Août 2017. Le SC Bastia quitte le football professionnel et se trouve rétrogradé en National 3, cinq échelons en dessous la Ligue 1, après le dépôt de bilan de sa SASP. C’est à ce moment qu’une poignée d’hommes, qui nouent des liens viscéraux avec le club corse, décident de le reprendre. Claude Ferrandi, patron du groupe du même nom, occupe le rôle de président alors que Pierre-Noël Luiggi, PDG du groupe Oscaro, devient vice-président et trésorier du club. Stéphane Rossi, ancien entraîneur du CA Bastia, est nommé coach.

Une situation dont se souvient pour nous Jérome Negroni, le secrétaire général du SCB, arrivé au club il y a 12 ans en tant que bénévole et qui a tout connu au sein de l’entité corse : gestion du site internet, développement des nouvelles technologies telles que la web TV, du magazine officiel, des programmes de match ou encore des réseaux sociaux avant de se voir confier la direction du développement lors de la dernière année de L1 en 2016-17. « Les repreneurs ont fait appel à mes services pour faire la jonction entre la période professionnelle et le redémarrage en N3. Mon passé au club et le fait que je connaisse l’essentiel des rouages ont sans doute fait que messieurs Claude Ferrandi et Pierre-Noël Luigi ont fait appel à moi. J’ai depuis appris à les connaître et à travailler avec eux. »

La première saison commence tardivement et malgré toute la bonne volonté du club corse, Bastia rate la montée en N2 au profit d’Endoume. Une vraie déception pour l’ensemble du club corse, qui avait mis beaucoup de cœur à l’ouvrage pour remonter immédiatement. « On a été très déçu de la non-accession en N2 avec notre deuxième place. De mémoire, des clubs qui ont connu des chutes (Le Mans, Strasbourg, Sedan), on a peut-être été la seule équipe à ne pas avoir été champion la saison suivant le naufrage. On a remis du cœur à l’ouvrage, on est reparti après des premiers temps très difficiles. À titre personnel et collectif, le plus délicat à gérer fut la période entre février et juillet 2018. Ce fut encore plus dur que l’été 2017 malgré le redémarrage tardif fin août, du fait de notre échec d’avoir terminé en seconde position derrière Endoume. Car quand on exerce ce métier, quand on est passionné, on le fait pour réussir, et ce malgré les circonstances atténuantes », raconte Jérôme Negroni.

L’ADN de la Corse transpire à tous les niveaux du SC Bastia

Hommes de défis et passionnés, Luiggi, Ferrandi et Rossi ne s’avouent pourtant pas vaincus face à cet échec aussi cuisant qu’inattendu. Le coach bastiais demande plus d’expérience à ses dirigeants, qui répondent positivement à ses exigences. « Le parti pris de l’expérience a été fait à l’été 2018, se souvient Jérôme Négroni. Le coach a souhaité recruter pour la plupart des joueurs passés par notre centre de formation, qui n’ont pas eu la chance de s’exprimer en Ligue 1 et qui avaient bourlingué dans pas mal de clubs locaux, que ce soit en L2, N1 et N2. On s’est attaché leurs services et on a vu le résultat probant. Il y a fort à parier, même si cette partie est traitée directement entre le Président et le Coach, que le club continuera avec eux la saison prochaine, en agrémentant dans la mesure du possible d’anciens joueurs du club ou venus d’autres horizons, mais qui incarneront le Sporting et qui ont en eux cet ADN. Du moment qu’ils rentrent dans ces cases-là, le mariage ne peut être que réussi. »

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est immédiat. Le Sporting retrouve des couleurs, domine largement son groupe, au point d’avoir 10 points d’avance sur son poursuivant à 5 journées de la fin et avec un match en retard à jouer. Le pari est presque gagné pour le club corse, qui s’est payé le luxe, en prime, de réaliser une folle épopée en Coupe de France, arrêté seulement en 1/8es de finale, aux tirs au but, par une formation de L1, Caen. « Le parcours en coupe de France a permis de mettre sur le devant de la scène tout ce qui se fait depuis bientôt deux ans. Cela a mis en lumière tout le travail du club, des dirigeants, de l’entraîneur et surtout des joueurs avec aussi un parcours quasi sans faute en National 3 et une seule défaite à l’heure actuelle. On a remis les pendules à l’heure et il est sûr que l’année prochaine nous serons animés du même objectif, qui sera d’accéder au National 1 », explique le secrétaire général du SCB.

Le modèle des socios, clé de voûte du nouveau projet du Sporting

Et s’il y a bien un modèle que veut suivre Bastia, c’est bien celui de Strasbourg, tombé comme lui dans les bas-fonds du football amateur et qui renaît aujourd’hui de ses cendres. « Si on en reste là, comme l’AS Cannes, Sedan ou encore Martigues pour ne citer qu’eux, nous aurons du mal à exister. Maintenant, si nous mettons tous les ingrédients, à l’instar de Strasbourg, notre histoire fait et fera qu’elle sera unique. Car il n’y a pas de modèle spécifique, nous devons rester ce que nous sommes. Mais on idéalise bien évidemment ce qu’ont fait le Racing et Marc Keller. C’est un peu la même catastrophe, même si elle a été plus brutale chez nous avec une relégation en deux mois de la L1 au National 3. Le Racing avait dégringolé étage par étage jusqu’en National avant la liquidation, tandis que nous sommes tombés de manière spectaculaire et brutale », rappelle Negroni.

Oui, mais alors comment faire pour permettre au Sporting de retrouver son lustre d’antan et le football professionnel ? La nouvelle direction du club corse a décidé de se lancer dans une stratégie quasi-inédite en France, mais bien connue en Espagne, celle des socios. D’ici une quinzaine de jours, une société coopérative d’intérêt collectif va être mise en place au sein du club. « On a une politique en interne qui a fonctionné cette saison et qu’on va appliquer pour la saison à venir avec le coach et le président en tête. C’est pour ça qu’on va se donner les moyens, notamment avec le recrutement et les choix stratégiques qui seront faits au sein du club, de pouvoir accéder au National 1 avec différents ingrédients qui ont fait notre force cette saison. De manière globale, il y a une société coopérative d’intérêt collectif qui va se mettre en place très prochainement, pour pouvoir structurer le club avec ses supporters, les pouvoirs publics et les partenaires privés. C’est une première en France. La direction ira d’ailleurs au contact du public dans toutes les micro-régions de l’île et en dehors. C’est primordial pour nous. »

Anciens joueurs, supporters, entrepreneurs privés attendus pour relancer le club

Comme en Espagne, des supporters auront donc l’occasion de devenir sociétaires et administrateurs du club moyennant finances et auront donc leur mot à dire sur la vie du club. « Tous les supporters qui souhaiteront devenir sociétaires et/ou administrateurs du club, ou encore les pouvoirs publics, les entrepreneurs privés, les anciens joueurs, en auront la possibilité. On va vraiment essayer de fédérer autour de ce nouveau mode de fonctionnement pour pouvoir se doter de toutes les armes, toutes les munitions, pour notre réussite future. Après, on sait pertinemment que la réussite passera essentiellement par le sportif. On s’attend encore à un championnat difficile en National 2 où il n’y a qu’un seul accédant. »

Reste que si l’expérience sera indispensable au SC Bastia pour remonter en National 1, il faudra également une sacrée dose de fougue et de jeunesse pour remettre le Sporting sur de bons rails. Et le club corse, qui n’a jamais abandonné son âme de club formateur, l’a bien compris. Il souhaite rebâtir une académie. Pas simple quand on n’a plus l’agrément « centre de formation » et fasse à la fuite des talents, à l’été 2017. « La direction a toujours eu une volonté très forte de faire de la formation son fer de lance parallèlement à son équipe première. Si on arrive à maintenir nos U19, nous aurons toutes nos équipes en National la saison prochaine, malgré la catastrophe industrielle qu’on a vécue, alors que tous nos talents sont partis sur le continent et malgré la concurrence des clubs ajacciens qui disposent de structures professionnelles. C’est là qu’on a encore du travail. Des efforts vont être faits sur les structures d’accueil dans les mois à venir, grâce à l’aide des socios et des partenaires privés. »

Un lien permanent du club envers ses joueurs et surtout du joueur envers le Sporting

Hormis la singularité du club corse, qui fait de Bastia l’un des quinze clubs français les plus populaires de France sur les réseaux sociaux, malgré son positionnement au cinquième échelon national, le Sporting a su créer au fil des années un lien particulier avec les joueurs qui ont porté le célèbre maillot bleu à la tête de Maure. Et à écouter Jérome Negroni, bon nombre d’anciens joueurs du club n’ont pas oublié leur passage en Corse et souhaitent de nouveau s’investir à Bastia, que ce soit financièrement ou sportivement. « Les joueurs les plus intéressés avec qui on a gardé le contact sont professionnels et évoluent en L1 ou en L2 sur le continent. Il y a des liens permanents avec 3 joueurs, dont Wahbi Khazri avec qui nous discutons, il y en a d’autres. Certains ont déjà émis le souhait de venir aider le club de manière concrète dans les années à venir, une fois que leurs cursus professionnels dans les clubs avec lesquels ils sont sous contrat seront terminés. Mais aussi d’un point de vue de structuration du club, pour donner des conseils techniques et pourquoi pas, intégrer directement le club via la prise de parts dans le capital. Il y a un lien permanent entre le club et ses joueurs, mais aussi, et surtout à l’initiative des joueurs, qui témoignent leur attachement au club. C’est un lien sacré et charnel parce que ce qu’il s’est passé à l’été 2017 mettra énormément de temps à cicatriser. »

On ne peut que le constater, la douleur est encore vive en Corse depuis la relégation du SC Bastia en National 2 durant l’été 2017. Mais une poignée de passionnés insuffle un souffle nouveau au sein du Sporting. La mise en place d’une société coopérative d’intérêt collectif, l’apport d’anciens joueurs du Sporting aussi bien financièrement que sportivement, la mise en place d’une académie de football sont autant de paris tentés par le duo Luiggi-Ferrandi. Le parcours du club en Coupe de France cette saison a remis un coup de projecteur sur une place forte du football français qui n’a qu’une envie, retrouver la lumière et le football professionnel.