Le football regorge de profils aux parcours atypiques, d’anecdotes fascinantes. Ces belles histoires ont parfois œuvré à la bonne réputation du ballon rond. L’histoire de Lucas Russo met en exergue la réussite d’un jeune homme qui aurait pu ne jamais percer dans un milieu si impitoyable... Né à Salernes (Var) le 10 janvier 2002, le jeune homme baigne rapidement dans le football. Avec un père éducateur et un grand frère qui caresse déjà le cuir, Lucas ne considère pourtant pas le football comme une évidence, loin s’en faut.

« J’ai commencé le football vers 8, 9 ans. C’est vrai que c’est plutôt assez tard pour démarrer dans le foot. Je jouais aussi en bas de chez moi dans mon quartier à Draguignan. Au début, j’ai effectué quelques entraînements au club de Draguignan, mais paradoxalement ça ne m’a pas plu. Je me suis orienté vers le tennis, le tennis de table, et c’est alors qu’un ami de mon père m’a convaincu de me diriger vers le foot. Il a vu un potentiel en moi lors des quelques entraînements que j’avais faits à Draguignan. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à aimer le foot, mais plus comme un plaisir. Le monde professionnel ne m’attirait pas plus que cela, » nous avoue ainsi l’intéressé.

L’EFC Fréjus Saint-Raphaël, débuts enchantés avant la catastrophe

La naissance d’une idylle avec le ballon rond prendra donc du temps. Mais celle-ci finira par se matérialiser grâce au parcours du frangin, véritable source de motivation pour le jeune Lucas. « À l’âge de onze ans, j’ai eu le déclic. Mon frère entrait alors au pôle Espoirs d’Aix-en-Provence et par ricochet j’ai découvert le monde professionnel. Il faisait des essais dans des clubs pros pour des centres de formation. Je voulais suivre les traces de mon frère. J’ai suivi son chemin. Je suis parti de Draguignan en U11 pour rejoindre l’EFC Fréjus Saint-Raphaël, le club phare du secteur. J’ai passé un test avec un de mes amis pour intégrer le club. Je jouais numéro 10 ou ailier gauche. J’étais en surpoids. Le coach était très sceptique. Son adjoint a forcé les choses pour que je signe à Fréjus. Ce club a su aller chercher au plus profond de mes capacités, » révèle le natif de Salernes.

L’EFC Fréjus Saint-Raphaël, le point de départ d’un parcours où les écueils se sont multipliés sur le chemin de Lucas Russo... « En U12-U13, j’intègre le pôle Espoirs d’Aix-en-Provence. Je passe mes semaines là-bas et le week-end je jouais avec Fréjus. En U13, j’ai eu une péritonite. Je perds 10 kilos, je suis hospitalisé d’urgence, je passe tout près de la mort... Un moment très compliqué à gérer pour moi et mes proches... Après cet épisode, je reviens au pôle, je bossais tous les soirs à l’entraînement après l’école. Mais mentalement, j’avais pris un coup. J’avais d’autres priorités. Le football était devenu secondaire à mes yeux... Mon père ne voulait pas que j’abandonne, il voulait que j’aille plus loin. » Une intervention salvatrice d’un père, personnage central dans la carrière de son fils.

Une détection pour l’AS Nancy-Lorraine au scénario incroyable

La suite nous prouvera à quel point l’influence paternelle s’est avérée déterminante pour l’actuel joueur de l’AS Nancy-Lorraine. Car Lucas attise les convoitises et la possibilité d’intégrer un club professionnel va se présenter rapidement. « Quand j’arrive en U13, je fais une première détection pour l’AS Monaco, et je n’étais pas du tout dans le coup. C’est un échec, Monaco ne donne pas suite alors que le contrat était prêt, » nous précise le jeune joueur. Une claque qui aurait pu s’avérer fatale, mais Lucas Russo n’a pas le temps de gamberger. Éreinté par cette journée monégasque malheureuse, le principal protagoniste doit enchaîner avec une détection pour l’AS Nancy-Lorraine. Et le scénario de celle-ci demeure rocambolesque.

« Le lendemain, je file à Marseille pour une détection de l’AS Nancy-Lorraine. Mon père me conseille de jouer au poste de latéral gauche pour économiser mes efforts. Je suis en feu, je multiplie les aller-retour, je n’avais jamais joué à ce poste... Mon père m’avait prodigué ses conseils, car il avait évolué à ce poste. Je réussis la détection et je signe mon contrat avec l’ASNL que je rejoindrais le 30 juillet 2017. On était 40 et je suis le seul à être pris par Nancy. En parallèle, Toulouse me voulait aussi et proposait un meilleur contrat. Mais avec mon frère, on a opté pour Nancy. Quand nous nous sommes rendus là-bas, tout m’a plu. » On se dit alors que la carrière de Lucas Russo va décoller. En pré-formation au pôle Espoirs d’Aix-en-Provence, brillant avec l’EFC Fréjus Saint-Raphaël le week-end, futur pensionnaire du centre de formation de l’ASNL... Rien ne pouvait stopper l’ascension du futur joueur nancéien pensait-on. Mais Lucas ne franchissait plus les étapes avec la même aisance et cela se ressentait notamment sur ses performances.

L’EFC Seynois, la remise en cause avant la métamorphose

C’est alors que son père décidait de trancher dans le vif. « En U14, mon père me voyait stagner. Tout se passait bien, j’étais encore au pôle Espoirs, j’avais signé mon contrat avec Nancy, tout était arrivé sur un plateau en fait... Mais mon père décidait alors de m’envoyer au charbon. Il décide alors de me faire signer à l’EFC Seynois, club d’un quartier de Toulon. Mon père voulait me mettre sur la brèche, me jauger dans un environnement hostile, » nous explique le futur latéral gauche. Une arrivée à l’EFC Seynois qui fut pour le moins mouvementée. Sur la corde raide, Lucas apprend l’hostilité parfois à l’extrême. « Au pôle Espoirs, on avait tous les équipements, et ça a provoqué de suite la jalousie de mes nouveaux partenaires, car ils n’avaient pas accès à tout ça... Je devais donc faire mes preuves sur le terrain pour être accepté. Mentalement c’était très compliqué. On jouait le maintien tous les week-ends. Pendant six mois on allait au charbon... Sur un plan mental cela m’a énormément servi, » confie Russo. Six mois qui s’avéreront essentiels dans la trajectoire du jeune défenseur, qui appréhendera ainsi sereinement l’éloignement avec sa famille (800 km).

Après ce passage tumultueux, mais au combien fructueux au final, Lucas Russo achèvera son histoire à Fréjus en apothéose avec une coupe du Var à la clé. Un épilogue heureux avec le grand saut le 30 juillet 2017 à l’AS Nancy-Lorraine. Le début d’une nouvelle carrière pour le Varois. Repéré au poste de latéral gauche, le club lorrain souhaite installer son nouveau joueur à ce poste. La métamorphose est en marche... « J’avais déjà acquis de grosses bases au pôle Espoirs en faisant beaucoup de spécifiques défensifs aux entraînements. Je faisais aussi les inter-Ligues en tant que latéral gauche. À Nancy, la préparation et les matchs amicaux m’ont permis d’obtenir le bagage nécessaire pour ce poste. Ensuite, je joue en U16 Nationaux dans le couloir gauche, je suis lancé ».

L’exemple Clément Lenglet

Ses performances probantes sous le maillot nancéien lui ouvrent les portes de l’équipe de France U16. « Le summum. Tu joues avec les meilleurs joueurs. Les entraînements, les matchs, le niveau est super élevé, » concède volontiers Lucas. Âgé de 17 ans, le jeune homme est surclassé en U19 à Nancy cette saison. Mais la joie sera de courte durée, la faute à des pépins physiques récurrents. « J’ai enchaîné les blessures et j’ai vraiment repris en janvier. J’ai eu une entorse, derrière je me fais une déchirure... Physiquement c’est compliqué. Je bascule donc avec les U17 pour repartir de zéro. Cette saison est difficile. Je ne suis pas encore prêt physiquement pour rejouer avec les U19 et pour prétendre à une sélection en U17 en équipe de France, il faut être honnête, » confesse déçu le défenseur de l’ASNL.

Désormais, l’objectif demeure limpide pour Lucas Russo : parapher son premier contrat professionnel avec son club formateur, et marcher sur les traces d’un certain Clément Lenglet. Le défenseur central du FC Barcelone a laissé une trace indélébile dans l’histoire du club lorrain. « Clément Lenglet c’est un exemple à suivre pour moi. Je l’ai vu récemment à Nancy, il faisait un footing dans la forêt pour s’entretenir physiquement. Il a su percer, il a pris son mal en patience pour finir au FC Barcelone, en passant par le Séville FC. C’est très costaud. C’est une trajectoire de carrière qui fait rêver. » Courtisé par des écuries anglaises notamment, Lucas Russo constituera peut-être la nouvelle fierté de l’AS Nancy-Lorraine...