« Au début, quand on t’appelle pour la Roumanie, tu te demandes comment ça va se passer, ce qui t’attend là-bas. Tu pars un peu "à l’aventure". Tu te poses des questions, le changement de pays, de culture, de mentalité ». L’été dernier, Lyes Houri (23 ans) s’est posé des questions avant d’accepter de rejoindre Viitorul. Aujourd’hui, le milieu de terrain a pleinement dissipé ses doutes. Sous les couleurs de l’écurie roumaine, qualifiée pour les play-offs pour le titre (victoire contre le Steaua Bucarest lors du 1er match), il a retrouvé le sourire à force de prestations abouties (3 buts et 2 passes décisives en 21 matches de Liga 1). « J’ai marqué le but de la qualification pour les play-offs. Je suis un peu le héros ! Il y a une belle fin de saison à faire, en plus on est en demi-finale de Coupe de Roumanie. C’est bien ! Franchement, ça se passe super bien ici. Je suis dans un bon club, le club de Gheorghe Hagi, l’ancien grand joueur roumain. Je joue avec son fils, Ianis, c’est un bon joueur, un super mec, c’est un gars simple. Il pourrait se la raconter mais c’est un super mec. Il m’a aidé à mon arrivée », a-t-il lancé avant de poursuivre.

« Je ne m’attendais pas à ça, je suis satisfait d’être venu ici. J’ai hésité et je suis mieux que dans certains clubs français où j’ai été », a-t-il apprécié, racontant le quotidien sous les ordres du légendaire gaucher roumain, quart de finaliste du Mondial 1994, passé par le Real Madrid et le FC Barcelone, lauréat de la Coupe de l’UEFA 2000 avec Galatasaray. « Ça joue grave au ballon ! Hagi a joué au Barça (1994-1996), il veut qu’on joue un peu comme eux, même si c’est difficile. Il insiste pour qu’on joue au sol, entre les lignes. C’est mon style de jeu, donc je ne pouvais pas trouver mieux, c’est nickel. Il m’a fait progresser ces six derniers mois. Il est très professionnel, il te pousse à faire attention au moindre détail. Quand tu es jeune, tu ne te rends pas forcément compte de l’importance de tout cela. Il m’a fait progresser sur la rigueur, le professionnalisme, des petits détails qui font tout en fait. Quand il parle, personne ne dit rien et tout le monde l’écoute. Il veut nous transmettre ses expériences. Il nous parle de beaucoup de choses. C’est une légende ici, alors sa voix porte. Ça nous pousse à montrer de quoi on est capable », a-t-il lâché.

« Je sais par où je suis passé »

Une deuxième chance bienvenue pour le natif de Lomme (59), qui avait un peu disparu des radars après des débuts prometteurs à VA. « J’étais à Valenciennes. À 16 ans, je jouais en CFA. À 18 ans, je jouais en Ligue 2. J’ai connu les sélections de jeunes en équipe de France U16, U17, U19. J’ai fait des petites erreurs de jeunesse, je ne savais pas vraiment ce qu’impliquait ce métier. Ça m’a coûté quelques difficultés. Ensuite, je suis parti à Bastia, c’était compliqué pour moi. C’était dur là-bas. Je suis parti en prêt ensuite à Belfort, ça s’est bien passé. Mais quand je suis revenu, François Ciccolini ne comptait pas sur moi. J’ai ensuite été prêté à Roda JC, aux Pays-Bas. J’y ai été par le biais de Nicolas Anelka. Il était censé reprendre le club (l’ancien international tricolore avait un poste de conseiller sportif auprès de la direction néerlandaise). Il m’a placé là-bas mais le coach n’était pas au courant... Quand le coach ne veut pas de toi, ça devient compliqué... C’était difficile », a-t-il raconté. Oublié, il trouve une solution pour garder le rythme.

« La saison passée, après le dépôt de bilan de Bastia, j’ai galéré pour trouver un club. Il y a David Jacquemin, mon ancien coach à VA, qui était l’adjoint du coach de la réserve à Lens. Il m’a aidé. Il m’a dit de venir pour garder du temps de jeu, de rester dans un cadre professionnel, même si c’était le CFA. Ça m’a fait du bien. J’étais un peu là pour encadrer les jeunes du centre de formation, leur transmettre un peu mon expérience. C’était bien. Le coach de la première, c’était Eric Sikora, il m’a fait comprendre qu’il ne comptait pas sur moi, c’est comme ça », a-t-il évoqué. Des expériences rudes, mais bénéfiques, à en croire l’intéressé, sous contrat jusqu’en juin 2021 à Constanta, sur les rives de la mer Noire. « J’ai connu deux-trois dernières années un peu compliquées. Pour ma famille aussi, c’était compliqué. Mais ça m’a forgé un mental, je n’ai pas lâché », a-t-il confié avant d’insister. « Aujourd’hui, ici, je ne lâche pas, je bosse pour moi, je bosse pour jouer. Je sais par où je suis passé. Je connais les moments où tu n’as pas de club, où c’est compliqué. Alors, je ne lâche pas », a-t-il indiqué.

Il espère même désormais rattraper son retard sur ses anciens partenaires en équipe de France U16, U17 ou U19. « Kingsley Coman, Benjamin Pavard, Lucas Hernandez, Moussa Dembélé, Maxwel Cornet, j’ai côtoyé du beau monde qui a bien réussi. Quand tu les vois, tu te dis : "j’étais avec eux il y a trois-quatre ans". Ça te donne envie, ça te motive. Si je peux aller chercher quelque chose, ça donne envie. Si je continue comme ça, si je reste sur mes bonnes performances, c’est encore possible. Pour l’instant, je prends du plaisir ici. Si je trouve mieux, je prendrais, on ne va pas se le cacher. J’aimerais bien rentrer en Europe (sic). La France ? Pourquoi pas ! C’est mon pays. L’Espagne aussi, ça me tente, le style de jeu me correspond bien. Le Portugal aussi, j’aime bien, ça joue au ballon. Ça m’intéresserait », a-t-il conclu. Remis en selle en Roumanie, Lyes Houri a retrouvé plaisir et ambition. Et dire qu’il hésitait à franchir le pas !