Foot Mercato : l’Olympique Lyonnais et la Juventus, deux clubs où vous avez joué, s’affrontent mercredi en Champions League (entretien réalisé le 19 février). Entre 2008 et 2010, vous étiez du côté de Lyon. Que retenez-vous de votre passage là-bas ?

Jean-Alain Boumsong  : je suis arrivé au mois de janvier à Lyon et j’ai intégré une équipe dans laquelle j’avais toujours voulu être. Cette saison-là ; on a réalisé le doublé Coupe de France-Championnat de France (en 2008). C’est d’ailleurs mon seul titre de champion de France. Après cela, on n’a plus réussi à remporter le championnat, mais on a continué à jouer le titre et à participer à la Ligue des Champions. Pour moi, j’étais dans la meilleure équipe française de l’époque. C’est une grande fierté d’avoir pu jouer pour ce club-là avec son président Jean-Michel Aulas, qui a de l’ambition et qui dirige bien son club. Il est un exemple sur bien des points dans les gestion d’un club. J’ai vraiment vécu de belles années à Lyon. J’ai joué dans une belle équipe, même si ensuite elle a été sur le déclin.

FM : vous avez aussi évolué entre 2006 et 2008 dans l’un des meilleurs clubs italiens : la Juventus. Quel regard portez-vous sur votre expérience turinoise ?

J-A.B : la Juventus est une véritable institution. Elle est plus grande que l’Olympique Lyonnais. C’est un club avec une véritable structure mais qui a aussi une histoire et des titres. C’est aussi un club populaire qui a vu de grands joueurs passer et qui continue à progresser avec un bel état d’esprit (...) En 2008, j’ai quitté la Juventus pour rejoindre l’Olympique Lyonnais. Mais à ce moment-là, il n’y avait que l’OL qui pouvait me faire quitter Turin. Pourquoi ? Parce que l’OL était le meilleur club français à l’époque et que j’avais envie de revenir en France car ça faisait trois ans et demi que j’étais à l’étranger où j’avais vécu une expérience mitigée. Il n’y avait que l’OL qui pouvait me faire quitter la Juventus, qui est l’un des plus grands clubs au monde.

FM : ces deux équipes seront l’une face à l’autre au Groupama Stadium. Comment imaginez-vous la rencontre ?

J-A.B : j’imagine une rencontre disputée. Lors du premier match, l’OL doit essayer de bousculer cette équipe de la Juventus, qui ne joue pas son meilleur football en ce moment. L’OL n’est pas non plus dans une forme resplendissante. Mais parce qu’ils jouent à domicile dans un stade plein avec un public derrière eux et parce que c’est une affiche de prestige en huitième de finale de Ligue des Champions, les Lyonnais doivent essayer de bousculer la Juve. Ils doivent être solides défensivement et ne pas se laisser asphyxier par les assauts offensifs des Bianconeri. Il faut prendre l’avantage lors de ce match aller. C’est vraiment très important. La Juventus est une équipe qui a une histoire et qui a une ambition, à savoir gagner la Ligue des Champions. Elle reste sur six titres consécutifs en Serie A. Cette année, elle est vraiment contestée par l’Inter Milan et la Lazio Rome. Mais la Juve veut sa Ligue des Champions. Elle a recruté Cristiano Ronaldo pour ça. Il était le chaînon manquant pour pouvoir gagner ce titre qui lui échappe depuis de nombreuses années. Donc la mission est relevée pour l’OL.

FM :c’est une mission difficile mais qui n’est pas impossible. Selon vous, les Gones peuvent-ils croire en l’exploit ?

J-A.B : oui, l’exploit est possible pour l’OL face à la Juventus. Alors bien sûr, l’Olympique Lyonnais doit se passer notamment de Memphis Depay, qui est blessé. C’est un manque énorme pour cette équipe de l’OL. Mais elle a vraiment de bons joueurs. Elle a aussi recruté un bon élément en la personne de Karl Toko Ekambi, que je connais puisque j’ai été entraîneur adjoint de l’équipe nationale du Cameroun. L’OL a de bons joueurs offensivement et peut poser des problèmes à la Juventus. Derrière, elle laisse souvent des failles en ce moment. Leonardo Bonucci n’est pas très rapide également. Donc Lyon peut en profiter. L’exploit est possible si l’OL arrive à concrétiser rapidement ses occasions et à faire la différence à domicile avant d’aller.essayer de faire le meilleur résultat possible à Turin. Mais la Juventus ne se le laissera pas faire...

Boumsong : "l’OL doit garder son système habituel"

FM : comment faut-il jouer face à une telle équipe ? Rudi Garcia doit-il changer de système et évoluer avec une défense à 5 pour être solide face à l’armada offensive bianconera ?

J-A.B : il faut jouer en 4-3-3. C’est un système auquel les joueurs sont habitués et ont leurs habitudes. C’est plus confortable pour eux. Il faut jouer dans un système qu’ils maîtrisent. Après il faut aussi savoir comment la Juventus va jouer car ça peut poser des problèmes si elle joue en 3-4-3 ou 3-5-2, tout dépend de comment on voit ça. Mais en jouant à domicile, l’OL doit garder son système habituel et doit donner le rythme de la rencontre. Il ne faut pas laisser la Juventus jouer en contre car elle peut faire très mal.

FM : la Juventus possède de nombreux joueurs talentueux, le plus connu étant Cristiano Ronaldo. Il est le danger numéro un et il est dans une forme exceptionnelle puisqu’il enchaîne les buts. Faut-il mettre en place un plan anti-CR7 ?

J-A.B : non, c’est difficile de mettre en place un plan anti-Cristiano Ronaldo. Aujourd’hui sur le terrain, il est assez libre de ses mouvements. Bien des fois cette saison, il a même pu constituer un problème pour la Juventus. En ce moment, il marque et tout se passe bien. Mais quand il est moins bien, ses deux coéquipiers qui jouent autour de lui doivent s’adapter à ses déplacements et quelques fois, ça peut empêcher la Juve d’avoir un jeu fluide et surtout elle peut avoir du retard ce qui peut permettre à la défense adverse de se mettre en place. Après, bien évidemment, il faut toujours avoir un joueur proche de Cristiano Ronaldo. Il est adroit, il a de l’expérience et il a déjà gagné plusieurs Champions League. C’est une compétition qu’il connaît bien. Il sait qu’on est entré dans le money time et il a cette sérénité qui habite les grands joueurs notamment ceux qui ont gagné des titres comme lui. Même s’il n’est pas bon durant le match, il lui suffira d’un seul ballon pour faire mal à l’adversaire. Il faut malgré tout garder un joueur près de lui. On ne peut pas jouer contre Cristiano Ronaldo et faire comme si c’était un joueur lambda. On doit être attentif à lui sans pour autant définir un plan anti-CR7.

FM : la Juventus part tout de même favorite face à une équipe lyonnaise qui vit une saison éprouvante et qui ne produit pas vraiment du beau jeu. Comment expliquez-vous ces difficultés ?

J-A.B : ça fait des années que Lyon a des performances en dents de scie. L’équipe alterne le bon et le moins bon, voire quelques fois le mauvais (...) Cette saison, un nouvel entraîneur est arrivé. Les années précédentes, Bruno Genesio, qui est honnêtement un bon entraîneur, était en place. Mais il a été critiqué ce qui faisait qu’il n’y avait plus cette communion entre l’équipe et les supporters que j’avais connu lorsque j’étais à l’OL. Donc ça mettait un frein. Il y avait ça mais aussi les joueurs du centre de formation qui étaient un peu protégés par les supporters. Donc la faute était un peu rejetée sur les joueurs qui venaient de l’extérieur. Bruno Genesio parti, Sylvinho est arrivé. Il y avait une nouvelle méthode et ça n’a pas pris. L’OL a mal commencé la saison. Rudi Garcia est ensuite arrivé avec un effectif qu’il n’a pas choisi et avec lequel il doit composer dans un environnement particulier en cours de saison. Rudi Garcia est un très bon entraîneur, il faut lui laisser le temps de finir cette saison. Est-ce qu’il va la finir parmi les trois premiers ? Ça c’est une autre question (...) Lyon, avec l’arrivée de Karl Toko Ekambi, doit jouer sur la concurrence et l’émulation pour essayer d’aller chercher cette place en Ligue des Champions. Ensuite, il faut garder Rudi Garcia la saison prochaine selon moi et construire un effectif en osmose avec Juninho et Florian Maurice, qui sont là pour bâtir l’architecture de l’équipe.

FM : vous venez d’évoquer Juninho, avec qui vous avez joué à l’OL et qui est arrivé en tant que directeur sportif l’été dernier. Que pensez-vous de ce nouveau rôle qu’il occupe ?

J-A.B : Juni est en train d’apprendre le métier. Il y a eu de bonnes choses et d’autres mauvaises. Mais il est en train d’apprendre ce rôle dans ce club où il a été tant aimé et où il est d’ailleurs toujours aimé. C’est un poste qui demande un peu d’expérience, mais également de l’intelligence et de l’humilité. Et ça, Juninho l’a. Il est en train de comprendre qu’il faut qu’il s’appuie sur toutes les forces vives du club et notamment sur Florian Maurice, qui est présent depuis des années et qui a une expérience dans le recrutement des joueurs. Il doit s’appuyer sur toutes les forces du club, ce qu’il est en train de faire. Je pense que c’est mieux que d’arriver avec quelques idées bien arrêtées, comme il a pu le faire, et qui se sont pour certaines soldées par un échec. C’était le cas par exemple pour Sylvinho avec lequel la greffe n’a pas prise avec l’équipe. Mais tout ça fait partie de l’apprentissage de ce poste-là. Avec les qualités humaines qu’il a, car c’est un gentil Juni, mais aussi le fait qu’il soit bosseur et travailleur, ça ne pourra qu’aller. Je peux vous dire quand je jouais avec lui, les gens pensaient qu’il marquait sur coup-franc et qu’il devait s’entraîner de temps en temps. Mais non, il s’entraînait normalement comme tout le monde. Et quand tout le monde était parti, il pouvait rester 30 minutes voire une heure à tirer des coup-francs tout seul. Donc c’est un bosseur et une personne qui sait ce qu’elle veut. Il sait mettre en place les moyens pour atteindre ses objectifs. Il est dans le bon environnement pour réussir cette mission. Il a choisi le bon club car c’est le club où il a passé le plus d’années et où il a eu la reconnaissance nationale et internationale. Il y a beaucoup d’amour autour de lui. Il faut qu’il capitalise sur cela. Juninho est quelqu’un qui a besoin d’amour. À Lyon, il l’a. Maintenant, il faut confirmer par des résultats afin d’optimiser son potentiel.

FM : lors du match retour, l’OL se déplacera au Juventus Stadium (17 mars). À quel accueil devront s’attendre les Lyonnais ? L’ambiance sera-t-elle bouillante ?

J-A.B : l’ambiance sera bouillante, oui. Mais ce n’est pas un stade aussi bouillant que peuvent l’être Anfield Road (Liverpool) ou le Cetic Park. Il y a une bonne ambiance à Turin. L’OL a déjà joué quelques fois là-bas ces dernières années. Mais je ne pense pas que ça soit cette ambiance-là qui puisse faire peur aux joueurs de l’Olympique Lyonnais. Il faudra surtout voir le résultat du match aller. Mais ce n’est pas non plus un stade qui peut faire peur comme le Celtic Park ou lIbrox Stadium des Glasgow Rangers, où j’ai joué. Là-bas, il y a un bruit assourdissant. Vous pouvez avoir un coéquipier à cinq mètres et vous devez crier pour qu’il vous entende.