Triste semaine pour le football. Vendredi, le monde du ballon rond était terrassé par le décès de Tito Vilanova. Dimanche, c’est un autre entraîneur qui disparaissait. Vujadin Boskov. Un nom qui ne dira pas grand-chose aux plus jeunes, et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir fréquenté longuement les bancs européens. De fait, Boskov, c’est presque 40 ans de coaching, initié en Suisse, terminé avec l’équipe nationale de Yougoslavie en 2001. 40 ans de voyages, de succès, d’échecs aussi, avec un caractère attendrissant et une verve qui a fait sa légende, à la manière d’un José Mourinho, dans un style radicalement opposé.

Globe-trotter et père spirituel de la Super Samp’

Boskov a débuté sur les bancs aux Young Boys, avec lesquels il occupait un poste d’entraîneur-joueur de 1962 à 1964, pour terminer une carrière de footballeur honorable, presqu’entièrement dédiée au FK Vojvodina et ponctuée de 57 capes avec sa sélection. Éphémère directeur technique de ce même club, il réalise l’exploit de rafler un titre national en 1966, dans un pays alors dominé par les deux géants de l’Étoile Rouge et du Partizan. Son premier voyage coïncide avec son premier trophée de coach, sur le banc de l’ADO Den Haag avec une Coupe des Pays-Bas en 1975. De quatre saisons passées en Hollande, le Serbe rejoint alors l’Espagne. S’il ne gagne rien avec son premier club Saragosse, sa rigueur tactique convainc le Real Madrid de lui confier son banc en 1979. S’en suivent trois saisons de hauts – un doublé Coupe-championnat à l’issue de sa première campagne, une nouvelle coupe l’année suivante – et de déceptions, avec notamment une finale perdue en Ligue des Champions en 1981.

Boskov aura flirté avec le toit de l’Europe une nouvelle fois, onze ans plus tard, avec la Sampdoria. Sans aucun doute le club au sein duquel il a laissé les plus beaux souvenirs : cette équipe-là, emmenée par le fabuleux duo d’attaque Vialli-Mancini, était surnommée la Super Samp’. Boskov en fut le père spirituel, l’accompagnant dans tous ses succès de 1986 à 1992. Un titre de champion, l’unique de l’histoire blucerchiata, en 1991, mais aussi deux Coupes, une Supercoupe, une Coupe des vainqueurs de Coupes, et donc, cette fameuse finale de LdC perdue (1-0) face au grand Barça en 1992, après prolongation.

L’Italie endeuillée récite ses vers

C’est logiquement en Italie, où il a passé 15 années fructueuses – il a également coaché Ascoli, la Roma, Naples ou Pérouse – que Boskov fut le plus adulé, et par la même, qu’il est le plus regretté aujourd’hui. C’est non sans émotion, que les amateurs de calcio se souviennent de ses aphorismes, qui ont tant rythmé leurs weekends pendant une grosse décennie, et sont rentrés pour certains dans le langage footballistique transalpin. « Si nous gagnons nous sommes des gagnants, si nous perdons nous sommes des perdants », « mieux vaut perdre une fois 6-0 que six fois 1-0 », « pénalty, c’est quand l’arbitre siffle »… Son aisance orale pour balayer les polémiques et décrire les faits de jeux ont sonné aux oreilles des Italiens comme une douce poésie.

Aujourd’hui, donc, le technicien n’écrira plus de vers. Mais ses anciens protégés s’en sont chargés, pour honorer sa mémoire. Francesco Totti, qui a débuté en équipe première sous ses ordres, « remercie » le coach de l’avoir lancé dans le grand bain. « Maintenant c’est depuis le ciel, avec ton ironie et ton sourire, que je suis sûr que tu continueras à regarder le football avec l’œil de l’immense maestro que tu es. » Sinisa Mihajlovic, compatriote, ancien joueur et actuel entraîneur de la Samp’, parle d’un « père, d’un maestro, d’un exemple d’un point de vue footballistique et humain, de ces personnages qui, lorsqu’ils partent, laissent un vide immense. » Il fut un « modèle, un exemple » pour le portier de sa super Samp’ Gianluca Pagliuca, « un grand frère » pour Roberto Mancini. La plupart des clubs transalpins, le Real également, lui ont rendu un dernier hommage. La Samp’ s’est montrée plus expansive. Mais Boskov, pour sa carrière et son charisme, mérite bien d’être salué de tous. Ciao, Mister.