemps avec l’intention d’utiliser la visibilité mondiale de l’événement pour afficher des symboles et des messages hostiles au régime actuel iranien. Une perspective particulièrement sensible pour la FIFA, qui entend préserver sa doctrine de neutralité politique dans les stades alors que son président Gianni Infantino affiche une proximité assumée avec Donald Trump depuis le lancement de la compétition.
Une interdiction entérinée
Cette inquiétude a débouché sur une bataille judiciaire de dernière minute qui s’est achevée lundi matin devant la Cour supérieure du comté de Los Angeles. Saisie par l’Institute for Voice of Liberty et par le supporter Sam Kermanian, la justice devait examiner en urgence la légalité de l’interdiction imposée par la FIFA concernant l’ancien drapeau iranien. Les plaignants espéraient obtenir l’autorisation de brandir l’emblème du lion et du soleil dans les tribunes du SoFi Stadium. Après plusieurs heures de débats, le juge Curtis A. Kin a finalement donné raison à l’instance mondiale. Dans sa décision, il a déclaré que « la liberté d’expression est d’une importance capitale, elle est sacrée, un fondement de notre société, mais elle n’est pas sans limites, notamment pour les acteurs privés, sur une propriété privée, et comme l’ont montré des affaires précédentes, elle doit être encadrée de manière raisonnable. Je rejette la demande. » Le magistrat a également insisté sur les conséquences opérationnelles qu’aurait provoquées un changement de règle quelques heures avant le coup d’envoi. « Quelque 2 500 membres du personnel chargés de l’application des protocoles de sécurité pourraient en subir les conséquences. Modifier un protocole de stade en vigueur depuis longtemps pour un événement d’une telle ampleur, et ce en quelques heures seulement, représente une charge considérable. On comprend mal comment la FIFA pourrait appliquer ce changement à un seul stade et pas aux autres. »
Face à lui, l’avocat Shahrokh Mokhtarzadeh a défendu une vision radicalement opposée. « Ce sont des détenteurs de billets, qui ont le droit d’assister au match avec leur propre drapeau. Ce droit est bafoué. Cela peut paraître anodin pour beaucoup, mais pour eux, c’est crucial. Il existe une importante communauté iranienne en Californie, et nombre de ses membres ne souhaiteront pas entrer dans un stade avec le drapeau de la République islamique. On leur refuse l’exercice de leur liberté d’expression. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui crie au feu dans un théâtre. » Lorsque le juge a poussé son raisonnement jusqu’à évoquer des symboles extrêmes comme le drapeau nazi, le drapeau confédéré ou celui du Ku Klux Klan, l’avocat a maintenu sa position en affirmant que ces expressions devaient, elles aussi, relever de la protection constitutionnelle. « Le déni engendrera plus de problèmes qu’il n’en résoudra. Autoriser le drapeau au lion et au soleil est un moyen de prévenir les incidents dans le stade. Le droit à la liberté d’expression prime de loin sur toute préoccupation que pourrait avoir la FIFA. » La décision constitue une victoire importante pour la FIFA, qui évite un précédent potentiellement explosif dès la première journée du tournoi.
Depuis plusieurs semaines, l’organisation refuse de détailler précisément le fondement réglementaire de cette interdiction, se contentant de rappeler que son code de conduite prohibe les objets et symboles à caractère politique. Une source proche du dossier a toutefois confirmé que le drapeau pré-révolutionnaire était considéré comme un symbole politique par l’instance dirigeante. Reste désormais à savoir comment cette politique sera appliquée dans les faits. Des observateurs présents lors du match Qatar-Suisse disputé samedi à Santa Clara ont déjà signalé la présence de plusieurs drapeaux au lion et au soleil dans les tribunes, malgré les consignes officielles. Le défi s’annonce encore plus complexe à Los Angeles, où la communauté iranienne possède un poids démographique, économique et culturel considérable. Dans certains quartiers de la ville, les enseignes en persan, les médias communautaires et les associations d’exilés rappellent quotidiennement le lien entretenu avec l’Iran. Pour beaucoup d’opposants au régime, l’ancien drapeau représente moins un symbole partisan qu’une affirmation identitaire. Pour les autorités iraniennes, il demeure au contraire l’emblème d’un système renversé par la révolution islamique. Cette confrontation mémorielle s’invite désormais au cœur de la Coupe du Monde 2026. Alors que les joueurs iraniens s’apprêtent à défier la Nouvelle-Zélande dans un climat international légèrement moins tendu qu’il y a quelques semaines, la FIFA sait déjà que son premier grand test sécuritaire ne se jouera peut-être pas seulement sur la pelouse du SoFi Stadium.
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