Nico Faure : « dès que j'ai lu la lettre, j'ai su que les problèmes allaient arriver »

La voix de Nico Faure est connue. Son parcours pas vraiment. Voici l'homme qui interprète et traduit les paroles des coaches, notamment ceux de l'OM, mais pas que. Marcelo Bielsa, Jorge Sampaoli ou Unai Emery y sont passés.

Nico Faure, aux côté de Marcelo Bielsa, lors d'une conférence de presse
Nico Faure, aux côté de Marcelo Bielsa, lors d'une conférence de presse ©Maxppp

Si vous suivez l'actualité footballistique et encore plus si c'est l'Olympique de Marseille que vous aimez, vous aurez déjà entendu sa voix. Si vous avez regardé en boucle la conférence de presse de démission de Marcelo Bielsa, vous aurez vu son visage. De qui s'agit-il ? Bien évidemment de Nico Faure, le traducteur de Jorge Sampaoli et tant d'autres coaches avant lui.

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Pourtant, tout ne part pas de la traduction dans une carrière pas si linéaire que cela. Au commencement, Nico Faure est passé par une fac de tourisme, mais il décolle rapidement pour Londres, en 2010 où il trouvera, en un peu moins d'une année, un travail de commentateur sportif. Il donnera donc de son temps et de sa voix sur le tennis et le football dans la langue de Molière et de Cervantès. Cette activité lui prendra quatre années et il couvrira 700 évènements. Mais ce n'est pas seulement alimentaire.

Grande première : la démission de Marcelo Bielsa

Il rencontrera des personnes qui travaillaient dans la traduction et l'interprétation dans le foot. « Je suis rentré en 2014 en Espagne et c'est en 2015 que je fais ma première interprétation avec Marcelo Bielsa, l'avant-match contre Caen », nous explique-t-il. Évidemment, il fait aussi l'après-match, tristement connu pour être la démission d'El Loco.

« D'un côté je le vis super bien, parce que je suis supporter de l'OM, mon père aussi. J'étais content que ma première ce soit l'OM, que ce soit Bielsa que j'avais beaucoup suivi. Je me disais que c'était magnifique. Il y a la défaite qui m'ennuie, évidemment, et puis, deux minutes avant la conférence de presse, Marcelo Bielsa me fait venir dans son bureau pour découvrir la lettre. Il me demande si je pouvais faire la traduction des propos en Français. Il m'a fait lire la lettre trois fois avec son doigt sur toutes les lignes pour être sûr. On fait une conférence de presse normale, jusqu'au moment où il me fait lire la lettre. Là, tu vois tous les journalistes qui débarquent, ça a fait comme un tremblement terre. Grosse pression, je me dis que je ne dois pas me planter. J'avais mon père et mon frère qui m'attendaient pour rentrer, c'était mon anniversaire en plus. Je l'ai bien vécu parce que j'étais content. Bosser pour l'OM c'était un rêve de gosse. Dès que j'ai lu la lettre, j'ai su que les problèmes allaient arriver », se rappelle-t-il.

Six mois au PSG

Sur le retour, la pression tombe, mais avec ce départ, nécessairement, son travail avec l'OM s'arrête, pour le moment, là. Mais, il aura au moins prouvé son travail. De temps en temps, il travaille avec l'OM, notamment sur quelques présentations de joueurs, mais aussi avec d'autres formations comme l'Atlético de Madrid et la présentation de Thomas Lemar.

Cette première lui ouvre les portes et lors des rencontres organisées avec l'UEFA, il travaille notamment avec Villarreal (lors de la confrontation avec l'OL). Il se retrouve même aux côtés d'Unai Emery, alors entraîneur du Paris Saint-Germain : « pour Unai, je n'étais pas le titulaire. Ils avaient quelqu'un sur place. C'est toute une logistique de faire venir quelqu'un tout le temps. J'ai eu la chance de travailler au moins six mois avec Emery ».

« Emery savait qu'on se moquait de lui »

C'est là où le déclic se produit et à partir de ce moment qu'il décide réellement d'en faire sa vie. « Bielsa ça a duré deux jours, Emery, j'ai suivi l'équipe. Le PSG ça s'est bien passé. Ils ont été très contents. Emery était quelqu'un de bien. Il voulait parler en Français, il voulait bien faire. Après chaque conférence de presse, il venait me demander ce que je pensais, si ce qu'il disait était bien », poursuit-il.

Nico Faure était donc très intégré ce qui lui a permis de voir comment tout cela fonctionnait. Ce n'était pourtant pas simple pour Emery, qui subissait les railleries quant à son Français. D'après l'interprète, l'Espagnol le savait. « On doit toujours essayer d'être invisible, c'est toujours bien de savoir qu'on a fait du bon boulot. Mais Emery a essayé de faire les choses bien, d'apprendre à parler vite français pour bien s'intégrer, parler avec ses joueurs. Il avait des notions de Français quand même. Mais quand il n'avait pas compris quelque chose ou qu'il avait mal dit quelque chose, il était touché », se rappelle Nico Faure.

Son rêve d'être aux côtés de Sampaoli

On se disait alors qu'avec le COVID tout allait se compliquer, mais dans le même temps, Jorge Sampaoli débarquait à Marseille. Une nouvelle chance pour Nico. « Le dernier match avant le COVID de l'OM contre Amiens, j'étais au stade parce que j'ai posé ma voix et fait le script de l'OM Tour. Je n'ai plus rien eu pendant la pandémie. Finalement Sampaoli arrive. J'étais en vacances quand la saison a commencé et donc, j'ai pu faire en présentiel les deux premiers matches », explique-t-il.

« Au départ, l'OM avait quelqu'un sur place. Mais quand je sais que ça ne se fait pas avec lui, je me dis que c'est mon moment. Sampaoli, pour moi, c'est encore plus haut que Bielsa. J'ai commencé à le suivre quand il était au Chili en 2011 quand je commentais les matches, je suis devenu fou de lui, je l'ai suivi partout. Je me suis dit qu'il fallait que je trouve absolument une solution. C'était impossible, avec ma famille, de venir habiter à Marseille, par contre, ils ont lancé l'idée de faire en visio les avants-matches de Ligue 1. Cela me permet de continuer... L'interprétation, ça se perd vite, ça demande beaucoup. Donc là j'en fais toutes les semaines », détaille-t-il.

Dîners de folies et Rudi Garcia

Mais les anecdotes sont nombreuses puisque Nico Faure fait aussi les restaurants d'avant-match entre les dirigeants européens lorsque deux écuries se rencontrent en Coupe d'Europe : « ce sont des endroits de folies, tu es avec tous les dirigeants, les présidents de clubs. J'ai mangé avec Emenalo notamment, et Giuly lorsqu'ils sont venus à Madrid avec Monaco ».

Pourtant, les félicitations ne tombent pas si souvent. « Rudi Garcia est le seul entraîneur avec qui j'ai travaillé qui m'a félicité. Après une conférence de presse d'après match entre l'OM et Bilbao, il vient me voir, me félicite. Il se plaignait du calendrier et il a fait une blague sur ça et je l'avais traduite en Espagnol et comme il comprenait un petit peu... Rudi Garcia, ce n'était pas un entraîneur que j'avais en estime en tant que supporter, mais ça fait toujours plaisir », rigole-t-il. Gageons maintenant que Nicommentator récolte les félicitations qu'il mérite amplement.

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