Galatasaray, Fernerbahçe et Besiktas se sont partagés 31 des 32 derniers titres en Turquie. Seul Bursaspor (2009-2010) avait su pointer le bout de son nez pour être sacré champion. Oui mais voilà, cette saison, c’est un autre club qui fait la course en tête en Süper Lig, puisque c’est le club de Başakşehir,qui occupe la première place du classement après 12 journées, comptant déjà 30 points pour un total de 9 victoires, 3 nuls, et aucune défaite. Deuxième meilleure attaque (27 buts inscrits) et co-meilleure défense (8 pions encaissés comme le Genclerbirligi SK), la formation entraînée par Abdullah Avci (qui entame sa huitième saison sur le banc du club, la troisième d’affilée) surprend les observateurs extérieurs.

Mais, au pays, ce conte de fées n’est en rien surprenant : « C’est toujours une surprise de voir un autre club que Galatasaray, Fenerbahçe, ou Besiktas en tête. Mais c’est une équipe stable depuis 3-4 ans, avec les mêmes joueurs et le même coach, ce qui est assez rare en Turquie », nous confie Ricardo Faty, qui évolue à Bursaspor, avant de poursuivre : « Les voir en haut n’est donc pas si surprenant en soi. Ils ont su développer un bon fond de jeu, on peut sentir chez eux de la complicité et de la cohésion. Ils ont aussi des moyens financiers qui ont permis de conserver leurs meilleurs joueurs, comme Višća par exemple ».

Fondé en 1990, l’ISKI SK, comme on l’appelait à l’époque, était promu en D1 une première fois en 2007, avant de connaître une autre relégation et de remonter en 2014 : « C’est un club qui est descendu une fois. L’ambition du club est de se retrouver dans un premier temps dans la première moitié de tableau, les moyens sont là pour recruter de bons joueurs. J’espère que ça se passera très bien », nous confiait le Français Jérémy Perbet en juillet 2014, lui qui venait de s’engager en faveur du club stambouliote. De l’ambition, la formation turque n’en a effectivement pas manqué et, avec pour seul trophée majeur un titre de champion de D2 obtenu en 2014, a pourtant su se construire pas à pas.

La belle histoire Başakşehir

Quatrième en 2015 et en 2016, le club a franchi un palier depuis le début du présent exercice. Avec environ 2 M€ dépensés sur le dernier mercato estival, le Medipol (du nom du principal sponsor, des hôpitaux privés) Başakşehir FK comme on l’appelle aujourd’hui n’a pourtant pas fait de folies sur le marché, se renforçant intelligemment en obtenant notamment la signature de Cengiz Ünder. À 19 ans, celui qui s’est engagé en provenance d’Altinordu pour seulement 700 000 € s’est imposé comme une valeur sûre du club, comme en témoignent ses 3 buts inscrits en 12 matches de championnat disputés. Les joueurs turcs qui constituent d’ailleurs la colonne vertébrale de l’effectif, avec 17 des 28 membres du groupe professionnel qui viennent du cru, parmi lesquels l’ancienne vedette Emre Belozöglu, aujourd’hui âgé de 36 ans, pour venir encadrer les jeunes. En outre, hormis le feu follet bosnien Edin Višća (26 ans, 12 rencontres, 4 réalisations) et le milieu vétéran brésilien Marcio Mossoró (33 ans, 12 matches, 4 buts), la plupart des cadres de l’équipe sont turcs, comme le gardien de but Volkan Babacan ou bien encore le buteur Mehmet Batdal.

Autant de talents locaux qui, d’ailleurs, intègrent l’équipe nationale, puisque 4 joueurs de l’actuel leader du championnat figuraient sur la dernière liste de la Turquie : « Leur autre force, c’est qu’ils n’ont pas de pression de résultat particulière, contrairement aux autres clubs stambouliotes. Ce n’est pas un club très populaire, ils jouent donc plus libérés. Après, même s’ils font un bon parcours jusque-là, je ne les vois pas pour autant champions en fin de saison. Les grosses équipes vont revenir, ils seront dorénavant plus attendus par leurs adversaires. À voir s’ils sauront répondre présents », poursuit Faty. Après avoir déjà battu Fenerbahçe (1-0) puis Galatasaray (1-2) et ramené un nul du Besiktas (1-1), la formation qui évolue en 4-2-3-1 peut tout de même rêver plus grand, et envisager une suite d’exercice radieuse : « C’est un club qui a un vrai projet, avec un nouveau stade (le stade Fatih Terim, d’une capacité de 17 800 places), des moyens, de l’ambition », nous indiquait Perbet il y a plus de deux ans. Des mots qui résonnent comme une prémonition.