Foot Mercato : Vous avez débarqué au FC Sion l’été dernier, comment se sont passé vos premiers mois en Suisse ?

Yassin Fortune : J’ai eu une petite blessure pendant la préparation. Je n’avais pas beaucoup joué avec Arsenal la saison passée. Le préparateur physique m’a bien préparé et aujourd’hui, je joue. Je suis content car ça se passe super bien. Mes coéquipiers et mon staff m’ont très bien intégré. Le championnat suisse est très regardé. C’était un très bon choix de venir ici.

FM : Vous avez signé 4 ans au FC Sion, c’est une belle marque de confiance de la part du club.

YF : Je suis très content. Le président (ndlr : Christian Constantin) m’a parlé et m’a fait comprendre qu’il me faisait confiance. C’est pour ça qu’il me fait signer 4 ans. Il savait que j’avais plusieurs propositions mais il m’a parlé franchement, il m’a dit la vérité. Il m’a dit : "ici, tu vas te plaire, et tu vas jouer". Il m’a fait comprendre que je devais venir relever un défi chez lui. Les promesses ont été tenues. Je suis bien dans l’équipe, tout se passe bien, je joue.

« Un rêve pour moi »

FM : Qu’avez-vous ressenti au moment d’inscrire votre premier but (contre Lucerne, victoire 3-1) ?

YF : C’est une délivrance. Ça récompense le travail que j’ai fait depuis tout petit. Il y a eu des moments durs dans ma jeunesse mais marquer mon premier but lors de mon premier match titulaire, c’est un rêve pour moi.

FM : Est-ce que vous avez le sentiment que c’est le début de votre carrière professionnelle ?

YF : C’est vrai que c’est le début pour moi finalement. Je suis parti tôt à Arsenal. Beaucoup de personnes parlent et pensent que j’ai peut-être 23 ans mais non, tout ne fait que commencer, je n’ai que 19 ans. Je suis très bien à Sion, je joue au foot et c’est ce dont j’avais besoin.

FM : À l’époque, vous avez déclaré que vos idoles étaient Divock Origi et Raheem Sterling. C’est toujours le cas ?

YF : C’était quand j’étais petit, forcément. C’était sûrement l’année où ils étaient forts (rires). J’aimais bien mais non, ce ne sont pas eux. On va dire que maintenant, je connais mieux le football. J’ai une autre vision des choses. Mon idole, c’est Thierry Henry. J’ai eu la chance de le côtoyer à Arsenal. Il était entraîneur adjoint U18 et en Youth League. Il m’a beaucoup parlé durant cette période.

Thierry Henry est « très gentil mais très strict »

FM : Il est comment l’entraîneur Thierry Henry ?

YF : À l’entrainement, il me donnait beaucoup de conseils. Il est très dur et très exigeant, mais juste. Très gentil mais très strict.

FM : De quand date votre dernier appel en Équipe de France ?

YF : C’était avec les U20, en mars dernier contre les USA (victoire 2-0). L’entraîneur était Philippe Montanier (ndlr : coach de Lens aujourd’hui). Ça prouve qu’on me suit toujours puisque l’année dernière je ne jouais pas souvent, c’était compliqué. Ça m’a un peu surpris mais ça montre qu’ils comptent toujours sur moi, ça fait forcément plaisir.

FM : En 2015, vous êtes transféré du RC Lens à Arsenal, en compagnie de Jeff Reine-Adelaïde. Quelle est votre relation avec lui ?

YF : J’ai une relation très spéciale. On était ensemble au centre de formation à Lens et puis on est parti ensemble à Arsenal, pendant trois ans. On s’appelle toujours, là il est à Angers. J’étais encore au téléphone avec lui la semaine dernière. On s’envoie des messages avant et après les matches. C’est comme si c’était mon frère.

À Lens, « j’étais obligé de partir »

FM : Quand Lens décide d’accepter la proposition d’Arsenal, le club était en galère financière. Est-ce que vous avez eu votre mot à dire ?

YF : Je n’ai pas vraiment eu mon mot à dire. On va dire que j’étais obligé de partir. Au début, je ne voulais pas du tout quitter Lens. Je voulais rester. J’étais bien là-bas, ça se passait super bien. J’avais des entraîneurs qui me faisaient beaucoup progresser. Je ne voulais pas du tout partir mais la direction m’a fait comprendre que j’étais un peu obligé. Ma priorité, c’était de jouer à Bollaert. Il me restait encore deux années de contrat et je restais sur de très bonnes performances, notamment avec les U17 nationaux. Je suis même monté avec les U19 et avec la CFA. Je pense que je n’étais pas très loin de la porte de l’équipe première. J’avais tous mes amis au centre de formation, et c’était dur de partir.

FM : Avec du recul, vous pensez être parti trop tôt ?

YF : Parti trop tôt, non. À Arsenal, j’ai beaucoup appris. Arsenal ne se refuse pas. Une partie de moi voulait rester, et une autre partie disait que c’était une chance. C’était entre les deux.

FM : À Arsenal, c’est Arsène Wenger qui est responsable de votre transfert ?

YF : Oui, il m’avait déjà observé. Il avait parlé avec Lens. Aujourd’hui, je le remercie de tout ça. Je ne pourrais jamais assez le remercier pour ça. Chez les jeunes à Arsenal, il venait nous voir souvent, il nous parlait.

« C’était compliqué de rester à Arsenal »

FM : Qu’est-ce qui vous a marqué de votre passage à Arsenal ?

YF : C’est un club très famille. Des personnels aux jardiniers, tout le monde s’aime. C’est ça qui m’a beaucoup marqué.

FM : Au terme de votre contrat, Arsenal vous a proposé de prolonger. Pourquoi avoir refusé ?

YF : Arsenal m’avait proposé de prolonger quatre ans. Mais j’étais parti dans l’optique d’intégrer les pros. Arsenal est un grand club, mais j’avais besoin de temps de jeu. Il fallait que je joue, et j’ai préféré partir. C’était compliqué de rester à Arsenal dans le sens où il y avait des grands noms et un nouvel entraîneur (ndlr : Unai Emery). J’ai parlé avec Per Mertesacker qui m’a fait un peu cogiter. Il voulait vraiment que je reste. Mais j’ai ressenti que la meilleure solution était de partir. À ce moment-là je n’avais pas encore de contact avec Sion, mais avec d’autres clubs. J’ai été contacté par Sion quinze jours après ma décision de partir. J’avais une préférence pour revenir en France mais malgré quelques contacts c’est Sion qui a eu mes faveurs.

FM : Si un jeune de 16 ans lit cette interview et a le choix entre faire sa formation à Lens ou à Arsenal, vous lui conseillez quoi ?

YF : Je lui dirai de faire son propre choix. Qu’il écoute son cœur. Partir très jeune à l’étranger, c’est à la fois un défi et un risque. À lui de prendre la bonne décision.