Romain Habran : «il faut que je foule le Parc des Princes»

Son frère, son idole, son deuil. Chez lui, ces trois choses ont pour lien le Paris Saint-Germain. Un amour qui dépasse les frontières du football et qu’il compte bien assouvir avec un dernier objectif : courir sur la pelouse de velours du Parc des Princes lors d’un match officiel.

Romain Habran : « il faut que je foule le Parc des Princes »
Romain Habran : « il faut que je foule le Parc des Princes » ©pekefotos89 (Alba Pérez Moreno)

Sur sa page Instagram, pas de photos de ballon ou de maillot. Sa page Wikipédia ? Pas mise à jour. Les traces menant à l’ancien joueur de la réserve du PSG s’effacent peu à peu. Parti de « sa ville » à l’hiver 2018 pour rallier Anvers en Belgique, Romain Habran s’en est allé six mois plus tard pour Israël et le FC Ashdod. Là, dans le premier port du pays, il a trouvé de la tranquillité et le temps de jeu qu’il était venu chercher. Puis, il a repris sa route en direction d’un troisième pays en trois ans : l’Espagne. Celle du Nord-Est d’abord, à Tarragone, puis celle isolée de la côte nord de l'Afrique par l’intermédiaire d’un prêt à l’UD Melilla en Segunda B.

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Une dernière aventure finalement écourtée par l’épidémie de coronavirus qui l’a renvoyé précipitamment à Tarragone, chez lui. C’est dans sa maison près de la mer qu’il a vécu le confinement, loin de sa famille, et dans l’attente de la reprise avec son club du Gimnàstic de Tarragona (couramment appelé Nàstic Tarragona). Une formation qu’il avait rejoint l’été dernier alors que tout était ficelé avec le Paris FC. « Au Paris FC, le directeur sportif me voulait vraiment, se remémore l’attaquant. Je m’entendais super bien avec l’équipe (avec laquelle il s’entraînait déjà, ndlr) et j’ai aimé le discours du coach. J’allais signer, mais on ne s’est pas entendu sur le nombre d’années. » Nàstic débarque dans les négociations, propose un bail de deux ans (contre une simple année à Paris) et conclut l’affaire.

L’Espagne, le nouveau monde

Un bouleversement footballistique s’opère alors chez le joueur. Dans la péninsule Ibérique, le jeu n’a rien avoir avec celui qu’il a connu en France. « Au PSG, presque tout le monde est technique, on s’en sort bien avec la balle, la formation est basée sur la technique avant tout, pose-t-il d’abord, avant de poursuivre. Mais en Espagne, c’est tout autre chose. Même devant le but, ils vont te faire trois passes avant de tirer. La culture est axée sur les passes, les contrôles… La première semaine j’étais, PER-DU (il répète). Je me suis dit que je n'étais vraiment pas technique par rapport à ces mecs-là. Alors, j’ai pris sur moi, j’ai fait un pas en arrière, j’ai observé comment ils se déplaçaient et la semaine d’après, j’étais à l’aise, j’étais comme sur des roulettes. Les gars là-bas sont super techniques, ils voient avant… Ce n'est vraiment pas une légende. »

Pendant que les voyages font de l’adolescent un homme, l’Espagne parfait son style sur le terrain.« Mon jeu s’est étoffé. Je suis plus attentif aux déplacements des autres, au timing, développe-t-il. Je ne vais plus tout le temps provoquer. Je vais avoir tendance à plus écarter pour fatiguer l’adversaire. Je réfléchis beaucoup plus, tout simplement. » Malheureusement, des blessures combinées à un changement d’entraîneur (Toni Seligrat remplace Xavi Bartolo en novembre 2019) conduisent Habran à être prêté, avant que le Covid-19 mette prématurément un terme à la saison. Mais aujourd’hui, l’important est ailleurs, notamment au moment où il va renouer avec sa passion pour le jeu après deux mois de confinement.

L’amour pour Mike Tyson, la claque de Ronnie

Une passion dont les fondations sont étroitement liées au PSG. Nous sommes en 2001, Romain Habran a sept ans et fait du taekwondo. Son truc à lui, ce sont les sports de combat. « Quand j’étais petit, j’aimais bien la bagarre, j’aimais la fight », se marre-t-il. L’idole s’appelle alors Mike Tyson, quand un Brésilien en rouge et bleu va lui mettre une telle claque qu’il ne s’en remettra pas : « l’élément déclencheur, c’est Ronaldinho. Il m’a marqué. Quand il débarque à Paris, la même année mon frère part jouer au PSG et là je me dit : "je veux faire du foot, je veux faire comme mon grand frère et comme Ronaldinho".» Son rêve s’emballe et il rejoint le club de la capitale à 9 ans. Pour que, plus jamais, son cœur ne le quitte.

« Quand j’y repense, je suis nostalgique. J’y étais depuis l’âge de 9 ans quand même ! J’ai tout vu. Je suis arrivé alors que Ronaldinho était encore là, et je pars quand Neymar arrive. Ce n'est pas un symbole ça ? », s’enflamme le natif de la région parisienne. Et d’ajouter : « je me suis entraîné avec des grands joueurs comme Ibrahimovic, j’y ai signé mon premier contrat professionnel… J'ai tout fait au PSG sauf une chose : je n’ai pas foulé la pelouse du Parc des Princes. Ça me manque. Parfois, j’y repense la nuit et j’ai envie de pleurer. C’est ce que je voulais faire et je ne l’ai pas fait. Franchement, ça me traumatise. Je n’ai pas foulé la pelouse de mon Parc des Princes. Il faut que je la foule cette pelouse, même avec un autre club, il faut que je la foule. Je m’en fou des autres stades, je les respecte mais il faut que je foule le Parc des Princes. Cette pelouse-là, je dois y retourner avec un club. C’est le stade qu’y m’a fait rêver, qui m’a donné envie d’être professionnel quand j’allais avec mon frère au stade, j’en ai toujours rêvé, il n’y a que ça. »

Romain Break

L’amour, la famille, les rêves, le PSG, la religion, la boxe… Voilà de quoi est fait Romain Habran. Une histoire gravée dans sa peau pour ne pas y poser les mots, comme il nous le confie en évoquant ses tatouages : « j’ai toujours voulu me tatouer, j’aime la culture hip-hop. Et puis il s’est passé des événements dans ma vie par rapport à mon père, mon petit frère… Je suis quelqu’un de très religieux, qui ne se livre pas beaucoup donc j’ai préféré écrire. Même ma personnalité, j’ai tous mis dans les tatouages.» Des tatouages bien visibles sur sa page Instagram, comme une carte au trésor sans légende pour la lire.

« Sur Instagram, je ne me sens pas obligé de montrer ma vie de footballeur. Je reste moi-même. Si demain je veux mettre une photo de foot, j’en mets une. Mais ce n'est pas le délire en ce moment. C’est juste Romain, ma petite vie, et pas "Romain Habran le footballeur qui doit montrer que des trucs de footballeurs". Ce n'est pas ça la vie et les réseaux sociaux pour moi », précise-t-il. Avant de filer retrouver son jardin en bord de mer, Romain Habran fend l’armure avec pudeur : « vous pouvez dédicacer cette interview à Jordan Diakiese (jeune espoir français décédé le 21 mai qu’il a connu au PSG, ndlr) ? », nous glisse-t-il. Puis, dans un grand sourire, il nous quitte.

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