Claude Ferrandi : "on veut pérenniser le Sporting Club de Bastia dans le monde professionnel"

Promu en National et actuel leader, le Sporting Club de Bastia est l'une des sensations de ce début de championnat. Premier club français à avoir opté pour la société coopérative, le club corse peut envisager sérieusement de revenir dans le football professionnel trois ans et demi après sa relégation en National 3. Le président bastiais Claude Ferrandi nous expose les dessous du projet du Sporting entre prudence, patience et avec surtout l'envie de pérenniser de nouveau le club dans le monde professionnel.

Jérôme Negroni et Claude Ferrandi, le président du Sporting Club de Bastia
Jérôme Negroni et Claude Ferrandi, le président du Sporting Club de Bastia ©Maxppp

FM : Claude Ferrandi, pourquoi avoir repris le club de Bastia ?

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Claude Ferrandi : il y a la passion qui nous a engagés, la passion du football et la passion du club en particulier. Le fait d'être conscient que le Sporting a des retombées économiques très importantes pour notre région et qu'il ne fallait absolument pas que tout cela soit oublié. Le Sporting fait partie de chacun d'entre nous ici. Ce ne sont pas que des paroles. On a tous quelque chose du Sporting où que l'on soit. C'est notre patrimoine.

FM : et vous avez décidé d’innover en lançant en 2019 une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) en plaçant les supporters au cœur du projet. Pouvez-vous nous en expliquer le principe ?

CF : quand on a repris le club, on s'est attaché à trouver un modèle qui puisse redonner confiance aux supporters. Les épisodes de la relégation et du dépôt de bilan de la société avaient créé beaucoup de défiance. Il fallait donc retrouver un moyen pour être le plus transparent possible. Et on a évoqué ce statut juridique de société coopérative d'intérêt collectif (SCIC). L'association Sporting club de Bastia qui est le porteur du numéro d'affiliation auprès de la fédération. On doit réunir le maximum de gens autour de ce projet pour faire en sorte que chacun s'il le désire puisse participer à la destinée du club. L'intérêt de la SCIC est d'avoir une société à capital variable permanent pour faire en sorte que chaque personne physique ou morale puisse investir, acquérir des parts de capital pour pouvoir s'immiscer dans la vie du club.

FM : est-ce qu’on se rapproche du système Socios que l’on voit au Barça notamment ?

CF : c'est un peu le même concept. Au niveau de la gouvernance, ce n'est pas tout à fait pareil, mais ça se rapproche effectivement de ce qu'il se passe en Espagne.

FM : combien avez-vous de souscripteurs aujourd’hui ?

CF : aujourd'hui on a dépassé les 1 100 souscripteurs. On avait lancé un appel pour être 3000 à l'issue de la saison 2020-21. Mais avec la période un peu anxiogène un peu difficile et délicate, sans revoir les objectifs à la baisse, on ne sera pas 3000, mais on espère qu'on sera un très grand nombre quand même.

FM : quel est le profil de ces souscripteurs ?

CM : quand on a créé cette société coopérative, on a créé des collèges qui composent l'assemblée générale. Dans ces collèges, il y a le collège des fondateurs dont les familles Luiggi et Ferrandi font partie. Ensuite il y a le collège des acteurs économiques. Ce sont toutes les entreprises et tous les gens qui ont un rôle économique dans la société corse et qui souhaitent s'investir et prendre des souscriptions. Ensuite il y a le collège des supporters. Et c'est là où les supporters aussi bien en personne physique ou réunie en association peuvent adhérer à la coopérative. Après, il y a le collège des salariés et anciens salariés et enfin les collectivités.

FM : et au niveau des anciens joueurs du Sporting ?

CF : bien sûr, il y a des anciens joueurs passés par le Sporting. Il y a Sébastien Perez, Yannick Cahuzac, Sébastien Piocelle, Jean-Louis Leca, Gilles Cioni qui est un ancien et un actuel. J'en oublie sans doute, mais il y a toutes les générations et tous types de joueurs qui ont pu participer et on espère que ce n'est pas terminé...

«L'idée est de faire participer les supporters et de les intégrer dans le projet»

FM : Les supporters du Sporting ont la réputation d’avoir le sang chaud. N’est-ce pas compliqué à gérer au quotidien ?

CF : avec les supporters, le principe est d'avoir un dialogue. Les supporters sont très importants dans la vie d'un club et encore plus au Sporting. On l'a vu quand on a joué la semaine dernière à huis clos. C'est surprenant, catastrophique, vous pouvez utiliser tous les qualificatifs que vous voulez, c'est juste terrible de jouer sans eux. L'idée est de faire participer les supporters et de les intégrer dans le projet. Le fait qu'on soit dans un modèle qui soit transparent et collaboratif, coopératif, cela implique qu'ils doivent prendre conscience de leurs responsabilités dans la gestion du club. Il ne s'agit pas de laisser faire les choses. C'est ce qui a été reproché, c'est de dire que les dirigeants font ce qu'ils veulent et qu'à la fin les supporters se retrouvent devant le fait accompli avec un club qui ne monte pas, pire qui est rétrogradé, qui a mal été géré. L'idée est de les mettre en amont pour qu’éventuellement ils puissent s'exprimer, nous dire si l'orientation n'est pas forcément bonne, etc... À ce moment-là, nous on peut se nourrir de ces critiques et de ces propositions afin de faire en sorte d'aller dans une sorte de voie commune.

FM : est-ce que ce modèle est viable pour le football professionnel ?

CF : on a tout à fait le droit de rentrer dans le monde professionnel avec ce statut juridique. Nous sommes les pionniers sur ce modèle. Dans le foot, c'est la première société coopérative qui a été créée en France. Maintenant, on espère qu'on va atteindre le monde professionnel et après on verra. Ça sera la manière d'éprouver ce mode juridique. Voir si ça convient bien. A priori, il n'y a pas vraiment de raison pour que ça ne convienne pas. La seule chose qui différencie une société capitalistique fermée, c'est au niveau de la gouvernance. Dans une société type SASP classique, le majoritaire c'est celui forcément qui gouverne. Dans une SCIC, l'intérêt est que l'actionnariat est totalement déconnecté de la gouvernance donc même si vous êtes actionnaire à 10 M€ cela vous donne pas forcément le droit de diriger si on n'a pas décidé que vous dirigerez.

«On reste lucide et on garde la tête sur les épaules»

FM : justement, vous êtes bien partis pour retrouver la L2 et le foot pro 3 ans et demi après la relégation administrative du Sporting. Comment expliquez-vous votre folle réussite en National ?

CF : sur le classement et notre position aujourd'hui (ndlr: Bastia est leader du championnat National après 13 journées), on est très prudent. C'est vrai qu'on réalise un très bon début de championnat, on ne peut pas le nier. C'est très bien, on surfe sur notre dynamique de montée, on a fait une double accession puisqu'on était en N3 il y a deux saisons. On a un groupe qui est solidaire, très soudé. Après on reste très prudent, on sait que ça ne veut rien dire, on est à peine au tiers du championnat. On reste lucide et on garde la tête sur les épaules. Le coach rabâche à tout le monde que le premier objectif c'est d'atteindre les 40 points pour atteindre le maintien.

FM : cela reste une belle réussite d’autant que vous êtes premiers sans vraiment avoir vraiment chamboulé tout votre effectif de National 2…

CF : on n'a pas refondu en masse notre effectif, mais on a agrémenté avec des joueurs comme Anthony Robic, Florian Raspentino, Thomas Vincensini, Tom Ducrocq. Les deux derniers étant des joueurs prêtés par le RC Lens. C'est important d'avoir des joueurs comme ça qui apportent de la plus-value au groupe que nous avions quand nous sommes passés du National 2 au National.

FM : d’anciens joueurs du club sont revenus au bercail ces derniers mois (Raspentino, Ben Saada). Est-ce qu’on peut imaginer d’autres retours si vous revenez en L2 ?

CF : je suis prudent sur le retour des joueurs. Après oui il y a sûrement d'anciens joueurs du club qui vont souhaiter revenir et que nous souhaiterions revoir avec nous. Je pense que si par bonheur on atteignait la Ligue 2 rapidement, il y a des joueurs qui seraient enclins à revenir.

« On n’a pas un seul terrain de foot qui nous appartient»

FM : la formation a toujours été une force du club corse, pouvez-vous nous en dire plus là-dessus ? Souhaitez-vous toujours que le Sporting puisse avoir une forte identité corse comme cela a pu être le cas dans le passé ?

CF : la formation c'est une priorité chez nous dans le modèle économique. Aujourd'hui, un club, et c'est encore plus vrai pour des gens comme nous qui n'ont pas des moyens illimités, doit absolument pouvoir s'appuyer sur un centre de formation. Nos joueurs doivent être notre principal et véritable fonds de commerce. Ils doivent alimenter l'équipe première quand cela est possible, mais il faut aussi pouvoir former des joueurs pour qu'ils soient une source de revenus financiers pour pérenniser le club au niveau économique. Aujourd'hui le centre de formation a disparu avec la rétrogradation en National 3 et la déchéance du statut de centre de formation. Il va falloir acquérir de nouveau ça et cela passe par un retour en pro. Après, il y a le statut, mais il y a aussi les infrastructures. On a récupéré le club avec rien. On n'a pas seul un terrain de foot qui nous appartient. On est tributaire des installations de la communauté d'agglomération bastiaise concernant l'utilisation des terrains.

FM : justement pour combler ce manque d’infrastructures, vous avez des idées, des pistes ?

CF : on a 12 hectares qui appartiennent à l'association sur la commune de Borgo. Il y avait six terrains de foot avant, mais il n'y a plus rien maintenant. On a l'envie de réactiver cet endroit-là et de faire en sorte pour que cela soit notre lieu de vie, d'hébergement et un centre d'entraînement. Après on sait que cela coûte de l'argent, mais il faut se nourrir de projets, et il faut construire en prenant le temps.

FM : pour terminer, pouvez-vous nous dire en quelques mots vos objectifs pour les mois à venir ?

CF : on veut pérenniser le Sporting Club de Bastia dans le monde professionnel, c'est notre premier objectif. D'abord, il faut accéder à la Ligue 2. Mais ce qu'il ne faut pas, c'est de se brûler les ailes, l'important est de construire quelque chose sur le long terme et on a tout ce qu'il faut ici pour y arriver.

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