L'impact des réseaux sociaux dans le football

Mental
Thilo Kehrer en Ligue des champions
Thilo Kehrer en Ligue des champions ©Maxppp

Formidable outil de partage d’informations que les footballeurs utilisent régulièrement pour briser la glace avec leurs fans, les réseaux sociaux ont aussi une facette bien moins glorieuse qui touche directement le monde du football. La dérive des réseaux sociaux est telle qu'on en vient à se demander si nous ne sommes pas en train d’assister à la déshumanisation des footballeurs ?

Instagram, Twitter, Facebook, TikTok… Les réseaux sociaux prennent de plus en plus de place dans nos quotidiens. Aujourd’hui, tout passe par ces plateformes, tout est analysé, commenté, scruté et le monde du football n’y échappe pas. Bien au contraire. Fini l'époque où il fallait attendre d'être au stade ou au centre d'entraînement pour entrer en contact avec les supporters et recevoir des éloges ou, à contrario, se faire siffler voire insulter.

La suite après cette publicité

Aujourd’hui, et c’est encore plus vrai avec les matchs à huis clos engendrés par la pandémie mondiale, c’est avant tout sur les réseaux sociaux que les fans de football se déchaînent. En mai 2020, une étude de l’agence de marketing Redtorch et des experts de 90/24 Media a révélé qu’avec la pandémie mondiale, 44% des personnes passaient plus de temps qu’avant sur les réseaux sociaux. Les footballeurs aussi y passent plus de temps avec une augmentation de leur production de vidéos de 15% se traduisant par 82% de vues supplémentaires.

Neymar

Si les footballeurs brisent les barrières qui les séparent de leurs fans, c’est d’une part pour sociabiliser, puisque c’est toujours agréable d’être en relation avec ses supporters les plus fidèles, mais d'autre part pour augmenter leur cote de popularité à travers le monde et d'attirer de nouveaux sponsors. Ce serait se voiler la face que de penser qu’il n’y a que le terrain qui compte dans le football de la dernière décennie, la côte de popularité joue également un rôle prépondérant. Les footballeurs, ou du moins les plus connus d’entre eux, sont devenus de véritables marques à part entière.

Quand le Paris Saint-Germain dépense 222 millions d'euros pour acquérir Neymar, il ne paye pas que le talent du Brésilien mais également son image. Neymar a par exemple fait passer Paris dans une autre dimension sur le plan marketing, ayant 9 fois plus de followers sur Instagram que le club de la capitale au moment de sa signature. Les footballeurs sont aujourd'hui des produits marketing, et c’est dans l’intérêt de gagner de la valeur qu’ils s’exposent tant sur les réseaux sociaux. Seulement, ces bons côtés ne concernent presque que les footballeurs de très haut niveau. De manière générale, l’impact de ces plateformes de partage est souvent plus néfaste qu'autre chose dans le monde du football.

Des règles trop souples

Pour s’inscrire sur Twitter, Instagram ou encore Facebook, c’est très simple et il n’y a pas besoin de pièce d’identité pour confirmer ses informations personnelles. C’est le premier problème des réseaux sociaux et un sujet qui fait débat depuis quelques années chez les politiciens, dont certains militent pour la vérification de l’identité réelle des internautes qui s’inscrivent sur les réseaux sociaux. Si le sujet fait tant débat, c’est avant tout pour lutter contre l’âge des utilisateurs et éviter que des jeunes enfants soient exposés mais aussi pour lutter contre le harcèlement en ligne, qui touche de nombreux footballeurs professionnels.

Les risques encourus par les utilisateurs malveillants qui insultent des joueurs de football à longueur de journée en se cachant derrière des comptes qui sont souvent créés avec des fausses informations sont quasi nuls. Au meilleur des cas, l’identité réelle de ces personnes est retrouvée sauf qu’il s’agit de cas rares et qu’il est impossible d’enquêter sur des groupes entiers de supporters qui insultent des joueurs, des entraîneurs, des arbitres ou même des présidents de club. Ce n'est tout simplement pas viable pour lutter contre ce phénomène qui ne fait que monter en puissance. Il faut des mesures plus strictes.

Dernièrement en France, suite aux blessures de Neymar en décembre 2020 et février 2021, Thiago Mendes puis Steeve Yago ont été insultés et même menacés par des fans du joueur Brésilien sur les réseaux sociaux. Des injures à caractère raciste ont fusé et même le petit garçon du joueur de Caen a été pris pour cible. Malgré cela, le Burkinabé s'est montré sans faille, disant que ça ne l'atteignait pas. L'épouse de Thiago Mendes a quant à elle réagi fermement. « Tous les messages que je reçois avec des menaces, contre ma famille et moi, seront envoyés à la police », avait-elle averti.

Il y a peu, Thilo Kehrer a également subi une vague de harcèlement sur les réseaux sociaux avec des supporters allant même jusqu’à contacter sa famille sur Instagram ou encore Twitter pour l’insulter ou le menacer suite à ses mauvaises performances. Selon L'Équipe, le défenseur allemand serait en pleine crise de confiance, et les insultes à longueur de journée sur les réseaux sociaux n’ont pas dû arranger la situation. Face à l’ampleur que les événements ont pris, certains supporters parisiens ont lancé le hashtag #TousAvecKehrer pour le soutenir.

Si ces joueurs de Ligue 1 ont été touchés, bien d’autres le sont aussi, et notamment certaines stars du football anglais comme Marcus Rashford ou Raheem Sterling qui sont régulièrement victimes de discriminations raciale. Ces actes ont d'ailleurs incité de nombreux joueurs à boycotter les réseaux sociaux pendant 24 heures en avril 2020. Dans une lettre conjointe adressée au PDG de Twitter Jack Dorsey et au PDG de Facebook Mark Zuckerberg, les instances dirigeantes du football anglais avaient exigé que les messages sur les réseaux sociaux soient filtrés et bloqués s’ils étaient déclarés racistes ou discriminatoires.

Aujourd'hui, tous les acteurs du football anglais se mobilisent avec d'autres organisations et appellent à boycotter les réseaux sociaux à compter du 30 avril et ce jusqu'au 3 mai avec le hashtag #StopOnlineAbuse. Lassés des discriminations en ligne, leur message est clair : la discrimination sur internet doit cesser et pour cela, les plateformes doivent enfin agir de façon significative. Durcir les règles serait un premier pas en avant pour lutter contre la déshumanisation à laquelle on assiste depuis quelques années dans le monde du football.

La déshumanisation des footballeurs

L’un des facteurs aggravant le traitement des footballeurs sur les réseaux sociaux vient du manque d’empathie grandissant dans une société qui tend vers l’individualisme, qui est encore plus flagrant dans le monde du football. « Le grand public ne prend pas en compte nos émotions pour la simple et bonne raison que comme les footballeurs sont très bien payés, ils se disent: « t’es payé tant, tu dois mettre tant de buts », mais ça ne fonctionne pas ainsi », nous disait David Bellion dans une interview où il se confiait sur les différentes épreuves qu’il a eu à traverser dans sa carrière de footballeur.

Ce manque d’empathie se traduit par des propos qui touchent directement l’intégrité mentale des footballeurs. « J’ai fait un très mauvais match, puis quelqu’un sur les réseaux sociaux m’a dit "fais-le comme Enke" », déclarait Bernd Leno, gardien d’Arsenal. Robert Enke est un ancien gardien de la Mannschaft qui s’est suicidé à 32 ans après plusieurs années de lutte contre la dépression. Car oui, la dépression touche aussi les footballeurs, qui sont, jusqu’à preuve du contraire, des êtres humains tout à fait normaux avant d’être des stars sur les terrains. Dernièrement, c’est André Schürrle qui a pris sa retraite pour la même raison.

Andre Schürrle 1920

Si la dépression est encore un sujet tabou dans le milieu footballistique, elle est bien réelle et un rapport de la FIFPro, syndicat mondial des joueuses et joueurs professionnels, datant d’avril 2020 indiquait que « 22% des joueuses et 13% des joueurs ont fait état de symptômes compatibles avec le diagnostic d’une dépression ». Ce qui montre bien que ce ne sont pas des cas isolés et que comme nous tous, les footballeurs ont également des soucis personnels que l’argent ne peut surmonter. « À un moment donné, il y a des événements qui font que même les plus grandes stars ne peuvent pas être performantes et c'est valable dans plein de domaines. Ça n’a rien à voir avec l’argent, le cerveau ne réagit pas avec ce qu’il y a sur le compte en banque », insistait David Bellion.

Il faut donc que tout le monde prenne conscience que tous les propos tenus sur les réseaux sociaux peuvent très vite être relayés et atteindre de nombreuses personnes. Ainsi, n’importe quel message de haine peut devenir viral avec l’effet de groupe. Comme nous tous, les footballeurs utilisent les réseaux sociaux et voient tout ce qui s’y passe. Comme nous tous, ils sont aussi curieux, et veulent savoir ce qui se dit à leur sujet. « Ces quatre ou cinq dernières années, quand les matchs se finissaient, j’ai vu de jeunes joueurs directement regarder Twitter ou Instagram pour voir ce qu'il s'y passe », indiquait le gardien de Watford Ben Foster sur ESPN.

À leur arrivée à Manchester City et Manchester United, Pep Guardiola et José Mourinho ont même tenté de contrôler l’utilisation des portables et des réseaux sociaux au sein de leur club pour protéger les joueurs mais ils ont vite compris que c’était peine perdu. « Ce n’est plus un combat, parce que vous ne vous battez que lorsque vous avez une chance de gagner », expliquait The Special One en mars 2019. Les réseaux sociaux sont effectivement entrés dans nos vies et il est devenu compliqué de s’en passer malgré une toxicité parfois évidente.

Fernandinho et Pep Guardiola

En l’absence de restrictions plus fermes sur l'accès et le contenu des réseaux sociaux, Ben Foster appelle plutôt à l’autodiscipline des footballeurs. « Les joueurs doivent comprendre qu’ils ne vont jamais rencontrer ces gens. Si jamais vous voulez l’opinion de quelqu’un sur quelque chose, il doit être quelqu’un que vous respectez, quelqu’un que vous regardez: un entraîneur, un gestionnaire, quelqu’un dans une position élevée. » En somme, l’une des marches à suivre pour éviter la toxicité des réseaux sociaux serait simplement de ne pas s’y rendre. Seulement, même si certains footballeurs arrivent à le faire, éviter les réseaux sociaux est bien plus dur qu'éviter de lire la presse, comme le faisaient certains joueurs à l'époque pour ne pas lire les critiques. Vient aussi la question de la liberté. Si les footballeurs doivent se priver de quelque chose qui est utile à tous au quotidien pour le bien de leur santé mentale, cela équivaut à les priver de leur liberté puisque quoi qu'ils fassent, il y aura toujours une contrepartie. La solution idéale se trouve donc ailleurs: il faut prendre conscience de ce que peuvent engendrer nos propos sur le mental des acteurs du football.

Bien qu’elle soit sans doute dure à accepter, la critique fait partie du jeu. En devenant professionnels, les joueurs savent à quoi s’attendre, ils doivent être prêts pour y faire face. En revanche, les messages de haine et le harcèlement n’ont aucunement leur place dans le monde du football et aucun footballeur ne signe en se disant prêt à y faire face. Or, bien trop de personnes se cachent derrière la critique pour justifier leurs messages de haine. « Il faut être exigeant avec les joueurs », peut-on parfois entendre, mais insulter les joueurs ne relève absolument pas de l’exigence. Pire encore, cela pourrait avoir les effets inverses de ceux recherchés au départ. Plutôt que d'effectuer une remise en question comme le souhaiteraient les fans, le joueur ciblé pourrait tout simplement connaître une perte de confiance importante et être profondément touché mentalement.

La culture du mème et les nouvelles tendances

Le « mème », c’est un élément ou un phénomène repris en masse sur internet. Le mème peut être typiquement représenté par les montages de Lionel Messi faisant tomber Jerôme Boateng qui ont été partagés des milliers de fois depuis 2015 par exemple. L’art du détournement humoristique sur internet touche directement les footballeurs. Si certains ont suffisamment d’auto-dérision pour ne pas que ça les touche, il s’agit de quelque chose de plus difficile à supporter pour d’autres. Or, ce phénomène ne fait que grandir avec de plus en plus de « trolls » sur les réseaux sociaux et même les comptes officiels des grands clubs ainsi que les « nouveaux médias » s’y mettent parce que ça attire une audience jeune.

L’un des objectifs de la Super League était d’offrir autre chose pour subvenir aux besoins de la génération Z et des générations futures qui ne peuvent se passer de leurs écrans pendant les matchs de football qu’elles jugent trop longs. Si l’idée de Florentino Pérez ou Andrea Agnelli d’adapter le football moderne pour les plus jeunes est à nuancer avec d’autres facteurs qui éloignent ces mêmes jeunes du football, elle est loin d’être dénuée de sens. La grande force du football moderne est également sa grande faiblesse, l’interaction non filtrée et instantanée entre n’importe qui, n’importe où dans le monde. Aujourd’hui, les jeunes « live-tweet » les matchs, chaque geste est commenté et analysé. Avant, les joueurs pouvaient rater un geste ou un match, se faire siffler ou insulter et passer à autre chose une fois le match fini. Aujourd’hui, c’est impossible. Un geste lambda peut suivre un footballeur pendant des mois voire des années.

La popularisation du mème est directement due à l'appât des likes, des retweets et autres partages qu’offrent les réseaux sociaux. En somme, faire rire la galerie en se moquant parfois de certains footballeurs est devenu le fond de commerce de certains. Ces derniers mois, et même depuis la Coupe du monde 2018, Ousmane Dembélé est souvent pris en grippe par des internautes qui le font passer pour quelqu’un de simplet. Le problème, c’est que même les médias s’y mettent et propagent cette idée. On peut évidemment rire de tout, surtout en France, pays de la liberté d'expression, mais il y a un côté malsain assez prononcé à travers ces publications qui se veulent humoristiques mais qui sont surtout fourbes.

Dernièrement, Tanguy Kouassi était au cœur des débats après les quarts de finale entre le Bayern Munich et le Paris Saint-Germain. Formé au PSG, le Français a quitté la capitale cet été pour Munich. Une décision alors vivement critiquée vu le temps de jeu dont il aurait pu bénéficier au PSG. Si des critiques peuvent être émises sur ce point, le joueur a fait son choix. Lui souhaiter toutes les blessures du monde ne le ramènera pas à Paris et encore une fois, des personnalités publiques et même des médias en ont remis une couche, jetant un jeune homme de 18 ans en pâture. D’autant que rien ne dit que le jeune joueur à vocation défensive ne réalisera pas une grande carrière à Munich car il n’a que 18 ans et a énormément de temps pour progresser.

L’émergence des réseaux sociaux a d’ailleurs rendu la tâche encore plus difficile aux jeunes joueurs prometteurs qui doivent répondre à toutes les attentes très rapidement face à des internautes peu patients. Comme Tanguy Kouassi, Wesley Fofana et Isaac Lihadji ont décidé de quitter leur cocon l’été dernier et se sont fait incendier sur les réseaux sociaux par leurs désormais ex-supporters. Wesley Fofana avait avoué à L’Equipe vouloir quitter Saint-Etienne notamment dans l’optique d’obtenir un salaire bien plus conséquent, lui qui est issu d’une famille aux revenus modestes.

Depuis, le défenseur de Leicester s’en sort très bien sur le plan sportif et il a fait taire de nombreux détracteurs mais le problème demeure: les joueurs sont libres de leur choix, qui peut être parfois motivé par l'aspect financier. Ils sont tout simplement humains. Le grand public doit se mettre en tête que de la même manière que ces jeunes joueurs ont quitté leur club, de nombreux d'entre eux sont régulièrement laissés de côté en centre de formation. Si les clubs n'hésitent pas à faire du business avec des joueurs à peine sortis du centre de formation, il faut alors accepter que les joueurs investissent aussi sur eux-mêmes.

Rater des occasions ou faire de grossières erreurs défensives, les joueurs peuvent aussi le faire, en théorie, mais il semblerait que ce ne soit plus le cas depuis que les paris sportifs ont pris une nouvelle dimension dans le quotidien des amateurs de sport. Aujourd’hui, des joueurs se font parfois menacer parce qu’ils n’ont pas permis à des parieurs de gagner de l’argent grâce à leur performance. Ces faits de plus en plus récurrents dans le football ont déjà été dénoncés à de nombreuses reprises dans plusieurs sports dont le tennis avec Benoît Paire, qui s'était éloigné des réseaux sociaux quelques temps en 2019 suite à un ras le bol des insultes et menaces incessantes des parieurs à la fin de ses matchs. En plus de tous les méfaits bien connus et mis en avant dernièrement par Mediapart, les paris sportifs sont devenus une nouvelle bonne raison d’attiser la haine.

Un impact direct sur les performances

Dans le football, comme dans tous les sports, on sait que le mental est un aspect primordial à ne surtout pas sous-estimer. Bon nombre de joueurs de grand talent ont échoué à cause d'un mental défaillant et à contrario, d'autres joueurs moins doués sur le papier ont fait de très grandes carrières en étant très forts dans la tête. Or, les réseaux sociaux et les vagues d'insultes subies par les joueurs peuvent évidemment avoir des répercussions sur leur mental et donc leurs performances. « Ma vie de footballeur était entièrement liée à ma vie d’homme. Quand j’étais heureux, je cartonnais sur le terrain et quand j’étais malheureux, ça ne fonctionnait pas », relevait David Bellion.

En plus de l'aspect lié à l'épanouissement et la confiance en soi, il s'avère que les réseaux sociaux auraient également un impact sur les prises de décisions des footballeurs sur le terrain. « J’ai récemment lu une étude qui traitait justement de l’impact des réseaux sociaux sur la prise de décision en football. Cette étude indiquait que 30 minutes passées par jour sur des applications telles que Facebook ou Instagram pouvaient affecter négativement la prise de décisions des joueurs, et spécifiquement sur les passes. Ce qui est logique puisque si avant un match, un joueur utilise des ressources cognitives liées à son image de soi, il va être potentiellement plus affecté par une remarque ou un commentaire négatif qu’il va recevoir sur le terrain », nous expliquait Basil More-Chevalier, entraîneur et Head of Performance du CS Longueuil, dans un article traitant du lien entre la fatigue physique/mentale et la qualité technique.

Il poursuivait: « pendant un match, un joueur doit être capable d’inhiber certains de ses comportements. Par exemple, quand il souhaite faire un type de passe vers un coéquipier mais que d’un coup, un adversaire se met sur sa trajectoire, il doit être capable de changer d’avis et de prendre une autre décision. Malheureusement, les réseaux sociaux incitent l’inverse puisque sur les applications comme Instagram, on est attiré par quelque chose, une image ou un commentaire, et on clique. Du coup, on prépare le cerveau à être dans l’exécution automatique de choses plutôt que dans l’inhibition de certains comportements », mettant en avant le fait que le contrôle inhibitoire, qui est essentiel dans le football, soit affecté par les réseaux sociaux. Cela démontre qu'au-delà des répercussions évidentes sur l'épanouissement, les réseaux sociaux affectent directement les gestes de certains joueurs sur les terrains.

La responsabilité de l'entourage

L'entourage est un élément clé de la réussite d'un footballeur, on le sait, un joueur mal entouré peut vite dire adieu à ses rêves. Avec la démocratisation des réseaux sociaux, le fait d'avoir un entourage sain a pris encore plus de valeur. Bien qu'il s'en soit plutôt bien sorti, Serge Aurier a été l'un des premiers à montrer qu'avoir un entourage irresponsable pouvait avoir des conséquences directes sur une carrière avec l'émergence des réseaux sociaux. À quelques jours d'un huitième de finale de Ligue des champions face à Chelsea, un ami de l'international ivoirien a décidé de le filmer sur Périscope alors qu'il manquait profondément de respect à son entraîneur Laurent Blanc. Cet épisode aura valu une mise à l'écart de Serge Aurier, non convoqué pour le choc face aux Blues. C'est aussi ce qui aura écourté sa carrière au Paris Saint-Germain alors qu'il était sur une pente ascendante avant son erreur. « Si je quitte Paris, c’est que dans ma tête ça n'allait plus. Ma famille n’allait pas bien », expliquait le joueur lors d'un live Instagram l'an dernier.

En 2020, après la défaite des Parisiens contre Dortmund en huitièmes de finale aller de la Ligue des champions, le frère de Presnel Kimpembe avait diffusé une vidéo où il insultait Thomas Tuchel sur Instagram. Cette vidéo a évidemment tout de suite mis Presnel Kimpembe dans la tourmente, devant s'expliquer avec l'entraîneur allemand et s'excuser au nom de son frère. Tuchel ne lui en a pas tenu rigueur mais cette situation était loin d'être idéale pour préparer le match retour. D'autant plus que deux jours après cette défaite, les joueurs parisiens ont organisé une grande fête pour les anniversaires de Cavani, Di Maria et Icardi. Les images ont alors rapidement déchaîné la toile qui s'est fait un malin plaisir à critiquer l'attitude du vestiaire parisien.

Les grands matchs sont d'ailleurs une bonne occasion de déceler les entourages nuisibles. Dans la soirée du 27 avril, pendant le match opposant le Real Madrid à Chelsea en Ligue des champions, la femme de Thiago Silva s'est particulièrement fait remarquer pour ses propos désobligeants à l'égard de l'attaquant des Blues Timo Werner. « C'est le karma, les gars. Dans chaque équipe où je vais, il y a un attaquant qui n'arrête pas de rater des buts... C'est quoi son nom ? Werner c'est ça ? » Déjà en manque de confiance devant le but, le cas de l'ancien joueur de Leipzig pourrait s'empirer en apprenant ce que les familles de ses coéquipiers pensent de lui. Ce qui est sûr, c'est que ce genre d'intervention ne facilite pas la vie de groupe et pourrait même nuire à l'ambiance du vestiaire.

« Malheureusement, c’est déjà compliqué de gérer un joueur à temps plein, alors gérer tout un entourage… On dit toujours à nos joueurs de faire attention à ça, de briefer leur famille et leurs amis. Il faut qu’ils sachent et acceptent que quand ils postent, ça a des répercussions sur les joueurs. Quand Mme Thiago Silva communique, ça touche aussi son mari. On dit toujours que ça ne sert strictement à rien d’intervenir à la place du joueur, ça ne peut que nuire à son image donc il vaut mieux prendre sur soi plutôt que réagir bêtement. C’est aussi notre rôle de Community Manager de faire passer ce genre de messages », estime Khaled Karouri, co-fondateur de l'agence de communication STO qui s'occupe de plusieurs joueurs de Ligue 1.

Les agences de communication à la rescousse des footballeurs

Si le gardien de Watford Ben Foster conseillait tout simplement de ne pas se rendre sur les réseaux sociaux, certains joueurs engagent des agences de communication pour s'en occuper à leur place, les libérant d'un poids. C'est le cas de Phil Foden dont l'agence de communication s'est fait remarquer après la qualification de Manchester City face au Borussia Dortmund avec une publication que les internautes ont jugé provocante à l'égard de Kylian Mbappé, lui donnant rendez-vous pour les demi-finales. Selon The Athletic, le joueur anglais n'a pas apprécié la publication et a même demandé sa suppression. Ce qui étonne Khaled Karouri. « Ce qui m’interpelle, c’est que l’agence de communication puisse poster sans l’aval du joueur. C’est l’image du joueur, pas l’image de l’agence et pour les internautes, c’est le joueur qui a posté. » Et effectivement, c'est bien sur Phil Foden que tout est retombé.

Avec une cancel culture de plus en plus présente, les « bad buzz » arrivent facilement et c'est l'une des raisons pour lesquelles les footballeurs engagent des agences de communication ou des Community Manager qui s'occupent de leurs réseaux sociaux. « Quand on commence avec un joueur, on effectue un travail de veille. On n’hésite pas à remonter les anciens tweets pour voir ce qu’il a dit dans le passé alors qu’il n’était pas encore professionnel. Des internautes ont tendance à déterrer d’anciens tweets sans penser au fait que les footballeurs les écrivaient quand ils avaient 15 ans sans réfléchir aux conséquences qu’ils pourraient avoir plus tard », précise Khaled Karouri.

« Ce n'est jamais simple de gérer un bad buzz. Chaque bad buzz nécessite une réaction différente. Ce qu’on préconise à nos joueurs, c’est de rester authentique et de ne pas sortir des excuses du type « mon compte a été piraté » parce que ça ne sert à rien. On leur conseille plutôt d’être dans la pédagogie et d’expliquer pourquoi ils ont agi ainsi », résume le co-fondateur de l'agence STO. Il ajoute: « on est là pour les aider à bien communiquer et faire passer leur message en proposant du média training et en les briefant constamment puisqu'on est dans une ère où la moindre phrase est décortiquée et disséquée par les réseaux sociaux et même les médias en continu, ce qui peut créer des polémiques. »

Vous l’aurez donc compris, les réseaux sociaux représentent un formidable outil quand il est utilisé à bon escient mais il a également d’autres côtés bien plus néfastes, surtout pour les footballeurs. Il faut que chacun prenne conscience que les footballeurs sont avant tout des humains et qu’ils ont donc des émotions, comme nous. Ce ne sont pas des robots et nos propos peuvent blesser. Bon nombre d’entre nous avons rêvé de devenir footballeur. Aurions-nous voulu être moqué, insulté et même menacé sur internet en pratiquant notre passion ? Certainement pas. En attendant que les mentalités changent et que des règles plus strictes soient mises en place sur les réseaux sociaux, les footballeurs devraient éviter au maximum de se rendre sur ces plateformes pour le bien de leur santé mentale et de leurs performances sur le terrain...