A bientôt 40 ans (il les fêtera le 15 juillet prochain), Alexander Frei continue son apprentissage du métier de coach. L’ancien meilleur buteur de Ligue 1 avec le stade Rennais, qui inscrivit notamment un quadruplé retentissant face à l’OM à Rennes un soir de mars 2004, a également marqué la Bundesliga avec le Borussia Dortmund, terminant deuxième meilleur buteur du championnat allemand et étant même sacré meilleur joueur du championnat en 2006 par les lecteurs de Bild. Après avoir raccroché les crampons en 2013 avec le FC Bâle, l’ancien international suisse (84 sélections – 42 buts), s’est posé beaucoup de questions sur la suite à donner à sa carrière. Éphémère directeur sportif du FC Lucerne, coach d’une équipe amateur en Suisse, il entraîne avec un certain succès les équipes de jeunes du FC Bâle. S’il est épanoui dans ce rôle d’éducateur loin des médias, son envie de prendre en main une équipe professionnelle le travaille de plus en plus. Rare dans les médias, Alexander Frei a choisi FM pour envoyer un message à peine dissimulé aux clubs français. Il est à l’écoute de tout projet intéressant et pourquoi pas en France, dans un pays et dans un championnat qu’il apprécie tout particulièrement.

Foot Mercato : Alexandre Frei, on vous a un peu perdu de vue en France, que devenez-vous ?

Alexander Frei : quand j’ai raccroché les crampons en 2013 à 33 ans au FC Bâle, je suis devenu directeur sportif du FC Lucerne. Après cette expérience, je suis resté un an à la maison. Pendant cette période, un ami à moi m’a demandé si j’avais envie d’entraîner une équipe amateur (NDLR : l’AS Timau Basel en ligue 2 regional), qui jouait le maintien et qui était déjà à moitié descendue. Une équipe qui avait des problèmes internes avec les joueurs. Il m’a demandé si j’avais envie de faire ça trois fois par semaine avec un match le samedi. Je me suis dit OK, je viens t’aider et comme ça, cela me donne quelque chose à faire au lieu de rester à la maison. Et ça me permet de rester dans le foot, une sorte de changement de vie. Après six mois, on a pu fêter le maintien. Je me suis pris au jeu, j’ai demandé 2-3 joueurs pour attaquer un peu plus et les dirigeants voulaient la montée. Avec ces renforts, on était premiers en hiver avec 12 victoires et une défaite. C’est à ce moment-là que le FC Bâle est venu me voir et qu’ils m’ont demandé si cela m’intéresserait de prendre en main l’équipe des U15. Et vu que j’ai pris énormément de plaisir en tant qu’entraîneur, j’ai dit oui. C’est comme cela que je suis devenu entraîneur au FC Bâle en janvier 2015, un poste que j’occupe encore aujourd’hui. J’ai fait un an et demi les U15, là je m’occupe des U18.

FM : et cela a plutôt bien marché pour vous…

AF : l’année dernière, on a gagné le championnat avec les U15 et aussi la Coupe. Je suis passé en U18 et on a gagné le championnat. Et cette saison avec mon équipe, on a gagné la Coupe. Après, j’insiste sur le fait que la réussite d’un coach c’est aussi et surtout les joueurs. Chez les jeunes, c’est tout le temps comme ça. Une année tu as une génération talentueuse, une autre année un peu moins, ça fait partie du jeu.

FM : et aujourd’hui vous êtes toujours au FC Bâle ?

AF : moi je fonctionne aujourd’hui comme je fonctionnais du temps où j’étais un joueur. Moi j’ai été 3 ans et demi à Rennes par exemple. Et puis j’avais plusieurs possibilités de partir de Rennes, mais ça ne m’a jamais intéressé de partir. Ce sont les projets qui m’intéressent. Moi j’ai dit un jour à Mr Pinault : « je vous donne ma parole que je ne vais jamais jouer pour un autre club en France. Par contre, si un club étranger me veut et que le projet m’intéresse, j’aimerais bien partir. » Il a dit :« oui, je trouve ça super comme réflexion c’est honnête de votre part ». Et le Borussia Dortmund est arrivé avec une belle offre. Alors j’ai dit au président que je voulais partir à Dortmund. Tout était clair et cela s’est fait naturellement. Pour en revenir au coaching, moi je suis quelqu’un qui aime les projets. Je suis content de ce que je fais aujourd’hui avec le FC Bâle et les U18 sans pression et loin des médias. Mais s’il y a un projet qui vient, ça peut m’intéresser oui.

« J’ai des affinités avec la Bundesliga, mais surtout avec la France »

FM : avez-vous des destinations favorites ?

AF : pour moi c’est le projet qui comptera. Après, forcément à la vue de ma carrière passée en Allemagne à Dortmund (3 ans) et en France à Rennes (3,5 ans), j’ai des affinités avec la Bundesliga, mais surtout avec la France. J’ai passé un super moment à Rennes. La Ligue 1 est un championnat que je suis toujours.

FM : est-ce que vous avez des modèles ou des références en tant qu’entraîneur ?

AF : non, personnellement je trouve très très important que tu gardes ton caractère en tant qu’entraîneur. Copier le style des autres ne va pas t’amener loin. Par contre c’est clair que je regarde ce que font les grands entraîneurs, ce qu’ils racontent dans les interviews. J’ai eu la chance de suivre Lucien Favre pendant 10 jours à Dortmund en stage, ça te donne une autre idée du football. J’ai eu des sacrés entraîneurs, d’eux, j’ai pris tout le positif, par contre ce qui était négatif je ne l’ai pas pris (rires). Aujourd’hui, j’ai quelqu’un qui m’aide tout le temps, qui est à mes côtés pour me former en tant que coach. Je suis régulièrement en contact avec lui, je lui demande comment il a géré son groupe, comment il a entraîné, ça me fait du bien. C’est comme un mentor. Il s’agit de l’ancien coach du Bayern Munich Otmar Hitzfied qui vit à côté de Bale. Je discute beaucoup avec lui, il m’aide, il me donne des conseils et pour moi c’est très important.

FM : justement qu’avez-vous retenu de votre court passage à Dortmund aux côtés de Lucien Favre ?

AF : J’ai retenu de beaucoup de choses positives. Comment gérer un groupe, comment être focalisé sur les détails, comment travailler encore plus avec les joueurs en dehors de l’entraînement. Ça m’a donné une sacrée réflexion sur le métier de coach. Il y a quand même des joueurs comme Sancho, qui ont une valeur de marché de plus de 100 M€ qui travaillent tout le temps après les entraînements. J’ai vu comment Favre travaille dans le détail avec Sancho, avec Larsen, avec Reus, c’était fort.

FM : est-ce que vous trouvez que le football a beaucoup évolué depuis la fin de ta carrière sur et en dehors du terrain ?

AF : oui et non. Le joueur doit faire beaucoup plus attention qu’avant en dehors du terrain. Moi je ne suis pas quelqu’un qui aime les réseaux sociaux. C’est difficile pour les jeunes, parfois ils ne savent pas ce qu’ils font et ils ne se rendent pas compte que rien ne disparaît et que tout reste archivé et accessible sur internet. En ce qui concerne le terrain, tous les ans le rythme du jeu augmente. À l’heure actuelle, tout est plus basé sur des valeurs athlétiques que sur des valeurs techniques. Mais par contre, si tu n’as pas les bases techniques, une grande force athlétique ne t’aidera pas. Mais moi je suis persuadé que quelqu’un qui n’est pas rapide ou pas vraiment endurant s’il est intelligent dans le jeu, il peut faire une bonne carrière.

FM : est-ce que vous avez fait le deuil de votre carrière de joueur pour celle de coach ?

AF : oui bien sûr, mais c’est complètement un autre métier, il faut faire attention. Aujourd’hui, je m’en rends bien compte. Le joueur c’est son intérêt personnel qui prime puis ensuite celui du groupe, alors qu’un coach pense d’abord à l’intérêt du groupe avant de penser à lui. C’est très difficile de manager un groupe de 25 joueurs parce tout le monde à ses propres intérêts. Et là il faut être fort. Il faut être authentique, tout en étant dur, mais avec la possibilité de garder un peu de flexibilité. Car je connais comment sont les joueurs.

FM : quelles sont vos inspirations de jeu au niveau tactique ?

AF : moi j’adore le jeu offensif. Les entraîneurs disent tout le temps ça, mais si tu gagnes tous les matches 5-3 au bout d’un moment tu te dis que tu prends trop de buts. Moi je fonctionne un peu comme ça : la moitié de la semaine axée sur le défensif et l’autre moitié sur l’offensif. Mais moi je suis plutôt heavy métal football qu’un orchestre (sic). Il faut faire la différence entre entraîner des jeunes et entraîner des professionnels. Chez les professionnels c’est beaucoup plus fixé sur la tactique alors que chez les jeunes c’est le joueur qui compte. Il ne faut pas les enfermer dans une cage. Par contre, il faut quand même fixer certaines règles.

« Le plus important pour un coach, c’est d’être honnête avec les joueurs »

FM : est-ce que le rôle d’un coach ce n’est pas aussi être un meneur d’hommes ?

AF : le plus important pour un coach, c’est d’être honnête avec les joueurs. Il faut être franc et il ne faut pas copier quelqu’un d’autre, il faut être soit même. Il faut que les joueurs puissent avoir confiance en toi et que toi tu puisses avoir confiance en tes joueurs, c’est la base de tout.

FM : aujourd’hui, vous n’êtes pas sur le marché, mais en cas de projet êtes vous prêts à coacher des professionnels ?

AF : moi j’ai tout le temps aimé la France. Pour moi c’est clair que si j’ai une opportunité un jour ou l’autre et si le projet est intéressant, je peux largement m’imaginer quitter le FC Bâle, et venir entraîner en France.

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