Avant toute chose, il faut savoir que Piątek veut littéralement dire "vendredi" en polonais, et que cela ne se prononce pas "Piatek", mais "Piontek" à cause de l’accent sur le "ą". C’était important de le préciser. "Piontek", donc, a grandi à Niemcza dans une petite ville de 3 000 habitants au sud-ouest de la Pologne, là où il ne se passe pas grand chose d’habitude. C’est par son père, Władysław Piątek, que Krzysztof découvre le football, lui-même ancien joueur de niveau régional. Après avoir tapé ses premiers ballons dans sa ville natale, au Niemczanka Niemcza, le fils est poussé par son père à s’inscrire dans un plus grand club, le Dziewiątka Dzierżoniów, qui se trouve à une quinzaine de kilomètres de chez lui.

Sa relation avec son père est unique. « J’ai quitté ma maison en gardant mon humilité. À 70 ans, mon père travaille toujours, il continue à courir, jouer au tennis, nager. J’ai un caractère comme le sien. J’aime travailler dur, me fatiguer à la tâche », témoigne Krzysztof Piątek dans le média polonais Sportowe Fakty. Le paternel a toujours eu une exigence poussée à l’extrême envers son fils. Dans un entretien accordé à Sport.pl, Władysław avoue : « après un but ordinaire, je ne le félicite pas. Seulement pour les beaux buts ». Le ton est donné.

32 buts à Cracovie

C’est à l’âge de 16 ans que tout va s’accélérer pour Krzysztof. Le Lechia Dzierżoniów, club de troisième division, vient le chercher et lui propose d’abord de jouer en réserve. Il suffit d’une seule année pour qu’un club encore plus huppé le remarque, le Zagłębie Lubin, un peu plus au nord sur la carte. Après un essai concluant, il rejoint le club de première division pour 12 000 €. Une année et demie en équipes jeunes et en réserve plus tard, c’est contre le KS Cracovia, son futur club, qu’il va faire ses débuts en professionnel. À l’issue de cette saison 2013/2014, le Zagłębie Lubin est relégué en D2. Une aubaine pour Piątek qui en profite pour réaliser une saison pleine de 31 matchs de championnat. Ses 8 buts et 4 passes décisives aident le club à terminer champion de D2, son premier titre.

Lors de sa première saison parmi l’élite, à 20 ans, il se fait remarquer avec encore une fois 8 buts, toutes compétitions confondues. Été 2016, vient alors les sollicitations, l’heure du choix : le Legia Varsovie et le KS Cracovia veulent l’acheter. Et si la perspective de jouer la Ligue des Champions avec le Legia est alléchante, il préfère Cracovia, qui lui promet une place de titulaire indiscutable. Un chèque de 116 000 € et il est transféré immédiatement. Pendant deux ans, il plante 32 pions en 65 rencontres. Véritable révélation de l’Ekstraklasa et étoile montante du football polonais à 21 ans.

Proposé en Ligue 1 pour 3 M€

Club après club, Piątek ne lâche pas son objectif : devenir un grand joueur et jouer dans un grand club. Et pourquoi pas suivre son modèle de toujours, Ronaldo, le Brésilien. Acharné dans l’effort, l’attaquant enchaîne les séances d’entraînement supplémentaires. Il est décrit comme un bourreau de travail, comme son père l’était. Il montre aussi quelques signes de nervosité, notamment avec son entraîneur à Cracovie. Sans grandes conséquences, puisque le brassard de capitaine lui est même confié lors de sa deuxième (et dernière) saison au KSC.

Durant le mercato d’été 2018, le Polonais est proposé à plusieurs clubs de Ligue 1, comme Bordeaux, Toulouse ou Nantes, pour un transfert de 3 millions d’euros seulement. Mais personne ne saisit l’opportunité. Son agent décide donc de tenter le tout pour le tout et de se déplacer en personne à Ibiza pour rencontrer le président du Genoa, Enrico Preziosi, alors en vacances. L’agent lui montre quelques vidéos de son protégé sur son téléphone, autour d’un bon plat de pâtes au homard, ça ne s’invente pas. Convaincu, le président italien l’achète pour 4,5 millions d’euros.

Il découvre ses coéquipiers sur FIFA

« Je ne savais pas qui étaient mes coéquipiers à Gênes, lorsque j’ai signé. J’ai donc allumé ma PlayStation et je les ai découverts sur FIFA », confesse à sa signature le jeune buteur au Corriere della Sera. Pour son premier match en Italie, lui, en tout cas, va se faire connaître. Il claque un quadruplé, en 36 minutes. Certes, c’est en Coupe contre Lecce (Serie B), mais c’est impressionnant. Pour sa deuxième réalisation dans cette rencontre, il fait la célébration du pistolero et écrit déjà sa légende.

« En Pologne je ne le faisais pas, ce n’était pas préparé. Je jure qu’après mon deuxième but, j’ai fait le geste et c’est resté comme ça. Depuis c’est devenu mon talisman, et la série de buts a été fantastique. Les gens en Italie en sont fous », explique Krzysztof Piątek à la chaîne YouTube Foot Truck. La suite effectivement est grandiose : en 6 petits mois, il inscrit 19 buts en 21 matchs. Après le "pistolero", Piątek devient aussi "l’ordinateur", suite à une déclaration qui a beaucoup amusé les supporters génois : « Marquer pour moi n’est qu’un autre jour au bureau ».

Piątek avait un plan

Comparé rapidement à Filippo Inzaghi ou David Trezeguet pour son côté "renard des surfaces", Piątek fait rapidement sensation en Italie. À tel point que l’AC Milan lâche 35 millions d’euros pour se l’offrir dès le mercato d’hiver. Le Polonais ne réfléchit pas très longtemps pour signer dans son sixième club et quadrupler son salaire par la même occasion. Mateusz Drozdz, président d’un de ses anciens clubs (Zagłębie Lubin) se souvient : « Un jour, il m’avait dit qu’il avait un plan. Qu’il voulait partir à Cracovie, puis ensuite en Italie et jouer dans un des meilleurs clubs d’Europe. Je m’étais dit qu’il était trop ambitieux. Mais il l’a fait, et c’est assez incroyable ».

À son arrivée, le directeur sportif du club milanais Leonardo refuse qu’il porte le numéro 9, objet de superstition depuis quelques années à l’AC Milan, au motif qu’il devait se gagner sur le terrain. Il lui donne donc le 19, « car il y a quand même un 9 dedans », précise l’ex-Parisien. Sur le rectangle vert, il ne tarde pas à faire parler son instinct de buteur : 10 buts en 4 mois, pour le moment. Une réalisation va d’ailleurs faire le tour du monde. Contre l’Atalanta (3-1) en février dernier, il inscrit une volée pleine de finesse. Un but « Zlatanesque ». Justement, Milan n’avait plus connu de grands attaquants depuis 10 ans, c’était Zlatan Ibrahimovic. Le dernier a avoir fini meilleur buteur du championnat.

Fan d’Arsenal et du PSG

Les supporters milanais l’ont déjà adopté, ils voient en lui un mélange de Pippo Inzaghi et d’Andriy Shevchenko. À chaque but du Polonais, tout le stade reprend désormais sa célébration du pistolero. En seulement quatre mois, être autant dans la poche des fans c’est un exploit. Et c’est bien la preuve que l’AC Milan recherchait désespérément à vibrer à nouveau. « C’est une espèce de Robocop. Il ne dit pas plus de quatre mots et ne parle pas pour ne rien dire. [...] Les bébés ne savent dire que ’’maman, maman, papa’’ ; lui ne sait dire que ’’but, but, but’’ », ironise son coach Gennaro Gattuso à l’AC Milan. Son parcours montre qu’il n’a jamais brûlé les étapes, passant d’un club plus huppé que le précédent à chaque fois, en 6 étapes. La septième pourrait donc l’amener encore plus haut. Un indice à retrouver dans une interview de 2017 pour Weszło : « J’aime Arsenal mais j’aime aussi le PSG. C’est mon club préféré en Europe ».