Foot Mercato : comme le reste des Français, vous êtes actuellement confiné. Comment vivez-vous cette période ? Avez-vous un message à faire passer ?

Jeff Reine-Adelaïde : c’est sûr que c’est compliqué. Avec le beau soleil qu’il y a en ce moment, on a envie de sortir. Mais pour sauver des vies, on est obligé de rester chez soi et de prendre notre mal en patience (...) Dans le monde du football, mais plus largement dans le monde entier, on doit être une équipe, ne faire qu’un. Rester chez soi, c’est sauver beaucoup de vies et aider ceux qui soignent, car ils exercent des métiers très compliqués et font un boulot formidable. Ils voient de nombreuses personnes mourir sous leurs yeux, ça ne doit pas être facile pour eux. Il faut les aider du mieux que l’on peut et la seule façon de les aider est de rester chez nous pour que l’on gagne ce match contre le coronavirus.

FM : quel programme le club a-t-il mis en place durant cette période forcément particulière ?

JRA : moi je suis un cas à part par rapport aux autres joueurs puisque je suis en rééducation. J’ai toujours mon programme à suivre. Depuis aujourd’hui (lundi), je vais au centre avec l’un des kinés pour continuer à travailler.

FM : comment vous organisez-vous pour communiquer au sein de l’OL ? Quels ont été les conseils du club ?

JRA : avec les joueurs, on essaye d’échanger le plus souvent possible. On a un groupe Whats’App où on est tous ensemble. On échange. Le docteur du club essaye de nous avoir une à deux fois par semaine pour savoir comment on se sent, comment on va. Le préparateur physique parle aussi à tous les joueurs pour les programmes à suivre (...) Comme tout le monde, on nous a conseillé de ne pas sortir, de faire attention et de bien respecter les règles. On nous a aussi dit de continuer à faire du sport et à nous entretenir pour que l’on soit bien et prêt si le championnat venait à reprendre.

FM : en dehors du sport, comment occupez-vous vos journées actuellement ?

JRA  : c’est sûr qu’en ce moment, tuer le temps est compliqué. Je regarde des séries, j’écoute de la musique et je joue à la PlayStation. J’essaye aussi d’analyser certains matches.

FM : vous l’avez dit, vous êtes un cas à part puisque depuis quelques mois, vous travaillez de votre côté suite à votre blessure. Où en êtes-vous justement au niveau de votre rééducation ? Quelle sera la phase suivante ?

JRA  : aujourd’hui, j’en suis à la phase où je suis sur le terrain, je cours, je touche un peu le ballon et je suis encore avec les kinés. C’est certain que ça m’a fait énormément de bien de retoucher le ballon, d’avoir rechaussé les crampons, d’avoir tout simplement des sensations. C’est cool. Je vais bientôt passer à la phase avec les préparateurs physiques.. On va travailler le physique, le physique avec ballon, etc...On va dire que ça va être toute la partie souffrance, mais ça va être de la bonne souffrance ! Aujourd’hui, je vous avoue que je suis très content de pouvoir souffrir comme ça.

FM : cet arrêt forcé du football est malgré tout un mal pour un bien pour vous puisque vous allez pouvoir "gagner du temps" au niveau de votre rééducation.

JRA  : oui, malheureusement. J’aurais préféré que le contexte soit différent. Avec ce virus, je vais gagner du temps si jamais le championnat venait à reprendre. J’espère rejouer et avoir du temps de jeu.

FM : justement, avez-vous déjà une idée de la date de votre reprise ? Êtes-vous dans les temps de passage fixés par l’OL ?

JRA  : on ne m’a pas fixé de date. Le docteur, les kinés ont regardé mon évolution. De base, on parle de six mois ou plus. Aujourd’hui, ça se passe très bien et on verra bien quand je vais reprendre (...) Au club, ils sont contents de ce que je fais. Ils ne parlent pas trop, on me dit juste que c’est bien. Vu que j’avance bien et vite, j’ai cette impression que c’est très bien. Donc je suis content. Le but est de ne pas aller trop vite et de faire attention. Même si c’est une grosse blessure, il ne faut pas avoir peur et continuer à avancer.

Sa grave blessure, un mal pour un bien

FM : qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous durant cette longue période d’indisponibilité ?

JRA : le plus dur est de se retrouver seul, de savoir que mes coéquipiers vont sur le terrain pendant que je suis en salle en train de travailler. C’est compliqué de ne pas toucher le ballon, d’être impuissant et de ne pas aider l’équipe. Il y a plein de choses. C’est très compliqué. Mais je pense que ma blessure va être un mal pour un bien pour moi (...) On est chanceux de faire ce métier. Beaucoup de personnes aimeraient le faire. Je suis très heureux de le faire et encore plus aujourd’hui.

FM : votre blessure est-elle le pire moment de votre carrière ?

JRA  : oui, c’est le pire moment de ma carrière en termes de blessures car ça a été une grosse blessure. Une blessure que tous les footballeurs redoutent. Mais il faut être plus fort que ça, avoir la mentalité de se dire que l’on peut rebondir et que l’on va faire de grandes choses.

FM : au moment de votre blessure, je me souviens que vous vous êtes directement assis sur le terrain. Avez-vous senti tout de suite que c’était grave ? Avec le recul, comment expliquez-vous votre blessure aujourd’hui ?

JRA : en tant que joueur et sportif, on connaît notre corps. On sait quand c’est minime et que l’on peut continuer à jouer même avec une blessure. Quand on sait que c’est grave, on s’arrête. Me concernant, à ce moment-là, j’ai senti que je ne pouvais pas continuer. Du coup, je me suis assis et j’ai eu cette impression que c’était bizarre. Mais honnêtement, je ne pensais pas que c’était aussi grave que ça en avait l’air (...) Encore aujourd’hui, je ne sais pas comment expliquer cette blessure.

FM : même si ça a été un moment difficile, vous avez rapidement posté un message positif sur vos réseaux sociaux et vous avez gardé votre sourire quand on vous a croisé au stade. Peut-on dire que ça a été votre force pour affronter cette période ?

JRA : de base, je suis une personne très joyeuse, très souriante. J’aime rigoler quand je suis dans le vestiaire. Après la blessure, j’ai essayé de rester moi-même, de ne pas surjouer par rapport à ça. C’est une blessure qui fait mal, c’est vrai. Mais ce n’est pas la fin du monde. Beaucoup de personnes ont eu cette blessure et ont su se relever. J’espère bien faire partie aussi de ces personnes.

FM : vous êtes-vous aussi redécouvert durant cette période ?

JRA : oui, beaucoup même. Je me suis redécouvert. Je peux même dire que j’ai l’impression d’avoir appris à me connaître par rapport à certaines choses. On a plus de temps pour nous, nos familles et pour réfléchir. C’est un mal pour un bien. J’ai beaucoup plus de réflexions, je regarde beaucoup plus de choses que je n’avais pas forcément le temps de faire quand je n’étais pas blessé. Aujourd’hui, je sais où je dois progresser en tant que footballeur, en tant qu’être humain. C’est une blessure qui va m’endurcir, me faire changer dans le bon sens du terme pour devenir un guerrier sur le terrain.

FM : j’imagine que vos proches ont joué un rôle important pour vous et pour vous aider à passer ce moment difficile.

JRA : ma famille a été très proche de moi. Ça n’a pas été un moment facile pour eux aussi. Quand on est blessé, on n’a pas trop envie de parler, de discuter, on devient aigri au début. Donc c’est vrai que ça n’a pas été facile pour eux, mais ils ont toujours été là. Ils ont toujours réussi à me comprendre et je ne peux que les remercier aujourd’hui.

FM : vous avez aussi pu compter sur le soutien de votre club et de vos coéquipiers.

JRA : sur ce point, je n’ai vraiment pas à me plaindre.Toutes les personnes autour du club, du président Jean-Michel Aulas à l’intendant, ils ont tous été avec moi, toujours à prendre de mes nouvelles. Quand j’étais dans le vestiaire, ils étaient contents que je sois là. Après les entraînements, les joueurs viennent manger avec moi. Ils ont toujours été proches de moi, même en dehors du foot. Dans mes clubs précédents, des anciens coéquipiers prennent de mes nouvelles. C’est ce qui est beau.

FM : Memphis Depay a eu la même blessure que vous lors du même match. Vous êtes-vous épaulés ?

JRA : oui, on s’est beaucoup épaulé avec Memphis. Avant la blessure, on était déjà proche. Aujourd’hui, on l’est encore plus qu’avant. C’est une blessure qui nous lie. Je pense que cela a été du jamais vu dans toute l’histoire du foot, deux joueurs de la même équipe qui se font les croisés lors du même match. C’est une personne qui a une mentalité que j’aime bien, qui veut aller de l’avant. C’est vers cette voie que l’on est allé et qu’on a travaillé. Comme on a pu le voir sur ses vidéos, Memphis est très ambitieux et a très envie de montrer, de prouver. Il a envie de retrouver les terrains.

JRA a faim de football !

FM : et vous, dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques mois de la reprise ?

JRA : je suis à quelques mois de reprendre et je suis dans un état d’esprit où j’ai envie de montrer, de prouver et d’être heureux de rejouer au football.

FM : vous êtes arrivé cette saison à l’Olympique Lyonnais. Quel bilan tirez-vous de vos quelques mois passés chez les Gones ?

JRA  : c’est un bilan mitigé parce que je sais que j’ai de la qualité et que je peux faire beaucoup mieux. Donc je vais faire en sorte que ça se passe mieux que les mois où j’ai joué. Cette saison, je pense que j’ai progressé dans mon placement par rapport à mes coéquipiers. J’ai marqué plus tôt que l’année dernière (rires). J’ai joué des matches de Ligue des Champions, donc c’est certain que j’ai engrangé de l’expérience grâce à ces matches de haut niveau.

FM : j’imagine que vous ne vous attendiez pas à vivre une telle saison, entre les choix pas toujours compréhensibles vous concernant et votre grave blessure.

JRA : c’est sûr que je ne m’attendais pas à une telle saison. On est dans un grand club, il y a beaucoup de concurrence. Au final, même si je pensais que je méritais de jouer, il y a un coach qui est là pour mettre de l’ordre dans l’équipe. C’est lui qui a le dernier mot et il faut accepter, continuer à travailler pour prouver au coach qu’on mérite.

FM : vous êtes la seule recrue estivale à avoir répondu aux attentes et à avoir eu le soutien des supporters, c’est une fierté d’avoir de bons retours.

JRA : je suis dans un grand club et j’ai beaucoup d’ambitions. J’ai envie d’aller le plus haut possible. Je me donne les moyens d’y arriver. Quand je suis sur le terrain, c’est ce qui me rend heureux, je tente des gestes, j’essaye de faire plaisir au public car c’est mon jeu qui le demande. Je me donne à 100% et j’essaye de faire plaisir à tout le monde, surtout à nos supporters.

FM : quelles sont vos envies pour la saison prochaine ?

JRA : j’ai envie de jouer et de tout casser ! Je veux marquer des buts et faire marquer mes coéquipiers. Je veux prendre beaucoup de plaisir, jouer des matches internationaux et européens. J’ai envie de tout connaître à nouveau car j’ai été privé de football. C’est ce qui va me rendre heureux.

FM : vous venez de parler de matches européens. Il y a quelques semaines (le 26 février), l’OL a battu la Juventus en huitième de finale aller de la Ligue des Champions. Cela devait être un moment à la fois réjouissant et frustrant pour vous.

JRA : oui, c’est sûr qu’en arrivant dans un club comme Lyon, ce sont des matches que l’on a envie de jouer. Mais j’étais très heureux pour mes partenaires qui ont fait un super match et qui ont réussi à le gagner. Pourtant on ne partait pas favori. C’était aussi frustrant car je voulais être sur le terrain, j’avais envie de les aider et connaître les sensations et les émotions d’un huitième de finale de la Ligue des Champions.

FM : c’est l’une des rencontres où Rudi Garcia a mis en place son nouveau système de jeu. Peut-il vous correspondre ? Pouvez-vous vous y sentir à l’aise ?

JRA  : ça dépendra d’où le coach me mettra. Moi, dans un milieu à trois, c’est sûr que c’est là où je me sens le mieux parce que je suis quelqu’un qui aime casser les lignes. Mais on verra bien. Je suis au service du collectif et du coach.

FM : justement, au milieu de terrain, Bruno Guimarães est arrivé cet hiver. En tant qu’amateur de beau jeu, j’imagine que vous appréciez ce joueur. Avez-vous hâte d’évoluer à ses côtés ?

JRA : c’est vrai que c’est un bon joueur qui a apporté beaucoup de fraîcheur à l’équipe. Par la suite, j’espère qu’on sera aligné ensemble pour faire de beaux matches.

FM : Karl Toko-Ekambi, que vous avez connu à Angers, a aussi rejoint l’OL. L’avez-vous conseillé ?

JRA : j’ai retrouvé Karl après deux ans (sourires). On avait commencé à discuter en novembre ou décembre, avant que je me blesse, au sujet de sa venue. Il avait vraiment envie de venir. Je suis très heureux de le revoir et il fait beaucoup de bien à l’équipe.

FM : une équipe où il y a aussi de jeunes éléments qui poussent derrière, à l’image de Maxence Caqueret, d’Amine Gouiri et de Rayan Cherki. Que pensez-vous d’eux ?

JRA : les trois jeunes m’impressionnent beaucoup parce qu’ils ont des styles différents. Il y a Max qui est très sobre, récupère beaucoup de ballons, qui fait beaucoup jouer ses partenaires et qui joue vers l’avant. Rayan a cette folie, cette insouciance. Il est très technique, sait tout faire avec le ballon. Amine, à l’image d’un Karim Benzema, est un 9 très complet. Il sait faire jouer et marquer.

FM : que peut-on vous souhaiter, ainsi qu’à l’OL ?

JRA : on peut nous souhaiter beaucoup de réussite, de gagner des titres et surtout que le monde puisse repartir de l’avant, c’est le plus important aujourd’hui.