Comment l'équipe de France s'est acclimatée aux fortes chaleurs prévues contre la Hongrie

Physique
Olivier Giroud
Olivier Giroud ©Maxppp

Ce samedi 19 juin, l'équipe de France affrontera la Hongrie à Budapest, à 15h, pour son deuxième match de l'Euro 2020. Une température de 32° et un soleil de plomb sont attendus dans la capitale hongroise à l'heure du match. Comment le staff des Bleus s'est adapté à ces conditions particulières que pourrait-il mettre en place durant la rencontre pour affronter cette chaleur ? La réponse dans cet article.

Une chaleur étouffante. C'est ce qui attend donc l'équipe de France ce samedi à 15h à Budapest. Il faut dire que le thermomètre dépasse largement les 30° depuis une semaine dans la capitale hongroise et que ce sera encore le cas durant la rencontre. Évidemment, ce ne sera pas la première fois que les joueurs de l'équipe de France évolueront sous une forte chaleur dans l'après-midi mais cela demande toujours une période d'adaptation.

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Heureusement pour les hommes de Didier Deschamps, cela fait une dizaine de jours qu'ils sont soumis à des températures proches des 30° en France ou en Allemagne. Ils ne subiront donc pas vraiment de choc thermique mais le fait de jouer à 15h, soit le moment où les chaleurs seront les plus fortes et de surcroît à un horaire inhabituel pour les Bleus depuis le début de leur préparation, change pas mal la donne.

« C'est vrai que ça change (de jouer à 15h, ndlr) mais on s'y habitue. Là il est 12h30 et on a déjà déjeuné. On va s'entraîner à 15h, qui sera l'heure du match, et demain je pense qu'on va s'entraîner à la même heure. On a donc deux jours pour se préparer pour s'adapter à cet horaire-là. C'est un horaire différent, particulier même si personnellement j'y suis habitué vu qu'en Allemagne, on joue souvent à cette heure-là. Ça change mais ce sera à nous de nous adapter et nous habituer le plus rapidement possible », a d'ailleurs indiqué Lucas Hernandez en conférence de presse jeudi.

Pourquoi s'acclimater à la chaleur ?

Si les Bleus ont changé leur habitude en vue du match contre la Hongrie, c'est justement pour mieux s'acclimater à la chaleur. Mais pourquoi ? Quelle est la conséquence d'une forte chaleur pour les joueurs ? Tout d'abord, il est important d'indiquer que les fortes chaleurs favorisent la déshydratation, qui un facteur de baisse des performances et qui favorise aussi les crampes ainsi que les malaises. De par l'activité physique, le corps produit déjà de la chaleur qu'il doit évacuer par la sueur pour maintenir sa température normale (qui est de 37,5°). Or, plus il fera chaud, plus la température corporelle risque d'être élevée donc le corps produira davantage de sueur. Mais qui dit perte de sueur dit perte d'eau, qui contient des électrolytes (minéraux) qui sont essentiels pour le bon fonctionnement de l'organisme. Ce qui mène donc à la déshydratation.

Les autres conséquences de la chaleur, c'est une augmentation de la fréquence cardiaque et respiratoire, une diminution de l'activité cérébrale avec notamment moins de lucidité ainsi qu'une augmentation des temps de réaction, ce qui peut contribuer à plus d'erreurs techniques et des prises de décision plus lentes. Les joueurs ont donc tout intérêt à s'acclimater à la chaleur car cela permettra à leur organisme de mieux s'auto-réguler et de mieux réagir à ces conditions particulières.

Comment s'acclimater à la chaleur ?

L'acclimatation à la chaleur fait partie des fondamentaux de la préparation physique dans les sports collectifs car les grandes compétitions se disputent généralement en été. Ce qui pouvait compliquer la tâche du staff de Didier Deschamps, c'est le fait de devoir disputer l'Euro dans plusieurs pays européens et sous des températures différentes. Vu le peu de temps disponible entre deux matchs, l'acclimatation à des fortes chaleurs est un casse tête, surtout lorsque l'on sait que la durée idéale pour s'acclimater à des températures très élevées est généralement de cinq jours.

Ne bénéficiant pas de ce délai, le staff français, dont la planification des entraînements est minitieuse, s'y est pris autrement et a tenté de limiter la casse au maximum en programmant les entraînements à 15h dès le mercredi, soit le lendemain de France-Allemagne. L'objectif étant évidemment d'habituer les joueurs à évoluer à cet horaire où le soleil tape fort. Même si ce sont les remplaçants qui se sont retrouvés sur le terrain et que les titulaires étaient au repos, mercredi, le staff a pensé à avancer l'heure des repas et des entraînements pour habituer les organismes à s'activer plus tôt dans la journée.

Idéalement, pour bien s'acclimater à la chaleur, il faut pouvoir s'entraîner sous des fortes chaleurs ou dans des conditions qui simulent les fortes chaleurs. Certains préparateurs physiques de sélections nationales n'ont pas hésité à installer des vélos d'appartement dans des hammams pendant la Coupe du monde 2014, pour simuler la chaleur et l'humidité très élevées de la ville de Manaus, situé en Amazonie. À Budapest, l'humidité devrait être de 40%, ce qui ne nécessite pas d'adaptation particulière. S'entraîner à 15h, sous le soleil de plomb, suffit amplement même si deux jours ne sont donc pas vraiment suffisants pour bien s'acclimater.

Les stratégies à mettre en place pour lutter contre la chaleur

Comme les Bleus n'ont pas assez de temps pour bien s'acclimater aux fortes chaleurs de Budapest, d'autres stratégies pourraient être mises en place pour contrer cette chaleur. La première est toute simple, il s'agit de bien s'hydrater. Comme nous vous l'expliquions dans un précédent article, les joueurs seront forcément déshydratés pendant le match. L'objectif pour le staff des Bleus, c'est de faire en sorte qu'ils ne soient pas déshydratés avant le début de la rencontre.

C'est pourquoi les joueurs devront être particulièrement attentifs et sérieux à ce niveau dans les heures qui précèdent le match. Idéalement, leurs boissons devront contenir des sels minéraux, vu qu'ils vont en perdre dans leur sueur, et des glucides (sucres) qui sont les fournisseurs essentiels de l'énergie qu'ils vont produire sur le terrain et dont les stocks vont se dépléter au fur et à mesure de la rencontre. Les joueurs devront aussi bien profiter des pauses de jeu pour se réhydrater.

Autre astuce à adopter par les joueurs et bien connue des coureurs à pied: le pré cooling. Il s'agit tout simplement d'une stratégie de refroidissement à effectuer avant le début de la rencontre. Le but étant de préserver au maximum les joueurs de la chaleur avant et durant le début de match. Lors de l'Euro 2012 en Pologne et en Ukraine, on avait pu voir des joueurs comme Karim Benzema porter des vestes de froid, des Cryovest, durant les entraînement et les échauffements d'avant-match.

En gardant une température cutanée relativement basse, les joueurs vont gagner un peu de temps avant d'accumuler beaucoup de chaleur à l'intérieur de l'organisme. Cette stratégie peut être cruciale et efficace pour faire la différence dès les premières minutes de jeu. Les vestes de froid peuvent être remplacées par des serviette de froid ou par une ingurgitation de glace pilée toujours pour refroidir la température corporelle avant le début de la rencontre. À la pause, il serait aussi judicieux que les joueurs évoluent avec des tenues neuves et sèches.

Une adaptation essentielle à l'horaire du match

En conférence de presse d'avant-match, Didier Deschamps pointait avant tout les adaptations nécessaires par rapport à l'horaire du match: « dès le lendemain du match en Allemagne, on est passé à des entraînements à 15h pour se caler à l'horaire du match. Et évidemment, ça amène à des modifications dans la planification de la journée, qu'il s'agisse de l'heure du déjeuner et puis aussi des heures de sommeil, ce qui est très important pour les joueurs. Comme c'est une génération qui a tendance à se coucher un peu tard, on fait en sorte de réguler ça. Quand on joue le soir, on a l'après-midi pour planifier la sieste qui peut être récupératrice. Mais je vous le répète, depuis le match à Munich, dès le lendemain, on a fait en sorte de se caler et habituer le corps et la tête à ce qui va nous attendre samedi. »

Dans un précédent article, on vous expliquait justement à quel point la gestion du sommeil était importante pour les performances sur le terrain. Après le match contre l'Allemagne, les joueurs ont eu trois jours ou plutôt trois nuits pour se caler à un nouveau rythme avec notamment un lever plus précoce. Il y a donc fort à parier que certains joueurs ont cumulé une dette de sommeil lors de ces derniers jours, qu'ils pourront heureusement combler le lendemain ou le surlendemain du match contre la Hongrie avec une longue sieste.

Le plus gros écueil pour les joueurs, c'est que l'horaire du match contre la Hongrie correspond à l'horaire habituel de la sieste mais l'adrénaline d'une rencontre de l'Euro devrait facilement leur permettre de vaincre une éventuelle somnolence à cette heure de la journée. C'est aussi une problématique que connaissent bien les joueurs durant la saison avec des matches de championnat qui peuvent avoir lieu dans l'après-midi le week-end et des matches de coupe d'Europe en soirée pendant la semaine, donc ils ne devraient pas avoir beaucoup de mal à s'adapter.

Turnover et gestion cruciale des temps faibles et forts

Face à la Hongrie, il ne serait pas surprenant de voir Didier Deschamps remanier son équipe et faire entrer du sang neuf, pour préserver certains joueurs. Le match contre l'Allemagne a été particulièrement intense physiquement et pourrait avoir laissé quelques séquelles. Pour permettre à certains joueurs de bien récupérer, le sélectionneur des Bleus pourrait faire tourner dès le deuxième match afin de remettre son « équipe type » contre le Portugal.

En plus de préserver physiquement certains joueurs, faire tourner son effectif offrirait aussi à Didier Deschamps l'avantage d'intégrer et de mobiliser complètement les remplaçants à la quête collective. Remaniée ou pas, l'équipe de France devrait quoi qu'il arrive souffrir de la chaleur, au même titre que la Hongrie même si elle joue chez elle et qu'elle a eu plus de temps pour s'acclimater à la chaleur locale.

Didier Deschamps et Guy Stéphan

C'est pourquoi la gestion tactique du match sera également cruciale. Les Bleus effectueront-ils un fort pressing dès le début de la rencontre pour profiter de leur fraîcheur physique et faire la différence rapidement avant de progressivement reculer pour mieux contrer ? Ou au contraire, vont-ils faire en sorte de conserver le ballon dans le camp des Hongrois pour les épuiser et se préserver physiquement par la même occasion ? Peu importe leur stratégie, la gestion des temps forts et des temps faibles pourrait être encore plus cruciale dans ces conditions de fortes chaleurs. Heureusement pour Didier Deschamps, il a des joueurs capables d'optimiser au maximum un temps fort très court comme de rentabiliser au maximum un temps faible très long. Un luxe que ne possède pas Marco Rossi, le sélectionneur de la Hongrie.