Quitte à tuer dans l’œuf de prometteuses carrières de Laurent Ruquier en herbe, non, Pétrus ne va pas signer à Bordeaux. Ce n’est en tout cas pas le propos de cet article. Pétrus, pierre en latin, le roc. Un prénom qui le prédestinait sûrement à jouer les milieux défensifs solides. Certainement pas latéral gauche en tout cas. Boumal, le nom de son papa. Mayega, celui choisi par son grand-père, qui signifie "les remerciements". Joueur du FK Ural, club de milieu de tableau du championnat russe, l’international camerounais de 25 ans semble serein. Formé au Paris FC puis au FC Sochaux, Pétrus Boumal a découvert très jeune et trop brièvement la Ligue 1 en 2013, avant un exil presque forcé, à l’Est déjà. Parti s’aguerrir à l’étranger, il est passé de la Bulgarie à la Russie, faisant un léger détour par Yaoundé, pour étrenner le maillot des Lions Indomptables.

À Iekaterinbourg, entre la Route de Sibérie et le tracé du célèbre Transsibérien, où il évolue toutes les deux semaines dans le stade rendu mythique lors du Mondial par sa tribune interminable propulsée hors de son enceinte, à 4600 km de Paris, 11 000 km de son Cameroun natal, il s’épanouit. Avec, toujours dans un coin de la tête, l’idée de faire une entrée fracassante sur le devant de la scène. Et pourquoi pas en France, ou en Allemagne. Pour fuir le froid glacial qui recouvre la région de l’Oural en cette période de l’année, ce lecteur assidu, fan de la première heure de Michael Essien et Claude Makélélé, accompagné de ses coéquipiers, a migré vers le sud au début du mois de janvier. C’est depuis Chypre qu’il a répondu à nos questions. À quelques jours de la reprise, face au Zenit, le leader (demain, 9h30 du matin heure française).

Le stade central d’Iekaterinbourg a accueilli le France-Pérou (1-0) du Mondial 2018.

Foot Mercato : Salut Pétrus. C’est la trêve dans le championnat russe. Tu es actuellement à Chypre. Ce sont des vacances que tu passes là-bas ?

Pétrus Boumal : On est à Chypre, mais ça y est, on rentre le 28 février. Ici, on bosse tous les jours. En général, pendant deux jours on va faire deux séances, puis le troisième jour on fera une séance. On est là depuis le 9 janvier. À la base, on aurait dû reprendre plus tôt, avec le quart de finale retour de Coupe de Russie (contre le Spartak de Moscou, aller 1-1, ndlr), initialement prévu le 16 février. Cela nous aurait fait un mois de stage. Mais quelques jours après notre arrivée à Chypre, la Fédération nous a prévenu qu’elle repoussait notre match au 7 mars. Le coach a décidé que l’on resterait là, en attendant.

F.M : On ne tourne pas en rond, pendant plus d’un mois loin de chez soi, de ses repères quotidiens ? Pas trop dur de se préparer dans ces conditions ?

P.B : Ici, on est à l’hôtel, à Paphos, une petite ville sur la côte ouest de Chypre. Les conditions sont agréables. Il fait chaud, on a du beau temps. C’est vrai que ce n’est pas évident de rester plus d’un mois et demi dans un hôtel et d’aller travailler tous les jours. On nous a prêté deux terrains. Et on essaie de bouger un petit peu. On joue des matches amicaux assez souvent. On rentre dans la dernière semaine. On va préparer le match de reprise du 2 mars, en championnat, face au Zénit, le leader. Comme eux, on a conclu la phase aller par deux défaites et on a l’ambition de démarrer 2019 par une victoire.

F.M : Comment s’est passé ce début de saison avec le FK Ural ?

P.B : La première partie s’est plutôt bien passée. Je suis revenu tardivement, j’étais un peu blessé et je suis allé me faire soigner à la clinique Villa Stuart, à Rome. J’avais un petit problème à la cheville, je suis donc allé faire ma rééducation là-bas. Je suis revenu et petit à petit le coach (l’ancien latéral gauche international ukrainien du Spartak, Dmytro Parfenov, ndlr), qui est arrivé l’été dernier, m’a fait confiance. J’ai enchaîné les matches. On a fait une bonne première partie de saison, à l’exception du dernier mois. On n’a pas pu être réguliers, on a perdu des points. On est neuvièmes mais à trois points de la sixième place, cela reste raisonnable. La deuxième partie va être intéressante. Je pense qu’on peut faire beaucoup mieux, collectivement et à titre individuel. Je peux faire beaucoup plus. Là, ça m’a fait du bien d’avoir une vraie préparation complète.

F.M : Et comment se passe la vie à l’Est ? Iekaterinbourg est à 1400 km de Moscou. On imagine que les déplacements sont longs, éprouvants...

P.B : C’est l’une des régions les plus froides, mais on s’habitue. La vie est plutôt belle. On me demande souvent quel style de vie j’ai en Russie. Par rapport à la situation politique du pays, à son passé. On se pose des questions. La vie est agréable, je n’ai aucun souci. Il y a un peu moins de soleil qu’ailleurs et le décalage horaire est parfois compliqué. Le pays est très étendu. On est constamment entre deux avions. Il n’est pas la même heure partout. On fait avec. Mon quotidien est lui tranquille. Dans la ville, je suis apprécié. La ville en elle-même est sympa, grande, avec des choses à faire.

Un petit -16° ressenti aux abords d’Iekaterinbourg ce lundi.

F.M : Tu n’as jamais des moments de déprime, dans un environnement forcément différent du Cameroun et de la France ?

P.B : Non, jamais. Je suis vraiment bien entouré au club. Je suis tombé sur des bons gars, des mecs sérieux, qui m’accompagnent au quotidien et qui sont toujours là quand j’en ai besoin. Après je suis quelqu’un de très casanier. Peu importe la ville, je crois que je me sentirai toujours bien. A partir du moment où j’ai un minimum de repères. A côté de ça, Iekaterinbourg est très sympa, c’est grand, il y a beaucoup de choses à faire, tu ne peux pas t’ennuyer. Après, moi je ne sors pas beaucoup, je suis souvent à la maison, je préfère. Le seul truc qui pourrait manquer là-bas c’est peut-être le soleil, qui pourrait faire du bien de temps en temps.

F.M : Tu racontes que tu es bien entouré, tu as fait de belles rencontres au FK Ural ?

P.B : J’ai une très bonne relation avec le traducteur du club, on passe beaucoup de temps ensemble. Je m’entends également très bien avec les autres étrangers (le club compte dans ses rangs un Arménien, un Serbe, un Slovène, un Géorgien, un Roumain, un Ukrainien, un Bulgare, un Suisse, un Marocain et un Biélorusse, ndlr) et certains Russes aussi, même si je ne parle pas la langue. L’ambiance est plutôt bonne, c’est un club familial.

« Moi, quand j’entendais "France", je pensais que ça brillait de partout, que c’était vraiment un El Dorado comme tu peux voir à la télé quand tu es petit. »

F.M : Peux-tu évoquer ta jeunesse ? Tu as quitté le Cameroun pour la France et la région parisienne. Le déménagement s’est passé sans encombres ?

P.B : J’ai quitté Yaoundé, où je suis né, quand j’avais sept ans. On a posé nos valises en région parisienne, du côté de Noisy-le-Grand (93). J’ai aussi vécu quelques années à Paris, du côté de la Porte de Clignancourt. J’ai fait mes débuts au football au Paris FC, avant de rejoindre Sochaux à 13 ans, en 2006, où j’ai fait toutes mes classes jusqu’à signer mon premier contrat professionnel, six ans plus tard. Pour être honnête, moi j’étais très bien au Cameroun. Je ne suis pas venu en France par nécessité. Je suis plutôt chanceux de ce côté-là. Et au contraire, j’ai été déçu. Je ne pensais pas que la France était comme ça. Moi, quand j’entendais "France", je pensais que ça brillait de partout, que c’était vraiment un El Dorado comme tu peux voir à la télé quand tu es petit. Un an après mon arrivée, je voulais rentrer au Cameroun. J’avais tous mes repères là-bas, ma famille, mes amis, j’étais bien. Je ne manquais de rien, j’avais une très belle vie là-bas.

F.M : La famille, justement. As-tu était bercé par le football ? D’ailleurs, comment se passe la relation à distance avec ses proches quand on habite à 4 600 km de Paris, 11 400 km de Yaoundé ?

P.B : Aucun membre de famille n’était dans le football. C’était plutôt des adeptes de grandes études. Mon père, comme mon grand frère, voulait que je fasse des études, c’était compliqué au début pour lui d’accepter que je fasse du foot. Ma mère, elle, m’a toujours soutenu dans ce choix de carrière. Aujourd’hui, ils sont tous très heureux pour moi, donc tout va bien. Je suis le plus jeune, donc toute la famille veille sur moi. On a un groupe sur WhatsApp, on se donne des nouvelles assez souvent. On s’appelle et on s’envoie des messages. On se voit beaucoup moins, c’est sûr.

F. M : Tu as quitté le Paris FC et la capitale pour Sochaux assez jeune...

P.B : J’ai quitté la région parisienne très tôt. J’avais 13 ans, je crois. J’évoluais au Paris FC et lors d’un match un recruteur m’a donné une invitation pour que je vienne participer à une semaine de stage à Sochaux. À l’époque, le club était en Ligue 1. J’y suis allé. Après la première journée d’entraînement, ils m’ont proposé de signer un accord de non-sollicitation (ANS). J’étais ravi. J’ai signé. Il y avait le LOSC aussi qui s’était manifesté. Mais le club n’avait pas encore son centre de formation (ouvert en août 2007, ndlr). Ils envoyaient les jeunes dans des familles d’accueil. Après un essai, j’étais rentré à Paris. J’ai finalement choisi Sochaux.

En centre de formation : « Ce sont mes meilleures années, les années d’insouciance. Tu ne vois pas le monde du foot comme quand tu es dedans, quand tu es professionnel. »

F.M : Quels souvenirs gardes-tu du centre de formation du FC Sochaux-Montbéliard ?

P.B : (Rires) Franchement, c’était mes meilleures années. Il y avait un peu de tout. Des bêtises, des bons moments, des moments tristes... Ce sont mes meilleures années, les années d’insouciance. Tu ne vois pas le monde du foot comme quand tu es dedans, quand tu es professionnel. Tu ne vis pas toutes les trahisons, tous les déboires que tu peux connaître au cours de ta carrière. Au centre de formation, tout se passe bien, tu es content, tu vis avec une bande de potes. Même si à chaque fin de saison, il y a des moments tristes. Des potes partent. Mais d’autres arrivent. Avec, à chaque fois, de nouvelles amitiés. Au final, c’était une expérience magnifique.

F.M : Justement, quels amis as-tu gardé de cette époque à Sochaux ?

P.B : Du centre formation, je suis toujours en contact avec Jérôme Roussillon (arrivé en 2009, ndlr), qui venait de l’INF Clairefontaine et joue aujourd’hui à Wolfsburg, et Cédric Bakambu (arrivé comme lui en 2006, ndlr), qui jouait à l’US Ivry au départ, aujourd’hui en Chine (Beijing Sinobo Guoan, ndlr). On a fait quelques petites bêtises ensemble, mais rien de bien méchant. Je me souviens du directeur du centre de formation, Jean-Luc Ruty, qui nous avait donné quelques petites punitions. C’était vraiment une bonne période.

Pétrus Boumal, entouré de Cédric Bakambu et Jérôme Roussillon (2013/2014).

F.M : Sous les ordres de Mécha Bazdarevic, tu fais tes débuts en pro en 2011, à 18 ans, face à Nice, en 8es de finale de Coupe de la Ligue. Tu en gardes un bon souvenir ?

P.B : C’est un sentiment mitigé. Je n’avais pas eu d’émotion particulière. C’était ma première fois. Mais c’était un match où on était dominé. J’avais joué les 25 dernières minutes. C’était une soirée plutôt négative. Rien n’allait dans le bon sens. On avait été éliminés d’ailleurs (2-1). Je ne considère pas ce match comme mes débuts. Pour moi, mes vrais débuts coïncident avec l’arrivée d’Hervé Renard sur le banc, lors de la saison 2013/14. Il venait de remplacer Eric Ély. C’est là que je commence à jouer, à enchaîner des matches. De fin octobre à début décembre. En janvier aussi. Et puis je suis écarté.

F.M : Les choses ont un peu mal tourné à Sochaux. Une histoire de poste qui ne t’allait pas...

P.B : Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme il fallait. Quand Renard vient, il me fait jouer quelques matches au poste de latéral gauche. Moi, dans ma tête, je me dis "non, je suis un milieu de terrain". À un moment donné, quand je suis passé professionnel, j’ai senti une hésitation chez les dirigeants. Ils voulaient me faire passer latéral gauche, parce que Jérôme Roussillon était blessé. Mais moi je n’aimais pas. Je n’essayais même pas de donner plus pour pouvoir jouer à ce poste. Je voulais bien dépanner, mais c’était tout. Je n’allais pas prendre de plaisir et je ne voulais pas me forcer.

« En toute humilité, quand je voyais les milieux de terrain de Sochaux à cette époque-là, je me disais : tu joues quelques matches et tu vas prendre la même confiance qu’eux. Au pire, tu feras aussi bien qu’eux. »

F.M : Regrettes-tu aujourd’hui d’avoir eu cette attitude ?

P.B : Aujourd’hui, quand je regarde en arrière, je me dis que je n’aurais pas dû réagir comme j’ai réagi à l’époque. Après moi je suis comme ça, je ne fais pas semblant. Peut-être qu’à un moment donné j’aurais dû faire l’effort, faire les choses sérieusement et essayer de m’imposer à ce poste. Pour gratter des matches et me faire une place. Mais j’assume mon choix. C’était une obsession. Je savais que je pouvais réussir en tant que milieu de terrain. J’ai toujours aimé être au cœur du jeu, participer à sa création. En toute humilité, quand je voyais les milieux de terrain de Sochaux à cette époque-là, je me disais "tu joues quelques matches et tu vas prendre la même confiance qu’eux. Au pire, tu feras aussi bien qu’eux". Aujourd’hui, quand je vois comment ça se passe je me dis "heureusement que j’ai persévéré". Je ne sais pas du tout où je serais aujourd’hui".

Sous les yeux d’Hervé Renard, Pétrus Boumal (n°29) laisse sa place à Mamadou Lamarana Diallo (n°33), face au SC Bastia (76e, 0-0).

« Je résilie, sauf que derrière je n’ai rien. Et là, c’est la merde (sic). Je me retrouve sans club. »

F.M : Et finalement tu as résilié ton contrat avec le club estampillé Peugeot à 21 ans. Une erreur ? La Bulgarie est devenue une sorte d’échappatoire ?

P.B : Finalement, ils ne m’ont jamais vraiment laissé l’opportunité de m’exprimer à ce poste. Mais je n’en veux à personne. C’est de ma faute. À la fin de la saison, Sochaux descend en Ligue 2. C’est là qu’un agent me conseille de résilier. Il a deux propositions pour moi, dont une d’un club qui va monter en Ligue 1 et une autre d’un club de Championship. Je résilie, sauf que derrière je n’ai rien. Et là, c’est la merde (sic). Je me retrouve sans club. À la base, je me retrouve en Bulgarie complètement par défaut. Je ne me voyais jamais aller là-bas. Mais je n’avais pas trop le choix. Au départ, je refusais d’y aller. Puis, tout bien réfléchi, je me suis dit que je ne pouvais pas rester sans club, sans jouer. Il fallait essayer.

F.M : Comment s’est passée l’acclimatation du côté du Litex Lovetch ? Au premier abord, cela ressemble à une expérience galère.

P.B : Au début, c’était vraiment très compliqué. Quand tu quittes un club qui évoluait en Ligue 1, avec des structures qui vont avec, et que tu te retrouves en Bulgarie... à 21 ans... c’est très très compliqué. Les premiers mois, ce n’est pas facile. C’est aussi ça qui m’a forgé un mental d’acier. Cela me permet aussi d’avoir aujourd’hui du recul sur les choses, sur la vie. Cela m’a rendu meilleur. Cela m’a rendu homme. Et mine de rien, c’est un club qui a de bonnes structures, comparé à d’autres formations du championnat bulgare. Après six mois compliqués, je joue beaucoup et les choses commencent à bien se passer. La ville est paumée, mais du point de vue du football, tout va bien. J’ai passé deux ans là-bas, avant de rejoindre le CSKA Sofia.

« Jusqu’à ce que le président, devenu propriétaire du CSKA Sofia, ne décide de transférer toute l’équipe du Litex Lovetch dans son nouveau club ! Toute l’équipe ! »

F.M : Après deux saisons, pourquoi ce transfert du Litex Lovetch au CSKA Sofia ?

P.B : À ce moment-là, j’ai des contacts avec des clubs mais mon président ne veut pas me laisser partir. Je reste donc. Jusqu’à ce que le président, devenu propriétaire du CSKA Sofia, ne décide de transférer toute l’équipe du Litex Lovetch dans son nouveau club ! (Rires) Toute l’équipe ! Tous transférés, sans l’aval des joueurs. Je n’ai passé qu’un an au CSKA Sofia. Car au moment où j’ai été transféré là-bas, il ne me restait qu’un an de contrat. J’étais donc libre à la fin de la saison. Il y avait une option pour une prolongation, mais il fallait qu’ils m’envoient le contrat avant le 31 mai. Chose qu’ils n’ont pas faite. Je me suis dit "quelle chance, je vais sortir de la Bulgarie !"

Comme tous ses coéquipiers du Litex Lovetch, Pétrus Boumal est transféré au CSKA Sofia à la fin de l’été 2016.

« Le jour où mes supporters font ça à un adversaire, tu peux être sûr que je vais quitter le terrain. Peut-être que j’irai même résilier mon contrat. »

F.M : En Bulgarie, tu as malheureusement fait l’expérience du racisme dans les stades. Un mal qui se propage un peu partout.

P.B : J’y ai été confronté en Bulgarie, mais pas en Russie. Le problème c’est de savoir comment faire pour sortir de ça. Est-ce qu’il faut simplement sanctionner les clubs et les individus financièrement et passer à autre chose, ou clairement les identifier et les bannir à vie des stades ? Je suis d’avis de frapper le plus fort possible. Ce qui me choque le plus, c’est de voir des supporters d’une équipe dans laquelle il y a un joueur noir faire des cris de singe envers un joueur de l’équipe adverse. À ce moment-là, je ne regarde pas les supporters qui font ces cris. Je regarde le joueur noir de leur équipe, qui ne dit rien. Je me dis "mais il fait quoi ? Pourquoi il n’agit pas ?". Quand tes supporters ont insulté un joueur tout le match et qu’à la fin tu vas les saluer, excuse-moi mais ce n’est pas les supporters qu’il faut aller blâmer. Moi, le jour où mes supporters font ça à un adversaire, tu peux être sûr que je vais quitter le terrain. Peut-être que j’irai même résilier mon contrat. Il faut toujours s’indigner face à ce genre de chose. Même si c’est de la bêtise, il ne faut pas accepter, parce qu’il y a des gens qui te disent "ils font ça pour te déstabiliser’". Non, non, ils font ça pour m’atteindre. Il y a d’autres moyens pour déstabiliser. Le racisme n’en fait pas partie.

F.M : La Russie est apparue comme une évidence après ton expérience bulgare ? Dijon s’était manifesté en 2017.

P.B : J’ai reçu des offres de France, de Belgique, que je n’ai pas jugées intéressantes à ce moment-là. Je savais ce que je voulais. Quelque chose de sérieux, dans un championnat de première division. J’ai reçu l’offre d’Ural. On ne va pas se mentir, financièrement c’était aussi bien, mais surtout je me suis dit "plutôt qu’une deuxième division en France, autant partir découvrir la première division, en Russie". J’ai tout de suite été agréablement surpris.

À son arrivé au FK Ural à l’été 2017, Pétrus Boumal choisit le numéro 13. Pas par superstition.

F.M : Cela fait deux ans que tu foules les pelouses de Premier League russe. Tu penses à la prochaine étape ?

P.B : On verra ce que l’avenir me réserve. Pour le moment, je ne me pose pas trop de questions sur l’avenir. On aspire toujours à quelque chose de mieux, mais je dois tout d’abord faire les choses bien ici à Ural. Bien terminer la saison et on verra ce qui se présentera. Si je dois rester, je resterai sans problème, et si un club me désire, et qu’il pourrait me permettre de grandir, de progresser, avec un projet sérieux, j’en parlerai avec mes dirigeants. Mais ça ne fait pas partie de mes priorités. L’objectif est de terminer dans les six premiers du championnat avec Ural. Vu la qualité de notre groupe, je pense qu’on va le faire.

F.M : Si l’expérience à Sochaux s’est mal finie, tu continues de suivre l’actualité du club ? Les Doubistes traversent des moments compliqués en Ligue 2 et se sont renforcés avec des joueurs d’expérience cet hiver, comme Mohamed Sissoko. Te vois-tu reporter les couleurs sochaliennes, un jour ?

P.B : Oui, je suis toujours l’actualité du club. Mais moi Sochaux, je suis en dehors maintenant. Je ne peux pas commenter. Peut-être que Sochaux, à un moment donné, a eu trop de jeunes joueurs dans son effectif. Ils ont recruté des joueurs d’expérience cet hiver. J’espère que le club va se sauver. C’est le club qui fait bouger la région. Aujourd’hui, j’ai encore beaucoup trop de choses à me prouver, à découvrir, je ne pense pas du tout revenir à Sochaux. C’est simplement une région que j’apprécie, où j’ai passé une bonne partie de mon enfance. C’est calme, on ne t’embête pas. La situation actuelle me désole. Un club comme Sochaux doit rester dans l’élite. Beaucoup d’entreprises de la région et leurs salariés vivent grâce au club, et le club vit grâce à eux.

F.M : Et tu as gardé de bonnes relations avec Omar Daf, le coach actuel de Sochaux...

P.B : Omar Daf, c’est le sage. J’ai gardé de bonnes relations avec lui. On se parle un peu moins, mais on se donne des nouvelles. C’est celui qui a toujours la parole juste. J’espère que les joueurs assimilent son discours, qu’ils l’appliquent et qu’ils apprennent. C’est un mec super, très rigoureux. Je lui souhaite le meilleur et surtout qu’il parvienne à placer le club de Sochaux où il mérite d’être. Omar mérite la réussite, c’est un très bon.

« Bien sûr, j’aimerais bien revenir jouer en France »

F.M : Depuis la Russie, quel regard portes-tu sur la Ligue 1 actuelle ? Est-ce un championnat dans lequel tu te verrais bien évoluer ?

P.B : Honnêtement, je ne regarde pas beaucoup les matches à la télé. Mais je suis la Ligue 1, je suis au courant de ce qu’il s’y passe. C’est un championnat qui devient de plus en plus intéressant. Dans lequel il y a beaucoup de compétitivité. Les équipes deviennent de plus en plus solides année après année. Bien sûr, j’aimerais bien revenir jouer en France, si je reçois une proposition intéressante et qui me permet d’aller toujours vers ce à quoi j’aspire. Progresser, atteindre les objectifs que je me fixe. Aujourd’hui, je sais ce que je veux. La France peut être très bien pour cela. En France, j’aime bien ce que fait Montpellier cette année. Et il y a Reims aussi, c’est pas mal ce qu’ils sont en train de faire.

« J’aime la mentalité, la culture et le professionnalisme du football allemand. »

F.M : Outre la France, parmi ceux qu’on appelle communément les « cinq grands championnats », lequel a tes faveurs ?

P.B : À la base, je suis fan du Championnat d’Allemagne. Je dirais qu’il se place un cran au-dessus du Championnat de France. - Tu as l’ambition de retrouver Jérôme Roussillon (joueur de Wolfsburg, ndlr) ? - (Rires) Si l’on se retrouve, pourquoi pas, oui ! J’aime bien le football allemand. C’est ouvert, ça joue, les équipes prennent des risques. Dans les matches que je regarde, il y a du rythme. Cela va sans-cesse de l’avant. J’aime bien quand on parle de jeu. À la fin des matches, il y a des scores que l’on ne retrouve pas dans d’autres championnats. Cela a son charme. J’aime la mentalité, la culture et le professionnalisme de ce football. J’aime beaucoup le projet de Dortmund.

Pétrus Boumal se verrait bien de nouveau croiser la route de Jérôme Roussillon, en Bundesliga.

F.M : L’été dernier, on parlait d’un intérêt d’Everton à ton sujet, en cas de départ d’Idrissa Gueye. Cet hiver, l’AS Monaco aurait sondé ton club, au moment où William Vainqueur était entre deux eaux. Qu’est-ce que ça fait de se savoir observé ?

P.B : Si je n’ai pas eu vent de l’intérêt de Monaco, j’avais entendu parler de celui d’Everton, l’été dernier. C’est sûr que ça te booste. Ça te montre que dans la vie tout est possible. Qu’il faut juste persévérer, travailler et faire les choses bien. Tout peut arriver. Je me dis que les choses finiront par arriver. Je me revois il y a deux ans, à une époque où je ne pouvais imaginer qu’un jour des clubs comme Bordeaux, Everton, Anderlecht ou Genk pourraient s’intéresser à moi. C’est qu’aujourd’hui il se passe quelque chose, cela veut sûrement dire que j’ai ma place dans ce milieu. Aujourd’hui, je ne connais pas mes limites. Je vais essayer de pousser au maximum, de voir jusqu’où je peux aller.

F.M : Tu comptes deux sélections avec le Cameroun, j’imagine que le CAN qui se profile à l’horizon est un objectif. Il y a un titre à défendre.

P.B : Tout est possible. Evidemment, c’est un objectif. Si je suis appelé, c’est à moi de montrer que je mérite d’être dans ce groupe, de faire ce qu’il faut. J’étais blessé lors des derniers rassemblements et j’ai dû déclarer forfait. Maintenant, je suis apte, on a bien bossé, je suis prêt. Je serai toujours là, fier de représenter mon pays. Pour beaucoup, c’est un rêve. Pour la CAN, on verra. Mais c’est certain que tous les footballeurs professionnels camerounais aspirent à la liste finale et espèrent y participer. Comme d’autres, je vais attendre ça tranquillement, faire tout ce qu’il faut pour y être. Le coach prendra sa décision. C’est toujours un plus, un bonus de bénéficier du savoir-faire de Clarence Seedorf et Patrick Kluivert. Ils t’apportent toujours quelque chose. On a juste à écouter et à appliquer les consignes.

Pétrus Boumal arborait le n°17 avec le Cameroun face au Malawi, le 16 octobre dernier (0-0).

F.M : La CAN aurait dû être organisée par le Cameroun, tenant du titre. Que penses-tu de la décision de la CAF, de finalement l’attribuer à l’Egypte ?

P.B : Je me dis, dans chaque mal, il y a un bien. Je ne suis pas fataliste. Cela me vient de mon expérience personnelle. Ce que tu penses être mal, peut-être que cela te protège d’autre chose. Je me dis que si l’on n’a pas pu organiser la CAN cette année, peut-être qu’on sera mieux préparés pour 2021, que le pays sera mieux structuré, qu’il pourra mieux accueillir les équipes et les supporters qui viendront soutenir leurs nations. Ce n’est pas la fin du monde.