International Superstar Soccer. Pour les moins de trente ans, ce nom barbare n’évoque sans doute rien, mais quand vous saurez que ce jeu vidéo sorti en 1995 est l’ancêtre de PES, vous irez peut-être au bout de cet article. Tout commence dans le milieu des années 90 entre le titre de champion d’Europe de l’OM et sa rétrogradation en D2, et les débuts timides mais prometteurs d’une génération française qui terminera championne du monde 98. À cette période, FIFA Soccer, la simulation de foot signée EA SPORTS, au succès aussi bref qu’inattendu, règne en maître sur sa catégorie. Mais au Japon, la fronde s’organise, emmenée par un certain Konami. Déjà très puissant à l’époque, le studio japonais lance son jeu en 1994 sur Super Nintendo et compte surfer sur le succès de la marque américaine qui a inondé le marché de ses opus. Mais alors que FIFA est plus orienté simulation, International Superstar Soccer (ISS), appelé aussi Winning Eleven au pays du Soleil Levant, se démarque immédiatement en assumant son côté arcade.

Après un premier jet prometteur et déjà très apprécié, Konami frappe un grand coup avec ISS Deluxe. Une version retravaillée et plus aboutie que la précédente qui sort en janvier 1996 en Europe. Grâce à un gameplay novateur, Konami va venir concurrencer très sérieusement la toute-puissance d’EA SPORTS. Pour l’époque (1996), le jeu est très beau graphiquement et les joueurs sont bien plus imposants que dans FIFA. Résultat, Konami reproduit les grandes stars de l’époque grâce à une caractéristique physique spécifique, des cheveux blancs de Fabrizio Ravanelli au catogan de Roberto Baggio, en passant par la coiffure mythique d’un certain Carlos Valderrama. Tout ceci bien évidemment sans les véritables noms de ces joueurs, le problème de licence étant récurrent à cette époque lointaine. Ainsi, Baggio s’appelle Galfano, Ravanelli s’appelle Carboni, Romario s’appelle Allejo, Valderrama est Murillo, Batistuta est Capitale, Klinsmann s’appelle Sieke. Des noms fictifs cette fois sans aucun rapport avec la production du jeu. (cf article sur FIFA). Reste qu’un soin tout particulier a été attaché à tout ce qui touche au terrain. Il existe huit pelouses différentes qui changent en fonction de l’heure du match et de la météo. Vous pouvez aisément jouer sur différents terrains tout autour du monde (du Nigeria aux États-Unis en passant par l’Allemagne ou l’Angleterre) au World Stadium (ça ne s’invente pas !) dans la fournaise, sous la pluie et même sous la neige, une première !

Une gestuelle du joueur impressionnante pour l’époque

Mais outre une belle ambiance sonore digne des stades les plus bouillants d’Amérique du Sud, la force du jeu réside clairement dans la gestuelle du joueur. Désormais, les stars du foot peuvent se permettre quelques skills de folie grâce à un incroyable panel de gestes techniques. Outre les passements de jambes, les jongles, amortis et même des retournés acrobatiques, il est désormais possible de réaliser des coups du sombréro, une véritable révolution qui met une claque au concurrent historique. Sans oublier les animations hors action. Il n’est alors pas rare de voir un joueur traîner la patte à la suite d’une blessure ou lorsqu’il est épuisé (Konami a eu la bonne idée d’ajouter une barre de fatigue sous le nom du joueur et d’affiner la forme du joueur au coup d’envoi grâce à des petites balles de couleur. Une balle violette symbolisait un joueur à plat tandis qu’une balle rouge bondissante offrait une forme étincelante au joueur associé). La passe en profondeur, aujourd’hui banale et logique dans tout FIFA ou PES qui se respecte, était pour la première fois disponible, tout comme l’aspect tactique, déjà abouti et qui permet déjà de se prendre pour Fabio Capello ou Sir Alex Ferguson, les stars de l’époque, grâce à un impressionnant panel de combinaisons. Enfin, qui a oublié les trois arbitres à la sévérité différente et aux décisions déjà controversées à l’époque ? Si le jeu était révolutionnaire, il comptait tout de même quelques défauts. Outre des ralentissements dans la surface de réparation lorsque trop de joueurs s’y trouvaient, le jeu souffrait de quelques failles exploitables pour marquer des buts bien connus des puristes. Quelle frustration de voir l’un de ses amis prendre Roberto Baggio (Galfano dans le jeu) et le voir slalomer tel un Lionel Messi pour marquer le but d’un tir croisé lors de tournois enflammés.

De International Superstar Soccer à Pro Evolution Soccer

Hormis ces quelques défauts, ISS Deluxe ne laissait clairement pas indifférent avec ses 36 sélections jouables. Outre un mode Coupe du Monde incontournable à l’époque, un mode Tournament pour les tournois entre amis et un mode World series interminable, Konami avait incorporé un mode scénario. Le principe était simple, le jeu vous faisait arriver à un instant T d’un match célèbre et vous deviez changer le cours de l’histoire. Quel malin plaisir ainsi d’égaliser à 2-2 pour la France lors de ce sinistre France-Bulgarie de 1993 dans les quelques secondes qu’il restait à jouer durant la rencontre ! À noter aussi un mode training inédit encore et fort utile pour maîtriser les gestes techniques du jeu.

À la vue de toutes ces innovations, la saga était alors lancée et International Superstar Soccer deviendra rapidement ISS Pro en 1997, ISS Pro Evolution en 2000 avant de basculer définitivement à Pro Evolution Soccer en 2001 (un choix assumé de la part de Konami qui voulait se décoller de l’image arcade de ISS) avec un incroyable succès qui permettra à la firme japonaise de dépasser le maître dans le milieu des années 2000 avant d’accuser nettement le coup face à son rival historique. Après une longue traversée du désert, PES semble avoir enfin appris de ses erreurs du passé et retrouve petit à petit ses valeurs et un gameplay retrouvé. Suffisant pour lui permettre de retrouver son lustre d’antan ? Il est trop tôt pour le dire, mais désormais, vous connaissez l’origine d’une saga commencée il y a plus de 20 ans au Japon.

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