Il y a quelques années encore, les rangs de La Masia débordaient de jeunes pépites camerounaises. À l’avènement de l’ère Youtube, on pouvait admirer les exploits de Lionel Enguene ou de Jean-Marie Dongou avec les équipes de jeunes du club catalan. Ceci avait été rendu possible grâce à Samuel Eto’o. C’est en 2006, alors que l’attaquant cherche à rendre au football ce que le football lui a donné, que naît l’idée dans la tête du goleador camerounais. Il a donc utilisé sa notoriété et son nom pour créer la Fondation Samuel Eto’o et plus précisément la Fundesport, nom du centre de formation situé à Douala. L’objectif ? Permettre aux jeunes talents issus de quartiers défavorisés comme lui d’avoir accès à une formation et éventuellement avoir une carrière professionnelle. Une entité indépendante, mais qui a forcément rapidement tissé des liens avec le FC Barcelone, club où évoluait le joueur à l’époque. C’est lors de tournois de jeunes organisés en Espagne, souvent par le Barça et où la Fundesport envoyait une équipe, que les jeunes les plus prometteurs étaient repérés par le club catalan.

Encore jeune et en pleine carrière à l’époque, il ne pouvait pas forcément être présent de manière physique au Cameroun, mais c’est lui qui garantissait la santé financière du centre, en plus de pouvoir, grâce à son nom et sa crédibilité, obtenir des visas pour les jeunes joueurs. Auprès des jeunes, Samuel Eto’o exerçait surtout un rôle de modèle et de grand frère. Et plus de dix ans après l’ouverture du centre qui a fermé au début des années 2010 à cause de différends, beaucoup évoluent de ces joueurs aujourd’hui au sein d’équipes professionnelles aux quatre coins de l’Europe. Mais forcément, le bilan est mitigé. Parmi les principaux succès, on pense à André Onana, le gardien titulaire de l’Ajax, que la presse européenne annonce déjà dans le viseur des plus grosses écuries européennes. À 22 ans, il enchaîne les bonnes prestations dans les cages du club hollandais. Fabrice Ondoa, lui aussi gardien, s’en sort également particulièrement bien, puisqu’il a par exemple été le gardien titulaire du Cameroun lors de la victoire des Lions Indomptables à la Coupe d’Afrique des Nations en 2017, réalisant de belles prestations dans les cages. Serge Leuko (Lugo) ou Fabrice Olinga, à l’époque buteur le plus jeune de l’histoire de la Liga avec Malaga (16 ans), ont eux aussi pu goûter aux joies de la sélection.

Fabrice Ondoa, l’exemple de détermination

Fabrice Ondoa reste un bon exemple de ce qu’on pu connaître les jeunes de la Fundesport - et plus globalement les jeunes formés au Barça - dans leurs jeunes années. Le début de son aventure démarre en 2006, lors d’un tournoi de jeunes entre les sélections Douala et Yaoundé, d’où est originaire le joueur. Particulièrement bon lors de ce championnat, il intègre la Fundesport à 11 ans. Après avoir disputé bon nombre de tournois internationaux de jeunes avec l’équipe de la Fundesport, il est repéré lors d’un tournoi à Irun (Pays-Basque), remporté par son équipe et où il a été nommé meilleur gardien de la compétition. « J’avais déjà été sélectionné par l’Atlético de Madrid, j’avais déjà un visa de 90 jours pour intégrer le club, mais quand Barcelone est arrivé... Samuel (Eto’o) avait toujours un faible pour Barcelone, il disait que c’était le meilleur centre de formation du monde, les meilleures conditions et que c’était mieux que les enfants aillent là-bas à chaque fois que Barcelone voudra un joueur », nous confie-t-il, décidant d’aller faire un test au Barça quitte à tout perdre et ne pas pouvoir rejoindre l’Atlético. « L’Europe pour nous c’est un grand rêve, pour tout talent en Afrique. Je suis allé faire les deux semaines de test. J’ai fait trois jours de test et j’étais déjà retenu par le Barça », ajoute-t-il.

« À Barcelone c’était facile pour nous, avant moi il y avait déjà 2 ou 3 générations de la Fundesport qui était arrivées, celle de 2006, 2007, des joueurs de 2008, donc j’ai eu plus de facilités que ceux qui partaient avant nous. Eux ils n’avaient personne, les dirigeants de la Fundesport étaient là-bas mais ils n’avaient pas de compagnons pour les guider. Ils découvraient quelque chose de nouveau, nous nous les avions sur place, ils pouvaient nous aider, c’était assez facile pour moi, la Fundesport m’a aussi payé un professeur d’espagnol pendant les vacances », explique celui qui a côtoyé Sergi Samper, Hector Bellerin, Keita Baldé, Sandro Ramirez ou encore Munir El Haddadi dans les équipes de jeunes. Le gardien d’Ostende s’est ensuite exprimé sur ceux qui n’ont pas la même carrière que lui pour le moment : « à un moment donné, Samuel peut te conseiller, il peut te dire va à gauche, va à droite, mais après c’est le joueur, une fois majeur, qui prend ses décisions et suit son chemin. Chacun décide ce qu’il veut. Il y a aussi des situations de la vie, des blessures, des choix, chacun a sa vision, après c’est le travail, il ne faut pas baisser les bras, on peut avoir du ralenti, moi même j’ai eu beaucoup de difficultés ».

Des jeunes mis sous le feu des projecteurs trop rapidement ?

« Barcelone c’est un peu Alice au pays des merveilles, tout est beau, tout est magnifique, et on ne connaît pas réellement la réalité du football. C’est quand tu quittes Barcelone que tu commences à comprendre, et que tu dois savoir que chaque décision que tu vas prendre peut être bonne ou moins bonne. J’ai dû faire beaucoup de sacrifices pour arriver à être gardien en première division, c’est pas facile quand on quitte Barcelone, tu as l’impression que le monde est à l’envers, que le football est à l’envers. Quand je suis arrivé au Barça B, c’était la première fois qu’on voyait un jeune gardien africain de 16 ans s’entraîner avec l’équipe de Guardiola, c’était la première fois que ça arrivait. Après, ça sort dans les journaux, on dit "lui le remplaçant de Valdés", "le Camp Nou l’attend déjà", tu es en deuxième division professionnelle avec le Barça B, tu es titulaire avec le Cameroun, tu n’as pas le temps de regarder ailleurs. Tu as gagné la première UEFA Youth League, tu termines meilleur à ton poste, tu vois la vie en rose, tout va bien. Mais tu n’as pas en tête que tout peut basculer d’une saison à l’autre, c’est cette moins bonne vision du centre de formation qui n’osent pas aller chercher ailleurs qui condamne leur avenir ou ralentit les carrières », nous explique Ondoa.

Lorsqu’il quitte Barcelone en 2016, contre l’avis du club, il nous explique avoir eu la pression. « En équipe nationale, on me disait que tu dois jouer en club, il fallait que je joue, ça peut aussi être une erreur » . Il s’en va donc à Tarragone, non loin de Barcelone : « on m’a dit "il faut que tu commences avec l’équipe B en Segunda B (D3), et si on monte en première division tu seras titulaire en Liga". Quand on te tient ce discours, tu dis OK, tu mises dessus, et en attendant je joue avec une bonne équipe B en D3. Tu y crois, tu vois le groupe, le projet. On a pas pu monter, on a terminé troisième et on a fait des mauvais playoffs, on était transparent. Maintenant, qu’est-ce que je fais ? J’ai pas joué en deuxième division, je ne peux plus rester même en deuxième division au Nàstic, ce n’est pas là que je veux bâtir ma carrière, je veux être dans une grande structure ». Il s’engage donc avec l’équipe B de Séville en 2017/2018, où on lui fait comprendre que le fait de jouer la Coupe d’Afrique en janvier peut lui coûter cher. « C’est mon pays, ma patrie, il compte sur moi, je ne peux pas dire non à l’équipe nationale », explique-t-il. Un choix payant, puisqu’il remporte la Coupe d’Afrique des Nations en brillant dans les cages, mais à son retour, il doit encore se contenter d’un rôle de remplaçant et lorsqu’il a l’opportunité de jouer, il ne parvient pas à enchaîner et termine la saison avec trois matchs au compteur en deuxième division. Loin du cocon barcelonais, il se retrouve livré à lui même dans des contextes bien différents de ceux du Barça, et si lui a réussi à surmonter ça, c’est peut-être là que les autres ont eu du mal.

Beaucoup n’ont pas percé en pro

Remplaçant avec l’équipe B de Séville mais au sommet du football africain avec sa sélection, une situation pas forcément courante. De quoi installer des doutes à l’époque. « C’était une situation qui me faisait mal parce que je sentais beaucoup de Camerounais souffrir de cette situation. [...] Je remercie l’équipe nationale, tous les Camerounais, qui n’ont en aucun cas douté de moi et ne m’ont pas lâché. J’ai eu beaucoup de soutien des personnalités du Cameroun. Samuel, Patrick Mboma, Thomas Nkono etc... m’ont soutenu moralement. Je ne devais pas montrer de point faible, je devais rester debout », nous explique le Lion Indomptable. Cet été, il s’est engagé avec Ostende, où il est enfin titulaire dans un club de première division, ayant su saisir sa chance alors qu’il est arrivé après la préparation. S’il enchaîne les matchs, l’équipe n’obtient pas d’excellents résultats, et pointe à la 12e position, la faute à une équipe qui a été renouvelée de long en large. Point positif ; le bon parcours du club en Coupe, qualifié en demi-finale. Enfin titulaire en club, Ondoa peut se projeter sur la CAN 2019, compétition initialement prévue au Cameroun. Déçu de la décision de la CAF, il attend tout de même la compétition avec impatience. « L’équipe nationale c’est la fierté d’un peuple, d’un pays. C’est pas qu’un simple maillot, c’est le poids et la responsabilité de plus de 25 millions de Camerounais. C’est l’espoir d’une jeunesse qui doit redorer le blason de cette équipe qui a toujours été au sommet du football africain. Même si j’ai l’opportunité de gagner 100 Coupes d’Afrique, la 101e sera affrontée avec encore plus d’engagement et d’énergie ! ». Le rendez-vous est pris !

Tous n’ont cependant pas la chance de jouer dans une première division ouest-européenne ou de pouvoir jouer une compétition internationale. S’ils ont donc pu bénéficier d’une formation aux petit-soins à Barcelone, dans celui qui est sans contestation l’un des meilleurs centres de formation de la planète, beaucoup peinent à vraiment lancer leur carrière. Beaucoup sont encore dans le monde pro, comme Macky Bagnack, passé par la réserve du FC Nantes et aujourd’hui au NK Olimpija Ljubljana en première division slovène. Jean-Marie Dongou, présenté comme le futur Samuel Eto’o, joue à Lugo en D2 espagnole, où il n’est cependant pas utilisé régulièrement. Alain Richard Ebwelle est lui aussi resté en Espagne, à Vélez, en D3. Gael Etock est lui à Honka, en D1 Finlandaise, alors qu’Armand Ella est au FK Inhulets en D2 ukrainienne. Nelson Mandela Mbouhom, encore très jeune (19 ans), enchaîne les buts avec les junior de l’Eintracht Francfort. D’autres n’évoluent même plus en pro, à l’image d’Alexis Meva, à la Chaux-de-Fonds en D3 Suisse après être passé par les USA et les division inférieures espagnoles. Des joueurs comme Olivier Moussima, Bako, Tandasi Fombutu, Aboubakar Camara, Fils Paul Tina Tina Patrice Sousia ou Yannick Adamu ont même disparu des radars.

Tous les joueurs passés par la Fundesport

Gardiens
- Fabrice Ondoa (Camerounais, 23 ans, gardien, KV Ostende, parti au Barça à 13 ans)
- André Onana (Camerounais, 22 ans, gardien, Ajax Amsterdam, parti au Barça à 14 ans)
- Yannick Adamu (Ivoirien, 25 ans, gardien, sans club, parti au Barça à 13 ans)

Défenseurs
- Serge Leuko (Camerounais, 25 ans, latéral droit, CD Lugo, parti à Mallorca à 14 ans)
- Macky Bagnack (Camerounais, 23 ans, défenseur central, NK Olimpija Ljubljana, parti au Barça à 13 ans)
- Bako (Camerounais, 24 ans, défenseur central, sans club, parti au Barça à 12 ans)

Milieux
- Alexis Meva (Camerounais, 21 ans, milieu de terrain, FC La Chaux-de-Fonds, parti au Barça à 10 ans)
- Wilfrid Kaptoum (Camerounais, 22 ans, milieu de terrain, Betis B, parti au Barça à 11 ans)
- Lionel Enguene (Camerounais, 22 ans, milieu de terrain, sans club, parti au Barça à 11 ans)
- Fils Paul Tina Tina (Camerounais, 25 ans, milieu de terrain, club actuel inconnu, parti au Barça à 13 ans)

Ailiers
- Armand Ella (Camerounais, 25 ans, ailier gauche, FK Inhulets, parti au Barça à 13 ans)
- Alain Richard Ebwelle (Camerounais, 23 ans, ailier gauche, Vélez CF, parti au Barça à 11 ans)
- Fabrice Olinga (Camerounais, 22 ans, ailier gauche, Mouscron, parti à Mallorca à 13 ans)
- Olivier Moussima (Camerounais, 24 ans, ailier droit, club actuel inconnu, parti au Barça à 12 ans)

Attaquants

- Nelson Mandela Mbouhom (Camerounais, 19 ans, attaquant, Eintracht Francfort, parti au Barça à 10 ans)
- Gael Etock (Camerounais, 25 ans, attaquant, FC Honka, parti au Barça à 12 ans)
- Aboubakar Camara (Camerounais, 19 ans, attaquant, club actuel inconnu, parti au Barça à 10 ans)
- Tandasi Fombutu (Camerounais, 19 ans, attaquant, UD Unificacion Bellvitge, parti au CD Cornellà à 11 ans)
- Jean Marie Dongou (Camerounais, 23 ans, attaquant, CD Lugo, parti au Barça à 13 ans)
- Patrice Sousia (Camerounais, 19 ans, attaquant, sans club, parti au Barça à 13 ans)