Une offre irrefusable. À 45 ans, Sylvinho avait décidé de dire oui à l’Olympique Lyonnais au mois de mai dernier. Adjoint de Tite en sélection brésilienne, l’ancien joueur du Barça et d’Arsenal voulait prendre son envol en tant que numéro un. Choix de Juninho, le natif de São Paulo arrivait dans un club structuré et ambitieux. Un projet parfait pour lancer une carrière d’entraîneur de haut niveau comme il l’avait expliqué lors de sa présentation dans l’auditorium du Groupama Stadium. « J’ai eu différentes propositions. Je suis le deuxième adjoint de la sélection depuis 8 ans. Deux choses m’empêchaient d’être numéro un. J’étais en fait dans des projets importants, à l’Inter puis avec la sélection. Je n’avais qu’un objectif, celui de faire carrière en Europe. Et c’est pour cela que j’ai refusé certaines propositions dans le passé. C’est un excellent projet aujourd’hui avec l’OL. C’est un projet inspirant et à côté de Juninho ça va devenir plus facile ». Malgré sa bonne volonté et sa motivation, Sylvinho n’a pas réussi à relever le challenge qui s’offrait à lui.

Après onze matches sur le banc lyonnais, il a été écarté lundi soir, au lendemain d’une défaite dans le derby à Saint-Étienne (1-0). Une première expérience qui a donc tourné court pour ce jeune entraîneur. Au Brésil, son pays natal, cette annonce n’a forcément pas laissé indifférent. En conférence de presse aujourd’hui, Cleber Xavier, coach adjoint de la Seleção, a été invité à réagir à l’éviction de Sylvinho. « Sincèrement, on ne s’y attendait pas. On a discuté quelques fois avec Fernando Lazaro (analyste vidéo de l’OL et ancien de la Seleçéao) et lui. Ça a été une surprise. Il a eu quelques mauvais résultats, mais je ne pensais pas qu’il devait être remercié maintenant, d’autant qu’il avait redressé la barre en Champions League. Il aurait aussi pu le faire en Ligue 1. Je suis contrarié, triste, j’espère qu’ils trouveront quelque chose de bien à l’avenir ». Interrogé sur le même sujet, Tite, le sélectionneur du Brésil, a avoué être également surpris de la situation de son ancien adjoint. « Je partage cette analyse. Il y a certaines différences en Europe, la pression est très haute au Brésil. Ici, on dirait que ne pas gagner est un crime ».

Le Brésil attendait beaucoup de Sylvinho

Du côté de la presse brésilienne, le départ de Sylvinho a également fait réagir. Dans les colonnes d’ UOL, on a pu lire : « Quand il est arrivé à Lyon, Sylvinho ne pensait pas qu’il pouvait être viré si rapidement. Dirigé par le directeur sportif, Juninho Pernambucano, il a eu carte blanche pour des nominations comme celles de Jean Lucas et Thiago Mendes. Il a failli convaincre Filipe Luis de continuer pendant au moins une saison de plus en Europe pour défendre le club français ». Tout semblait fait pour que Sylvinho puisse évoluer sereinement. Mais la mayonnaise n’a pas pris. Une déception à écouter Marcus Alves, journaliste à UOL. Il nous a confié : « C’est vraiment très frustrant car c’est la première fois en neuf ans que le Brésil avait un entraîneur engagé en Ligue des Champions. Sans oublier le fait que le duo Sylvinho-Juninho suscitait de nombreuses attentes. On espérait que cela fonctionnerait et que cela aiderait à lever cette barrière impénétrable pour les entraîneurs professionnels brésiliens venant travailler en Europe ».

Il poursuit : « D’après ce que j’avais entendu auparavant, Sylvinho n’était pas le premier choix de Juninho. C’était Jorge Sampaoli. Bien que beaucoup de gens puissent penser que Juninho a décidé de le défendre et de le prendre parce qu’il est également brésilien, ils n’étaient pas très proches avant de commencer à travailler ensemble à Lyon ». Une collaboration palpitante pour tout un pays qui a donc échoué. Pour autant, il ne faut pas totalement accabler Sylvinho comme nous l’a avoué Marcelo Bechler, journaliste à Esporte Interativo. « Je pense que c’est trop tôt pour tirer des conclusions. Un coach a besoin normalement de plus de temps pour exposer ses idées. Lyon a perdu beaucoup de bons joueurs cet été. Mais je pense aussi que quand la pression est trop haute, il est difficile de garder le coach. Le football, c’est aussi la mentalité et si les choses ne fonctionnent pas, vous avez besoin de changer quelque chose à cette dynamique ». Pour Marcus Alves (UOL), et contrairement à ce que pensent Tite et Cleber Xavier, cette fin était inévitable après seulement deux succès en onze matches à Lyon.

Une éviction synonyme de déception

« Après une si mauvaise pré-saison et les récents mauvais résultats, le renvoi de Sylvinho n’a pas été une surprise. Nous ne savions pas exactement à quoi s’attendre avec lui, après tout, c’était la première fois qu’il dirigeait une équipe. Mais si vous aviez eu la chance de le voir travailler au sein de l’équipe nationale du Brésil, vous comprendriez pourquoi les médias locaux l’avaient apprécié. Quand Lyon est venu le chercher, il était sur le point de prendre les commandes de sa première équipe, l’équipe brésilienne des moins de 23 ans, alors quoi qu’il en soit, il aurait fini par avoir cette expérience (...) Évidemment, quand un entraîneur est congédié après quelques mois, vous avez du mal à comprendre, surtout en Europe. Mais cela représente un nouveau revers dans une saison censée être la plus réussie du Brésil, avec Sylvinho et Juninho à Lyon, Leonardo au PSG et Edu Gaspar à Arsenal ». Même son de cloche pour le journaliste Thomaz Molina (Veja). « Je pense que ce qui arrive à Sylvinho est naturel. C’était sa première expérience en tant qu’entraîneur principal et cela montre les problèmes qu’il y a avec les coaches brésiliens (...) Ici au Brésil, le championnat national a deux coaches qui font un super travail : Jorge Jesus et Jorge Sampaoli. Ils ont ouvert les yeux sur la médiocrité de la plupart des coaches brésiliens ».

Il poursuit : « Lyon était trop grand pour lui. Il aurait dû commencer avec une équipe où il y a moins de pression. Le travail de Sylvinho est comme celui de la plupart des coaches brésiliens : ça commence par (travailler) la défense et il n’y a aucune créativité offensive. Comme Tite, qui est son modèle. Sylvinho peut être meilleur. C’était un très bon joueur et il était intelligent, mais il doit vouloir créer plus. Il a manqué une belle opportunité et n’en aura pas une pareille pendant un bout de temps dans un club aussi important que Lyon ». Attendu à l’OL, où sa venue avait suscité de l’enthousiasme après trois ans et demi d’une ère Genesio marquée par des tensions, Sylvinho devait aussi représenter tout un pays qui espérait le voir réussir et hisser haut les couleurs du Brésil. Un double échec pour un jeune technicien qui aura certainement l’occasion de rebondir et prouver qu’il est fait pour ce métier.

Alors que les Gones sont en quête de son successeur, le désormais ex-coach de l’OL devrait continuer à vivre à Milan, où il possède une résidence. Un lieu stratégique où il pouvait mener à bien sa mission pour la Seleção quand il était dans le staff. Libre, il va prendre le temps de la réflexion avant de se remettre dans le bain. Un avis qui est aussi celui de Marcus Alves. « Alors que Sylvinho travaillait en tant qu’assistant du Brésil, il avait toujours vécu à Milan et passait le plus clair de son temps à regarder les joueurs qui figuraient sur le radar de l’équipe nationale. Naturellement, il est trop tôt pour savoir ce que sera son avenir, mais son avenir immédiat sera peut-être en Italie, profitant de moments de paix avec sa famille ». Un calme nécessaire pour se remettre les idées au clair après avoir été sous pression à Lyon. Une expérience dont Sylvinho devra retenir les leçons, lui qui ne compte certainement pas rester sur un échec. C’est en tout cas difficile à croire au vu de sa forte personnalité ...