La coordination motrice, l'élément clé à développer chez les joueurs

Entraînement
La coordination motrice dans le football
La coordination motrice dans le football ©Maxppp

Derrière le talent des meilleurs joueurs et des meilleurs dribbleurs du monde, se trouve une capacité de coordination et de motricité d’une importance capitale apprise dès le plus jeune âge. Mise en lumière du rôle prépondérant de la coordination motrice chez un footballeur.

Vous vous êtes peut-être déjà installé devant votre télévision pour regarder un match et en voyant certains gestes, vous vous êtes dit: « mais comment fait-il pour réaliser tout cela si vite et si précisément ? » Et bien sachez qu'au-delà du génie de certains joueurs, ce qui leur permet de réaliser des gestes de grande classe vient d'un travail de coordination et de motricité réalisé en amont. René Florent, ex-footballeur professionnel à l'Olympique d'Alès et désormais éducateur de jeunes joueurs nous a apporté quelques explications sur cet élément clé du football, mais avant cela, nous allons commencer en vous expliquant de quoi il s’agit.

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Qu’est-ce que la coordination motrice ?

La coordination motrice est la capacité à réaliser un geste grâce à la relation entre le cerveau, le système nerveux, les muscles et les articulations. Imaginez le corps en mouvement dans une situation précise avec un espace-temps donné, en étant coordonné, le corps fait exactement le geste qu’il faut au bon moment alors que s'il ne l'est pas, il ne fera pas le geste adéquat. Il faut que le corps et l’esprit soient synchronisés pour réaliser le mouvement parfait.

Le cerveau a donc une place prépondérante puisqu’avant même de parler de motricité, on parle de psychomotricité. Il s’agit d’un concept sous-tendu par l'idée que les manifestations corporelles d'un individu et sa vie psychique s'influencent mutuellement du fait d'un lien étroit entre le corps et l’esprit. Ce terme peut être divisé en deux parties avec d’un côté l’aspect psychique qui représente l'intériorisation et le ressenti à travers l’audition, la vision, le toucher ainsi que l’odorat et de l’autre, la partie motrice qui représente quant à elle la partie corporelle visible, à savoir les mouvements, l’orientation, l’équilibre, les gestes etc.

Ensuite, la motricité peut être divisée en deux parties avec la motricité globale et la motricité fine. La motricité globale représente tout ce qui concerne le contrôle de l’ensemble du corps, tant en mouvement qu’à l’état de stabilité. Elle touche à la maîtrise de position et de déplacement. Ainsi, la motricité globale regroupe plusieurs composants.

La dissociation segmentaire

Son premier composant est la dissociation segmentaire. C’est lorsqu’une partie du corps ne fait pas le même mouvement que l’ensemble du corps. Pour réaliser cette dissociation des mouvements, et accéder à l'indépendance segmentaire, il faut réduire les grands mouvements inutiles. Il faut donc immobiliser certaines parties du corps, qui vont constituer un support et un point d'appui autour duquel va s'articuler le mouvement du segment dont on a vraiment besoin pour une action donnée. On dit qu’il y a des muscles agonistes et antagonistes.

Au niveau des exercices, on peut dissocier les membres inférieurs et supérieurs, la latéralité gauche-droite, le regard et le geste, le pied et la main etc. Globalement, la dissociation segmentaire vise à réaliser plusieurs actions de façon coordonnée pour que le joueur mémorise le tout et que cela devienne naturel. Le travail de dissociation entre l'œil et le pied est par exemple très intéressant et améliore la prise d’information, tout en permettant progressivement d'améliorer sa maîtrise du ballon (en décentrant le regard du ballon). La dissociation segmentaire permet de limiter les gestes parasites et de maîtriser son corps dans l’espace, en améliorant la finesse et la précision des mouvements.

Le contrôle musculaire

Le travail de dissociation segmentaire est très complémentaire du contrôle musculaire, qui lui se travaille avec une dissociation de plus en plus fine des groupes musculaires à relâcher. Pour réaliser tout cela, il faut travailler sur l’élimination de la crispation des membres et la prise de conscience intériorisée des différentes parties du corps et de leur état de tension réciproque.

Pour résumer, il faut être capable de moduler la répartition du tonus (l'état permanent de tension qui s'exerce sur les muscles) dans différentes positions pour notamment s’adapter lors du toucher de balle. Par exemple, un ballon reçu sur une partie du corps tendue va forcément rebondir et fuir alors qu’un ballon reçu sur une partie du corps relâchée va s’amortir.

Différents exercices d’amortis sont préconisés pour travailler la tension des muscles et le besoin de les « relâcher ». Vous pouvez par exemple pratiquer des exercices de finition où vous devrez amortir le ballon à la réception d'un centre avant d'enchaîner avec une frappe pied opposé.

L’équilibre statique et dynamique

Le travail d’équilibre a pour objectif de bien positionner son corps au moment du geste. Le joueur doit être capable de maintenir son équilibre, que ce soit à l’arrêt ou en mouvement. Il faut déjà savoir que deux systèmes commandent l’équilibre: le système vestibulaire situé dans l’oreille interne et les récepteurs, aussi appelés propriocepteurs situés sur toute la partie squelettique. Ces récepteurs envoient des indications précises sur la position de chacune des parties du corps au cerveau.

Le travail de proprioception est préconisé car il permet d’avoir un meilleur équilibre, de développer le tonus musculaire, d’affiner la coordination entre les différents muscles et le cerveau mais aussi de bien verrouiller les articulations. La proprioception est particulièrement utilisée lors du processus de rééducation et de réathlétisation post blessure mais elle permet également de minimiser les risques de blessures si elle est travaillée en amont. Le renforcement des articulations va permettre de limiter la perte d’énergie dans le geste technique, ce qui vous rendra plus efficace.

Pour travailler la proprioception, la symétrie est indispensable, que ce soit de manière statique ou dynamique. Il est dans un premier temps conseillé de commencer par des exercices statiques avant d’augmenter la difficulté en passant à des exercices les yeux fermés puis des exercices sur plan instable type ballon bosu, plateau de Freeman ou coussin d'équilibre. L’intégration du ballon est également possible sur des exercices unipodaux, avec par exemple une jambe sur un coussin d'équilibre et l'autre qui renvoie le ballon.

Veillez à ne pas travailler que les chevilles puisque d’autres articulations (comme le genou par exemple) seront déséquilibrées et susceptibles aux blessures. Alternez donc les exercices avec les jambes tendues pour solliciter les chevilles et avec les jambes fléchies pour solliciter les genoux.

La coordination dynamique

Le processus de coordination débouche sur la production d'un geste structuré aux différentes phases synchronisées. Il nécessite des actions musculaires bien réglées dans leur force, leur durée et leur vitesse, mais également l'intégration d'autres éléments qui influencent la réalisation gestuelle tels que l’inertie, le vent... Le tout avec la présence de partenaires et d'adversaires. Cette coordination se trouve dans la juste répartition de l'intervention des muscles agonistes et antagonistes dans l'espace-temps.

« Le football est très compliqué et nécessite beaucoup de coordination parce qu’avec le ballon par exemple, il faut manipuler le pied pour ouvrir sur l’intérieur ou l’extérieur, prendre appui sur l’autre et repartir donc il faut être bon sur de nombreux aspects physiques qui découlent sur la technique. C’est le sport le plus complet, on y développe des fibres lentes et rapides, toute la masse musculaire travaille. C’est pour cela que le travail de coordination est très important, il implique tous les besoins d’un footballeur », nous explique René Florent.

La coordination dynamique s’effectue grâce à un travail sur la vivacité, le rythme, les appuis, les changements de vitesse et de direction avec et sans ballon à travers différents types de parcours incluant des sauts, des cerceaux, des slaloms, des échelles, des sprints etc. C'est notamment ce travail d'appuis très intense qui permet aux meilleurs dribbleurs d'être si efficaces.

La structure spatio-temporelle

Le fond essentiel de la structure spatio-temporelle sont les éléments perceptifs permettant à un joueur de se placer dans l’espace et le temps en fonction du placement de ses adversaires et de ses partenaires. Quand on pense aux déplacements des joueurs, on fait souvent le rapprochement avec le fameux « Qi foot » souvent qualifié d’inné, pourtant, ce n’est pas forcément un don. Cette qualité se travaille depuis le plus jeune âge à travers différents exercices de coordination motrice. Les apports de ces fondamentaux footballistiques, que sont la coordination et la motricité, ne sont donc pas exclusivement techniques et physiques, mais également tactiques.

La compréhension des actions qui se déroulent dans l’espace-temps permet de tenir compte de ce que font les autres joueurs afin d’organiser son action individuelle. Tous les joueurs d’une équipe se déplacent et orientent leurs propres actions en fonction des autres joueurs. D'autres éléments essentiels comme l'orientation, la trajectoire, la localisation et la vitesse du ballon peuvent être travaillés à travers différents exercices demandant de l’anticipation. Tous les joueurs sur le terrain doivent être capables de lire une trajectoire et avoir un certain sens du timing pour réceptionner ou intercepter les ballons. Chez les défenseurs, il est par exemple primordial de bien pouvoir lire la trajectoire de balle afin de ne pas se faire avoir par un rebond qui pourrait donner un avantage à l'attaquant.

La perception visuelle est sollicitée en priorité dans des exercices de jongles réalisables seul ou à plusieurs, avec la fameuse « Brésilienne » par exemple ou le tennis-ballon. Le joueur doit apprécier l’éloignement, la vitesse, la direction et la hauteur entre son corps et la balle.

La distance, la vitesse et la direction peuvent également être appréciées à travers différents exercices de passes à destination d’un partenaire en mouvement. Le cerveau mémorise alors certaines situations données dans l’espace-temps, ce qui facilitera le dosage et la direction de certaines passes vers des coéquipiers en mouvement une fois en match.

La motricité fine

Après avoir présenté les différents aspects de la motricité globale qui enveloppe de nombreux points, nous allons évoquer la motricité fine qui implique des mouvements fins, précis, minutieux et contrôlés qui sont essentiels pour l’autonomie au quotidien mais également dans le football. La motricité fine se travaille avec ou sans ballon et permet de consolider le bagage technique du joueur.

Au lieu de travailler l'ensemble du pied, on va pouvoir se focaliser sur les orteils, par exemple, voire uniquement le gros orteil, qui a un rôle important sur toutes les actions dynamiques comme les sauts. La motricité fine fait donc appel à l’utilisation et au contrôle de différentes parties du corps ainsi qu’à la perception pour réaliser des mouvements spécifiques. Ce travail est essentiel dès le plus jeune âge, il s’agit des fondamentaux du football et même du quotidien des enfants.

Les différentes étapes du processus d'apprentissage

Si ce travail doit être effectué dès le plus jeune âge, il y a tout de même un processus à respecter. Il ne faut pas griller les étapes trop rapidement, notamment pour respecter la croissance des jeunes joueurs. « La motricité se travaille dès l’âge de 6 ans, dans ce qu’on appelle l’initiation, qui s’étale jusqu’à l’âge de 13 ans. Le but est d’initier les jeunes joueurs grâce à des mouvements qui permettent d’insister sur les fondamentaux, il ne faut pas chercher la victoire ou la performance de façon impérative à cet âge-là, il vaut mieux être minutieux sur les petits détails. La motricité est l’élément permettant d’agir sur l’agilité, la vitesse et même la décélération. La manipulation du ballon au sol est également travaillée aussi bien sur la maîtrise de celui-ci que sur les changements de direction. Durant cette période, on peut déjà commencer à faire du gainage de façon ludique en situant bien les mouvements car les os ne sont pas encore formés », nous explique René Florent.

En effet, l’enfance est la période la plus importante pour l’apprentissage moteur. C’est pour cette raison qu’il faut impérativement travailler la coordination chez les jeunes footballeurs. À partir de l'adolescence, le développement de celle-ci ne sera plus aussi efficace, bien que toujours possible. C’est pour ces raisons que les jeunes joueurs doivent baigner dans les exercices de coordination et de motricité.

Vient ensuite la période de pré-formation à l’âge de 14 ans: « après avoir bien initié à la motricité, on intensifie la méthode de travail. Durant deux ans, on prépare la formation. C’est un âge très compliqué avec la puberté, les enfants peuvent être rebelles et feignants. C’est une question de mental, sans mental on ne peut pas travailler la motricité et la coordination car ce sont des exercices qui peuvent déplaire. Durant ces deux années, on prépare petit à petit le corps en commençant notamment la musculation. La durée des exercices de gainage augmente également », poursuit René Florent.

À l’âge de 16 ans, intervient la troisième partie du processus de coordination et de motricité avec la formation. René Florent: « les joueurs se forment en rentrant dans une période intense de musculation. On les prépare pour la cour des grands. » Le développement des fibres rapides et lentes s'accentue avec l'intensification des exercices qui répondent aux attentes d'un football moderne toujours plus intense et nécessitant à la fois un volume de jeu conséquent mais également des qualités techniques et physiques dans un espace-temps réduit.

Chez les professionnels, le travail de motricité ne s’arrête pas, il devient juste plus spécifique et dépend du poste et des besoins de chacun. Généralement, une séance de motricité d’une vingtaine de minutes a lieu à chaque entraînement. Durant l'échauffement des matchs, les joueurs ont même des séances individuelles. Si des joueurs comme Cristiano Ronaldo et Lionel Messi ont de si bons appuis et un si bon contrôle de leur corps, c'est parce qu'ils continuent de travailler sur cet élément moteur.

Pour résumer, la coordination motrice n’est pas innée, elle s’acquiert par l’apprentissage et constitue les qualités fondamentales d'un footballeur. C'est donc un élément clé à développer en premier lieu. La coordination motrice va vous permettre d'être plus précis dans toutes vos actions. Le fait d'être coordonné vous permettra d'apprendre rapidement de nouveaux gestes et des nouvelles techniques qui vous permettront de progresser à la vitesse grand V. Les qualités de coordination sont très étroitement liées aux habiletés techniques, tactiques et physiques. Que ce soit la course, l'équilibre, l'orientation, la détente, l'agilité, l'appréciation des trajectoires, la réaction ou même le dribble comme nous vous l'expliquions dans un précédent article, la coordination motrice vous aidera sur de nombreux points, en plus de prévenir des blessures !