FM : Souleymane, vous avez commencé votre carrière professionnelle en 2001 avec Monaco, quelle longévité !

SC : oui, comme je l’ai toujours dit, quand on commence une chose on connaît le début, mais on ne connaît pas la fin. Mon rêve était de devenir professionnel. Quand je suis arrivé à Monaco, j’avais 16 ans, je suis passé par les U17 et la CFA avant d’arriver en pro. Franchement, au départ je ne pensais pas pouvoir jouer jusqu’à aujourd’hui. Au fur et à mesure, on rencontre des gens formidables qui te donnent des conseils sur comment manger, comment se comporter. J’ai eu la chance de côtoyer des grands joueurs qui ont fait qu’aujourd’hui j’ai beaucoup d’expérience et qui m’ont aussi permis de durer dans le football.

FM : vous pensez à qui ?

SC : ils sont nombreux ! Comme Ludovic Giuly, Marco Simone, Flavio Roma, et je peux citer encore pas mal de joueurs comme Shabani Nonda, Oliver Bierhoff par exemple et j’en ai sans doute oublié d’autres. Il y avait aussi Francisco Da Costa (ndlr : Costinha, milieu de terrain portugais, réputé dur sur l’homme qui a joué entre 1997 et 2001 à Monaco) qui nous faisait comprendre qu’arriver en pro c’est bien, mais que ce n’est pas une finalité et que pour gagner sa place, il faut la mériter. Toutes ces stars nous mettaient en quelque sorte la pression pour qu’on joue avec eux.

FM : que pensez-vous aujourd’hui de la mentalité dans le football par rapport à vos débuts ? Y a-t-il une trop grande impatience chez les jeunes générations ?

SC : oui effectivement, mais après cela dépend ce ne sont pas tous les jeunes. C’est vrai qu’il y a des jeunes, dès qu’ils arrivent, ils veulent tout de suite jouer et s’imposer. Comme je le dis aux jeunes, dans la vie on veut programmer les choses, mais l’avenir nous réserve parfois d’autres choses. Pour prendre mon exemple, en arrivant, je me suis dit que je resterais une ou deux saisons à Montpellier, pour me relancer. C’est ce que je me suis dit au départ et une fois arrivé à Montpellier, les circonstances ont fait que je suis resté beaucoup plus longtemps que prévu. Douze ans après, je suis toujours là. Comme quoi on ne peut pas définir l’avenir. Il faut prendre les choses étape par étape. C’est le message que je donne aux jeunes. Il faut être patient et surtout travailler et ce n’est malheureusement pas toujours le cas, car certains veulent aller trop vite.

« L’expérience acquise, on se doit de la partager avec les jeunes »

FM : conseiller et accompagner les jeunes, c’est quelque chose que vous faites dorénavant au quotidien au MHSC ?

SC : c’est ce que je fais au quotidien avec pas mal d’anciens comme Vito (Hilton) ou Daniel (Congré). On joue ce rôle en quelque sorte. C’est normal, puisque c’est ce que d’autres ont fait avec nous lorsqu’on était jeune et qu’on est arrivé en pro. Donc on se doit de faire ça. L’expérience acquise, on se doit de la partager avec les jeunes.

FM : est-ce que vous pensez que ce rôle que vous tenez à Montpellier est quelque chose qui manque dans certains clubs de Ligue 1 ?

SC : moi je ne suis pas dans les autres clubs. Chaque club est différent et a sa façon de voir les choses. Mais effectivement dans un vestiaire on a toujours besoin de joueurs qui ont de l’expérience parce que dans une saison il peut se passer beaucoup de choses. Quand il y a des moments difficiles, les jeunes qui n’ont jamais vécu ça ne savent pas comment réagir. Jouer le maintien par exemple. Il y a des jeunes qui n’ont jamais vécu ça. C’est important de les rassurer, de leur parler, de ne pas se prendre la tête et de leur dire qu’il faut être « lucide », parce que si on est lucide on peut faire beaucoup de choses. Donc c’est très important ce rôle d’encadrement.

« Je suis sur le banc et je vois des choses qu’ils ne peuvent pas voir »

FM : vous avez un rôle important auprès des attaquants, d’Andy Delort notamment, pouvez-vous nous en dire plus ?

SC : je pense que mentalement c’est un garçon formidable, je ne le connaissais pas du tout. C’est un joueur qui a une bonne mentalité, il donne tout pour son équipe et ses coéquipiers. Mais il n’y a pas que lui, je parle avec les autres attaquants. Je suis sur le banc et je vois des choses qu’ils ne peuvent pas voir donc j’ai souvent l’occasion de leur donner quelques conseils comme je l’ai toujours fait. L’intérêt d’Andy ou des attaquants est l’intérêt de l’équipe et du collectif. Si l’équipe gagne, tout le monde gagne. Donc j’ai intérêt à ce qu’Andy marque et Gaëtan Laborde aussi. C’est important entre attaquants de s’entraider.

FM : est-ce naturel pour vous de partager et de transmettre votre expérience avec les plus jeunes ?

SC : aujourd’hui, on a la chance d’avoir Vitorino Hilton, Daniel Congré, Paul Lasne ou encore moi. On le fait dans le respect. Avec les jeunes ça se passe bien, on rigole bien, mais dans le respect. Après, il faut avoir envie de transmettre. Mais oui pour moi c’est toujours un plaisir de partager. Si je peux aider quelqu’un, je le fais avec plaisir. C’est dans ma nature.

FM : votre temps de jeu se réduit, mais vous êtes très important dans le vestiaire. Est-ce votre rôle d’être une sorte de grand frère ?

SC : pour le moment, on ne m’a pas trop donné d’éléments par rapport à ça, mais comme je le dis je le fais naturellement. J’ai eu la chance de faire pas mal de matches. Aujourd’hui, je ne vais pas dire que je vais simplement me contenter de ce que l’on me donne. Mais je suis un compétiteur, comme je l’ai dit à mes dirigeants, l’envie est toujours là et physiquement je me sens bien. Mais je ne suis pas là à demander à être titulaire. On sait qu’arrivé un certain âge, surtout en France, c’est plus compliqué. En tout cas, je fais tout pour être dans de bonnes conditions si l’entraîneur fait appelle à moi. Je donne tout comme je l’ai fait cette année, même si je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu. Ce n’est pas facile, mais c’est comme ça.

FM : justement comment expliquez-vous votre longévité ? Avez-vous un secret pour durer ?

SC : oui bien sûr, surtout quand on arrive à un certain âge, quand on arrive dans la trentaine on doit faire très attention, à l’hygiène de vie. Moi je ne suis pas quelqu’un qui mange n’importe quoi, je me couche tôt. J’ai fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là. On ne peut pas arriver à ce niveau sans faire de sacrifices.

FM : pour parler un peu de vous, ce statut de supersub vous colle à la peau. Comment vivez-vous cela ?

SC : franchement je ne me prends pas la tête par rapport à ça, je n’aime pas trop qu’on me dise que je suis un super remplaçant, un supersub. Je me considère comme un professionnel et comme un joueur à qui on fait appel à chaque fois que le coach a besoin de moi, et j’essaye de me donner à chaque fois à fond pour être là. Chaque joueur a envie de jouer, je suis dans le même cas, mais quand je suis remplaçant au lieu de me prendre la tête ou bouder, je me dis : « OK le coach ne me choisit pas ». Mais moi dans ma tête je me prépare en me disant que même s’il me donne 5 minutes je donnerai tout pour lui montrer que je mérite plus et demain il me donnera peut-être 15 minutes et ainsi de suite. C’est comme ça que je vois les choses au lieu de me braquer et de me dire « oui... le coach ne me fait pas confiance... ». Et après c’est à moi joueur de lui prouver, de lui montrer qu’il s’est trompé. Et dans ma carrière c’est toujours ce que j’ai fait.

« J’ai la chance de faire un métier que beaucoup de gens aimeraient faire, donc j’en profite »

FM : cette attitude est plus qu’appréciée chez les supporters de Montpellier et plus largement en France. Vous inspirez un profond respect. Est-ce quelque chose que vous ressentez ?

SC : oui bien sûr,c’est quelque chose que je ressens à chaque fois que je rentre sur le terrain, quand les supporters chantent mon nom et c’est quelque chose qui me motive encore plus et qui me donne encore plus en vie de tout donner. Que ce soit en match ou à l’entraînement je me donne toujours à fond. Je n’essaye pas de tricher. Tout au long de ma carrière, cela a toujours été comme ça, je suis quelqu’un qui aime ce qu’il fait. J’ai la chance de faire un métier que beaucoup de gens aimeraient faire, donc j’en profite. Chaque instant passé sur un terrain de foot j’en profite un max, et ce même si ce n’est que pour 10 ou 15 minutes. Ça, c’est quelque chose de fabuleux.

FM : vous voyez-vous continuer jusqu’à l’âge de Vitorino Hilton à Montpellier ?

SC : ça va être très dur parce que ce que fait Vito (Vitorino Hilton) est hors norme. J’ai beaucoup de respect, d’admiration, pour lui, même si j’aime bien le chambrer et le taquiner. Faire ce qu’il fait à 42 ans c’est exceptionnel. J’espère qu’il fera une année de plus sans pépin ni blessure. Mais moi aujourd’hui je profite, comme je l’ai dit à mes dirigeants physiquement je me sens bien. Je n’ai pas d’objectifs précis, je ne me dis pas que je vais jouer jusqu’à mes 40 ans. Si je vois que l’année prochaine je galère physiquement, à ce moment-là j’aurai l’honnêteté de dire à mes dirigeants que cette année sera la dernière.

SC : pour l’après-carrière, est-ce qu’il y a une possibilité de reconversion à Montpellier ?

SC : oui, le club aime bien garder les anciens, moi j’aime ce club, je n’ai pas passé 12 ans ici pour rien. Si j’ai passé autant de temps, ça veut dire que j’aime ce club. J’ai encore une année de contrat, je vais profiter de cette année-là un maximum et on verra avec les dirigeants à la fin.

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