CdF, Dorian Lévêque : «sur 10 matches, ils en gagneront peut-être 9, mais il y a une chance»

Il y a six longues années, Dorian Lévêque - version cheveux longs et latéral gauche - faisait partie de l’équipe de Guingamp qui a remporté la Coupe de France en sortant en demi-finale le Monaco de James Rodríguez et Claudio Ranieri (3-1 a. p.), avant de jouer la saison suivante la Ligue Europa quatre ans seulement après avoir évolué en National. De retour sur le devant de la scène avec le modeste promu de National 2, GFA Rumilly Vallières, il va croiser jeudi la route de la machine à broyer de Niko Kovac à l’occasion des demi-finales de Coupe de France. Et avec un nom comme le sien, on a le droit de croire au miracle.

Dorian Lévêque célèbre son but vainqueur face à Monaco, le 8 février 2015.
Dorian Lévêque célèbre son but vainqueur face à Monaco, le 8 février 2015. ©Maxppp

Foot Mercato : salut Dorian, l’émotion est un peu retombée depuis la qualification pour les demi-finales du club contre le TFC (2-0, le 20 avril) ?

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Dorian Lévêque : oui, même si, forcément, on a été émus. On est un club amateur qui se qualifie pour une demi-finale de Coupe, c’est pas quelque chose de banal ! Il y a eu beaucoup de joie, d’autant qu’il y avait très peu de mecs qui avaient connu ça dans le groupe. Il y en avait déjà peu qui avait joué contre une équipe pro, alors gagner…

FM : avec Rumilly, vous allez jouer jeudi une demi-finale de Coupe de France face à l’AS Monaco, que beaucoup considèrent comme la meilleure équipe de Ligue 1 en 2021, entraînée par un ancien coach du Bayern et avec des joueurs en face comme Cesc Fàbregas ou Stevan Jovetic… Dans quel état est le groupe avant ce match ?

DL : on n’est pas tombés dans l’excès. Il y a eu beaucoup de joie au moment du tirage, quoi qu’il arrive pour nous ça aurait été une grosse équipe (Montpellier, Monaco ou le PSG. NDLR). Là, c’est Monaco. C’est bien, ça récompense l’ensemble du club, c’est vraiment une affiche, après on sait que la probabilité que l’on gagne le match est vraiment très faible. Mais il y en a une et il y déjà eu des surprises par le passé.

FM : cette saison, le club est promu en N2, la saison en championnat a été stoppée fin avril et vous êtes aux portes du Stade de France. C’est quoi la recette magique ?

DL : c’est un ensemble de facteurs. Déjà, le format de la Coupe cette année a fait que certains clubs pros se sont éliminés entre eux sur les tours précédents. Ça, plus notre rigueur et notre sérieux, et un brin de réussite, tout ça fait qu'aujourd’hui on en est là. C’est aussi qu’on le mérite et que l’on a fait le nécessaire pour. Il faut savoir que les joueurs, avant que j’arrive, ils s’entraînaient à 6 heures 30 du matin, sur le synthétique, avant d’aller au boulot. Il y en a pas un qui a rechigné ! Tout ça dans l’éventuelle possibilité de reprendre le championnat de N2, qui a repris pour nous, avec un match en retard, puis s’est arrêté à nouveau. Aujourd’hui, c’est une récompense du sérieux qui a été mis par tout le monde sur l’ensemble de la saison, en plus d’un ou deux éléments extérieurs, mais il en faut toujours dans le football pour que ça tourne dans le bon sens.

Foot Mercato : il y a eu un déclic, un moment dans la saison où vous réalisez, où vous vous dites entre vous que vous faites quelque chose d’important en tant que groupe ?

DL : quand on gagne (5-1) à domicile (au 2e tour face à l'AS Saint-Priest, NDLR), on fait vraiment une prestation aboutie et je pense qu’à partir de là tout s’enchaîne. Ensuite, on élimine Annecy, qui est un échelon au-dessus, et on se prend au jeu. Maintenant Toulouse. Et forcément, tout le monde voulait taper une Ligue 1. Beaucoup le voulaient lors des tours précédents, moi je veux surtout aller le plus loin dans la compétition et j’estime que c’est plus abordable d’avoir une équipe hiérarchiquement inférieure. Là, il restait que des Ligue 1, on arrive en demies, donc c’est que du bonus. Après, ce n’est pas parce que c’est du bonus qu’il ne faudra pas tout donner pour aller au Stade de France.

FM : tu peux me raconter votre préparation pour jeudi, sans matches du coup. Le staff a prévu quelque chose de spécial dans l’approche de la rencontre ?

DL : non pas du tout, on a gardé exactement la même routine, on s’entraîne trois fois par semaine, en plus d’un match amical que l’on a réussi à faire avec les restrictions sanitaires. C’est aussi ce qu’on avait fait aux tours précédents, on avait joué face à des réserves de clubs pros, ou face à des N1 en amical, pour remplacer les matches de N2 que l’on n’avait pas. Je pense qu’il ne faut pas changer ses habitudes, peu importe contre qui on joue. Il faut rester sur ce qu’on sait faire. À titre individuel, ou même collectivement, pendant le match. On va pas commencer à inventer n’importe quoi !

FM : personnellement, tu as signé fin janvier alors que tu étais libre depuis la fin de saison dernière. Qu’est-ce qui t’as motivé à relever ce challenge ? L'amour du foot ?

DL : c’est sûr que j’aime le foot, surtout après ce que j’ai traversé. J’avais d'abord une solution à l’étranger, mais finalement ça ne s’est pas fait, le coach m’a appelé (Fatsah Amghar, NDLR) et il m’a demandé si je voulais intégrer l’effectif pendant six mois, pour prendre du plaisir, amener mon expérience, et continuer à jouer au foot. Comme c’était à côté de chez moi, que j’ai bien aimé l’état d’esprit du club, que je connaissais déjà certains joueurs, ça s’est fait assez naturellement. Ça me permettait de jouer au foot près de chez moi, à un certain niveau et dans un club structuré. Il faut savoir qu’on est une quinzaine au club à être passés par Annecy. La proximité géographique fait qu’on se connaît un peu tous.

FM : ça peut aider, de bien se connaître, pour pousser dans les moments plus compliqués.

DL : ça peut toujours aider, même si je pense que quand on est dans une équipe, en pro ou en amateur, on a l’habitude de s’arracher les uns pour les autres. Mais c’est sûr que c’est encore plus beau quand c’est avec des potes !

FM : justement, en seizième, tu entres et tu marques ton tir au but contre ton club formateur, Annecy. C’est quoi l’émotion à ce moment-là ?

DL : on se connaissait tous avec les mecs d’Annecy et du GFA, mais chacun voulait défendre les couleurs de son club actuel. C'était un match engagé, mais avec du respect. Et moi, j’étais simplement content de gagner pour aller le plus loin possible dans la compétition.

FM : en huitièmes et en quart, tu es titulaire, mais à un poste un peu inédit de défenseur central (il est arrière gauche au départ, NDLR). Comment la réflexion de te repositionner s’est faite ?

DL : lors d’un match amical pour préparer celui face au Puy, le coach m’a mis dans cette position, et je me suis adapté. Ça s’est bien passé jusque-là. J’amène un peu d’expérience dans la relance, du calme. Pour l’instant, ça a été, même si là… Monaco ça va être autre chose (rires).

FM : jeudi, tu vas vivre ta troisième demi-finale de Coupe de France, la deuxième face à Monaco. La dernière contre l’ASM remontait à avril 2014, face au Monaco de Claudio Ranieri, qui est à l’époque le principal rival du PSG et qui vient de faire un mercato galactique à l’échelle de la Ligue 1...

DL : Éric Abidal, Yannick Carrasco, James Rodríguez, … Il y avait toute la clique ! On savait que c’était un gros morceau, mais on avait vraiment confiance en nous. On savait clairement qu’on pouvait gagner. La probabilité de passer était plus grande que jeudi et le contexte était totalement différent. Notamment avec le huis clos. On ne pourra même pas bénéficier de nos supporters et on sait que c’est très important dans des moments comme ça, pour nous sur le terrain et pour les gens, pour tout le monde ! Maintenant, il y a un match à jouer, et j’ai toujours été dans la philosophie de dire qu’il ne faut craindre personne. On sait qu’il y a de la qualité. Sur 10 matches, ils en gagneront peut-être 9, mais il y a une chance. Et à partir du moment où il y a une chance, il faut tout donner ! Si on donne tout et que l’on perd, il n’y aura rien à dire, la logique aura été respectée. On part du principe que l’on n’a rien à perdre. Par contre, il faut jouer le match ! Il n’y a rien de pire que les regrets dans les moments pareils.

FM : ce match vous le remportez finalement 3-1 au bout de la prolongation, avec des buts de Fatih Atik (112e) et Mustapha Yatabaré (117e), malgré l’égalisation de Dimitar Berbatov. C’est une énorme perf’ quand on sait que Guingamp est en National trois saisons auparavant, et termine 15e de Ligue 1 cette année-là.

DL : on n’était pas favoris, c’était un exploit, en plus, le match va en prolongations, donc finir à 3-1 comme ça, l’émotion était vraiment forte. Cette soirée, elle a été magnifique pour nous. Le stade était plein, on joue au foot pour vivre des moments comme celui-là ! Ça reste, c’est ancré. Récemment, on en parlait par téléphone avec Mus’ (Yatabaré) et on se disait : « quand on regarde dans le rétro, on a quand même fait quelque chose de bien ! » Certains étaient arrivés en National (lors de la saison 2010-11, NDLR), on fait les montées, on gagne la Coupe et l’année d’après on sort des poules d’Europa League, le club se maintient six saisons en Ligue 1, ce qui est un record dans l’histoire de l'EAG, cette période c’était une expérience sportive et humaine. Certains qui étaient arrivés en National étaient encore là quand on va se qualifier au PAOK (Thessaloniki) et jouer face au Dynamo Kiev…

FM : tu gardes des contacts avec certains de tes partenaires de l’époque ?

DL : honnêtement, les liens comme ça, ils restent à vie. On ne peut pas rester en contact avec tout le monde, mais quand on se recroise c’est toujours avec un grand plaisir. Pour ma part, je suis toujours en contact avec pas mal d’entre eux, que ça soit par WhatsApp, ou via les réseaux sociaux. Ça fait plaisir de voir l’évolution de chacun.

FM : après le match d'avril 2014, Claudio Ranieri lâche : « ce soir, Guingamp était Monaco. » Avec le recul, quand tu vois où évoluent Yannick Carrasco, Fabinho, ou Geoffrey Kondogbia, tu te dis que c’est énorme ce que vous avez fait ?

DL : quand on prend le onze, c’est sûr qu’il y avait du très lourd. Mais ce soir-là, avec l’envie et les qualités… De toute façon, dans cette équipe de Guingamp, il n’y avait pas que l’envie non plus, on ne fait pas tout avec l’envie, c’est la base mais si derrière il n’y a pas la qualité footballistique ce n’est pas la peine d’espérer quoi que ce soit. Le coach était garant de tout ça. Il amenait aussi une certaine stabilité. Il est arrivé en National et il avait tout à rebâtir ! Bien évidement qu’il n’était pas tout seul, mais quand un coach reste six années et qu’il amène une équipe du National à l’Europa League… Je pense que c’est rare ! À notre échelle aussi, peu de joueurs ont connu une ascension comme ça, du National à l’Europe. L’effectif se bonifiait chaque saison avec quelques recrues, mais il y avait quand même un socle qui venait du National. Ça démontre qu’il y avait de la qualité et qu’on a progressé au fil du temps. On était pas les mêmes joueurs en National et en Europa League.

FM : conséquence directe de votre sacre en Coupe, vous jouez la Ligue Europa en 2014-15. C’est une première pour le club et vous ne faites pas que de la figuration, puisque vous vous qualifiez pour le tour suivant juste derrière la Fiorentina de Mario Gómez, David Pizarro ou Josip Ilicic, avant de tomber avec les honneurs face à un bon Dynamo Kiev (2-1, 1-3). Kiev qui va d’ailleurs se faire éliminer en quart par la Viola (1-1, 2-0). C’est quoi ton souvenir le plus fou de cette campagne ?

DL : le plus fou, c’est la qualification au PAOK ! Sortir de la phase de poule, avec notre effectif, notre budget, je pense qu’on pouvait parler d’exploit. Mais il y a des regrets derrière, lors de la double confrontation face au Dynamo où à l’aller on arrive pas à tuer le match et on ne gagne que 2-1, et au retour, on fait une bonne partie, on sent qu’à un moment ça peut tourner pour nous et que, finalement, sur un penalty un peu stupide, on perd là-bas (3-1, NDLR). Il y a beaucoup de déception. Quand vous perdez contre plus fort que vous, qu’il n’y a rien dire sur les deux rencontres, il n’y a pas de regrets, mais là vu les deux matches, je pense qu’on est plusieurs à avoir des regrets aujourd’hui encore.

FM : la même année, vous vous offrez une victoire de prestige face au PSG de Zlatan Ibrahimovic (avant de prendre une volée au retour, NDLR) et surtout vous atteignez encore une fois les demi-finales de la Coupe de France, face à Auxerre. Là, vous tombez sur une équipe de morts de faim, avec un public chauffé à blanc et vous vous faites piéger (défaite 1-0). Il y a même un envahissement de terrain à la fin du match...

DL : je m’en souviens parce que c’était une période où l’on jouait pas mal de matches et que je me blesse à l’ischio en première mi-temps (il sort à la 42e minute de jeu, NDLR). Tout ce qui s’est passé après, l’envahissement de terrain etc, je ne l’ai pas vécu, j’étais au vestiaire. Forcément, jouer une demie, être à une marche du Stade de France et se blesser, ça reste une soirée très amère.

FM : Jeudi, tu retrouves une demi-finale de Coupe de France six ans plus tard. Après les blessures ou la relégation avec le Mans, lors d’une saison blanche et avec une N2. C’est le destin ?

DL : une carrière, c’est un peu comme la vie. Il y a des éléments que l’on peut maîtriser, d’autres non. Aujourd’hui, le football fait que je vais rejouer une demi-finale de Coupe de France.

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