Après avoir longtemps affectionné un système en 4-3-3 en début de saison 2019/2020, Thomas Tuchel a opté depuis deux mois pour un 4-4-2 (excepté contre Pau en Coupe de France) afin d’aligner en même temps ses meilleurs talents offensifs : Neymar, Mbappé, Di Maria et Icardi. Un changement qui semble avoir porté ses fruits puisque les Parisiens ont inscrit 50 buts en 14 matches disputés dans ce dispositif depuis décembre.

Une animation particulière et un équilibre à assurer

Connu pour être un dispositif tactique classique mais facilement modulable, le 4-4-2 du PSG tire sa force, et ses faiblesses, de son animation particulière. En effet, Neymar et Angel Di Maria, qui sont censés être les deux “milieux/attaquants” excentrés du dispositif, rentrent très souvent à l’intérieur du jeu quand le PSG a le ballon et parfois en même temps. Ce sont d’ailleurs les deux joueurs qui créent la majorité des occasions parisiennes (par la passe ou par le dribble). Devant, Mbappé est un électron libre qui se déplace un peu partout sur le terrain, notamment sur l’aile gauche libérée par Nermar, et qui demeure souvent recherché dans la profondeur par ses coéquipiers lors des contre-attaques mais aussi pour étirer les blocs haut ou médian adverses. Icardi assure une présence constante dans la surface même s’il est souvent oublié dans le jeu. Offensivement, Verratti a la responsabilité de créer des occasions depuis une position reculée du terrain tandis que les latéraux peuvent évoluer comme de véritables ailiers vu que Neymar et Di Maria se recentrent sur le terrain. Si bien que dans les faits, le 4-4-2 initial se transforme soit en 3-2-4-1, soit en 3-1-4-2 avec ballon (voir ci-dessous) selon les mouvements des joueurs offensifs. Le plus important étant de garder un équilibre et une bonne organisation en cas de perte de balle.

Ici, le latéral gauche vient se replacer derrière pour former une ligne de 3. Neymar et Di Maria se recentrent, ce qui permet au latéral droit d’évoluer plus haut et à Mbappé de se déplacer librement sur le côté gauche, l’autre attaquant central restant en pointe.
Ici, les deux latéraux montent pour occuper les ailes délaissées par Neymar et Di Maria. Les deux attaquants restant dans l’axe, c’est l’un des deux milieux défensifs qui va se replacer derrière pour équilibrer la défense parisienne.

« Dans un 4-4-2, c’est différent qu’à trois au milieu. C’est plus facile d’échanger les deux positions alors qu’à trois, tu restes plus discipliné », avait déclaré Thomas Tuchel au début du mois de janvier. En défense, l’entraîneur allemand a donc instauré un contre-pressing, c’est-à-dire un pressing immédiat et agressif dès la perte du ballon pour le récupérer rapidement dans la partie adverse du terrain, qui ne peut fonctionner que si tous les joueurs (offensifs comme défensifs) sont concernés. On a notamment vu Neymar faire de nombreux efforts défensifs mais, dans ce système, les milieux centraux ont un rôle vital en couverture pour couper les contres comme les latéraux.

Face à l’AS Monaco (3-3), le 12 janvier dernier, le PSG avait justement montré de grosses failles pour récupérer rapidement le ballon (les Parisiens ayant toujours un petit temps de retard sur chaque intervention), ce qui avait contribué à créer de grands espaces derrière qui avaient été exploités par les attaquants monégasques. Depuis ce match, l’équilibre défensif a été nettement meilleur, grâce notamment à la montée en puissance de Gueye mais aussi à celle de Paredes lors des matches de coupe. « Le problème ce n’est pas la structure, c’est comment on joue. On peut jouer dans tous les systèmes, en 5-3-2, ce n’est pas la question. Si on joue en 4-4-2, il faut faire précisément les choses. Je réfléchis toujours à ce qu’on fait et comment on fait », avait aussi tenu à rappeler Thomas Tuchel.

Dans ce système en 4-4-2, le PSG a encaissé 9 buts en 14 matches (contre 9 buts encaissés en 22 matches dans un 4-3-3 et un 4-2-3-1), sachant que sa défense a été constamment modifiée à cause des blessures de Thiago Silva, Marquinhos, Diallo, Dagba et Bernat. Après le match nul contre Monaco (3-3), Tuchel a aussi légèrement modifié l’animation offensive des Parisiens. En possession du ballon, le PSG évolue souvent dans 3-2-4-1, avec un latéral qui va se repositionner derrière avec les deux défenseurs centraux initiaux tandis que l’autre latéral va évoluer du côté des milieux de terrain offensifs pour bien occuper la largeur (voir la photo ci-dessous). Quand Meunier est aligné, c’est généralement lui qui va se retrouver vers l’avant tandis que le latéral gauche (Bernat ou Kurzawa) va rester derrière pour assurer une bonne couverture en cas de perte de balle. Toutefois, le bon équilibre reste encore à trouver et certains joueurs pourraient en profiter.

Ici, Neymar conserve sa position sur l’aile, Di Maria se recentre, le latéral monte occuper l’aile droite libre, un des deux milieux défensifs va monter d’un cran tandis que l’autre assure la couverture derrière cette ligne de 4.

Qui sont les gagnants du 4-4-2 ?

Mis dans les meilleures conditions pour briller, Neymar et Di Maria sont largement les grands gagnants de ce dispositif tactique. Leur créativité s’exprime pleinement dans ce 4-4-2 mais a contrario, ils doivent rester disciplinés défensivement pour ne pas mettre leur équipe en difficulté. Mbappé est aussi favorisé par ce dispositif, car il a la liberté de se déplacer sur tout le front de l’attaque. Quand Neymar se recentre, Mbappé se positionne souvent sur l’aile gauche et profite de sa vitesse pour aller percuter. Titularisé en tant qu’avant-centre contre Montpellier (5-0), Pablo Sarabia a aussi marqué des points auprès de Tuchel par sa polyvalence, par mobilité, par sa faculté à jouer en remise et pouvoir à se retourner rapidement dans le cœur du jeu. C’est aussi un joueur qui ne rechigne pas à faire les efforts défensifs. De quoi lui donner une place de titulaire dans quelques semaines à Dortmund ?

Dans un autre style et un autre rôle, Leandro Paredes pourrait tirer son épingle du jeu. Largement plus à l’aise dans un double pivot plutôt qu’en sentinelle, l’Argentin traverse sans doute actuellement sa meilleure période depuis qu’il est arrivé à Paris. En cas de mauvaise performance d’Idrissa Gueye, Paredes apparaît comme le candidat idéal pour glaner une place de titulaire. À moins que ce soit Tanguy Kouassi qui décroche cet accessit. Invité surprise, le titi parisien de 17 ans pourrait profiter des blessures en défense pour devenir titulaire surtout qu’il a toujours été bon et sérieux quand il a joué et que sa polyvalence est un atout qui plaît à Tuchel.

Qui sont les perdants du 4-4-2 ?

Depuis l’intronisation du 4-4-2 et l’association des “4 Fantastiques”, Icardi a nettement disparu de la circulation. Le fait que Neymar et Di Maria monopolisent les ballons au cœur du jeu et que Mbappé se déplace librement devant le prive de munitions. Avant son but chanceux contre Nantes, l’attaquant argentin avait disputé 6 matches sans marquer. Pire, il n’a frappé qu’à 5 reprises au but durant cette période et touché seulement 15 ballons par match en moyenne. Son rôle est clairement plus ingrat dans ce dispositif mais il ne faut pas oublier que sa seule présence dans la surface adverse permet aux autres attaquants d’être plus libres, car il reste craint et respecté des défenseurs. S’il retrouve son efficacité offensive du début de saison, l’Argentin devrait conserver sa place cependant son manque de mobilité peut lui porter préjudice et profiter à Sarabia voire à Cavani. L’Uruguayen, qui aurait aimé rejoindre l’Atlético de Madrid dès cet hiver, se retrouve dans une situation encore plus compliquée. Même si sa faculté à faire des appels en profondeur reste intéressante pour Tuchel, sa forme physique pose question comme sa complicité technique avec Mbappé et Neymar. Même si le PSG joue à deux devant, Cavani semble être le 4e avant-centre dans la hiérarchie derrière Mbappé, Icardi et… Sarabia.

Ils sont sur la corde raide

Actuellement blessé aux ischio-jambiers après une lésion du biceps fémoral, Marquinhos devrait faire son retour dans quelques semaines. Mais à quelle position ? Sentinelle du milieu à 3 parisien en début de saison, Marqui’ devrait retrouver une place en défense centrale même s’il n’a joué qu’à 9 reprises (en 26 matches disputés) à ce poste cette saison. Lors de ses dernières sorties avant sa blessure, il n’avait pas été complètement à son avantage en défense donc reste à voir s’il retrouve pleinement ses repères avant les échéances européennes ou si Tuchel décide de le faire remonter d’un cran au profit d’Idrissa Gueye. Après une période creuse, le Sénégalais a retrouvé de bonnes sensations ces derniers temps, mais sa place de titulaire reste en sursis sachant que plusieurs candidats se bousculent derrière. Du côté des latéraux, Meunier profite de la blessure de Dagba pour être titulaire à droite mais ses lacunes défensives pourraient lui porter préjudice dans quelques semaines. Même situation pour Layvin Kurzawa, qui devrait perdre sa place de titulaire, malgré des prestations sérieuses récemment, quand Bernat, plus fiable défensivement, fera son retour.