L’heureux élu. Le 18 mai dernier, Jean-Michel Aulas a annoncé avec joie que Juninho allait revenir à l’Olympique Lyonnais pour occuper le poste de directeur sportif. Mais l’ancien milieu de terrain n’est pas arrivé seul car il a ramené dans ses bagages son compatriote Sylvinho. Un entraîneur qu’il a personnellement choisi, avec l’aval du club. Dix jours plus tard, les deux nouveaux hommes forts des Gones étaient présentés dans un auditorium du Groupama Stadium plein à craquer. L’occasion pour Juninho d’expliquer pourquoi il avait décidé de miser sur l’ancien adjoint de Tite pour prendre la succession de Bruno Genesio. « J’ai tout de suite pensé à Sylvinho. Il a connu la Premier League à Arsenal et a joué à Barcelone. Il a été adjoint de Mancini et de Guardiola. Il a toujours fait du bon travail. Je crois en sa qualité humaine. J’ai toujours suivi son parcours. Le football a évolué. Je pense que la connaissance tactique de Sylvinho va l’aider. J’ai essayé de choisir un entraîneur qui va travailler dans la continuité. Je serais toujours avec Sylvinho. C’est un jeune coach qui est très discipliné. »

Une phase d’observation

Et Juninho n’avait pas menti. Dès sa première prise de parole, Sylvinho, avait tout de suite posé les bases du projet qu’il comptait mettre en place à Lyon. « Ma méthodologie de travail. J’aime le 4-3-3, la possession de balle. J’aime jouer dans le camp adverse. Je vais vous parler de la qualité technique du joueur, de l’organisation tactique et de la qualité physique. Mais on ne joue pas au football sans inspiration et sans âme. On va travailler sur tous les concepts mais je peux vous dire qu’on ne manquera pas de ces principes. Le meilleur joueur de l’équipe est né le 3 juillet 1950, c’est Lyon ». Un discours franc et limpide. Voyons comment après quelques entraînements, le Brésilien impose son style aussi bien dans sa façon de travailler que dans le jeu qu’il compte mettre en place. Direct et déterminé lors de sa présentation, Sylvinho s’est montré un peu plus discret lors des premières séances. Carnet à la main et souvent à l’écart lors des premiers entraînements, il a beaucoup observé sa nouvelle équipe et a pris des notes. Ce qu’il a continué à faire à Tignes lors des séances physiques où son fameux carnet ne le quittait jamais.

« Ce que j’écris dans mon carnet noir, ce sont des noms, des concepts, des mouvements défensifs, la façon dont vous devez attaquer, quelques réunions et les choses auxquelles je pense et que je note pour ne pas les oublier. C’est une partie de ma vie. C’est un nouveau livre...Même ma femme n’a pas le droit d’y toucher (rires) »,a-t-il avoué mardi en conférence de presse. Un travail de l’ombre nécessaire pour mieux connaître son groupe. Après cette première phase, le technicien auriverde est revenu au cœur du terrain lundi. Lors de l’entraînement de l’après-midi à Tignes, Sylvinho, très minutieux, s’est occupé des défenseurs pendant que Gérald Baticle ou Grégory Coupet étaient en charge des attaquants. En plus d’avoir participé au jeu en faisant des passes très précises, on l’a vu à plusieurs reprises replacer, échanger, montrer l’exemple et conseiller ses joueurs à l’image de Marcelo ou Kenny Tete. On l’a également aperçu en train de discuter en anglais avec Nabil Fekir, qui est en reprise. Que ce soit en anglais, en portugais ou en français, le coach, qui espère parler le français le plus vite possible, a parfaitement su se faire comprendre par ses joueurs comme l’a précisé Jason Denayer. « Il y a des joueurs qui parlent le français et qui comprennent le portugais. Donc c’est assez facile pour nous, ils nous traduisent et tout va assez vite. C’est assez fluide vu qu’il (le coach) parle l’anglais et que la majorité de l’équipe comprend cette langue ».

Sylvinho dans l’échange

La communication est aussi très fluide avec le staff. Juninho attendait de Sylvinho qu’il travaille dans la continuité et c’est ce qu’il fait avec brio avec un staff qui est pratiquement le même que la saison dernière. Le coach s’appuie beaucoup sur ses équipes, avec lesquelles il fait des réunions quotidiennes, une le matin pour la mise en place et une pour débriefer, nous a-t-on expliqué au club. Il multiplie aussi les apartés avec certains d’entre eux durant les entraînements. On l’a vu échanger à plusieurs reprises avec le préparateur physique Antonin Da Fonseca. En conférence de presse mardi, l’ancien joueur du Barça a encensé un staff qu’il découvre au jour le jour. « Ils connaissent le groupe et ils sont plus aptes à communiquer avec les joueurs. Ce sont de super mecs, ils ont l’habitude de travailler à Lyon. Ils comprennent et connaissent les joueurs. C’est la façon dont j’aime travailler. Deux ou trois fois dans la semaine, j’ai un entraînement pour moi. Mais souvent je dois laisser la place car entendre ma voix une demi-heure est suffisant (sourire) ».

Sylvinho échange également beaucoup avec Juninho. Le nouveau directeur sportif ne rate pas une miette des entraînements basés sur le jeu. On les a aperçus discuter longuement après l’entraînement de lundi après-midi à Tignes. Un stage important pour construire des bases solides afin de réussir la saison tant sur le plan sportif que sur le plan humain. D’ailleurs, Sylvinho est déjà apprécié. Antonin Da Fonseca dit de lui que c’est quelqu’un de "très humain". Jason Denayer a, lui, indiqué : « On est en train de le découvrir petit à petit. Ça ne fait que cinq jours pour l’instant. On verra par la suite. Je pense que c’est comme un nouveau joueur. Il y a un temps d’adaptation ». Côté jeu maintenant, Sylvinho a pris le leadership tout en continuant à s’appuyer sur son staff. Sur les premiers entraînements, on a pu déceler l’exigence du coach et les axes sur lesquels il souhaite travailler. Chaque exercice, de l’échauffement aux oppositions, est fait avec intensité et rythme. Il y a très peu, voire pas, de temps mort. Sylvinho demande de l’engagement et de l’agressivité à ses joueurs. Ce qu’a confirmé Jason Denayer. « C’est quelqu’un qui a beaucoup d’exigence. Il a dit qu’il avait besoin de tout le groupe. Il aime que les choses soient bien faites, avec beaucoup d’intensité. Il veut aussi que l’on garde le plaisir de jouer au football ».

Un OL avec du caractère

C’est que l’on a pu voir justement dans les exercices qu’il a mis en place. Des ateliers où les joueurs enchaînaient les passes puis les accélérations ; afin qu’ils soient perpétuellement en mouvement et dans l’action et non la réaction. Idem lors du travail des coups de pieds arrêtés ou lors des oppositions avec l’utilisation d’un drone pour filmer les séances. Une méthode déjà utilisée ponctuellement l’année dernière, qui sera beaucoup employée cette saison, puisque Sylvinho s’appuie beaucoup sur la vidéo (ce qui justifie notamment l’arrivée prochaine de Lazaro, analyste vidéo). Sur un terrain réduit avec des relais sur les côtés (lundi) ou sur un terrain plus grand (mardi), le Brésilien voulait travailler à la fois la conservation de balle avec un nombre limité de touches ainsi que les transitions offensives et défensives. En phase offensive, le coach voulait que son équipe attaque le ballon, qu’il y ait perpétuellement du mouvement et que les joueurs se rendent disponibles. Un point important pour Sylvinho qui avait expliqué qu’il aimait "la possession" et le fait de "jouer dans le camp adverse" lors de sa présentation. On l’a entendu crier à de nombreuses reprises "jouez" ou "transition" à des joueurs appliqués et disciplinés tels des soldats. Ils l’étaient aussi en phase défensive. Là, Sylvinho et son staff exigeaient de la communication et surtout de l’agressivité notamment dans les duels. L’entraîneur veut impliquer toute l’équipe dans ce travail défensif. Ce qu’a souligné Martin Terrier. « Le coach a parlé de l’aspect défensif, de nos défauts de l’année dernière. Je pense qu’il a raison. C’est un axe où il faut que l’on progresse pour faire une bonne saison et faire mieux que l’année dernière. Ça concerne tout le monde. Même les attaquants, ce sont les premiers défenseurs. C’est important. C’est sur cet axe-là que l’ont doit bosser ».

Rigoureux et exigeant, Sylvinho veut une équipe concernée qui propose du jeu. Rappelons que lors de sa présentation, le nouvel entraîneur avait déclaré : « on ne joue pas au football sans inspiration et sans âme ». Et le coach veut une équipe de guerriers. Des joueurs prêts à aller au combat avec caractère. Ce qu’a admis Sylvinho : « Il y a beaucoup de qualité, sur le plan physique notamment. Ce que j’aime bien, c’est voir dans les yeux des joueurs le désir de faire quelque chose. Je veux sentir mes joueurs donner le meilleur d’eux-mêmes (...) J’ai beaucoup observé les joueurs et j’essaie d’être clair avec eux sur ce que je veux qu’ils fassent sur le terrain ». Pour cela, il n’hésite pas à donner de la voix, aussi bien pour encourager (on l’a entendu lâcher des "super" ou "voilà" à plusieurs reprises) que pour reprendre ses joueurs afin d’expliquer ce que lui attendait. Un jeu qui demande notamment une grosse débauche d’énergie et des efforts. Mais les joueurs sont préparés en ce sens eux qui alternent entre de grosses séances physiques le matin et du jeu à forte intensité l’après-midi (entre 1h15 et 1h30). L’OL version Sylvinho prend forme tout doucement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que tout ça est plutôt séduisant pour le moment.

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