« Comment je pourrais me définir ? Je dirais tout simplement que je suis un entraîneur passionné, travailleur et encore en construction. À 20 ans, j’avais déjà entraîné en PH (R2). À 25 ans, je me sentais prêt à entraîner une CFA 2 (N3). J’ai mis les 10 années qui viennent de passer au service de ma construction personnelle d’entraîneur. » À travers ses mots, Damien Della Santa décrit sa philosophie et son éthique de travail. Depuis tout jeune, il se destine à accompagner les autres, à les aider à progresser et à optimiser leurs performances. Gardien de but amateur, il commence à entraîner dès l’âge de 14 ans. Il est tout d’abord l’entraîneur des gardiens de l’équipe U11 de son club, l’Avant-Garde Caennaise, avant d’entraîner l’équipe U9 du club à 16 ans puis de créer et de manager la section féminine du club à 18 ans.

« J’ai décidé d’arrêter très tôt ma carrière de joueur car j’étais conscient que je n’avais pas le niveau pour devenir professionnel. Jouer en Régional ne m’intéressait pas car ce n’est pas le haut niveau. Or, j’ai toujours été attiré par le haut niveau et je me suis dit que j’aurai plus de chance de l’atteindre en étant entraîneur », raconte Damien Della Santa qui ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il poursuit : « Pendant que j’entraînais l’équipe féminine de mon club, je passais en parallèle mes diplômes d’entraîneur et j’ai notamment été 3 ans au Stade Malherbe de Caen pour apprendre le fonctionnement d’un club professionnel. J’ai aussi été adjoint de l’équipe réserve et des U19 Nationaux du SM Caen durant cette période. » Riche de cette expérience, Damien Della Santa se sent fin prêt à entraîner une équipe senior. Il commence par être adjoint de l’équipe de Chantilly, dans l’Oise, qui évolue en R1 en 2015, avant de devenir l’entraîneur principal de l’US Chevrières-Grandfresnoy, qu’il fait monter en R1 en 2017 et qu’il quitte en 2018 pour se consacrer à un nouveau projet...

Les préférences motrices, un nouveau créneau pour la performance

Passionné de football, Damien Della Santa a occupé et occupe même toujours plusieurs fonctions annexes en parallèle de sa carrière d’entraîneur. Depuis 2013, il est formateur d’éducateurs FFF à l’Institut Français de Formation et il a été, plus anecdotiquement, recruteur pour l’AC Ajaccio de 2014 à 2015. Autodidacte, Damien avoue avoir énormément progressé tactiquement en ayant regardé et décortiqué plus de 300 matches durant une saison, à raison de 3 heures minimum par jour. En réalité, Della Santa est un “boulimique” de football qui passe quasiment tout son temps libre à se perfectionner, à se documenter et à se former à de nouveaux concepts d’entraînement. Après la périodisation tactique, qu’il a disséqué de 2010 à 2014, il jette son dévolu sur l’apprentissage des préférences motrices cognitives et se forme aux méthodes d’Action|types® en 2017. Son but étant de développer ces nouvelles méthodes d’optimisation de la performance dans le football de haut niveau. « Depuis 2017, je travaille pour la société Axel Conseil pour développer l’accompagnement de la performance des joueurs dans le football. Concrètement, mon travail consiste tout d’abord à scanner les joueurs. C’est-à-dire à analyser comment un joueur est construit au niveau moteur (soit la manière innée dont son corps s’organise pour effectuer différentes actions), puis je vais voir comment il peut s’adapter et apporter la bonne réponse motrice ou faire le bon geste par rapport à une situation donnée. Je fais donc une série de tests moteurs qui me permet d’identifier la construction du joueur et ainsi de faire des liens par rapport à son fonctionnement cérébral pour connaître ce qui est le plus adapté pour son apprentissage. Il faut savoir que je distingue 192 profils moteurs cérébraux et 32 profils moteurs différents »”, détaille Damien Della Santa.

Pour faire simple, son rôle consiste à accompagner le staff technique d’une équipe de foot et l’aider à mieux comprendre comment fonctionne chaque joueur sur le plan moteur, cérébral et motivationnel afin de tirer le potentiel maximal de chacun. « Comment motiver ? Comment recadrer ? Comment communiquer avec untel et untel ? J’aide le staff technique à répondre à ces questions mais je ne dis jamais à l’entraîneur ce qu’il doit faire. C’est lui qui me dit ce qu’il veut et, moi, je lui explique juste comment il pourrait s’y prendre s’il veut obtenir tel résultat avec tel joueur sur le plan technique et managérial. Après, j’essaye aussi de développer des choses spécifiques. Par exemple, j’ai travaillé avec 7 entraîneurs de gardiens de Ligue 1 et de Ligue 2 pour qu’ils optimisent leurs séances d’entraînement. J’ai aussi travaillé spécifiquement sur les coups de pieds arrêtés avec un club de Ligue 2 qui avait pris beaucoup de buts sur cette phase de jeu. 12 plus précisément sur une période allant d’août à février. Après notre collaboration, l’équipe n’a plus encaissé de but sur coup de pied arrêté jusqu’à la fin de saison. Parfois, les clubs me demandent de travailler individuellement avec un joueur qui manque de confiance »”, dévoile celui qui travaille aujourd’hui avec des clubs huppés de Premier League et des sélections nationales dont il n’a pas le droit de dévoiler l’identité en raison d’une clause de confidentialité.

Rendre les attaquants plus performants

Ancien gardien de but, Damien Della Santa s’est paradoxalement donné pour mission d’améliorer la rentabilité des attaquants dont la marge de progression est encore énorme. Il argumente : « En travaillant aux côtés Lionel Rouxel, entraîneur national et référent des attaquants à la DTN, je me suis aperçu que les pourcentages de réussite étaient les mêmes entre les attaquants professionnels et ceux évoluant en R1 sur des situations spécifiques que je proposais à l’entraînement. Quand je faisais des exercices de finition avec une contrainte liée aux préférences motrices, j’obtenais 8 tirs cadrés sur 10 avec le joueur amateur et exactement la même chose avec le joueur pro. Et quand la réussite est plus basse pour le pro, c’est la même chose avec le joueur amateur. De plus, je me suis aussi rendu compte que le ratio frappes/buts était relativement bas. J’ai étudié les 5 grands championnats européens et globalement, tous les attaquants qui inscrivent entre 16 et 20 buts, cadrent 48% de leurs tirs tandis que les joueurs qui mettent entre 5 et 10 buts cadrent 45% de leurs tirs. Ces chiffres sont quasiment similaires mais ils restent faibles et il y a encore un gros travail à faire dessus. »

D’après les statistiques évoquées par Della Santa, la différence de buts entre les attaquants tournant à 16/20 buts par saison et ceux tournant à 5/10 buts dépend de la fréquence de frappe. Les premiers tirent au but en moyenne toutes les 28 minutes tandis que les seconds frappent uniquement toutes les 44 minutes. « Pour revenir au ratio de frappes cadrés, j’ai remarqué que si autant de tirs ne l’étaient pas, c’est parce que les joueurs frappaient au but en étant à l’opposé de leurs préférences motrices sur quasiment tous leurs échecs. Pour moi, c’est naturellement un premier levier sur lequel je peux les faire progresser car si joueur prend bien connaissance et conscience de ses préférences motrices, il va augmenter significativement la qualité de ses tirs. Le deuxième levier, c’est donc d’aller chercher des tirs avec une plus grande chance de cadrer. Les joueurs à plus de 25 buts par saison sont à plus de 56% de tirs cadrés donc il y a une vraie corrélation entre qualité de la position de frappe et le nombre de buts marqués. Si on regarde Cavani, par exemple, on s’aperçoit que la majorité de ses ratés ont un point commun. En fait, il est en difficulté quand il y a un angle entre la trajectoire du ballon et celle de ses épaules. Quand le ballon arrive avec un angle, Cavani a du mal à bien frapper le ballon. J’ai remarqué que chaque joueur a souvent une préférence motrice qui est aussi responsable de ses échecs. Car dès qu’un joueur en sort, il a tendance à complètement rater son geste. Mon boulot, c’est donc d’accompagner les joueurs à trouver les bonnes réponses pour se mettre en position favorable lorsque le ballon arrive de côté par exemple. Donc, quand on pointe le manque de confiance ou de mental d’un joueur lors de ses échecs, c’est parfois vrai mais parfois, cela dépend d’autres critères comme les préférences motrices et il faut le prendre en compte. Chaque attaquant, aussi grand soit-il, manque plusieurs occasions "immanquables" chaque année. Si un joueur en marque ne serait-ce que 2 buts en plus par saison, ça peut tout changer pour un club », précise Della Santa.

Un futur radieux ?

Complètement épanoui dans sa vie professionnelle, Damien Della Santa ne se repose pas pour autant sur ses lauriers et maintient même des objectifs élevés : « Je reste un compétiteur. Vous savez, je n’entraîne plus d’équipe le week-end et ça me manque. Mais aujourd’hui, je préfère faire 3 entraînements par mois avec des joueurs de haut niveau, qui sont attentifs à chaque détail, plutôt que d’entraîner chaque semaine des joueurs de R1 dont certains croient tout savoir. Je suis conscient que si je veux goûter et rester au haut niveau, je dois côtoyer quotidiennement le haut niveau. Il faut que je sois, moi-même, quelqu’un de haut niveau donc quelqu’un de méticuleux et travailleur. Honnêtement, je préfère être troisième adjoint d’une équipe de haut niveau plutôt que l’entraîneur principal d’une R1, sans manquer de respect bien sûr au football amateur qui m’a forgé. Je me donne l’opportunité d’y arriver un jour. D’être dans le staff d’une équipe de haut niveau. Je me tiens prêt si l’opportunité ou la chance se présente en développant continuellement mon expertise. Si ça vient, tant mieux et si ça ne vient pas, et bien, j’aurais quand même vécu des choses extraordinaires et ma situation actuelle me convient déjà parfaitement », plaisante même celui qui s’intéresse de plus en plus à une nouvelle méthode d’entraînement chère à Thomas Tuchel et Jürgen Klopp : l’apprentissage différentiel, ou l’art de d’apprendre de nouvelles choses et de s’améliorer sans désapprendre ce que l’on sait déjà. Jusqu’où ira Damien Della Santa ? Seul l’avenir nous le dira...