Contre toute attente, l’Espagne a été tenu en échec pour son entrée en lice en Coupe du Monde face à un Cap-Vert héroïque (0-0). Voilà les notes du premier coup de tonnerre de la compétition.
Annoncée comme l’une des sélections candidates à la victoire finale, l’Espagne débutait son Mondial face au Cap-Vert, ce lundi soir au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta. Pour ce match d’ouverture, Luis de la Fuente optait pour un 4-3-3 avec Gavi et Torres alignés aux côtés d’Oyarzabal sur le front de l’attaque. Lamine Yamal débutait lui sur le banc. En face, les « Requins Bleus » s’organisaient en 4-2-3-1 avec Livramento, titularisé en pointe. Pour sa première participation à une Coupe du Monde, le Cap-Vert subissait rapidement les vagues espagnoles mais faisait preuve d’une très belle solidité défensive.
Maître de la possession, la Roja attendait ainsi la fin du premier quart d’heure pour cadrer sa première frappe, l’œuvre de Pedri (15e). Très actifs - l’Espagne ayant décidé de passer par les côtés - le néo-Madrilène Cucurella et Llorente multipliaient les débordements mais manquaient de précision dans le dernier geste. Loin d’être impressionné par les champions d’Europe en titre, le Cap-Vert n’hésitait pas à repartir de derrière et initier quelques mouvements collectifs séduisants. Insuffisant toutefois pour perturber la machine ibérique. Toujours accroché à la demi-heure de jeu, l’Espagne balbutiait son football et ne parvenait pourtant pas à trouver la faille.
Le portier du Cap-Vert a écœuré la Roja !
Dangereuse, la Roja était malgré tout très proche d’ouvrir le score juste avant la pause après un superbe mouvement qui se terminait par une reprise surpuissante de Pedri mais Vozinha s’interposait avec une claquette décisive sous sa barre (36e). Dans la foulée, le feu revenait dans la défense cap-verdienne : Ferran Torres aux six mètres voyait sa reprise échouer sur la barre avant qu’Oyarzabal ne bute sur Vozinha (39e). Le dernier rempart des Requins Bleus était encore impérial sur la frappe de Torres (45e) puis la tête croisée de Laporte (45+3e). Frustrés par un Vozinha XXL et en manque de réussite au cours du premier acte, les Espagnols revenaient avec les mêmes intentions offensives au retour des vestiaires.
Rapidement, Oyarzabal était trouvé dans la surface cap-verdienne mais il lui manquait quelques centimètres pour smasher sa tête (47e). Ruiz s’essayait lui de loin (47e, 51e) puis de la tête (57e). Sans plus de réussite. Dans la dernière demi-heure, la physionomie de ce match ne changeait guère. L’Espagne dominait (22 tirs à 3), le Cap-Vert résistait parfaitement, Vozinha continuait de briller et le tableau d’affichage n’évoluait toujours pas, et ce même après l’entrée du revenant Lamine Yamal. Avec ce match nul frustrant (0-0), l’Espagne rate son entrée en lice et devra lutter pour sortir vainqueur de ce groupe H en attendant l’autre rencontre de cette poule entre l’Uruguay et l’Arabie saoudite.
L’homme du match : Vozinha (9) : portier du Cap-Vert depuis 2011 et aujourd’hui joueur de Chaves, il était logiquement titulaire dans les cages face à la Roja. À 40 ans, l’expérimenté gardien avait la lourde tâche de contenir les offensives espagnoles. Il a été sollicité dès la 16e minute sur une frappe de Pedri qu’il a captée sans difficulté. À la 36e minute, il s’est illustré sur une grosse frappe du milieu espagnol qu’il a repoussée d’une claquette, avant que l’action ne soit signalée hors-jeu. Ensuite, il a sauvé grâce à deux arrêts remarquables à la 45+1 et 45+3. Il a livré une première période très sérieuse et appliquée. Inarrêtable ce soir, Vozinha est venu chiper un ballon dangereux qui allait arriver sur la tête d’Oyarzabal (58e). Il a encore remporté un duel face à Llorente à la 72e. Il aura réalisé un total de 7 arrêts ce soir. Un match impressionnant de sa part.
Espagne
- Unai Simon (5) : pratiquement pas sollicité de la rencontre, Unai Simón a passé une soirée extrêmement atone dans les buts espagnols. S’il n’a eu aucun arrêt d’envergure à effectuer face à l’impuissance offensive du Cap-Vert, le gardien de Bilbao est resté vigilant sur les rares ballons aériens et s’est montré impeccable dans son jeu au pied pour assurer les relances courtes.
- Llorente (5) : positionné au poste de latéral droit, Marcos Llorente a livré une prestation à deux visages. Offensivement, son apport a été précieux grâce à ses courses incessantes et ses dédoublements qui ont apporté le danger. Défensivement en revanche, il a parfois été pris de vitesse sur les rares transitions du Cap-Vert, affichant des largesses dans son placement qui auraient pu coûter cher.
- Laporte (5) : tranquille en charnière centrale, Aymeric Laporte a passé une soirée plutôt paisible face aux rares assauts du Cap-Vert. Solide dans les duels et appliqué à la relance, il a parfaitement géré la profondeur, même s’il a parfois manqué de tranchant pour apporter le surnombre face au bloc bas adverse. Une prestation propre et sans fioritures.
- Cubarsi (5) : peu sollicité face à un Cap-Vert surtout regroupé en défense, Pau Cubarsí a vécu un match plutôt tranquille. S’il a pu étaler sa qualité de relance propre pour fluidifier le jeu espagnol depuis l’arrière, le jeune Barcelonais a parfois manqué d’impact et de concentration sur les rares contres adverses, concédant un ou deux ballons évitables par excès de facilité. Une prestation correcte, mais sans grand relief faute d’adversité.
- Cucurella (6) : actif et percutant sur son flanc gauche, le nouveau joueur du Real Madrid a été l’un des Espagnols les plus en vue de la première période. Parfaitement servi par les ouvertures de Pedri, le latéral s’est constamment projeté vers l’avant pour adresser des centres dangereux, à l’image de l’action juste avant la pause (45e) qui amène la double occasion de Gavi et Torres. Solide défensivement, il a apporté le dynamisme qui manquait à la Roja. En seconde période, il a poussé en vain mais n’a pas eu de réussite.
- Rodri (4,5) : capitaine de la Roja, Rodri a rendu une copie solide, bien qu’un ton en dessous de ses standards habituels. Fidèle à lui-même, il a récupéré quelques ballons pour étouffer les rares contres du Cap-Vert. Mais voilà, face au bloc ultra-regroupé des adversaires, il a parfois manqué de verticalité et de folie dans ses transmissions, privilégiant un jeu trop latéral qui a contribué à la possession stérile de l’Espagne. Sans oublier ses nombreuses pertes de balle qui viennent ternir son bilan. Remplacé par Nico Williams (87e).
- Fabian Ruiz (3) : aligné dans l’entrejeu de la Roja, Fabian Ruiz n’a pas été dans un bon jour. Sa qualité technique et sa faculté à orienter le jeu ont permis à l’Espagne de dicter le tempo par moment. Il a souvent manqué de rythme et d’impact physique face à l’impact des Cap-Verdiens, affichant des lacunes dans le repli défensif et perdant quelques ballons évitables sous la pression. De plus, il a parfois été trop proche de Rodri, ce qui a donné une sensation de doublon dérangeante dans la création. Remplacé par Mikel Merino (71e), plutôt intéressant.
- Pedri (6) : Face à un bloc cap-verdien très compact, Pedri a été le principal maître à jouer de la Roja en première période. C’est par sa justesse technique et sa complicité avec Cucurella sur l’aile gauche que sont venues les meilleures situations espagnoles, notamment grâce à ses ouvertures lumineuses (37e, 45e) pour briser les lignes adverses. En seconde période, il a encore fait parler sa qualité avec des récupérations idoines et des beaux gestes techniques. Pas suffisant pour aller chercher la victoire mais il n’a rien à se reprocher. Averti à la 90+3e.
- Gavi (3) : positionné de manière surprenante sur l’aile gauche, Gavi a affiché son visage habituel. S’il a régalé par sa hargne, son volume de jeu et un pressing étouffant pour compenser l’absence de Lamine Yamal, son agressivité a parfois flirté avec la limite. De plus, son manque de repères sur ce côté a parfois bridé la fluidité offensive de la Roja, le poussant à trop repiquer dans l’axe. Il a perdu de nombreux ballons et n’a pas assez tenté. Une copie à revoir. Remplacé par Lamine Yamal (71e). Pour son retour, le prodige a été très intéressant et tout le danger est venu de son aile droite dès son entrée.
- Oyarzabal (3) : titularisé sur le front de l’attaque espagnole, Mikel Oyarzabal a traversé la rencontre comme un fantôme, signant une prestation catastrophique. Aligné d’entrée pour occuper la pointe à la place des ailiers habituels, il a complètement manqué de tranchant et de présence physique, s’enfermant dans l’entonnoir de la défense cap-verdienne. Invisible dans la construction et incapable de se procurer la moindre occasion franche, le capitaine de la Real Sociedad a grandement ralenti le jeu de la Roja, symbolisant l’impuissance offensive de son équipe. Il a été le premier joueur de la Coupe du Monde depuis 60 ans à n’avoir touché aucun ballon pendant 30 minutes. Effrayant, surtout quand on sait que la Roja a terminé la rencontre avec 74% de possession.
- Ferran Torres (3) : titularisé sur l’aile droite de l’attaque espagnole, Ferran Torres a connu un match frustrant. Si son sens du déplacement et ses appels tranchants ont étiré le bloc du Cap-Vert, le Barcelonais a cruellement péché dans le dernier geste. Il a manqué de réussite face au gardien à la 39e minute en touchant la barre transversale, avant de complètement vendanger une occasion en or à la 45e minute en écrasant trop sa frappe. Une générosité dans l’effort gâchée par un lourd manque d’efficacité. Remplacé par Dani Olmo (81e), qui a fait des différences sur son entrée en jeu.
Cap-Vert
- Vozinha (9) : voir ci-dessus.
- S.Cabral (5) : aligné sur le flanc gauche de la défense, le joueur de Benfica était opposé à Ferran Torres dans son couloir, titulaire à la place de Lamine Yamal ce soir. Il a globalement réussi à contenir les offensives espagnoles dans sa zone, en restant discipliné défensivement. Averti à la 18e minute pour un geste en retard sur Llorente, il a ensuite su se reprendre, notamment sur une intervention propre face à Oyarzabal à la 31e minute. Une première période engagée, mais globalement maîtrisée malgré l’intensité adverse. Il a ensuite été confronté à Lamine Yamal sur son flanc et a bien plus souffert, à l’image de la percussion du crack du Barça à la 71e. Il a été remplacé par Fernandes à la 76e.
- Borges (6,5) : positionné au poste de défenseur central côté gauche, il a disputé de nombreux duels face à Oyarzabal en première période. Il a tenté de soulager son équipe avec des longues relances, ne trouvant quasi jamais un de ses coéquipiers. À la 21e minute, il a aussi repoussé un centre dangereux de Ferran Torres. Solide défensivement, Borges a encore su stopper un centre fort du Barcelonais à la 58e minute. Il a été tout proche de marquer un but historique sur corner : il a sauté plus haut que tout le monde, mais a finalement buté sur un bon Unai Simon (90+1e).
- Lopes (5) : titularisé à droite de la charnière centrale, il a été rapidement mis à contribution. À la 11e minute, il a remporté un duel aérien important face à Oyarzabal sur un centre très dangereux de Ferran Torres. À la 12e minute, il a également dégagé un ballon dangereux dans la surface. S’il a globalement été plutôt discret, notamment en seconde période, il a su rester concentré jusqu’à la dernière minute.
- Moreira (4) : sur son flanc droit, Moreira a évolué face à Gavi et a surtout dû défendre dans une première période dominée par l’Espagne. Il a néanmoins tenté quelques projections. À la 31e minute, il a éliminé son adversaire avant de voir sa frappe être contrée par Cucurella. Steven Moreira a tenté de déborder sur son couloir en seconde période, mais Cucurella a été très solide.
- Pina (3,5) : dans l’entrejeu dans un double pivot avec Duarte, il a évolué dans un contexte particulièrement difficile face à la maîtrise technique et au pressing espagnol. Il a eu du mal à exister dans la construction et à peser sur les premières relances, étant souvent contraint de jouer dos au jeu. Toutefois, Pina a tenté de compenser par de l’activité, mais sans véritable impact dans la progression du ballon. Il a tenté sa chance d’une frappe lointaine en toute fin de match, mais celle-ci n’a pas pu inquiéter Unai Simon (89e).
- L.Duarte (4,5) : si son partenaire au milieu a connu les mêmes difficultés face à la densité du milieu espagnol. Laros Duarte a été sollicité principalement dans les tâches défensives et dans la couverture des espaces face aux bons appels de Pedri et Fabian Ruiz. À la 22e minute, il a néanmoins réussi à se projeter sur une phase arrêtée et à placer une tête sur un ballon aérien, mais celle-ci a été repoussée par Rodri : symbole d’une première période compliquée dans l’ensemble. Il a été remplacé par son frère Deroy Duarte à la 61e. L’entrant aura lui-aussi été freiné par la solidité du bloc adverse.
- J.Cabral (5) : aligné dans son habituel couloir gauche, Jovane Cabral a tenté de profiter des espaces laissés dans le dos de Marcos Llorente, latéral très porté vers l’avant, mais il a surtout été contraint de défendre tout au long de la première mi-temps. Il a multiplié les replis défensifs et les interventions pour contenir les dédoublements des Espagnols. À la 38e minute, il a tenté une frappe après une montée, mais celle-ci est passée au-dessus du cadre de Unai Simon. Il a été remplacé par Willy Semedo à la 61e. L’ancien joueur du GF38 s’est également positionné sur l’aile gauche, mais aura essentiellement défendu comme son prédécesseur.
- Jamiro (4) : meneur de jeu du Cap-Vert, il évoluait dans un rôle de chef d’orchestre. Mais Jamiro a été fortement limité par le pressing constant et la maîtrise collective espagnole. Il a rarement été trouvé dans de bonnes conditions et a eu du mal à orienter le jeu ou à accélérer les transitions. Son influence est restée très limitée sur cette rencontre, lui qui a évolué très bas pour aider ses coéquipiers à ressortir les ballons. Il a été encore plus discret lors du second acte, tant l’Espagne a eu la possession. Il a été remplacé par Arcanjo à la 79e.
- Mendes (5,5) : ailier expérimenté, l’ancien joueur du HAC, du LOSC ou encore de Nottingham Forest était confronté à un Cucurella très actif dans son couloir. Ryan Mendes a été globalement contenu dans ses tentatives de percussion et a peiné à créer du déséquilibre dans le camp de la Roja. Malgré quelques appels intéressants en profondeur, il a peu été en mesure de faire la différence dans les duels face au nouveau latéral du Real Madrid. Il a continué de se battre en début de seconde période : comme à la 52e où il a remporté un duel face à Gavi. Ryan Mendes a même tenté sa chance lors de la dernière minute, sans trouver le cadre.
- Livramento (5) : seul en pointe, il a été très peu servi dans de bonnes conditions face à la charnière Laporte-Cubarsí, particulièrement solide. À la 13e minute, Aymeric Laporte a bien anticipé une ouverture en profondeur, coupant immédiatement la trajectoire du ballon. Ensuite, il a tenté une frappe lointaine depuis une position bien trop compliquée, mais celle-ci est passée à côté (35e). Livramento a globalement souffert d’un manque de ballons exploitables dans cette première période. Il a énormément couru tout au long de la rencontre, en réalisant de nombreux appels dans le dos des défenseurs espagnols, sans jamais être servi. Assez logiquement, Livramento a été remplacé par Nuno Da Costa à la 61e. L’entrant n’a lui non plus rien pu apporter offensivement. Toutefois, il a été héroïque en fin de match en remportant une course vers l’avant, permettant aux siens de souffler, et obtenant même une faute après un mauvais geste de Pedri (90+3e).
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