« On est champions du monde, on l’est pour l’éternité », lâchait Didier Deschamps dans un entretien accordé à Paris Match en 1998. Le capitaine des Bleus à l’époque ne s’imaginait certainement pas que vingt ans après ce sacre en France, il pourrait de nouveau soulever ce trophée cette fois-ci en tant qu’entraîneur. Ce qui ferait de lui le troisième homme à réussir cette performance après le Brésilien Mario Zagallo et l’Allemand Franz Beckenbauer. Mais avant d’en arriver là, il reste une finale à jouer et surtout à gagner face à la Croatie pour le natif de Bayonne. Et ça, l’ancien entraîneur de Monaco, de la Juventus et de l’Olympique de Marseille en est parfaitement conscient lui qui a connu des hauts et des bas depuis le début de son mandat en 2012. Il a vécu des moments de joie en accédant à la finale de l’Euro 2016 en France, après avoir battu l’Allemagne en demi-finale. A l’inverse, la finale perdue quelques jours plus tard face au Portugal ne restera pas un bon souvenir. Au-delà de l’aspect sportif, DD a dû faire face aux polémiques, avec la désormais affaire de la sextape et le cas Benzema.

Une gestion de groupe saluée par ses joueurs

Il a aussi dû faire face aux 65 millions de Français au moment d’annoncer ses listes avant chaque rassemblement. En première ligne, le sélectionneur français est toujours resté fidèle à sa ligne de conduite, lui qui au final vit un peu ce qu’a vécu Aimé Jacquet, son entraîneur en 98. Dans Paris Match, Deschamps disait à l’époque à son sujet. « Cela nous embêtait pour lui, parce qu’on savait le boulot qu’il faisait pour que ça se passe bien. L’image qu’on donnait de lui était fausse. On attaquait l’homme. Le critiquer sur ses choix tactiques ou techniques de sélectionneur, O.K.! Mais en tant qu’homme, ce n’était pas la même personne ». Un discours que pourraient tenir aujourd’hui ses hommes, tous prêts à faire front derrière lui. Après la qualification pour la finale, Hugo Lloris a confié : « il mérite tout le crédit. Ce n’est pas la première fois. C’est lui qui élabore les plans de jeu. Même si on échange avec les joueurs et le staff, c’est tout à son honneur. Aujourd’hui (mardi, Ndlr), la victoire c’est également la sienne, même si les joueurs ont fait tout ce qu’il fallait sur le terrain ».

Blaise Matuidi a aussi été élogieux envers DD. « Le coach, ça fait longtemps qu’on le connaît. Il est là depuis 2012. Il a su créer un groupe à son image. Et ça, c’est important parce que c’est lui le patron, c’est lui le chef du navire. Je pense qu’il a fait de grandes choses en tant que joueur. En tant qu’entraîneur aussi. Il a essayé de retranscrire ça sur ses joueurs. Et ça, c’est important. Il a toujours eu cette rigueur, cette façon de diriger qui fait qu’il est différent. Honnêtement, on est très heureux d’avoir un sélectionneur comme ça. Je pense que si aujourd’hui il a eu autant de bons résultats, ce n’est pas anodin. Ce qu’il met en place ça paye et chapeau. Il faut lui tirer notre chapeau ». Justement, Deschamps, très attaché à la notion de groupe, a mis vraiment l’accent dessus durant ce Mondial où il a une équipe qui vit bien ensemble. Avec son staff, il fait en sorte de maintenir tout le monde concerné pour essayer de tirer au maximum l’équipe de France vers le haut comme l’avait bien expliqué Benjamin Pavard en conférence de presse à Istra.

L’expérience de France 98 à transmettre

« Le coach gère bien les titulaires et les remplaçants. Quand on est remplaçant, forcément, on a envie d’être sur le terrain. Mais on a vu lors du premier match, quand certains sont entrés, ils se sont donnés à fond, ont mouillé le maillot. Il motive l’équipe. Il a des mots forts qui motivent chaque joueur. On est prêts à aller à la guerre avec lui ». Comme l’avait raconté son adjoint Guy Stéphan, Didier Deschamps a su se réinventer au niveau des causeries d’avant-match. « Didier avait fait un débrief de haut niveau après notre premier match laborieux contre l’Australie, à Kazan. Il a encore été très bon avant le match contre l’Argentine… Ce n’est pas la seule raison de notre gros match, mais c’en est une. La difficulté pour un coach, c’est de varier le discours, car il faut surprendre les joueurs pour les concerner. » Et DD, sous contrat jusqu’en 2020 avec la FFF, y arrive ! Son attitude avec le groupe a évolué ces dernières années. On le sent beaucoup plus proches de ses joueurs. On le voit très souvent les prendre dans ses bras ou avoir des moments de rires et de partage aux entraînements.

« Je trouve que depuis neuf ans, il a gagné en sérénité. Je le trouve très à l’aise… détendu, pour reprendre ce qu’avait dit Sam (Umtiti) », avait raconté son adjoint Guy Stéphan. Pour Antoine Griezmann, le sélectionneur a évolué après le match face à l’Albiceleste. « ll a changé après l’Argentine. Je pense que la pression est redescendue. Ça nous a fait du bien à tous. Il prépare bien ses matches, il sait par où passer. On croit en lui, on a confiance en lui. On joue pour lui ». Au niveau du jeu justement, même si ce n’est pas toujours très flamboyant, Deschamps a réussi à faire évoluer son équipe aussi durant cette Coupe du Monde. Les Bleus ont débuté en 4-3-3 avant de passer en 4-2-3-1 intégrant notamment les jeunes Pavard et Hernandez dans les couloirs en défense. Tout cela lui a permis de mener les Bleus à la finale, lui qui totalise 73% de victoires en Coupe du Monde selon Opta. Il espère forcément augmenter ce chiffre en battant la Croatie. Ses joueurs, dont Grizi, comptent sur lui et son expérience pour aller au bout. « Il est respecté par nous parce qu’il a déjà gagné. Il connaît le chemin. Il sait par où passer ». Didier Deschamps n’a pas oublié le chemin qui mène au succès vingt ans après France 98.