Foot Mercato : bonjour Lindsay. Vous avez quitté la France à l’hiver 2019 pour rejoindre l’Aris Salonique en Grèce. Comment allez-vous depuis votre départ de l’Hexagone il y a un peu plus d’un an ?

Lindsay Rose : ça se passe très bien, j’ai joué tous les matches, enfin quasiment. J’en ai raté un il y a trois semaines à cause d’une accumulation de cartons jaunes. Mais sinon, j’ai enchaîné tous les matches. J’en ai fait 39 en championnat je crois (36, ndlr), plus quatre en Europa League et quatre en Coupe de Grèce, ce qui fait plus d’une quarantaine. Et je crois que c’est le record en Grèce du joueur qui a enchaîné le plus de matches, donc ça fait plaisir.

FM : comment êtes-vous arrivé là-bas, en Grèce ? Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter la France et le FC Lorient pour être prêté dans un premier temps au Aris Salonique ?

LR : il fallait que je trouve un autre projet. Je ne faisais que des bouts de match à Lorient ou que des matches de coupe (4 en Ligue 1 et 4 en Coupe lors de la première partie de saison 2018-2019, ndlr). Faire huit matches, pour une demi-saison, ce n’était pas suffisant, notamment pour moi qui espérais à mieux. Donc j’ai envisagé différents prêts et projets et celui de l’Aris Salonique a été le meilleur pour moi. Du coup, j’ai choisi de venir ici.

FM : quand vous dites différents projets, est-ce qu’il y avait des clubs plus huppés que l’Aris Salonique ?

LR : en général, c’était la même catégorie, à savoir la Ligue 2 en France, ou le championnat d’Israël. Quand j’ai eu l’Aris Salonique, pour le coup, c’était vraiment top. C’est un club mythique ici. Il est peut-être peu connu en France mais c’est normal car on y suit beaucoup le championnat français. Mais quand je suis arrivé ici, je me suis aperçu qu’en termes d’engouement, de ce qu’il y avait autour du football, ça équivaut à un gros Top 5 français.

FM : arrivé en janvier 2019, vous vous êtes rapidement imposé et avez fait vos preuves (13 matches en intégralité sur 14 possibles, 2 buts). Comment se sont passés vos débuts dans le championnat grec ?

LR : le premier match, j’étais arrivé le jeudi en Grèce et mes papiers ont été rédigés ce jour-là. Il y a aussi eu une intempérie avec une tempête incroyable, donc on ne s’est pas entraînés jusqu’au match qui était le samedi. Le coach n’a pas voulu prendre de risque et ne m’a donc pas fait jouer. Mais à la base, j’étais censé jouer puisqu’il fallait que j’arrive vite, il y avait un manque derrière en défense central. Il a préféré ne pas me mettre sur ce match-là mais je devais jouer. Le coach me l’a dit ensuite : "la seule erreur que j’ai faite, c’est de ne pas t’avoir fait jouer ce match."

FM : comment vous êtes-vous imposé dans cette nouvelle équipe ? Il y avait ce besoin défensif mais il y a certainement eu les performances aux entraînements ?

LR : il y a eu un manque défensif mais au bout de trois semaines, tout était revenu. C’est à l’entraînement et dès mes premiers matches. J’ai réussi à mettre la barre un peu haute et après, je la relevais, je la relevais, je la relevais. Et puis j’avais surtout un manque de confiance donc il fallait que je retrouve cette confiance et elle est revenue rapidement. Du coup, ç’a fait de moi le joueur que j’étais potentiellement avant, plein de confiance et qui était sûr de soi. Donc à partir de là, ça s’est ressenti dans mes performances.

« Je suis quelqu’un d’entier, qui donne tout sur le terrain »

FM : vous n’aviez connu que la France auparavant. Découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, de nouveaux coéquipiers... L’adaptation n’a pas été trop difficile ?

LR : ç’a été très facile, j’ai un coéquipier dans le club, Nicolas Diguinny, qui m’a très bien aidé pour l’acclimatation. Donc ç’a été vraiment très facile pour moi.

FM : pourquoi êtes-vous resté au Aris Salonique après votre prêt de six mois ? Pourquoi ne pas être revenu en Bretagne au FC Lorient ? Est-ce par rapport à la première partie de saison passée sur le banc ?

LR : il y avait une option d’achat incluse dans le prêt. Durant l’été, l’Aris Salonique a discuté avec Lorient pour la lever. Les clubs ont renégocié le montant et entre temps, je suis resté en France pour me préparer. Je n’étais pas convié à la reprise avec Lorient, donc je me suis entraîné tout seul de mon côté en attendant que l’histoire se termine entre les clubs. C’est vrai que c’était un moment difficile parce que je voyais mes collègues lorientais reprendre et moi, j’étais tout seul en train de m’entraîner chez moi. C’était compliqué mais j’espérais que ça aboutisse et ç’a été le cas donc j’étais content.

Avec l’Aris Salonique, Lindsay Rose a trouvé le chemin des filets à cinq reprises toutes compétitions confondues

FM : pour votre première saison complète au Aris Salonique, vous êtes un titulaire indiscutable sous les ordres de Michael Oenning (arrivé sur le banc en octobre, ndlr). Comment ça se passe sur le terrain et avec le nouveau coach ?

LR : ça se passait très bien avec l’ancien entraîneur, ça se passe très bien avec le nouveau. Il est droit, avec une autre manière de manager que l’ancien, que j’adorais aussi énormément. Ce sont deux styles différents. Je suis quelqu’un d’entier, qui donne tout sur le terrain, donc ça n’a rien changé pour moi.

FM : qu’est-ce qui vous a séduit justement en Grèce ? Ça a dû vous changer par rapport à la France ? Quels sont les différences avec les championnats français et le jeu dans l’Hexagone ?

LR : j’ai la chance d’être tombé dans une équipe qui joue au football, avec beaucoup d’Espagnols, donc ça joue énormément au ballon, avec de la construction, un jeu que j’aime. Il y a aussi beaucoup de fans dans mon club, donc les rencontres à la maison sont toujours spéciales. C’est ça qui change par rapport à la France.

FM : concernant l’adaptation sur le terrain et dans le style de jeu, est-ce que tout s’est fait rapidement ?

LR : tout s’est fait rapidement, on connaît tous notre potentiel. Dans le club où je suis, il y a beaucoup de joueurs qui ont connu le haut niveau, avec des blessures, des méformes. On est un peu tous dans le même cas, en termes de relance. On est tous passés par là donc on sait d’où on vient, ce qu’on a vécu et traversé. On se comprend parfaitement sur le terrain, c’est ça qui est beau.

« J’avais l’opportunité de rester en Ligue 1 »

FM : et avec les Français du groupe Nicolas Diguinny et Abou Ba, comment ça se passe ? Vous passez plus de temps tous les trois ?

LR : forcément, on passe beaucoup de temps entre Français. Notamment avec Nicolas, je suis toujours avec lui, sur et en dehors du terrain. C’est lui qui m’a aidé sur le terrain lors des premiers mois avec d’autres qui sont partis. On était vraiment tous ensemble, on appelle ça la "french connection", pour comprendre la langue et la culture. Naturellement, on reste avec la personne qui nous comprend, comme les Italiens qui restent entre eux ou encore les Argentins. Malgré tout, on reste ouvert et on fait beaucoup de choses avec les autres, c’est ça qui est bien.

FM : il reste deux matches de championnat et les demi-finales de Coupe de Grèce. Quels sont les objectifs en cette fin de saison ?

LR : on avait fait un grand pas vers les qualifications pour les playoffs mais on a perdu le dernier match... Les équipes derrière sont revenues à quatre points mais il reste deux matches contre des concurrents, des équipes qu’on doit battre. On va se faire peur pour rien mais j’espère qu’on va rester dans les playoffs. Ça serait un gros échec si on en sortait par rapport à l’effectif qu’on a. Et l’objectif de la coupe, c’est clairement de la gagner cette année. Ils mettent les moyens, tout le monde veut la gagner et comme on dit, ramener la coupe à la maison.

FM : quand on regarde votre parcours, vous avez pas mal bougé en France ? Pourquoi tant de changements, c’est ce besoin de challenge ?

LR : oui et non. J’ai suivi un processus normal entre guillemets. J’étais en Ligue 2, je suis parti en Ligue 1 dans un club intermédiaire où je me suis imposé dans ce club malgré ma blessure. Dans ma progression, j’ai signé à Lyon qui était une transition qui aurait pu être bénéfique pour moi. Ça ne s’est pas passé comme je le souhaitais, donc je suis reparti dans un autre club intermédiaire pour me relancer. Ça s’est très bien passé pendant mon prêt dans ce club-là. Ensuite, quand j’ai prolongé à Lorient, il y a eu des différents, ça ne s’est pas passé comme je le voulais. J’ai demandé à partir directement en prêt à Bastia où c’était exceptionnel, notamment en dehors du terrain. Malheureusement, je suis tombé dans une période où il y avait des problèmes entre les dirigeants et les supports donc ç’a été compliqué. Et je suis retourné à Lorient où j’ai rencontré Mickaël Landreau avec qui j’ai énormément échangé. J’ai joué pas mal de matches sous ses ordres et l’année suivante, j’ai demandé à partir et il a tout à fait compris.

FM : vous êtes passé des joutes européennes avec l’OL à la Grèce et un championnat beaucoup moins médiatisé ? Pourquoi avoir fait ce choix alors que vous aviez 26 ans à l’époque de votre départ de Lorient ?

LR : j’avais l’opportunité de rester en Ligue 1, j’ai même reçu une offre. Mais j’ai préféré partir, respirer un peu avec toutes les critiques que j’avais sur moi depuis quelque temps. Je voulais me refaire une santé, reprendre confiance. Me refaire un nom aussi et j’ai choisi la Grèce. J’en suis vraiment très content, c’est un championnat qui n’est pas vraiment suivi par la France mais par beaucoup d’autres pays.

En Grèce, Lindsay Rose a notamment croisé la route de Mathieu Valbuena, joueur de l’Olympiakos

FM : justement, gardez-vous toujours un œil sur vos anciens clubs, la Ligue 1 et la Ligue 2 ? On pense notamment au FC Lorient et à l’Olympique Lyonnais qui ont des trajectoires bien différentes cette saison.

LR : je regarde tous les clubs, de Valenciennes à Lyon en passant par Laval ou encore Bastia. J’ai de bons contacts avec tout le monde, je ne suis pas parti en mauvais terme avec un club. Je suis tous les résultats, je suis un passionné de foot. Aujourd’hui, Lyon est dans une nouvelle posture avec un nouveau coach, un nouveau service de recrutement. L’OL est un grand club, il va se passer beaucoup de choses avant la fin de saison, et ils seront présents dans les quatre voire les trois premiers. Et Lorient, je souhaite de tout cœur que le club remonte, c’est l’objectif du club. Ça ne s’est pas fait en deux ans mais si au bout de trois ça se fait, c’est très bien. Cette année, ça sent bon pour eux. Ils ont une bonne marge donc ça va le faire.

« Il y a un gros vivier, un gros potentiel à Maurice »

FM : avez-vous toujours des contacts avec des joueurs ou dirigeants en France ?

LR : je suis resté en bons termes avec tout le monde, que ce soit les joueurs ou les dirigeants. J’étais avec des présidents récemment, même avec celui qui s’occupe des équipements à Valenciennes. Laval pareil, j’étais aussi avec le président au téléphone. Bastia aussi. Je prends des nouvelles de tout le monde. Je parle aussi avec les joueurs donc je reste dans le milieu et je suis tout le monde. Je les soutiens tous et j’espère qu’ils vont vivre de bons moments en fin de saison.

FM : au niveau international, où en êtes-vous personnellement avec Maurice ?

LR : on a joué les qualifications de Coupe du Monde il y a quelques semaines. Malheureusement, on s’est fait éliminer, pareil pour la CAN. Le niveau est très élevé en Afrique. Notre petite île bataille beaucoup pour se qualifier. C’est en construction, il y a de bons jeunes, talentueux. Et des joueurs comme moi, il faut qu’on leur apporte notre expérience pour pouvoir passer un cap. C’est toujours enrichissant pour moi une trêve internationale, je peux me permettre d’apporter mon expérience.

FM : quels sont vos objectifs personnels et ceux de la sélection ?

LR : un nouveau DTN (Directeur technique national, ndlr) est arrivé dans la sélection, un nouveau coach aussi que j’ai eu au téléphone aujourd’hui (vendredi, ndlr). On a tout à construire autour de tout ça pour pouvoir être performant dans les années à venir. Il y a un gros vivier, un gros potentiel dans cette île mais il n’est pas assez exploité et ça n’est pas assez structuré. J’espère que ça va arriver dans les années à venir et que je serai encore dans le milieu pour vivre de beaux moments avec ce pays.

FM : vous avez aujourd’hui 28 ans, vous êtes sous contrat avec l’Aris Salonique jusqu’en 2022. Comment voyez-vous l’avenir ?

LR : il me reste deux ans, je suis très bien ici. Maintenant, j’ai déjà reçu des offres cet hiver avec mon manager, mon agent. Le club aussi me l’a dit. On s’est mis autour d’une table et on a convenu de rester. Mais l’été prochain, ça sera autre chose. On sait que les clubs comme l’Aris Salonique ne gardent pas des joueurs éternellement. S’ils peuvent vendre, ils vendent. Donc je vais terminer la saison et on fera le point en fin de saison avec mes dirigeants sur les offres reçues ou pas.

FM : est-ce qu’un retour en France est possible maintenant que vous êtes très à l’aise dans votre nouvelle vie ?

LR : je me plais énormément dans cette vie en Grèce. Ça m’a apporté énormément d’expérience, beaucoup plus de maturité. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à jouer à l’étranger donc j’aimerai y rester. J’y suis très bien mais je serai très content de revenir en France et de pouvoir retrouver les terrains de Ligue 1 pour pouvoir démontrer que je ne suis pas mort et que je peux revenir à tout moment.