Foot Mercato : bonjour, Robert, tout d’abord, comment allez-vous ?

Robert Pirès : je vais très bien, je suis en pleine forme. Je suis toujours basé sur Londres avec quelques fonctions pour travailler. Donc tout va bien.

FM : uniquement en tant que consultant ?

RP : non. Aujourd’hui, j’ai la chance de travailler pour Canal +, spécialement pour la Premier League, mais aussi d’être ambassadeur pour Arsenal. Donc j’ai beaucoup de travail, quelques voyages, c’est plutôt intéressant.

FM : ça se résume à quoi d’être ambassadeur pour Arsenal ?

RP : ça se résume à voyager, à rencontrer les fans, à rencontrer les sponsors, le marketing. Tout le monde le sait. Aujourd’hui, Arsenal est un grand club, mais est aussi devenu une grande marque donc il faut la faire connaître encore et encore.

FM : mais on a vu que vous suiviez aussi beaucoup encore la Ligue 1. On vous a vu sur une vidéo célébrer un but de l’OM contre Lille...

RP : elle a voyagé cette vidéo. Je regarde la Ligue 1. Je tiens à préciser que cette fois c’était l’OM, mais je continue à regarder les équipes où je suis passé que ce soit le Stade de Reims ou le FC Metz. Quoiqu’il arrive, je reste un passionné de football. Maintenant, je suis passé de l’autre côté de la barrière, vous avez pu le constater, je suis un supporter (rires).

FM : on a souvent entendu, pas dans votre bouche, que l’OM, ça ne s’était pas forcément bien passé pour vous...

RP : attention, je rectifie. Je n’ai jamais dit que ça s’était mal passé. Au contraire. Je suis resté deux saisons et ça s’est plutôt bien passé avec le club, d’abord, mais surtout avec les supporters même si la deuxième saison s’est assez mal passée. Mais au final, je n’ai jamais eu aucun souci avec eux.

FM : quel est votre meilleur souvenir ?

RP : c’est compliqué ! J’ai joué 20 ans, au plus haut niveau, toujours en première division. Je vais dire la Coupe du Monde 98. Quand on est athlète de haut niveau, on recherche toujours le trophée le plus dur à aller chercher. Et ce trophée, il est déjà dur à décrocher, mais il est très beau.

FM : votre pire souvenir ?

RP : malheureusement, j’en ai quelques-uns... En 98, avec le FC Metz, on finit deuxième, on est battu au goal-average par le RC Lens. J’aurais aimé, vraiment aimé, être champion de France avec le FC Metz. Ensuite... en 2006, la défaite en finale de la Champions’ League contre Barcelone avec Arsenal. Le changement ? Ça fait partie du football, il faut l’accepter. C’est le foot. Après cette finale, j’en ai discuté avec Arsène Wenger et il m’a dit : "si un jour tu deviens entraîneur, tu verras comme c’est dur de faire des choix." Et aujourd’hui, après réflexion, c’est difficile d’être entraîneur.

La très grosse soufflante d’Arsène Wenger

FM : justement, vous l’envisagez ?

RP : pour l’instant non, ce n’est pas dans mes plans. Aujourd’hui, je profite de la vie, de la famille, j’ai du travail, surtout je ne me plains pas.

FM : quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué ?

RP : c’est une question qu’on me pose souvent. C’est délicat d’y répondre, tous les entraîneurs ou sélectionneurs m’ont fait jouer donc ils avaient confiance en moi, en mes capacités et en ce que je pouvais produire sur un terrain. Celui qui m’a le plus exposé au monde entier, c’est Arsène Wenger. Parce que je jouais dans un grand club. Avec lui et le reste de l’équipe, ça s’est très bien passé.

FM : quel joueur vous a le plus impressionné ?

RP : oh ! C’est compliqué ça aussi (rires) ! Contre moi ? Il y en a quelques-uns. Le plus fort, je pense, c’est Ronaldinho. Je l’ai pas oublié lui. Ronnie était extraordinaire. Après, Ronaldo, c’était la classe. Il y en a plein. Je peux vous citer Luis Figo, Scholes, Giggs. Avec moi... je vais dire : Zidane, Djorkaeff, Bergkamp, Henry... Je pourrais en citer plein, je vais en oublier et les mecs vont citer mon nom et me dire "pourquoi tu ne m’as pas cité ?" donc c’est toujours pareil (rires). Quand je fais l’analyse, je pense que je me suis plutôt bien régalé avec ces joueurs. Même avec Riquelme, même si ça n’a pas duré longtemps. Il y en a quelques-uns quand même (rires). Il y en a plein, même des défenseurs. À l’époque c’était très très compliqué.

FM : vous avez une anecdote de vestiaire amusante ?

RP : à Arsenal ! Avant chaque match, il y a Martin Keown qui nous mettait du Michael Jackson et qui dansait. Mais c’était à mourir de rire. Parce que quand tu es habitué à être concentré et sérieux comme j’avais l’habitude et t’arrives en Angleterre et le mec te met de la musique et danse.... Tu te dis "hé, mais qu’est ce qu’il fait lui ?" Mais en fait, en Angleterre, mettre la musique fort, c’est une tradition. C’était souvent marrant de le voir danser avant les matches, je précise (rires).

FM : et une grosse soufflante ?

RP : oui, j’en ai connu qu’une. C’était Arsène Wenger, je ne me rappelle plus de l’année, mais c’était à Old Trafford. On perdait 5-1 à la mi-temps et là, il a utilisé des mots qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre si vous voyez ce que je veux dire. Il shootait dans absolument tout ce qu’il y avait au sol : les chaussures, les bouteilles d’eau. Il s’était vraiment énervé et c’est la seule fois d’ailleurs. Mais c’était normal.

Les invincibles

FM : vous voyez un rapprochement entre votre période invincible (2003-2004) et Liverpool cette année ?

RP : ce que fait Liverpool, c’est plus fort que nous et ce sont les seuls à l’avoir fait. De réaliser une série de victoires. Après, je ne sais pas ce qui va se passer. Ils seront champions, c’est une certitude. Je le dis souvent, on nous parle du record, mais ils sont faits pour être battus. Là-dessus, il n’y a aucun problème. Même si le championnat n’est pas fini, de le gagner en étant invaincu, je trouve que c’est une performance.

FM : à votre époque, il y avait aussi un gros Manchester United, Roman Abramovitch venait de racheter Chelsea. Le niveau ne s’est-il pas resserré ?

RP : je pense que le niveau s’est un peu affaibli. Il y a d’autres équipes qui sont capables de se mélanger avec les gros comme Wolverhampton ou Leicester. Je trouve que la qualité de certaines équipes s’est affaiblie. C’est la première fois dans l’histoire de la Premier League que l’écart entre le premier et le second est aussi grand (22 points, ndlr). Donc ça veut dire que Liverpool est très fort, et que les autres équipes sont plus faibles. C’est ce que je ressens. City a perdu en qualité technique, Manchester United, Arsenal, malheureusement, Tottenham et Chelsea, c’est pareil. C’est la différence entre notre époque et celle d’aujourd’hui. Attention, Liverpool reste très très fort.

FM : pour vous, à zéro défaite, vers la fin du championnat, on se sent vraiment invincible, sans mauvais jeu de mots ?

RP : ce n’est pas un mauvais jeu de mots ! En fait, ç’a été le discours d’Arsène Wenger. Quand on démarre le championnat, que ce soit pour les grosses équipes et notamment pour Liverpool cette année, les mots de l’entraîneur, ce sont de gagner le championnat ou d’essayer de le gagner. Une fois qu’au niveau comptable c’est fait, et qu’on était toujours invaincus, Arsène nous a dit "les gars, ce serait bien si vous pouviez gagner le championnat sans perdre le moindre match". C’est une autre motivation et c’est ce qui nous a permis d’aller jusqu’au bout.

FM : dans cette équipe, il ne manquait rien...

RP : ah non ! Dans cette équipe, il ne manquait rien puisqu’on était champions déjà (rires) ! Ce n’est même pas une question de record ! Être champion déjà, c’est top, mais de ne pas perdre, dans un championnat extrêmement compliqué... En plus, il y avait des équipes qui étaient capables de nous faire mal comme Manchester United ou Tottenham, des équipes rivales pour nous. Ce n’était pas évident.