Anthony Losilla (VfL Bochum) : « ce serait extraordinaire, à 35 ans, de gouter à la Bundesliga »

Il est français et dispute sa 7e saison au sein du VfL Bochum 1848. C'est le brassard vissé au bras qu'Anthony Losilla mène Die Unabsteigbaren (« ceux qui ne peuvent être relégués ») vers un retour en Bundesliga. A 35 ans, il n'a jamais été aussi proche de découvrir la première division. Entretien.

Aux portes de la Bundesliga, le Français Anthony Losilla s'est longuement confié à Foot Mercato
Aux portes de la Bundesliga, le Français Anthony Losilla s'est longuement confié à Foot Mercato ©Maxppp
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Formé à l’AS Saint-Etienne, passé par l’AS Cannes et le Paris FC puis révélé au Stade Lavallois, Anthony Losilla avait quitté la France pour l’Allemagne il y a dix ans. A 35 ans, le taulier du milieu de terrain de Bochum, qui affronte Nuremberg ce dimanche à 15h30 (33e journée de 2.Bundesliga), est à un pas d’une montée en Bundesliga et d’une première expérience au plus haut niveau. Entretien.

Foot Mercato : Bonjour Anthony, comment vas-tu avant d’aborder le rush final qui pourrait permettre au VfL Bochum de retrouver la Bundesliga ?

Anthony Losilla : ça va, après le résultat d’hier (5-1 contre Regensburg, dimanche, ndlr), ça va mieux. L’envie d’en découdre. On est tellement proche d’un truc formidable que du coup il y a un peu d’impatience. C’est un bon sentiment, qui prend quand même beaucoup d’énergie. On a envie de réussir. Sur le terrain, il n’y a pas plus de pression que d’habitude, mais avant et après le match on sent que ça nous travaille.

FM : Bochum est leader de deuxième division, cinq points devant Greuther Furth (3e, barragiste), à deux journées de la fin. Sans vouloir jouer avec le karma, vous vous dirigez vers la Bundesliga...

AL : il faut qu’on aille chercher les points. Il nous en manque deux pour aller chercher la montée. Mais c’est vrai que dimanche, on a eu un petit avant-goût (5-1 contre Regensburg). Notre stade est situé sur une artère principale de Bochum, et à la fin du match on a pu entendre les voitures qui klaxonnaient. On ressent l’engouement. Ils nous voient déjà là-haut. C’est génial, même si on ne peut pas trop s’enflammer non plus. On a déjà assuré la troisième place, synonyme de barrage. C’était l’objectif.

FM : Et le titre de champion ?

AL : on se l’est dit. Monter c’est extraordinaire, mais depuis le temps qu’on est à cette place, on a cette petite avance, ce serait bête de ne pas soulever ce bouclier-là. Ce serait encore plus beau. Un souvenir encore plus grand.

FM : A Bochum, tu es capitaine. Sais-tu pourquoi on t’a choisi ?

AL : Robin Dutt (le précédent coach) m’avait nommé capitaine « intérimaire ». Un rôle qui me revenait quand les anciens étaient absents. On m’avait ponctuellement confié le brassard durant mes premières années au club. Robin Dutt m’avait dit « Toto, tu es l’un des joueurs les plus importants de l’équipe. Donc j’aimerais que tu sois mon capitaine ». Son successeur, Thomas Reis, m’a appelé le jour où il a été nommé (le 6 septembre 2019). Il avait déjà travaillé avec les U19 du club. On le connaissait. Il m’a dit qu’il avait besoin des joueurs clés de l’équipe, qu’il ne pouvait pas réussir seul et qu’il voulait que je reste son capitaine.

Anthony Losilla et Thomas Reis ont bien accroché.

FM : Un Français capitaine d’une équipe allemande. C’est aussi la preuve que tu es comme un poisson dans l’eau à Bochum...

AL : on ne le voit pas forcément partout, c’est vrai. Mais cela fait sept ans que je suis au club, neuf ans que je suis en Allemagne, j’ai 35 ans et une petite expérience. Je maîtrise assez bien la langue. Et puis ici je suis comme chez moi. Que ce soit au club, avec les dirigeants, les employés du club. J’ai un bon feeling. J’ai aussi un tempérament assez ouvert, sociable. Ils ont pris ça en compte, ils m’ont fait confiance. La question d’être un étranger ne s’est pas posée. Ils ont vu le joueur, mon caractère et ça a suffi pour me confier ce capitanat.

FM : Comment as-tu apprivoisé ce rôle ? Est-ce naturel chez toi ?

AL : Au début de je ne me voyais pas trop dans ce rôle, parce que je n’étais pas du genre capitaine qui ameute les troupes, ce n’était pas mon caractère. Mais c’est venu un peu naturellement. J’ai eu des capitaines qui avaient un tempérament autre que le mien. Qui criaient plus souvent. Qui avaient plus de voix. Moi, c’est autre chose. J’essaie de montrer l’exemple sur le terrain, plus que par la parole. Je suis toujours à 200% à l’entraînement. Et ce qui est apprécié ici, c’est le rôle que je peux avoir auprès les jeunes. J’essaie de les encadrer, de leur parler et les soutenir. Cette année, on a pas mal de joueurs expérimentés, de plus de 30 ans, comme moi. On a aussi de très jeunes joueurs qui jouent beaucoup. Notamment une défense centrale qui est très jeune (Armel Bella-Kotchap, 19 ans, Maxim Leitsch, 22 ans). C’est une tout autre génération. A un moment donné, il a fallu que je force un peu mon caractère, que j’aille chercher d’autres choses pour qu’on réussisse en tant qu’équipe. Je parle aussi beaucoup avec l’entraîneur, qui fait confiance aux anciens. Même sur des points tactiques. Le lien entre l’équipe et le coach.

FM : On t’appelle « Toto Losilla », tu es le plus ancien de l'effectif (2014) et le plus expérimenté (35 ans). Tu es devenu une figure du club et de la ville...

AL : après sept ans, où j’ai eu la chance de beaucoup jouer... J’ai le record de match au club, en deuxième division. Je n’aime pas trop parler de moi, mais c’est vrai que j’ai eu des prestations plutôt convaincantes, constantes, pendant toutes ces années. Ma mentalité correspond beaucoup à ce que les gens veulent ici. J’ai remarqué que les gens m’appréciaient beaucoup. Quand j’emmène mon fils à l’école, les parents viennent souvent me voir. En Allemagne, il y a un engouement autre qu’en France. Ils vivent le foot. La ville est en harmonie avec le club. Cela reste sympathique, lorsqu’on est en famille. Un signe de la tête, un sourire, mais toujours dans le respect et avec une certaine distance. Cette reconnaissance, c’est forcément très agréable. La reconnaissance de tout un club, de ses supporters, c’est gratifiant.

FM : Le 14 février, tu as lié ton avenir à celui de Bochum jusqu'en juin 2022. L'objectif c'est clairement de découvrir la première division. C'est maintenant ou jamais ?

AL : bien sûr ! Quand on passe la trentaine dans le football actuel, où les jeunes joueurs arrivent de plus en plus tôt, on sait bien que cela commence à être difficile. Je sais très bien que mes chances d’aller en Bundesliga étaient quasiment nulles. Ma seule chance, c’était de monter avec Bochum. Cela fait quelques années que je me suis dit que je voulais terminer ma carrière ici. Mais on n’a pas fait des saisons sportivement convaincantes pour que j’y crois vraiment, même si je suis plutôt quelqu’un de positif. Chaque saison, il y a des clubs qui descendent et qui ont des budgets beaucoup plus importants que le nôtre. Je ne me voyais plus avoir cette chance. Mais cette année, on a réussi à faire une saison pleine et j’ai maintenant la chance de réaliser un rêve que j’ai depuis que j’ai commencé à jouer au foot. Ce serait extraordinaire, à 35 ans, de gouter à la Bundesliga. L’apothéose.

Anthony Losilla a prolongé le lien qui l'unit à Bochum pour la Saint-Valentin.

FM : Bochum qui monte sans toi, ce n’était pas concevable après toutes ses années de bons et loyaux services...

AL : j’ai tissé des liens particuliers avec le club, avec le directeur sportif (Sebastian Schindzielorz). Lorsque j’ai prolongé en février, j’ai signé qu’importe que le club évolue en D1, D2 ou D3 l’an prochain. Cela fait quelques années que je prolonge d’un an, à chaque fin de saison. A la trentaine, le club a besoin d’être sûr que physiquement on tient la route. L’an passé, j’ai prolongé beaucoup plus tôt. On était en difficulté sportivement. En novembre, ils m’ont expliqué que ce serait un bon signe si le capitaine prolongeait dans cette phase difficile. J’ai dit oui tout de suite, même en cas de descente en troisième division. Cette année, ils sont revenus vers moi. Ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas oublié ce geste et que je mériterais de découvrir la Bundesliga. En espérant que cela aboutisse.

FM : A 35 ans, tu es tout proche d’évoluer en première division pour la première fois de ta carrière. Tu te dis que tu méritais d’y aller avant ou simplement que le deuxième échelon te correspondait bien jusqu'à aujourd'hui ?

AL : j’ai eu pas mal de virages dans ma carrière. Beaucoup de coéquipiers ou d’entraîneurs m’ont demandé, surpris, pourquoi je n’avais pas gouté à une première division, en France ou en Allemagne. Moi je pars du principe que si ça ne s’est pas fait, c’est que c’était comme ça. Peut-être qu’il me manquait une petite chose. Je pense sincèrement être un joueur qui aurait pu jouer en Bundesliga, mais je ne me considère pas comme un joueur au talent indéniable qui mérite absolument d’y jouer. Il m’aurait fallu, à un moment donné, une part de chance pour réussir à franchir le pas. Une fois le pas franchi, alors peut-être que... Mais je n’ai pas eu cette chance. Il y a eu des contacts à un moment dans ma carrière... Mais j’ai fait des choix. Je suis content de la carrière que j’ai faite, je n’ai rien à regretter. Chacun fait la carrière qu’il a à faire. J’ai beaucoup joué. Peut-être que si j’avais fait ma carrière en Bundesliga, j’aurais beaucoup moins joué. Dans tous les clubs que j’ai faits, si j’ai été dix fois sur le banc, c’est un maximum. C’est une reconnaissance, d’être important dans un club, qu’importe le niveau. Cela a sa valeur. Là, j’ai l’opportunité d’atteindre le plus haut niveau avec le club qui aura été le plus important dans ma carrière. C’est d’autant plus génial.

FM : Bochum joue la montée alors que le voisin Schalke 04 est descendu. Comment les gens vivent ça dans une région, la Rhur, où le foot revêt une importance toute particulière ?

AL : il y a une grosse rivalité entre les clubs de la Rhur. Schalke 04 (Gelsenkirchen), Bochum et Dortmund, c’est maximum 15 ou 20 km qui séparent les trois villes. Bochum, ça a toujours été cette ville au milieu. Les deux gros, Schalke et Dortmund, on ne va pas parler de leur palmarès. Bochum a eu ses époques, avec une épopée européenne, il y a quelques années. Avant de passer ces onze dernières années en deuxième division, c’est un club qui a connu plus souvent la Bundesliga que la D2. Au club, on vit ça comme une renaissance. Pour motiver un peu l’équipe, je leur ai parlé avant un entraînement. Je leur ai dit que ce qui est fou ici c’est que chaque année, malgré une saison précédente de merde, on repart en se disant « cette année c’est la bonne, on va monter ». Cette année, en plus, le gros rival descend en deuxième division. On le vit d’autant mieux.

FM : Vous vous situez où par rapport aux deux autres clubs du coin, Schalke et Dortmund ?

AL : Dortmund, sa présence en Ligue des champions fait qu’ils ont une certaine puissance financière. C’est le gros club de la région. Tous les gens, même à Bochum, sont fans du BvB. Là, c’était facile pour eux parce qu’ils pouvaient soutenir une équipe en Bundesliga et une équipe en D2. Je ne sais pas trop comment ça va être la saison prochaine (si Bochum monte). On a souvent rencontré Dortmund en match amical, et justement c’était plutôt amical. Schalke, un peu moins. Il y a plus de rivalité. Gelsenkirchen et Bochum sont deux villes minières. C’est pour ça aussi, je pense, que beaucoup de gens de Bochum se réjouissent de cette descente. Cela reste une grosse puissance. Ils avaient Raul il y a peu de temps. C’était difficile de rivaliser avec les deux gros. Bochum c’était le petit de la Rhur, avec un côté plus familial. Mais il y a quelque chose à faire. Les gens sont très proches les uns des autres. On le ressent les jours de match. On a un petit stade qui fait 27 000 places, mais quand c’est plein on le sent. Chaque club est un peu différent, mais il y a quand même c’est identité de la région minière. Les gens, ce sont des travailleurs. Le club est très attaché à cette mentalité, propre à la région.

FM : Cette région au passé minier, cela te parle, toi qui es originaire de Firminy, dans la Loire ?

AL : mes frères et sœurs sont toujours dans la région stéphanoise. Mes parents ont cette mentalité de travailleurs. Ils me l’ont inculquée. Je retransmets ça sur le terrain et dans ma manière de vivre. Je crois que cela correspond assez bien à ce que les gens veulent voir. J’ai intégré l’AS Saint-Etienne quand j’avais 8 ans. J’y suis resté jusqu’à mes 20 ans. Douze ans dans un club. Une ville minière aussi. Les gens sont un peu similaires. Saint-Etienne et Bochum, les deux villes se ressemblent. Les gens sont plutôt ouverts, très conviviaux, à fond derrière leur équipe. Il y a des points communs entre les deux clubs aussi. Bien sûr, Saint-Etienne a un passé récent au plus haut niveau. Mais il y a cette même ferveur. J’ai grandi dans la ferveur des Verts et je connais bien ce club. Ça a été fantastique, ça m’a fait rêver à une époque. Pour beaucoup de jeunes, le fait que Bochum remonte c’est génial, Ça va faire rêver les jeunes générations aussi.

FM : Qu’est-ce qui a changé au club pour que cette année devienne l’année de la consécration ?

AL : j’ai connu pas mal de coaches. On a eu des hauts et des bas, depuis que je suis ici. Plus de bas que de haut. Ou alors des saisons où l’on ne jouait pas grand-chose. La saison dernière, on a fait une première moitié catastrophique. On était quasiment relégable avant la première vague de covid et l’interruption du championnat. On avait besoin de points, on n’était pas bien. On s’est retrouvé, l’équipe et le staff technique, et on a réussi à créer un groupe. Il fallait qu’on sorte de cette situation. Les anciens ont pris les choses en mains. Après la pause, on a terminé le championnat sans spectateurs et fini meilleure équipe de cette phase. On a remporté 5 des 9 derniers matches, on en a perdu qu’un. On a fini 7e. C’était positif. On a créé un esprit de groupe. Le club a réussi à conserver des cadres qui étaient en fin de contrat, à garder l’ossature de l’équipe. On est resté dans cette dynamique à l’entame de la nouvelle saison. On a consolidé cet esprit d’équipe. Tout ce qu’il faut dans cette division. On avait des joueurs de qualité, il nous manquait cet esprit d’équipe. Tout donner pour l’autre. Tout le monde a adhéré et c’est pour ça qu’on est en train de réussir quelque chose de beau. Pas mal de gens ont vu ce changement au niveau de l’esprit et c’est ce qui a fait la différence.

FM : Est-ce qu’un moment clé a fait basculer la saison ?

AL : on n’avait pas très bien commencé la saison. On a eu du mal à trouver notre rythme. Et puis est arrivé un match contre le gros club de deuxième division : le Hambourg SV. On venait de perdre, on n’était pas très bien. On va là-bas et le coach repasse à un système qu’on connaissait bien (4-2-3-1). A ce moment-là, Hambourg n’avait perdu aucun match. On fait un match extraordinaire. On gagne 3-1 là-bas, sans contestation. Là, on a pris conscience de ce qu’on était capable de faire. A partir de là, on a enchaîné les bons résultats. La dynamique est restée. On a eu de la chance d’avoir peu de joueurs clés blessés. On a beaucoup joué avec une équipe qui se connaissait.

FM : Tu fais partie de ce qu’on appelle un « double-pivot », devant la défense....

AL : on est deux numéros 6 de 33 et 35 ans. On se connaît très bien avec Robert Tesche. On joue depuis 4 ans ensemble. Même si lui a eu des moments où il jouait moins, on peut toujours compter sur lui, il fait une saison fantastique (cinq buts sur les quatre derniers matches de Bochum, ndlr). C’est un mec comme moi, simple. Cette expérience, ces automatismes qu’on a su créer sur le terrain, ça s’est vu. On a même réussi à proposer un football attrayant pour les spectateurs.

«Toto» Losilla, Robert Tesche, les deux trentenaires font la paire.

FM : Le 4-2-3-1 a donc transfiguré Bochum ?

AL : exactement. C’est le dispositif qu’on avait utilisé lors de notre bonne période post-covid la saison dernière, parce que notre attaquant (Silvère Ganvoula, ndlr) était blessé. On avait laissé cette tactique de côté puisque notre attaquant vedette était de retour. On s’était adapté à lui. Mais on n’avait pas réussi à retrouver nos automatismes. Ce n’est pas un attaquant qui travaille beaucoup quand on n’a pas le ballon. Il a d’énormes qualités offensives, mais notre jeu est basé sur le pressing. On n’arrivait pas à retrouver la dynamique de fin de saison. On a rechangé de système. Un autre attaquant est passé devant (Simon Zoller, ndlr). Le coach a souhaité mettre l’accent sur l’équipe et ça a marché. Notre attaquant a mis 15 buts et hormis ça c’est quelqu’un qui travaille pour nous. Cela nous a fait énormément de bien.

FM : As-tu le sentiment que Bochum n'était pas du tout attendu à cette place ?

AL : sportivement, on n’avait pas réalisé une bonne saison précédemment. Financièrement, on était neuvième ou dixième budget de 2.Bundesliga. Il y a toujours les gros : Hambourg, Hanovre, Nuremberg. Des gros noms du football avec des budgets deux fois supérieurs au notre. Mais à un moment donné, on voit aussi que ce n’est pas facile la deuxième division, qu’il faut d’autres arguments. L’esprit d’équipe fait la différence. Hambourg est descendu il y a trois ans, cela fait trois années d’affilée qu’après une première partie de saison terminée en tête ils calent dans la deuxième moitié du championnat. C’est compliqué.

FM : Presque dix ans que tu es en Allemagne, tu y as construit ta vie. Tu vois quoi après ?

AL : à mon âge, on y pense un peu. Ça fait déjà deux ou trois ans que je prolonge avec le club. Nos liens sont si forts qu’eux veulent que je continue au sein du club après ma carrière. On a discuté de certaines possibilités. On n’a pas encore approfondi, on reste sur le plan sportif et on en parlera l’année prochaine. Je ne le cache pas, on a une maison en France, de la famille là-bas. Cela fait de nombreuses années qu’on est éloigné, cela manque aussi. Nos enfants n’ont vécu qu’en Allemagne. C’est plein de paramètres à prendre en compte. On se pose la question. On adore la qualité de vie en Allemagne. J’ai eu cette année des opportunités de revenir en France, avec des projets intéressants. A plus bas niveau. Pour l’après-carrière. Le club de Grasse m’a contacté. Pourquoi pas. Je me laisse le temps de la réflexion. Là, c’est mon objectif sportif qui prime. De par ma carrière en Allemagne, j’aurais peut-être plus d’ouvertures ici. Ma femme s’inquiétait en arrivant, elle se plaît maintenant beaucoup en Allemagne. Mais elle a fait des sacrifices depuis onze ans. Ce sera une réflexion en famille. J’ai aussi une fille, d’une précédente union, qui est en France.

Anthony Losilla s'est éclaté avec Arnaud Balijon lors de son passage à Laval.

FM : Avant l'exil en Allemagne, tu as débuté à l'AS Saint-Etienne...

AL : j’ai commencé tout jeune dans mon village de Pont-Salomon, mais je n’y suis pas resté longtemps. Ensuite, je suis allé au CO Firminy, à côté de Saint-Etienne. J’y suis resté un an. L’ASSE était dans notre poule et leur entraîneur était allé voir mes parents après une confrontation. Il voulait que j’intègre le club. A huit ans, j’ai rejoint les Verts. Jusqu’à signer mon premier contrat pro là-bas. Malheureusement, quand j’ai signé Elie Baup était l’entraîneur, mais il n’est pas resté pas quand j’arrivais aux portes de l’équipe première en 2006. Ivan Hašek avait été nommé, avec un nouveau staff. Il ne faisait pas confiance aux jeunes, il nous a prêtés directement. Je suis parti en prêt un an à Cannes, puis j’ai resigné un an là-bas, en troisième division. Après, deux ans au Paris FC et deux ans à Laval. J’ai passé quatre ans en National. C’était long mais ça m’a permis de me construire.

FM : En 2012, tu quittes la France pour l'Allemagne et le Dynamo Dresde. Comment cela s'est fait ?

AL : à la fin de mon contrat, le Stade Lavallois (L2) voulait me prolonger. Mais à ce moment-là, j’avais eu pas mal de contacts, notamment avec des clubs de Ligue 1 : Valenciennes, Nice, étaient intéressés. En tant que joueur, on espère la Ligue 1. En mars, Dresde était venu voir mon agent. Première réponse : non. Je voulais rester en France. Ma femme était enceinte de notre premier enfant. Je voulais jouer en Ligue 1. Le coach de Dresde insistait, on avait des conversations en anglais. Il m’appelait très souvent. J’ai refusé 3 ou 4 fois. Dernier match de la saison avec Laval, à Clermont. On m’appelle. Romain Brégerie, passé par Metz, qui maintenant est devenu mon agent, qui me parle du club. J’avais un autre regard. L’engouement en Allemagne, la volonté du club de me faire venir. Ils voulaient une réponse le lendemain. J’avais finalement dit non, je ne me sentais pas prêt mentalement. J’étais en vacances, dans la région de Nice, et le directeur sportif de Dresde est venu me voir. Il est venu me voir dans un aéroport de Nice, pour la journée. J’y vais avec ma femme. Ils avaient tout préparé. Les hôpitaux pour l’accouchement de ma femme, les vidéos de leur montée en D2 avec les supporters, j’ai vu ce qu’il se passait, j’en avait marre d’attendre des opportunités en France, alors j’ai dit oui. C’est comme ça qu’a commencé l’aventure en Allemagne. Je crois que c’est le meilleur choix de ma carrière. Le « petit Dortmund », parce qu’ils ont un mur jaune. J’ai vu très rarement dans des stades de foot une ambiance pareille à celle de Dresde.

FM : A Bochum, il y a eu Patrick Guillou et Marc Pfertzel. As-tu échangé avec eux avant de rejoindre le club, ou après, pour partager vos expériences ?

AL : Marc Pfertzel a été à un moment donné mon agent, donc j’ai été en contact avec lui. Après, Patrick Guillou non. Je sais qu’il commente les matches allemands. Je ne savais pas qu’il avait joué à Bochum. Je sais qu’il avait joué en Allemagne et qu’il connait parfaitement le football allemand. Ici, ils m’ont parlé de Marc Pferztel, mais pas de Patrick Guillou. Il est passé par Saint-Etienne donc j’apprécie vraiment sa manière d’être. Il n’y en a pas eu tant que ça des Français à Bochum. Il y a eu un Franco-Algérien, Anthar Yahia (2007-2011), mais sinon, non.

Anthony Losilla sous les couleurs du FC Bayern.

FM : Le 29 octobre 2019, Bochum passe près d'éliminer le Bayern au deuxième tour de la Coupe (défaite 2-1, 83e,89e). A la fin, on te voit revêtir le maillot de Coman. Quand on joue en deuxième division, les matches de coupe, contre le Bayern par exemple, revêtent une saveur particulière ?

AL : c’était la deuxième fois qu’on jouait contre le Bayern. Mon fils était fan de Robert Lewandowski, donc j’étais allé le voir à la fin du match pour avoir son maillot, mais il n’avait pas été très agréable. Du coup, j’étais allé voir Kingsley Coman, je lui avais demandé, et très gentiment, il m’avait donné son maillot. C’est génial de jouer contre des personnes comme ça. On peut se mesurer au top du niveau européen, donc c’est fantastique. L’an dernier, en coupe, on est passé à deux doigts de l’exploit. C’est de très bons souvenirs. Cette année, on a joué Leipzig, mais on avait laissé ce match de côté pour nous concentrer sur le championnat. Dans ce genre de match, on peut voir pourquoi ils sont à ce niveau et pas nous, c’est intéressant. Et l’année prochaine, j’espère que ce sera tous les weekends.

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