La saison dernière avait été pour le moins pénible pour les fans de l’Espanyol. Sous les ordres de Quique Sanchez Flores, le club catalan livrait des prestations indigestes, donnant lieu à des rencontres pour le moins ennuyantes. Le licenciement du coach madrilène - remplacé par le coach de l’équipe filiale David Gallego - a ensuite permis aux Pericos de maquiller un peu leur saison lors des derniers matchs, grâce à une série de victoires dans des matchs comptant pour du beurre. Les Barcelonais ont ainsi terminé à une onzième position plutôt bien payée. Mais surtout, l’intersaison n’invitait pas forcément à l’optimisme. Joan Francesc Ferrer Sicilia, tout simplement connu sous le nom de Rubi, arrivait sur le banc de touche après avoir fait monter Huesca en Liga pour la première fois de son histoire, mais avec une expérience très limitée en première division.

Pire encore, la star de l’équipe Gerard Moreno s’en allait à Villarreal, alors que des joueurs titulaires comme Pau Lopez, désormais troisième portier de la Roja, Marc Navarro ou Aaron Martin quittaient le navire. Seule recrue : Borja Iglesias, auteur de 23 buts avec Saragosse en D2 l’an dernier, mais qui n’avait encore jamais joué en Liga du haut de ses 25 ans. Sur le papier, l’effectif était donc clairement inférieur à celui de la saison dernière... Et pourtant, la machine s’est rapidement lancée. Rubi n’y est clairement pas étranger. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’équipe est complète. Elle sait dominer son adversaire en s’appropriant le ballon, et le jeu est particulièrement huilé, les joueurs donnant l’impression d’avoir grandi ensemble. Devant, la profondeur qu’apporte Iglesias - auteur de 6 buts jusqu’ici - fait énormément de bien et libère des joueurs comme Leo Baptistao ou Sergio Garcia.

Sergi Darder, mis dans les meilleures conditions pour briller

Mais lorsqu’on évoque l’animation offensive des Barcelonais, on est obligé d’évoquer un nom, celui de Sergi Darder. Celui qui est devenu un sérieux candidat pour une place dans la prochaine liste de Luis Enrique est la pièce maîtresse de l’équipe de Rubi, tous les ballons passant par ses pieds. Il a gagné en maturité, est plus efficace et précis dans ses transmissions, et surtout, n’a pas peur de porter l’équipe sur son dos. Ce n’est que sa deuxième saison avec l’équipe première de l’Espanyol mais il est déjà devenu une idole à Cornellà-El Prat, où le Darderismo est devenu la nouvelle "religion" des supporters. L’ancien de l’OL est en plus extrêmement bien accompagné dans l’entrejeu, avec le jeune Marc Roca (21 ans), également très doué balle au pied et qui ne rechigne pas sur les efforts défensifs.

« Je jouais souvent sur un côté l’an passé et je n’avais pas forcément de repères. Cette saison, nous sommes trois au milieu, avec Marc Roca qui est notre premier relanceur. Devant lui, Il y a Esteban Granero et moi-même. Je pense avoir une grande marge de progression. Je dois marquer plus, faire plus de passes décisives, être constant pendant tout un match. Je dois aussi travailler mon jeu dos au but, mieux recevoir entre les lignes… Bref, plein de choses. Faire un peu ce que fait Modric (rires) ! Oui je suis heureux, parce que je joue. Tu as beau être dans la plus belle ville du monde, si tu es sur le banc, c’est compliqué. Là, à l’Espanyol, je suis chez moi et je joue. C’est l’idéal », confiait-il à Eurosport fin septembre, expliquant sa métamorphose par rapport à la saison passée.

Mais ce qui fait la force de cet Espanyol, c’est aussi sa capacité à souffrir, n’ayant pas peur de laisser le cuir à l’adversaire pour subir et tenter de tuer le match en contre-attaque. On l’a encore vu lundi soir face à l’Athletic (victoire 1-0), même si les attaquants catalans ont manqué bon nombre d’opportunités de plier la rencontre. Une défense menée par ce solide duo Mario Hermoso (23 ans, formé au Real Madrid) - David Lopez, tous deux également prétendants à une place en sélection, pendant que sur les flancs, des joueurs comme Didac Vilà ou Javi Lopez renaissent de leurs cendres après des saisons compliquées. C’est d’ailleurs une des forces de Rubi : avoir su remettre sur scelle des joueurs qui étaient clairement sous l’eau ces derniers temps. Esteban Granero en est lui aussi un bel exemple. Les propos de Sergi Darder qui expliquait cet été que l’Espanyol devait se battre pour tenter de remporter la Liga avaient suscité beaucoup de moqueries, mais maintenant, avec le recul, on peut dire qu’il avait eu raison d’avoir de l’ambition. S’il est pratiquement impossible de voir les Pericos soulever le titre et qu’il est encore trop tôt pour parler de qualification en Ligue des Champions, tout porte à croire qu’on aura des derbys de Barcelone plus équilibrés que jamais cette saison !