« Je n’ai aucun diplôme. Le foot, c’est mon diplôme. » C’est peu de dire que grâce à sa passion, Jean-Christophe Cesto a connu un sacré destin. Il y a eu des hauts et des bas, des mésaventures et des rencontres heureuses comme ce sport peut en offrir. Sa vie n’est pas un long fleuve tranquille et pourrait même faire l’objet d’un film ou d’une série si on veut pousser le bouchon. Car c’est en plus derrière la caméra qu’il a fini par trouver son autre voie. Celle d’analyste vidéo. Depuis un an et demi maintenant, l’ancien défenseur de 32 ans occupe ce poste au centre de formation du FC Nantes. Il est avant tout chargé d’effectuer des séquences vidéo pour l’équipe réserve. Lui, l’ancien pensionnaire de La Jonelière durant les années 2000 du temps de son adolescence, il y revient par une toute autre porte après avoir pas mal bourlingué.

D’abord, il y a eu les Canaris avec la génération 86/87 : Steven Thicot, Karim El Mourabet ou encore Mohamed Larbi pour les plus connus. « Dimitri Payet prend ma chambre quand je pars du centre de formation. On s’est croisé », se rappelle Cesto. C’est à cette époque qu’il côtoie les équipes de France de jeunes avec en point d’orgue, le fameux titre de champion d’Europe U17 en 2004 en compagnie des Benzema, Ben Arfa, Nasri et Ménéz. « C’est un événement qui restera gravé, inoubliable. J’étais un simple remplaçant et je n’ai eu qu’une seule petite entrée en jeu mais j’y ai participé à ma manière. Ce n’est pas non plus mon souvenir le plus heureux. J’aime être plutôt acteur des choses. J’ai davantage apprécié plus tard une simple montée de DH en National 3 en ayant eu un vrai rôle. »

Champion d’Europe U17 avec la génération 87

Les divisions inférieures, il connaît. Avant de passer professionnel le temps d’une seule saison à Bastia en 2007/2008 (1 match de Coupe de la Ligue disputé), il a dû mettre sa carrière entre parenthèses, la faute à un problème cardiaque décelé en octobre 2004. Un virage à 180°C alors qu’il aspire encore à vivre de sa passion. « Je n’ai que le foot en tête depuis que je suis tout petit. On me dit du jour au lendemain que ça ne va pas le faire. C’est dur à encaisser. Puis ça met beaucoup de flou sur mon avenir » concède-t-il d’un ton placide. Le diagnostic est finalement révisé quelque temps plus tard mais le mal est fait. Même s’il n’en veut pas au médecin, il traînera ce problème tout au long de sa carrière sportive.

La suite ne sera guère plus reluisante. Il tente de se relancer à Marseille Consolat (aujourd’hui Athlético Marseille), puis connaît son passage bastiais avant de tenter sa chance à l’étranger. Jean-Christophe Cesto enchaîne les essais et les échecs en Bulgarie, aux États-Unis, fait connaissance avec le racisme en Andalousie. Le constat est implacable, il ne parvient pas à percer. « Déjà, il y a les circonstances avec mon souci cardiaque, qui a pesé sur moi mais il m’a aussi manqué des choses. Je n’ai pas réussi à m’imposer à Bastia. Il y avait sûrement des limites footballistiques. C’est un mélange de tout ça. » La malchance aussi lui joue des tours, voire s’acharne.

Les galères s’enchaînent

« J’ai eu des soucis administratifs. Au Toulouse Rodéo en CFA 2, on termine premier mais il y a une histoire de fausse licence qui a fait qu’on ne monte finalement pas. J’ai eu des sollicitations de clubs de National, j’ai même repris avec Cassis Carnoux. Ma licence était suspendue en début d’année. Je n’ai pas pu jouer puis quand le problème a été résolu, le club était encadré par la DNCG. Je n’ai pas pu signer mon contrat alors qu’il était prêt. En D2 belge (au Lierse SK), le club est ok. On doit juste valider par un match amical mais la rencontre est annulée pour cause d’intempéries puis je n’arrive pas à me libérer pour me retourner. » En 2012, c’en est trop des échecs pour réintégrer le monde professionnel. Le défenseur choisit le SO Cholet. Il y restera cinq ans, rencontrant sa femme et devenant père de famille pour enfin se poser. « Les blessures sont arrivées à ce moment-là (fracture à l’épaule et rupture des ligaments croisés au genou) et j’ai eu une prise de conscience. »

La petite mort du footballeur se fait sentir mais JC Cesto a déjà sa petite idée derrière la tête, nous sommes alors en 2016. En parallèle de ses deux dernières années de joueur, il fonde avec son ami Kevin Berdier sa société JK Foot Profecteur pour filmer le foot amateur et le rendre plus visible. Muni d’une caméra, il parcourt les terrains de Loire-Atlantique, réalise des montages vidéo pour les clubs et les joueurs afin d’étoffer leur CV. L’idée plaît à tel point qu’il est vite repéré. « J’ai commencé à filmer les matches. C’était très apprécié, il y avait beaucoup de demandes. J’ai eu rapidement un partenariat avec la Ligue des Pays de la Loire, ce qui a donné de la visibilité à mon projet. » Dans le milieu parfois autarcique du ballon rond, son parcours d’ancien joueur séduit mais également, et c’est le plus important, ses compétences de vidéaste et de monteur. Il est même sollicité pour des formats différents.

Retour dans le football professionnel et au FC Nantes par l’analyse vidéo

« Je pense que la manière de filmer a joué en ma faveur. On m’a souvent dit : "on a quelqu’un au club mais il ne filme pas très bien." J’arrive à mettre les éléments en valeur, à avoir des plans larges. Quand on analyse, on n’a pas forcément besoin de voir le ballon, c’est aussi ce qu’il y a autour qui va nous intéresser. L’attirance pour la vidéo que j’ai eue et mes compétences football se sont bien mariées. En plus de pouvoir faire de l’analyse, j’ai pu toucher à ce que ça englobe. J’ai pu faire du reportage, du documentaire. J’aime la vidéo de base et il y a des besoins », détaille celui qui a été formé par un passionné autodidacte. Son travail est salué et remonte jusqu’aux oreilles du FC Nantes, qui l’embauche comme analyste vidéo pour son centre de formation à la rentrée 2018. Il décide alors de raccrocher définitivement les crampons à 31 ans.

« Ça a été un timing parfait. Depuis un moment, j’avais envie d’arrêter le foot à cause des blessures, des problèmes de santé. Mes soucis cardiaques ont toujours eu un poids sur moi, comme une épée de Damoclès. Le temps passait, j’ai profité de ma passion mais chaque entraînement que je faisais pouvait être celui de trop. Quand le FC Nantes m’a offert ce poste, ça tombait parfaitement, je n’ai même pas eu à réfléchir. Eux de leur côté, il y avait un nouveau cahier des charges pour conserver le statut de centre de formation (qui entrait en vigueur à la rentrée 2019). Ils avaient besoin d’un analyste vidéo et ont pensé à moi. Le directeur du centre (Samuel Fenillat) est en plus attaché de voir des anciens de la maison à différents postes. » La boucle est maintenant bouclée.

Désormais rattaché aux Canaris, Jean-Christophe Cesto se concentre avant tout sur le suivi de l’équipe réserve dirigée par Pierre Aristouy, quand un stagiaire travaille davantage sur les équipes de jeunes. « J’ai plusieurs missions. Il faut faire de l’image, avoir de la matière. On prépare aussi les joueurs qui sont dans l’antichambre de l’équipe première à ce qui va leur arriver à l’échelon supérieur. On étudie l’adversaire avec le coach. On en discute pour ensuite leur proposer nos consignes. On a une présentation globale et on va faire dans l’individualisé » explique-t-il, alors que la vidéo a pris une place prépondérante dans les programmes d’entraînement et les analyses de match depuis une quinzaine d’années. Il poursuit d’ailleurs toujours en parallèle sa mission au sein de JK Foot Projecteur même si le temps lui manque désormais. C’est la juste récompense pour être revenu dans un club professionnel.