Foot Mercato : Vous avez baigné dès votre plus tendre enfance dans le football. On peut dire que vous ne pouviez pas y échapper...

Kylian Hazard : Oui, je pense que ça s’est fait naturellement. Quand on voit les grands frères qui s’amusent dehors à jouer au foot, c’était dur d’y échapper. On prend tout de suite beaucoup de plaisir. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui on joue tous au foot. Je me souviens qu’on avait un garage qui donnait sur le jardin. Le garage avait trois fenêtres, et en étant au loin, on se disait quelle fenêtre on allait viser. On essayait de la toucher. C’était ça notre défi à chaque fois qu’on était dans le jardin.

FM : Vous êtes passé par le LOSC avant de pas mal bouger. Pouvez-vous revenir sur votre parcours depuis votre départ de là-bas ?

K.H : J’ai fait deux ans et demi au LOSC. On s’était mis d’accord pour arrêter car ils ne pensaient pas, à juste titre, que j’allais pouvoir faire quelque chose. De là, je suis parti au White Star où je suis resté une année. C’était compliqué. Je n’avais pas beaucoup joué. Il y avait également des problèmes extrasportifs dans le club. Ensuite, je suis retourné en Belgique à Zulte Waregem, où mon frère Thorgan jouait. Je n’y suis resté qu’une année, je n’ai pas fait beaucoup de matches. De là, je suis parti en Hongrie où j’ai vraiment bien aimé jouer pendant deux ans. Mais je me suis fait les croisés, donc pendant six mois j’étais à l’arrêt. Je venais de signer de nouveau là-bas. Mais après ma blessure, ce n’était plus la même ambiance, ni les mêmes attentions. J’ai donc essayé de trouver un nouveau club, mais j’étais un peu trop cher pour ceux qui me voulaient. Au final, mon frère (Eden) m’a aidé et il a demandé à Chelsea si c’était possible de m’acheter. C’est ce qu’ils ont fait et à présent je suis prêté au Cercle Bruges.

FM : Quel a été votre sentiment lorsque vous avez signé à Chelsea ?

K.H : Même si j’ai été aidé par mon grand frère, ça fait toujours plaisir d’être acheté par un grand club. Je suis fier d’appartenir à un club tel que Chelsea. Je vais essayer de mériter ce qu’ils m’ont donné.

FM : Sur quoi avez-vous progressé là-bas ?

K.H  : J’ai fait quelques matches avec les U23 du club. J’ai dû faire une dizaine de matches. Après c’est sûr que quand on fait des entraînements avec l’équipe première, c’est tout de suite différent. Le jeu va tellement plus vite. On a l’impression que le foot est simple. En jouant avec des joueurs de ce niveau, tout est plus facile. On a l’impression qu’on peut faire ce qu’on veut et qu’on va le réussir. Le ballon arrive où on le veut, on met le ballon où il doit être. C’était une super expérience de pouvoir s’entraîner avec des joueurs d’un tel niveau. Ca permet de progresser.

FM : Est-ce que vous vous sentiez encore plus attendu, notamment par rapport à votre nom de famille ?

K.H : Non, je ne pense pas qu’à Chelsea, j’étais plus attendu. Je pense qu’ils étaient vraiment dans l’idée de me faire progresser en me prêtant afin que je puisse avoir un niveau professionnel et ne pas rester uniquement avec les jeunes et juste faire des entraînements. J’ai vraiment senti qu’ils étaient derrière moi. Pas parce que je m’appelais Hazard, mais parce qu’ils ont vu quelque chose et ils voulaient le faire sortir.

FM : Comment vivez-vous justement avec cette image qui vous colle au maillot ? N’est-ce pas parfois trop frustrant ?

K.H : On est de la même famille donc je pense que c’est normal. Après, quand on a deux monstres comme ça au-dessus de soi, quand on fait quelque chose...ce n’est pas qu’ils auraient fait mieux mais ils ont un tel niveau actuel...Si je veux me faire un nom, il va falloir que je progresse au maximum pour que les gens arrêtent de ne me parler que de mes frères et mais un peu plus de moi, Kylian. Je veux exister par moi-même.

FM : Vous avez 23 ans aujourd’hui, est-ce que vous sentez que le moment viendra de s’installer bientôt dans un projet plus stable ?

K.H : Ça, il n’y a que l’avenir qui nous le dira. Pour le moment, je suis pour une année au Cercle Bruges où tout se passe bien. Donc on verra ce qui pourra se passer dans le futur.

Réaliser une saison pleine à Bruges et se faire un nom

FM : Pourquoi avoir rejoint Bruges ?

K.H  : Le projet était vraiment très intéressant. Le club m’a appelé et m’a expliqué ce qu’il voulait faire, qu’il était dans la formation des jeunes avec beaucoup de joueurs de Monaco qui étaient là (c’est le club satellite de Monaco). Tout ce qu’ils m’ont dit, je l’ai apprécié. C’est pour ça que j’ai été là-bas. Tout se passe bien, donc c’est que j’ai fait le bon choix.

FM : Comment se passe votre saison ?

K.H  : La saison se passe bien. L’objectif était de se maintenir, on s’est maintenu avant la fin. Donc pour le moment, on n’a pas à se plaindre même si en ce moment ce n’est pas top top. Ça fait longtemps qu’on n’a pas gagné un match. On va essayer de gagner ce week-end (interview réalisée vendredi 1er mars, ndlr). C’est important une victoire pour nos supporters (...) A force de jouer des matches, individuellement, c’est sûr qu’on progresse. J’essaye d’engranger de l’expérience et d’aider l’équipe. J’espère que ça va continuer comme ça.

FM : Quels sont vos objectifs et ambitions cette année ?

K.H : Mes ambitions étaient de jouer le plus possible et de montrer aux gens que j’ai les qualités pour avoir une carrière à moi seul. On verra ce que je pourrais avoir ensuite grâce à ce que je montre en club.

FM : On n’a pas eu trop l’occasion de vous voir jouer en France. Que pouvez-vous nous dire sur votre style de jeu et votre vision du football ?

K.H : Je suis quelqu’un qui aime bien courir les premiers mètres car je suis un peu vif. Donc c’est vrai que j’aime bien avoir le ballon. A partir du moment où j’ai le ballon, j’essaye d’aller vers l’avant le plus possible, d’avoir des un contre un, de déborder afin de centrer ou d’avoir des frappes. Tout dépendra de l’action en elle-même (...) Le football, aujourd’hui, ce ne sont que les statistiques. Pour moi, je trouve ça un peu dommage. On privilégie les stats au foot. J’aime quand ça joue bien. Moi, à partir du moment où je joue bien mais que les statistiques ne sont pas là, ça ne me dérange pas trop. Mais dans le foot actuel, il faut avoir des statistiques si on veut jouer au haut niveau.

FM : Au niveau des statistiques justement, vous en êtes à 4 buts cette saison. J’imagine que vous gardez quand même un œil là-dessus...

K.H : C’est sûr qu’en marquant, on prend toujours du plaisir. J’essaye de ne pas être fixé là-dessus pour ne pas perdre mon jeu, car j’ai l’impression que si je suis focalisé là-dessus, je perdrais l’envie de jouer au football. J’essaye de garder le plaisir que j’ai en jouant.

FM : Pourtant, vous avez aussi votre défi avec vos frères Eden et Thorgan...

K.H : (Rires) Ça fait longtemps qu’on a ce défi, mais je ne fais que perdre (rires). Celui qui perd doit payer le resto (celui qui a le moins de buts et de passes décisives). Le problème, c’est que ce sera à eux de choisir. Il faudra qu’ils fassent attention à quel restaurant choisir (sourire). Mais je vais essayer de gagner au moins une année. Ça va être compliqué pour moi cette saison car ils sont déjà loin. On verra bien ce qu’il se passera sur la fin d’année.

FM : Vous êtes très proches de vos frères. Vous donnent-ils des conseils pour progresser ?

K.H : Après chaque match, je reçois des messages de mes frères qui me disent : "ça c’est bien" ou "ça tu aurais pu mieux faire ou faire autrement". Vu le niveau où ils jouent, forcément, on prend les conseils. C’est qu’ils sont justes. On essaye de progresser sur ça. Je pense qu’au niveau où je suis, je dois encore progresser sur tout encore. Je n’ai pas encore une qualité où je peux me reposer sur ça. Je suis encore jeune, il faut que je travaille encore dans tous les domaines. Il ne faut pas que je m’arrête juste parce que j’ai déjà fait quelques bons matches.

Son avenir et celui de ses frères Eden et Thorgan

FM : Vous êtes prêté une saison à Bruges. Peut-on imaginer que vous y restiez plus longtemps ? Est-ce que le fait que Chelsea soit interdit de recrutement aura un impact sur votre avenir ?

K.H  : Pour le moment, je ne sais pas encore ce que je vais faire la saison prochaine. Je pense que ça doit parler avec les agents pour voir aussi ce que Chelsea veut faire. Mon objectif est de jouer. Pour le moment, je suis bien. Si j’ai un projet sportif qui fait que je peux jouer encore, j’irais là où le projet m’intéresse le plus (...) Concernant Chelsea, je n’en ai aucune idée. Pour le moment, on ne parle pas de ça. Après à Chelsea, c’est différent. Ils ont plusieurs joueurs en prêt et c’est assez pour "survivre".

FM : En Allemagne, Max Eberl du Borussia Mönchengladbach a dit de vous : "c’est un très bon joueur". J’imagine que c’est flatteur. Est-ce que la Bundesliga peut être un championnat qui vous intéresse ?

K.H : Oui, c’est sûr que quand de grands clubs vous font des compliments, ça vous fait plaisir. Après, je ne pense pas être prêt pour un grand club comme ça. Les compliments, on les prend. Mais je dois d’abord me concentrer sur mon jeu et mon niveau pour pouvoir progresser et peut-être envisager un jour d’aller dans un tel championnat.

FM : Quel championnat vous plaît le plus ?

K.H : Il y a beaucoup de grands championnats. On peut parler de la France. Il y a de très belles équipes. C’est un championnat de qualité. Quand on voit ce que Lyon fait en Champions League ou ce que Paris réalise, on ne peut pas négliger le fait que la Ligue 1 soit un très grand championnat. En Allemagne, dès que je vais voir un match, il y a de l’intensité, les supporters sont là. C’est magnifique. L’Angleterre reste le meilleur championnat. Il y a toujours de l’intensité. On peut jouer n’importe quel match, ce sera toujours un grand match. Ça joue au foot. Il y a des grands championnats partout. Si je pouvais aller dans l’un des quatre ou cinq grands championnats européens, je serais ravi.

FM : Le Cercle Bruges est le club satellite de l’AS Monaco. Il y a une passerelle qui pourrait se faire pour vous...

K.H : Peut-être. Dans le foot, on ne sait jamais. Ça se règle sur le terrain. À partir du moment où je fais de bonnes prestations, tout peut arriver.

FM : Tout peut arriver, même le fait que vous puissiez jouer avec vos deux frères. Est-ce un rêve ?

K.H : C’est sûr que ce serait vraiment pas mal de jouer ensemble. Ça reste possible. C’est à moi de tout prouver. Eden et Thorgan sont en équipe nationale tous les deux. Si un jour je veux jouer avec eux, c’est à moi de progresser pour arriver à leur niveau.

FM : On parle beaucoup de l’avenir d’Eden ces derniers mois. Certains disent qu’il va rester à Chelsea, d’autres qu’il pourrait jouer au Real Madrid. Pour prendre ce genre de décision, consulte-t-il sa famille ? Le sentez-vous prêt pour un club du calibre du Real Madrid ?

K.H : Ce n’est pas qu’il me consulte. Il est maître de son destin. La décision, c’est lui qui la prendra. S’il a envie d’en parler, on en parle. Mais de toute façon, quoi qu’il décide, on sera derrière lui. Pour nous, ça ne change rien qu’il reste ou qu’il parte. Au final, ce sera sa décision (...) Moi, je pense qu’il a toujours été prêt pour les grands clubs. C’est un joueur qui, partout où il a été, a été le meilleur. Que ça soit le Real Madrid ou n’importe quelle autre équipe, quand il arrivera, ils verront que c’est l’un des meilleurs joueurs du monde, si ce n’est le meilleur. Je ne pense pas qu’il y ait de soucis à se faire pour ça.

FM : Thorgan réalise lui aussi une saison exceptionnelle avec le Borussia Mönchengladbach. Comment l’expliquez-vous ?

K.H : Je pense que Thorgan est un peu sous-côté. On parle beaucoup d’Eden. Mais je pense qu’on ne parle pas assez de Thorgan. Quand on voit le niveau auquel il est actuellement et même les années précédentes, ça a toujours été l’un des meilleurs joueurs du championnat allemand. Année après année, il est de plus en plus efficace. Je pense que les gens se rendent compte qu’il n’est pas uniquement le petit frère d’Eden Hazard. Le joueur est vraiment bon et les gens s’intéressent à lui car il le mérite et parce qu’il a la qualité pour pouvoir titiller les grands joueurs.

FM : Selon nos informations, le Borussia Dortmund est très intéressé par lui. Pensez-vous qu’il soit prêt pour un tel club ?

K.H : Gladbach est un très grand club. Mais c’est sûr qu’il y aura toujours plus gros. Je pense qu’il est prêt. Il a toutes les qualités pour réussir dans un grand club. Comme Eden, ce sera à lui de décider de son avenir. Nous, on ne fera que l’encourager et le suivre.