Coupe du Monde 2026 : le Qatar veut continuer à croire en son rêve mondial
Quatre ans après la désillusion vécue à domicile, le Qatar retrouve la Coupe du Monde avec l’ambition de franchir un cap. Qualifié cette fois sur le terrain, l’émirat espère transformer les leçons de 2022 en progrès concrets face à une concurrence relevée mais pas inaccessible.
Quatre ans après avoir attiré les regards du monde entier, le Qatar retrouve la plus grande scène du football avec un sentiment mêlé d’ambition et de revanche. L’édition 2022 restera comme une réussite organisationnelle saluée aux quatre coins de la planète. Les infrastructures ultramodernes, la proximité inédite des stades, l’accueil réservé aux supporters et le bon déroulement général de la compétition avaient permis à l’émirat de démontrer sa capacité à porter un événement d’une ampleur historique. Pourtant, sur le terrain, la fête s’était transformée en désillusion. Premier pays hôte de l’histoire à perdre ses trois rencontres de phase de groupes, le Qatar avait quitté son propre tournoi sans le moindre point, avec un seul but inscrit et le sentiment cruel d’avoir manqué son rendez-vous sportif. Cette expérience douloureuse n’a cependant jamais été considérée comme une impasse. Elle a servi de fondation à un projet plus vaste, destiné à faire progresser durablement le football national. Les enseignements tirés de cette campagne ont nourri une réflexion profonde sur le développement des joueurs, la gestion de la pression internationale et l’exigence nécessaire pour rivaliser avec des sélections installées depuis des décennies parmi les nations reconnues. « Nous avons vécu un mois extraordinaire dans le pays durant la Coupe du monde 2022. Ce fut une période merveilleuse pour nous, car nous avons accueilli le monde entier et pu mettre en avant notre culture, notre hospitalité, notre pays magnifique, ainsi que notre sécurité et notre art de vivre. Nous avons partagé ce moment de bonheur avec la planète entière. C’est un honneur et un immense plaisir pour nous de pouvoir revivre ce type d’expérience à chaque opportunité qui se présente », expliquait d’ailleurs Dr Ahmed Abbassi, directeur exécutif des compétitions et du développement du football à la Qatar Stars League, à notre micro en décembre dernier. Le Qatar a découvert la rudesse du très haut niveau, mais aussi la direction à suivre pour continuer à grandir.
Le chemin vers la Coupe du Monde 2026 a confirmé que rien ne serait offert à cette sélection. Loin de bénéficier d’un statut privilégié, les Al-Anabi ont dû lutter jusqu’au bout pour décrocher leur billet. Leur campagne qualificative a longtemps ressemblé à un parcours semé d’embûches, marqué par des résultats irréguliers et une défense trop souvent mise en difficulté. L’arrivée de Julen Lopetegui au printemps 2025 a apporté un nouveau souffle à une équipe qui semblait alors s’éloigner du tournoi nord-américain. La qualification a finalement été obtenue au terme d’une série de rencontres sous tension qui ont exigé sang-froid et caractère. Cette présence au Mondial possède ainsi une saveur particulière puisqu’elle ne doit rien à un rôle d’organisateur. Pour la première fois, le Qatar a gagné sa place sur le terrain. Ce détail change considérablement la perception de cette aventure. Le pays ne se présente plus comme l’invité de sa propre fête, mais comme une nation qui a franchi les obstacles nécessaires pour rejoindre les meilleures équipes de la planète. Même si le niveau affiché durant les qualifications n’a pas toujours rassuré, l’objectif principal a été atteint et constitue déjà une étape importante dans la maturation du projet qatari.
À la recherche de leurs premiers points
Le défi qui attend désormais les hommes de Lopetegui reste immense, mais le tirage au sort n’a pas fermé toutes les portes de l’espoir. La Suisse, le Canada et la Bosnie-Herzégovine composent un groupe relevé, sans pour autant appartenir à la catégorie des épouvantails capables d’éteindre toute ambition dès le premier regard. Sur le papier, le scénario aurait pu être beaucoup plus sévère pour une sélection encore en quête de ses premiers points dans l’histoire de la Coupe du Monde. Le Qatar abordera chaque rencontre dans la peau de l’outsider, un costume qui lui convient sans doute mieux que celui porté en 2022 lorsque le poids de l’organisation et des attentes nationales semblait écraser chacun de ses pas. Cette fois, l’équipe pourra avancer avec davantage de liberté. « La Suisse, le Canada et la Bosnie sont meilleurs que nous, cela ne fait aucun doute. Nous savons qu’ils sont contents de nous avoir dans leur groupe. Nous devons accepter la réalité : nous devrons défendre pendant de longues périodes dans tous nos matchs, et c’est à partir de là que nous progresserons en tant qu’équipe et que nous deviendrons compétitifs. Je suis entraîneur et j’aime les grands défis. Quand nous sommes arrivés ici, il y a un an environ, notre objectif était la qualification. C’était notre rêve. Inch’Allah, nous l’avons atteint. Grâce à ce groupe. Ils ont marqué l’histoire. Maintenant, nous ne voulons pas nous arrêter. Nous savons quel genre d’adversaires nous affronterons. Nous savons que nous sommes en Coupe du Monde, mais nous voulons réaliser notre rêve. De la même manière, nous pensons que personne ne nous fait de cadeaux ici. Maintenant, nous voulons être aussi compétitifs que possible, à commencer par le premier match demain », a expliqué Julen Lopetegui.
Au-delà des résultats immédiats, cette Coupe du Monde représente surtout une nouvelle étape dans une histoire encore jeune. Le Qatar demeure un petit acteur à l’échelle du football mondial, un pays dont la population et le réservoir de talents ne peuvent rivaliser avec ceux des grandes puissances. Pourtant, depuis plusieurs années, il refuse de se contenter d’un rôle secondaire. Les succès continentaux obtenus en Asie, l’émergence de joueurs emblématiques comme Akram Afif et la volonté constante d’améliorer les structures de formation témoignent d’une ambition qui dépasse largement le cadre d’un simple tournoi. « Depuis 2018, il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie, notamment de très belles choses dans le football. Je suis arrivé au Qatar pour les qualifier pour la Coupe du Monde, un événement historique. Ce fut très difficile, mais cela nous a motivés. Un test énorme pour moi et mon équipe. Notre prochain objectif est d’être aussi compétitifs que possible. L’Iran est le Brésil de cette région du monde, une équipe très forte. Mais nous les avons battus pour accéder aux barrages. Oman nous avait battus en Coupe du Golfe (2-1), avant mon arrivée. Et les Émirats arabes unis avaient écrasé le Qatar en phase de groupes (5-0), ils ont une équipe bien plus forte, avec des Brésiliens, des Portugais, des Croates et des Italiens naturalisés. Nous avons fait match nul contre Oman et le match crucial contre les Émirats arabes unis a été difficile, éprouvant. Nous étions réduits à 10, mais nous l’avons fait », a ajouté Julen Lopetegui. Les préparatifs ont certes été perturbés par l’annulation de plusieurs matches amicaux importants à cause des tensions régionales, privant le groupe d’oppositions prestigieuses et précieuses pour peaufiner ses automatismes.
Malgré cela, l’encadrement qatari espère présenter un bloc plus discipliné, plus compact et mieux armé pour exploiter les rares espaces qui lui seront laissés. Dans un tournoi où chaque détail compte, la solidité défensive et l’efficacité sur coups de pied arrêtés pourraient devenir des armes essentielles pour bousculer une hiérarchie qui semble établie. « Lors de nos qualifications d’octobre, certains de nos joueurs n’avaient disputé que trois matchs en première division dans leur carrière. Nous essayons de tirer le meilleur parti de notre effectif et de travailler en étroite collaboration avec les jeunes talents pour les faire progresser. Nous voulons une équipe capable de porter haut les couleurs du pays avec dignité et fierté. Mars a été un mois très difficile. Le championnat qatari a été interrompu pendant trois semaines et les joueurs n’ont même pas pu s’entraîner, ce qui a été un coup dur. Nous aurions aimé disputer plus de matchs pour préparer la Coupe du Monde, mais se plaindre ne sert à rien », a conclu l’ancien sélectionneur de l’Espagne. Le rêve qatari ne consiste plus seulement à participer, mais à exister, à gagner en crédibilité et à démontrer que les écarts peuvent être réduits grâce à la patience et au travail. Dans les stades de San Francisco, Vancouver ou Seattle, les Marrons avanceront avec la discrétion de ceux que l’on attend peu. Ils ressemblent à ce Petit Poucet qui poursuit son voyage malgré les obstacles, conscient de la distance qui le sépare encore des géants, mais convaincu que chaque pas compte. Une victoire, un exploit ou simplement les premiers points de leur histoire mondiale pourraient suffire à transformer cette campagne en nouveau chapitre fondateur d’une aventure qui, loin de s’arrêter après 2022, continue obstinément de regarder vers l’horizon.
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