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Grejohn Kyei : «retourner en France pour rejouer et avoir du temps de jeu, ce serait idéal»

Avant-centre de 30 ans, Grejohn Kyei est un visage connu du championnat de France. Que ce soit à Reims, Lens ou encore Clermont, il s’est illustré aussi bien en Ligue 2 qu’en Ligue 1 (16 buts - 9 passes décisives en 97 matches). Parti à l’été 2024 pour la Belgique pour rejoindre le Standard de Liège, il a vu son aventure tourner rapidement au cauchemar. Vite devenu indésirable et prêté à Charleroi, il n’est plus dans les plans des Rouches. Pour autant, s’il a voulu partir l’été dernier, son club l’a bloqué. Pour Foot Mercato, il est revenu sur sa situation et sur sa volonté de retrouver rapidement les terrains de football.

Par Aurélien Macedo
14 min.
Kyei buteur contre le PSG @Maxppp

Foot Mercato : j’aimerais savoir comment tu te sens actuellement et comment se passe la saison pour toi étant donné que le Standard de Liège a décidé de t’écarter de l’équipe première ?

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Grejohn Kyei : comment je me sens ? On va dire qu’au niveau de la santé ça va, mais moralement, c’est un peu compliqué, parce que je suis mis à l’écart entre guillemets. Ce n’est pas comme en France où quand tu es dans le loft, tu peux revenir avec l’équipe première. On verra au mois de janvier avant de partir.

FM : justement, l’été dernier, ils t’avaient déjà prévenu que tu n’étais pas dans les plans, ou ils t’ont gardé en confirmant leur confiance en toi ? Comment s’est passé ton dernier mercato ?

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GK : ils m’ont dit en juillet que je pouvais chercher un nouveau club et que j’allais pouvoir continuer à m’entraîner. Ils n’avaient pas encore d’attaquants, petit à petit, j’ai été écarté et de manière concomitante, cela a encouragé, les dirigeants afin d’alléger la masse salariale et recruter d’autres joueurs. C’est comme ça que c’est arrivé.

FM : et puis, une fois qu’ils ont eu l’attaquant, il ne restait plus assez de temps sur le mercato, pour que tu retrouves un autre club, j’imagine ?

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GK : il fallait trouver un accord avec le club. C’était un peu compliqué, c’était un peu trop juste. Et après, je me suis dit que peut-être à la fin du mercato, je vais revenir avec l’équipe première. Que quoi qu’il arrive, je m’entraîne et que c’est le coach qui décidera, mais ça ne s’est pas passé comme ça. Vu que tu ne reviens pas avec l’équipe première et que tu ne t’entraînes pas avec eux, tu ne peux rien changer. Tu restes dans ta situation.

FM : c’est dommage de se retrouver dans ce genre de situation, parce que tu avais connu une belle expérience à Clermont. La dernière année est compliquée, parce que c’est l’année où le club est relégué en Ligue 2. Mais l’année d’avant, tu fais une super saison, tu mets 10 buts, le club est en première partie de tableau. Tu étais un acteur majeur de l’équipe. Du coup, quand le club descend en Ligue 2, tu as la possibilité belge, et au final, ça ne se passe vraiment pas comme prévu.

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GK : oui, ça ne se passe vraiment pas comme prévu. Dès le début, ça ne s’est pas bien passé. Je suis arrivé et deux mois après, il fallait que je reparte dans un autre club (Charleroi ndlr). En plus, c’est un club rival. Après, on a fini 7e, et cette année, ils ont fait les barrages de Conférence Ligue. Mais oui, c’était un peu compliqué comme arrivée en Belgique. Je suis arrivé avec une direction et un coach. Je suis parti en prêt et quand je suis revenu, la direction sportive avait changé et le coach n’était plus là. Il faut mettre ça derrière soit désormais, et il faut passer à autre chose.

«Je prends mon mal en patience, mais ce n’est pas agréable à vivre.»

FM : surtout que c’est une situation assez inédite dans ta carrière, parce que globalement, soit tu as été titulaire, soit tu as été remplaçant, mais dans tous tes clubs, tu as joué, que ce soit à Reims, Lens, en Suisse, à Clermont. De découvrir ce genre de situation, comment l’as-tu vécu ?

GK : on n’est pas préparé à ça, c’est vrai. Normalement, ça ne doit pas arriver, ce genre de situation. Le club t’a recruté, peu importe ce qu’ils pensent du joueur, vous avez recruté le joueur, vous vous êtes mis d’accord, il doit être dans l’équipe première. Après, si vous ne le faites pas jouer, ça, c’est votre problème, mais il doit être dans l’équipe première, faire les entraînements, et après, même si vous voulez qu’il parte, au moins lui donner du temps de jeu pour qu’il puisse être vu par les autres clubs. En plus, le voir, ça lui permet de partir, mais après, j’ai fait avec la situation actuelle, je ne me suis pas pris la tête, je me suis entraîné, je suis resté agréable avec tout le monde, je prends mon mal en patience, mais ce n’est pas agréable à vivre.

FM : du coup, tu as des contacts pour le moment avec d’autres clubs ?

GK : oui, j’ai quelques contacts, mais pour l’instant, ça n’a pas abouti à grand-chose. Et puis vu que ça fait un moment que je n’ai pas joué, les clubs attendent des garanties, notamment sur le côté physique.

FM : tu es ouvert à quel genre de projet ? Retourner en France ?

GK : je suis ouvert à plein de projets, mais après, j’ai la famille en France, donc retourner en France pour rejouer et avoir du temps de jeu, ce serait idéal. Sinon, je sais qu’il y a quelques clubs un peu lointains qui sont intéressés, et qui pourraient m’intéresser sur le plan extrasportif et découvrir d’autres choses que le foot européen, surtout en Asie. Profiter des dernières années, c’est ce que j’attends. Je ne veux pas rester à la cave et attendre que ça se passe, ce n’est pas mon souhait. Je sais qu’en quittant ma situation, je vais rejouer. Les gens verront que ça ne s’est pas juste pas bien passé en Belgique avec le Standard. Après, pourquoi pas revenir en France, ce serait idéal. Ça me permettrait de me relancer dans un endroit que je connais bien et puis je retrouverai ma famille. Ils sont revenus en France, je suis tout seul en Belgique.

FM : au-delà de l’entraînement avec le club, est-ce que tu fais du maintien en forme à la maison ?

GK : oui, je m’entraîne tout seul dans les salles de sport. Quand je vais voir la famille, je vais m’entraîner tout seul. Après, on se prépare, on essaie de garder la forme, mais ça ne changera pas tout. Parce que les matches de foot, c’est une autre intensité. C’est avec les matches qu’on retrouve le rythme. Que ce soit, les déplacements, les appels ou faire des courses. Après, ça revient vite, mais il faut quelques matchs.

FM : est-ce que tu as discuté de ta situation avec des amis footballeurs ou d’anciens coéquipiers qui ont connu une situation similaire ?

GK : non, pas d’anciens coéquipiers. Je n’en ai parlé qu’avec un seul qui est dans la même situation que moi. Il a joué avec mon petit frère et il a joué avec moi aussi, c’est Axel Disasi (Chelsea). Mais je ne m’en fais pas pour Axel parce que dès qu’il va rejouer, tout ça se remet rapidement et on va se remettre à dire que c’est un top défenseur. Il n’a pas été en équipe de France pour rien. Notre situation n’est pas évidente. On en discute un peu. On essaie de faire avec. Comme on dit, on se forge mentalement. En tout cas, on ne va pas baisser les bras.

«Que ce soit en Ligue 1, en Ligue 2, peu importe. Je veux retrouver une équipe pour rejouer.»

FM : du coup, si jamais tu as la possibilité de rejouer en France, est-ce que tu serais partant également pour un projet, par exemple, en Ligue 2 qui peut jouer la montée en Ligue 1 ou ce ne serait que de la Ligue 1 ?

GK : non, je suis ouvert à toutes sortes de projets. Moi, je veux juste rejouer pour retrouver du rythme, retrouver du plaisir. C’est surtout ça qui m’intéresse. Après, peu importe si ça joue la montée, le maintien, que ce soit en Ligue 1, en Ligue 2, peu importe. Moi, c’est juste retrouver une équipe pour rejouer. Je sais qu’après, avec le club où je suis, ça va être compliqué donc, il faut bien trouver une porte de sortie rapidement.

FM : et-ce que tu as eu des discussions avec les dirigeants du Standard pour savoir s’ils seraient favorables à ton départ ? Parce qu’au final, tu as encore un an et demi de contrat…

GK : c’est ça. En parlant à mon agent, je lui ai dit qu’il faut qu’on trouve une offre de prêt. Est-ce que le club est d’accord de prendre une partie du salaire ? Parce que je l’ai bien fait comprendre qu’en Ligue 2, tout le monde ne peut pas prendre mon salaire à 100 %. Est-ce que le club serait d’accord à prendre une partie en charge ? Il m’a dit qu’il étudiait ça pour voir avec les clubs qui sont bien intéressés, combien ils sont prêts à prendre en charge.

FM : sinon, tu as suivi la saison en France, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue 2. Est-ce qu’il y a des choses qui t’ont plu, que ce soit des joueurs ou des clubs ?

GK : je suis un peu de loin. Je ne suis plus comme quand je jouais. Vu ma situation personnelle, je n’ai pas perdu le goût au foot, mais j’ai perdu le goût à regarder les matchs. On va dire qu’on se renferme quand ce genre de situation arrive. Je regarde d’autres choses, j’essaie de penser à d’autres choses. Je fais mon travail pour ne pas me fermer dans une bulle et commencer à être en dépression. Voyager, voir d’autres choses, ne pas penser qu’à ça. Sinon, on peut vite se perdre et commencer à craquer et faire des choses qu’on ne voudrait pas faire. Après pour en revenir au football français, j’ai vu en Ligue 1 que Lens était premier et qu’il y a pas mal de bonnes petites équipes. Après, je regarde plutôt les coéquipiers avec qui j’ai joué ou que je connais un peu plus. Je sais que Rennes a fait un bon comeback. J’ai vu qu’à un moment, le coach (Habib Beye ndlr) était menacé, ils l’ont gardé et ils ont fait une série fabuleuse pour revenir dans le haut du classement. En Ligue 2, je suis mon club formateur, le Stade de Reims.

FM : Reims, c’est un club qui restait en Ligue 1 depuis pas mal d’années. D’un coup, ils se sont écroulés la saison dernière alors qu’en début de saison, personne n’aurait dit que Reims allait descendre en Ligue 2…

GK : je pense que le fait qu’ils aient perdu l’année d’avant Abdelhamid, qui est un cadre du groupe n’a pas aidé. Après, en partie de saison, ils ont perdu Munetsi, qui était une pièce maîtresse au milieu, et Agbadou en défense. Je pense que ça leur a fait mal. Ils n’ont pas su retrouver le type de joueur ou le type de cadre qui pouvait guider le vestiaire. Malheureusement, ils n’ont pas su rester en Ligue 1. Après, ils ont perdu pas mal de joueurs. Ce n’est plus trop la même âme que quand j’y avais joué quelques saisons plus tôt. Il y a moins de joueurs du centre de formation, je trouve. Il y a plus de joueurs venus des académies un peu partout en Afrique. L’année dernière, il y avait Atangana qui jouait. Siebatcheu qui est revenu et qui est reparti. Avant, Reims sortait beaucoup de joueurs du centre de formation.

FM : tu as 30 ans et encore plusieurs saisons à ton actif, quels sont tes objectifs pour la suite ?

GK : pour les prochaines années, c’est de continuer à jouer au maximum. Je ne sais pas jusqu’à quel âge, mais il faut profiter au maximum. Et pour la suite, je ne sais pas vraiment. J’ai étudié un peu. J’ai parlé à un directeur sportif. Pour voir comment on fait pour devenir directeur sportif. Ça m’intéresserait. Directeur sportif ou dans le recrutement. J’aime bien ce genre de choses. Là je regarde un peu moins de matches ces derniers temps. Mais sinon vous pouvez demander à certains coéquipiers. Je regarde pas mal de matches. Je connais pas mal de joueurs de différents championnats. Après, on verra bien. Pour l’instant, on n’y est pas encore.

«Ce serait un grand plaisir de gommer ce point noir et de finir à Reims ce que je n’avais pas fini là-bas»

FM : actuellement, c’est la CAN, tu es franco-ghanéen, même si le Ghana ne participe pas à la CAN. Est-ce que, à un moment, l’idée de jouer pour le Ghana t’a traversé l’esprit ou pas du tout ?

GK : oui quand j’étais en Suisse au Servette, vers la fin de mes années suisses, je crois que c’était 2021-2022 peu avant la Coupe du monde 2022. Je suis arrivé à Clermont. Il y avait déjà des pourparlers avec la sélection, mais ça ne s’est pas fait. Je ne sais pas pourquoi exactement, parce qu’on m’avait dit que j’avais déjà joué avec l’équipe de France en jeune (U21). Donc, il fallait faire un changement de nationalité. Il fallait discuter avec la fédération et avec la FIFA. Ça ne s’est pas fait. Et après, il y a eu l’année d’après en 2023 avec la CAN en Côte d’Ivoire. J’ai discuté avec tout le monde, j’ai parlé avec le coach, il était venu me voir à plusieurs matchs, dont Clermont-Monaco, PSG-Clermont, et ça s’est plutôt bien passé, mais après, je n’ai pas eu de suite. J’ai discuté avec tout le monde pourtant. L’adjoint, le coach, ils étaient venus me voir tous les deux, mais je ne sais pas pourquoi ça ne s’est jamais fait. Ils ont pourtant insisté parce qu’ils étaient venus me voir si j’étais correct, et ce match-là, j’avais marqué, j’avais été bon. Mais je ne sais pas, après ça n’a rien donné. Au niveau administratif, ils m’ont demandé des démarches, j’ai fait les démarches, j’ai tout fait pour la sélection, mais au final, ça ne s’est pas fait. Un regret ? Non, mais c’est les deux petits points noirs de ma carrière, celui-là et un autre point. Mon passage à Reims est inachevé, il n’a pas eu la fin que je souhaitais.

FM : parce qu’au final, tu pars au moment où le club remonte en Ligue 1, et derrière, c’est en Suisse où tu vas exploser.

GK : oui, c’est ça, je vais exploser en Suisse. Je m’entends super bien avec tout le monde là-bas, ils m’ont mis dans les meilleures conditions, ils ont tout fait pour que ça se passe bien. Gaël Clichy aussi, il m’a beaucoup aidé, parce qu’il a connu le haut niveau, il était de bons conseils, il me parlait beaucoup, donc ça m’a beaucoup aidé, ça m’a permis de progresser.

FM : d’ailleurs, tu en penses quoi du coup de Gaël Clichy, parce que c’est vrai que tu l’as connu au Servette, où il a fait cette transition joueur, jusqu’à devenir coach. Il a fait les JO avec Thierry Henry, et il vient de débarquer à Caen, où là, il vient vraiment de se lancer comme numéro 1 …

GK : déjà, en arrivant en Suisse, il faisait un peu les deux. On connaît tous les joueurs qui ont joué avec Pep Guardiola, ou qui ont connu Pep Guardiola, ils sentent le football. Je pense qu’en termes de coach, je ne m’en fais pas, peut-être que ça va prendre du temps, mais je sais qu’il va réussir, parce qu’il a les idées, il a la carrière aussi, qui le suit. Parce que, vous savez quand on est jeune, et qu’un coach nous parle, au début, on est têtu et quand il y a une personne qui a une carrière, qui te parle, tu fais plus attention par rapport à quelqu’un que tu connais moins. Gaël Clichy même avec la nouvelle génération, il est connu, ils vont savoir qu’il a fait les JO, qu’il a été avec Pep Guardiola, qu’il a été à Manchester City, Arsenal et en Équipe de France. Je pense que ses idées vont passer et il va surprendre pas mal de monde dans le milieu. Je pense que c’est un très bon coach pour l’avenir.

FM : pour en revenir à Reims, reporter le maillot de Reims un jour, ce serait un souhait pour toi ?

GK : oui si la possibilité arrive un jour, bien sûr, ça serait un grand plaisir de gommer ce point noir et de finir ce que je n’avais pas fini là-bas. J’ai aussi envie de me rabibocher avec une personne qui m’aime bien là-bas et avec qui on s’est un peu effrité, c’était un peu tendu. À chaque fois que l’on se revoit, on se dit toujours bonjour, on va rigoler, mais c’est toujours un peu tendu. On a tous les deux des regrets, lui comme moi personne n’a été gagnant dans la situation. Mais on verra bien, peut-être, qu’à l’avenir, la possibilité de revenir à Reims viendra, et qu’on pourra finir ce chemin ensemble, et correctement, comme il se doit.

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