À la découverte de Mika Scoarnec, le latéral franco-finlandais qui rêvait de devenir agent

Né à Paris et passé par la Bretagne, Mika Scoarnec joue désormais en Finlande. Le pays de sa maman. Désormais milieu offensif sous les couleurs de Salo, il passe une bonne partie de son temps libre à réviser pour le concours d’agent de joueur. Avec pour but de créer un pont entre les talents finlandais et les championnats français. Rencontre.

Mika Scoarnec célèbre son premier but avec le Salon Palloilijat
Mika Scoarnec célèbre son premier but avec le Salon Palloilijat ©Maxppp

Profs, journalistes, agents de joueur. Le tiercé dans le désordre des professions les plus détestées. Mika Scoarnec, 23 ans, sort d’un entraînement en salle, le pouce en vrac, deux jours après avoir disputé une rencontre sous les couleurs du Salon Palloilijat, club finlandais installé sur la route qui sépare Turku d'Helsinki. «Non, Mika n'est pas le diminutif de Mickaël, je suis finlandais», dit-il. Le latéral reconverti numéro 10 franco-finlandais a des choses à raconter. Avec la simplicité d'un vieux pote, il nous raconte longuement ce qui l'a mené en Finlande, son rapport au foot et ses ambitions futures. Devenir agent, tel est son souhait.

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Ce samedi, lorsque la sélection finlandaise débutera son échauffement à Copenhague, à quelques minutes de se lancer dans sa première compétition internationale face au Danemark, Mika Scoarnec et le Salon Palloilijat seront en train de peaufiner la préparation de leur troisième rencontre de la saison, dans le groupe B de Kakkonen, troisième échelon professionnel. A Tampere, face à l'équipe B du FC Ilves, le joueur formé à l'ACBB (92) et passé par l'AS Vitré tentera de mener les Cygnes vers un troisième match sans défaite. Et pourquoi pas de marquer un nouveau but.

Foot Mercato : salut Mika, peux-tu me dire où tu te trouves en ce moment ?

Mika Scoarnec : je suis à Turku, la deuxième plus grosse ville de Finlande derrière Helsinki. Je suis à 45 minutes de Salo, là où je joues. Il y a un bus affrété par le club qui nous emmène tous les jours, lorsqu'il y a entraînement. C'est une ville étudiante. Du coup, il y a plein de jeunes, c'est super. Il y a pas mal de très bons clubs, de bons stades, tout ce qu'il faut.

FM : comment t’es-tu retrouvé en Finlande ?

MS : c’est quand j’ai commencé la fac, en Licence de Ressources Humaines. Avec mon université, j’avais des possibilités d’aller à l’étranger, via le programme Erasmus. J’ai rejoint la Finlande. Ma mère étant finlandaise, d’où mon prénom, Mika. J’ai de la famille là-bas, à Helsinki. Je n'allais pas en terre inconnue. C'était en Master 1, en 2018. J'arrive là-bas et je savais qu'Erasmus c'était sortir, faire la fête, rencontrer des gens. Mais en parallèle, j'avais intégré la réserve de l'Inter Turku, l'un des deux plus gros clubs de Finlande.

FM : comment s'est passée ta première expérience foot là-bas ?

MS : en parallèle, je faisais un peu la fête et je n'étais pas très impliqué. L'équipe réserve était composée d'anciens, ce n'était pas très sérieux. Moi, je voulais quand même jouer à un bon niveau. C'était la Kolmonen, c'est l'équivalent de la 4e division (même si Kolmonen ça veut dire « trois »). En Finlande, il y a la Veikkausliiga, en haut. Ensuite, il y a Ykkonen (D2), Kakkonen (D3), puis Kolmonen (D4).

FM : en 2019, à Turku, tu décides de persévérer...

MS : ils avaient rajeuni l'effectif de la réserve à l'intersaison. J'étais en colloc' avec un Canadien de l'équipe première de Turku, Hanson Boakai.« Le futur Messi du Canada », qui a fait des erreurs de jeunesse. Il aurait pu jouer dans les meilleurs championnats. Il m'a donné pleins de conseils. J'étais sur le banc les cinq premiers matches, il y a quatre défaites. Après ça, je suis titulaire et on enchaîne huit victoires d'affilée. On avait une superbe cohésion. Je me suis fait plein de potes, dont l'un de mes meilleurs amis. J'étais le seul étranger de l'équipe. Je ne faisais que du foot, je ne gagnais pas d'argent.

FM : débarquer en Finlande demande une grosse capacité d'adaptation ?

MS : être bon sur le terrain et collectif cela rapporte des amis... Je connais beaucoup d'étrangers qui se mettent dans une bulle. Ils arrivent dans un pays et ne le respectent pas trop. Ils se disent « c'est pourri, je vaux mieux que ça », ils veulent repartir vite. Alors que ce n'est pas la mentalité qu'il faut adopter. Le niveau, il faut s'y adapter déjà. Beaucoup de personnes vont te dire que le niveau où je joue, en France c'est meilleur. Ok, mais moi je ne suis pas parti là-bas pour le niveau mais pour jouer dans les plus hautes divisions. Il faut s'adapter au style de jeu, à la température...

FM : qu'est-ce qui te plait là-bas ?

MS : quand j'étais petit, j'y allais avec ma famille tous les étés, jusqu'à mes 13 ou 14 ans. Mais c'est un climat rude. Il fait beau six mois et les six autres mois il fait très froid. Janvier-février, il n'y a pas de soleil. Du coup, tu t'entraînes et tu es fatigué. Ma copine, en janvier, elle a déprimé. En plus, elle vient du sud de la France. Mais c'est le pays de ma mère. Les gens ici sont un peu introvertis et moi je suis un peu comme ça aussi, même si je suis ouvert. Le fait que je comprenne la langue me permet aussi de me sentir bien, ça m'aide à m'acclimater à mon équipe.

FM : tu as beaucoup voyagé ?

MS : oui. Je suis allé en Laponie, en Suède, en Norvège, je me suis baigné dans l'Océan Arctique. La population est concentrée dans le sud du pays. Mais quand tu vas dans le nord, en Laponie par exemple, il y a des lacs, des forêts, tu peux être tranquille.

FM : tu travailles à côté ?

MS : non, parce qu'à côté j'étudie. Je suis à l'EAJF, l'école des agents de joueurs de football. Je suis les cours à distance. Les examens sont en novembre et en mars. Je bosse beaucoup. Je ne fais que ça et le foot. Si jamais j'ai la licence d'agent, j'ai envie d'ouvrir une niche avec un coach anglais rencontré là-bas (Tom Powers, ndlr). Je connais plein de jeunes joueurs à super gros potentiel. Ce sont mes super potes. J'aimerais construire un pont entre la France et la Finlande, parce que ça n'existe pas.

FM : toi tu étudies, mais tes coéquipiers, ils font uniquement du foot ?

MS : soit ils sont étudiants, soit ils ont des jobs. Je connais un gars, il a mon âge, c'est le meilleur de l'équipe, il pourrait jouer en première division. Si j'étais déjà agent, je le prendrais sans hésiter. Mais lui, il a sa petite vie tranquille, même s'il est payé correctement, et ça lui va bien. Les Finlandais sont bien chez eux, ils n'ont pas forcément envie de partir. Même si c'est en expansion en ce moment, les gens ici ne sont pas trop motivés par le foot parce qu'ils peuvent gagner beaucoup plus d'argent en travaillant.

« Mon dernier club proposait aux joueurs de ramasser des fraises le week-end »

Mon dernier club (Paimion Haka) avait un partenariat avec une entreprise qui faisait la cueillette des fraises. Ils proposaient aux joueurs de venir travailler, à 100 euros la journée. Donc j'y suis allé quelques fois. Dans ces divisions-là, tu ne peux pas vivre uniquement du football. Si tu veux avoir une belle vie, il faut avoir un job à côté. Moi, cette année, je ne peux pas car je suis à fond concentré sur mes études. Et puis c'est super difficile de travailler en Finlande quand tu n'as pas la langue. Moi, je comprends, mais je ne parle pas très bien le finnois.

FM : pour revenir sur ton projet de devenir agent, c'est quelque chose que tu veux développer rapidement ?

MS : si j'obtiens ma licence, l'objectif c'est de commencer à côté du foot dès l'année prochaine. Comme je ne joue pas à un trop haut niveau, c'est possible. En France, tu ne peux pas signer un contrat professionnel en tant que footballeur et être agent à côté. En Finlande, je peux. J'ai pas mal de connaissances et je connais de bons jeunes pour commencer.

FM : il n'y a pas de « référent Finlande » en France, qui se charge de faire passer des joueurs d'un pays à l'autre ?

MS : non, il n'y a pas un gars spécialisé dans les mouvements de joueurs entre la France et la Finlande. Ils viennent grâce à leur CV. Alors qu'entre le Brésil et l'Ukraine, par exemple, il y a un gars qui envoie tous les Brésiliens au Shakhtar. Aux Etats-Unis, il y a Jérôme Meary qui met en relation les Français avec les clubs de MLS. Il y a aussi le fils de Frédéric Antonetti, Pierrick, spécialiste des mouvements entre Haïti et la France. Moi, j'aimerais faire le lien entre la France et la Finlande.

FM : tu as déjà des pistes, des joueurs finlandais prometteurs en tête ?

MS : la Finlande est un petit pays, si je peux dire. Tout le monde se connaît. Quand tu joues un match, il y a toujours un mec en face que tu connais. J'ai un joueur super fort dans mon équipe. Il a 19 ans, un gros potentiel. Il a fait des essais à Sochaux et en Angleterre. Je connais des gars en première division, ils ont 16-17 ans. J'ai deux ou trois noms en tête pour commencer.

« Mon capitaine avait une offre de deuxième division avec moi, il a préféré rester avec ses potes en troisième division »

FM : quel rapport les Finlandais entretiennent-ils avec le football ?

MS : ce qui fait que la Finlande progresse, c'est que les jeunes sont très rapidement confrontés aux adultes. Ils sont donc prêts à encaisser les chocs très tôt. Les U20, en Finlande, ils ont tous 17 ans. Des adultes, tu n'en as pas beaucoup. Soit ils arrêtent le foot, soit ils partent à l'étranger. La plupart des Finlandais, ils jouent au foot comme une activité sportive, dans le club de la ville dont ils sont originaires. Ils ont cette passion, mais pas forcément un objectif précis. Pourtant, il y a des mecs super forts. Dans mon équipe, il n'y en a qu'un seul qui veut vivre du football et jouer au-dessus. L'année dernière, mon capitaine avait une offre de deuxième division avec moi, il a préféré rester avec ses potes en troisième division.

FM : envoyer des Français en Finlande, c'est aussi ça le but de ton projet ?

MS : aussi. Envoyer de jeunes Français, qui n'ont pas percé, et qui souhaiteraient vivre une aventure, évoluer dans les meilleurs divisions d'un pays étranger. Je connais pas mal de monde en France aussi. Tu les fais signer vers 20 ans, vers 23 ans ils sont formés, et s'ils sont bons ils peuvent partir en Suède, au Danemark... C'est ça mon projet. Il y a de grosses infrastructures en Finlande, c'est juste que ça manque de visibilité. Il y a de très bons joueurs, qui gagnent à être connus. La qualification de la Finlande pour l'Euro 2020 peut aussi permettre de développer ça.

FM : as-tu gardé ta motivation de joueur intacte malgré ce projet de devenir agent ?

MS : j'ai un coach mental qui m'a donné un programme sur 3 ans. Dans trois ans, je dois être en première division, dans un pays du nord ou de l'est. C'est mon objectif. Je me dis que tant que je peux intégrer le niveau de jeu, c'est que je peux aller au-dessus. Si un jour je me dis que là je ne peux pas faire plus, c'est que j'aurais trouvé mon vrai niveau. Dans trois ans, je veux être vraiment professionnel.

FM : tu n'as pas peur que ton projet d'agence ne prenne trop de place et ne te pousse à arrêter de jouer ?

MS : ça ne me fait pas peur d'avoir les deux. J'arriverais toujours à jouer au foot à côté. Quand tu commences une agence, tu ne peux pas faire ça à temps plein. Et je me dis que plus je joue, plus je vais rencontrer des joueurs. Ça ne va pas être un frein du tout. Si un jour je peux être à 100% agent, si je commence à avoir de bons joueurs, des contrats et de bons projets de carrière avec des jeunes, alors je verrais si le temps est venu de ranger les crampons.

«Je veux faire l'inverse de ce que les agents m'ont fait subir»

FM : l'agent de joueur n'a pas forcément une bonne image. Qu'est-ce que tu en dis ?

MS : moi, je veux faire l'inverse de ce que les agents m'ont fait subir. C'est justement en discutant avec ma copine de ce qui m'est arrivé qu'elle m'a dit « mais pourquoi tu ne fais pas l'inverse de ce qu'il t'est arrivé ? » Mon premier agent, en République Tchèque, c'était un escroc. Il ne m'a jamais dit qu'il prendrait une commission sur moi. Il m'avait dit qu'il attendrait que je sois en D2... Le lendemain de la signature, il m'envoie un message « n'oublie pas que tu dois m'envoyer tel pourcentage... ». Ensuite, il y a eu une agence d'escrocs, basée en Andorre. Ils parlaient beaucoup. Je leur ai payé une somme et il n'y a rien eu. Du coup, je sais exactement ce qu'il ne faut pas faire avec les joueurs. Déjà, mon but premier n'est pas l'argent. Sinon, je ne serais pas en Finlande.

FM : quels profils manquent aux clubs finlandais que tu pourrais leur apporter en tant qu'agent ?

MS : en Finlande, il n'y a pas beaucoup de mecs très rapides. En tant que défenseur, je dois plus m'adapter à des mecs techniques et physiques que rapides. Soit je me confronte à un petit milieu gauche technique, soit à un grand mec de 2 mètres avec une grosse frappe, mais rarement à un mec qui va plus vite que moi. Si tu apportes deux mecs rapides sur les côtés dans un club de première division, c'est quelque chose qu'ils n'ont pas forcément. Un mec grand et rapide, c'est introuvable ou en tout cas très rare en Finlande. Sinon, ils partent très tôt car ils sont repérés.

Sinon, en Finlande, tu ne verras jamais un défenseur central gaucher relancer proprement. Ici, les défenseurs centraux gauchers, ils jouent en première division ou alors ils ne jouent plus en Finlande. Ils sont trop forts. Notre coach nous a dit, « dès qu'un arrière central a le ballon, vous le pressez, vous l'emmenez sur son pied gauche. Parce qu'il n'y a aucun gaucher en Finlande ». Et c'est vrai.

FM : aujourd'hui, tu joues à Salo. Vous allez attaquer la 3e journée de Kakkonen ce samedi. Quel regard portes-tu sur ton équipe ?

MS : je joue, depuis février maintenant, en Kakkonen, donc en « deuxième division », ce qui correspond au troisième niveau finlandais. C'est le premier niveau professionnel. L'année dernière, ils ont terminé 8e sur 12. La pré-saison a été un peu compliquée, mais on a recruté deux Portugais, un attaquant et un défenseur central, qui vont nous faire du bien. Il y a deux joueurs locaux aussi. On a un effectif jeune et en Finlande, les joueurs de 16-17 ans ce ne sont pas des Mbappé. Physiquement, c'est dur pour eux. Mais ils apprennent en équipe de jeunes.

FM : pour finir, peux-tu me me parler des joueurs à suivre en Finlande, à l'Euro ?

MS : Lukáš Hrádecký, gardien super solide du Bayer Leverkusen ! Top 3 en Allemagne. Il peut être un des meilleurs gardiens de la compétition avec tout le travail qu’il va devoir faire. Au milieu, il y a Glen Kamara, défensif, super solide aussi et qui a l’expérience de l’Europe et puis Tim Sparv, un ancien. Devant, il y a Teemu Pukki bien sûr, et Pohjanpal, le deuxième attaquant, qui peut faire de grosses différences. A suivre aussi Marcus Forss, petite pépite de l’équipe et Niko Hamalainen, très bon et rapide piston. Sinon, l’équipe va avoir beaucoup de mal mais je sens qu’ils peuvent faire une surprise surtout contre la Russie. Vu qu’il y a 3 qualifiés par groupe avec les meilleurs troisièmes, ils peuvent passer, en limitant la casse contre la Belgique, enfin moi j’y crois. Seul petit bémol sur la défense, un peu juste... Mais sinon gros milieu de terrain physique et une attaque de feu.

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