Dans un stade Santiago Bernabeu chauffé à blanc, les Merengues n’avaient pas trop de questions à se poser. Humiliés à Dortmund une semaine auparavant, les hommes de José Mourinho devaient marquer au moins à trois reprises (sans encaisser de but) pour espérer réaliser la désormais célèbre « remontada » que tout le peuple madridiste attendait. Comme prévu, le Real a donc imprimé un rythme élevé avec une grosse intensité, notamment dans les duels. Et très rapidement, les coéquipiers de Ronaldo se sont mis en situation de marquer.

À commencer par Higuain qui a manqué un premier face-à-face (4e) alors qu’il se présentait seul face à Weidenfeller. Pas le temps de se relâcher, Di Maria y est allé de sa frappe, mais au-dessus (5e). Jeune équipe, le Borussia n’a alors cessé d’encaisser des vagues d’assauts madrilènes, surtout sur coups de pied arrêtés. La tête sous l’eau, les Jaune-et-Noir ont alors donné l’impression de se diriger vers un scénario cauchemar lorsque Götze a dû céder prématurément sa place sur blessure (13e). Mais c’était mal connaître les lutins de Klöpp. Pas vraiment dangereux face au but de Lopez jusqu’ici, les Allemands ont failli sceller le sort de ce duel sur une tentative manquée de Lewandowski (13e). Tout Bernabeu s’est tu.

Conscients que leurs chances de qualification ne tenaient qu’à un fil, les Merengues ont alors accéléré et se sont créés deux énormes occasions par Ronaldo (14e), Özil (15e) et Di Maria (25e). Mais à chaque fois, l’inefficacité était au rendez-vous. De son côté, le Borussia a plié, mais n’a pas rompu. Après la demi-heure de jeu, Madrid a alors commencé à marquer le pas physiquement, est devenu de plus en plus frustré et a commis davantage de fautes. Devant, ils ont d’ailleurs terminé la première période en se remettant à des exploits personnels. Mais face à un Hummels en grande forme, c’est mission presque impossible.

Au retour des vestiaires, Madrid a logiquement redémarré pied au plancher en se procurant des corners. Une illusion. Solides défensivement, les dauphins du Bayern Munich ont écœuré des Merengues à court d’inspiration et moins en jambe pour faire les efforts. Mieux, ils ont même failli tuer le match à trois reprises. En une minute (49e et 50e), Lewandowski rate la cible seul au point de penalty avant de trouver la barre sur une frappe croisée. Puis ce fut au tour de Gundogan de trouver Lopez sur sa route alors qu’il avait le but grand ouvert (62e). La suite de la rencontre a été une véritable attaque-défense où le Real a paru asphyxié, au bord du gouffre et surtout malmené par des Allemands s’engouffrant dans les nombreux espaces laissés derrière.

C’est alors que tout s’est emballé grâce à un Benzema tout feu tout flamme. Entré en jeu à la place d’Higuain, le Français fait enfin se lever tout Bernabeu en concluant un échange Kaka-Özil (1-0, 83e). Trop tard ? Pas pour l’ancien Lyonnais. Dans la foulée, il a obligé Weidenfeller à sortir le grand jeu (87e) avant de se muer en passeur décisif pour Ramos (2-0, 88e). Le stade est alors en transe et se met à croire à l’impensable. En vain. Au final, la « remontada » n’aura donc pas eu lieu. Pas une injustice pour les Allemands au vu de l’ensemble du match, même si Madrid regrettera longtemps une première période où il a vendangé de manière incroyable.

L’Homme du match : Benzema (57e). Le Français a littéralement mis le feu à la défense adverse. Auteur du but de l’espoir (83e), il a ensuite obligé Weidenfeller à sortir le grand jeu (87e) avant de se muer en passeur décisif pour Ramos (2-0, 88e). Une entrée en jeu fracassante qui contraste avec l’inefficacité d’Higuain.

Real Madrid :

- Lopez (7) : auteur d’une bonne parade face à Lewandowski (13e), il n’a pas spécialement été inquiété ce soir par des Allemands plutôt maladroits dans sa zone lors des 45 premières minutes. De bonnes anticipations sur les balles en profondeur et surtout un arrêt incroyable face à Gundogan qui avait le but grand ouvert (62e).

- Essien (5,5) : de retour au poste de latéral droit, le Ghanéen a été plutôt propre en début de match. Présent, il a su se montrer disponible pour que son équipe puisse aérer le jeu. Mais à l’instar de Coentrao, la nécessité d’apporter le surnombre devant a laissé des trous dans lesquels les Allemands se sont engouffrés.

- Ramos (8) : revenu dans l’axe de la défense, le patron madrilène a réalisé de très bonnes interventions en position de dernier défenseur (20e, 24e). Solide dans ses duels, il s’est fait un plaisir de marquer son territoire par des contacts très rugueux surtout sur Lewandowski. Un excès d’engagement qui peut se comprendre au vu de l’enjeu de la partie. Buteur en toute fin de match, il a électrisé tout Bernabeu.

- Varane (6) : les incursions allemandes ont souvent mis le feu à la défense merengue en fin de match, mais le Français a su être présent de manière générale. Impérial sur son jeu de tête, il a certes été un cran en dessous de Ramos, mais ce genre de match lui donnera encore plus d’expérience à son jeune âge.

- Coentrao (5,5) : positionné assez haut, il a multiplié les rushes pour alimenter ses attaquants. Résultat : il a laissé de gros espaces à ses vis-à-vis. Une tendance qui s’est confirmée au fil des minutes lorsque Madrid avait plus que jamais besoin de marquer. Remplacé par Kaka (57e) à l’origine du but de l’espoir signé Benzema (83e).

- Alonso (5,5) : le maître à jouer du Real a été assez discret ce soir. Physiquement, il a peiné face au bloc adverse. Une prestation qui confirme qu’il a été plutôt impuissant lors de cette double confrontation. Remplacé par Khedira (67e).

- Modric (6) : titularisé en lieu et place de Khedira, le Croate marquait l’option très offensive de Mourinho. Mais au final, s’il a tenté d’avoir de l’impact dès les premières minutes, il a très vite été étouffé, surtout quand il a tenté de passer dans l’axe. Auteur d’une fin de match plus intéressante après l’ouverture du score des siens, il a n’a pas chômé pour aller gratter les ballons.

- Di Maria (6) : de retour dans le onze type du Real, l’Argentin a mis le feu dès l’entame du match. Auteur d’une première tentative hors cadre (5e), il a souvent tenté de faire la différence en un contre un. Grosse débauche d’énergie aussi bien offensivement que défensivement, il a toutefois quelque peu baissé le pied physiquement avant de reprendre lui aussi du poil de la bête en fin de match en multipliant les centres.

- Özil (6,5) : le nº 10 allemand regrettera longtemps sa première période. À l’origine de la première grosse occasion du Real (4e), il manque encore d’être passeur décisif pour Ronaldo (8e) avant de rater l’immanquable à ce stade de la compétition sur son face à face avec Weidenfeller (15e). Passeur décisif pour Benzema (83e).

- Ronaldo (5,5) : à l’instar de Messi, tout le monde se demandait si le Portugais serait remis de sa blessure pour disputer ce match. La réponse a été oui, mais CR7 n’a pas été décisif pour autant. Quasiment toutes ses tentatives ont été hors cadre. À noter qu’il rate lui aussi une belle action franche, seul face à Weidenfeller (14e).

- Higuain (5) : préféré à Benzema, l’Argentin n’a pas brillé ce soir. Une habitude en Ligue des Champions. Dès la 4e minute, Özil lui offre une balle de face-à-face, mais en vain. Pris à de nombreuses reprises au piège du hors-jeu. Peu d’impact face à la défense centrale adverse. Sorti sous les sifflets et remplacé par Benzema (57e). Le Français a littéralement mis le feu à la défense adverse. Auteur du but de l’espoir (83e), il a ensuite obligé Weidenfeller à sortir le grand jeu (87e) avant de se muer en passeur décisif pour Ramos (2-0, 88e).

Borussia Dortmund :

- Weidenfeller (7) : s’il ne peut rien sur les deux buts encaissés par le Borussia, le portier allemand a été excellent, retardant parfaitement l’échéance. Auteur de parades décisives devant Higuain (3e) et de Ronaldo (13e, 70e), il a profité de sa bonne lecture du jeu pour anticiper les assauts du Real. Parfait dans ses sorties, au sol comme dans les airs, il a soulagé son équipe et a joué un grand rôle dans la qualification de son équipe pour la finale.

- Piszczek (5) : toujours aussi présent offensivement, le latéral polonais s’est toutefois distingué par plusieurs mauvais choix sur des contres intéressants qui auraient pu rapidement mettre son équipe à l’abri (21e, 24e). Chargé de contenir Cristiano Ronaldo et Fabio Contrao sur son côté, il a parfois souffert face à la vitesse des Portugais, mais a dans l’ensemble bien contenu leurs velléités offensives sur son couloir.

- Subotic (6) : moins brillant que son partenaire de la charnière centrale, le stoppeur serbe a fait le boulot. Solide dans les duels, il a encore fait parler son physique sur des interventions décisives. Mais la rentrée de Benzema lui a fait mal. En retard dans les airs sur le but du Français (83e), il est également trop court pour contrer la puissante frappe de Sergio Ramos (87e). Plus de peur que de mal à l’arrivée.

- Hummels (8) : un peu fébrile à l’aller, le défenseur central a complètement fermé la boutique ce soir. Dégageant force et sérénité, il a remporté tous ses duels face aux attaquants adverses. Excellent dans la sortie de balle, maître des airs dans sa surface, il a tout simplement été impérial, s’offrant des interventions défensives de qualité (22e, 40e, 46e 71e, 90+5e). Décisif jusqu’au bout, il a livré un très gros match.

- Schmelzer (4,5) : moins offensif que Piszczek, il a connu d’énormes difficultés devant la vitesse de Di Maria et l’engouement du Real en première période. Auteur de plusieurs pertes de balle dangereuses, dont la première (3e) provoque la première occasion du Real, il a causé des frayeurs à ses partenaires. Fautif sur le but de Karim Benzema (82e), il oublie de marquer Ozil qui peut centrer pour la tête du Français.

- Bender (6) : quelle activité dans l’entrejeu du jeune milieu allemand. Appliquant un pressing incessant, il a ratissé un grand nombre de ballons dans les pieds adverses grâce à un sens du placement affuté. Averti (45e) pour un excès d’engagement, sa bonne entente avec Gundogan sur le terrain a permis à son équipe de bien orchestrer les phases offensives. Touché à la cheville, il est remplacé par Felipe Santana (90e).

- Gundogan (6,5) : toujours aussi précieux à la récupération du ballon, le milieu de terrain allemand a toutefois pêché dans ses transmissions, moins précises qu’à l’aller. Subissant le pressing intense des milieux adverses, il n’a pu accélérer le jeu comme il le fait d’habitude et offrir des balles de buts à ses attaquants malgré une conduite de balle remarquable. Peu en réussite, il manque son face à face avec Diego Lopez (61e) après un super service de Reus. Averti (42e).

- Blaszczykowski (5) : comme à domicile la semaine dernière, Kuba ne s’est pas montré à son avantage ce soir. Trop peu disponible, il n’a touché que très peu de ballon en première période, se contentant d’évoluer dans un registre plus défensif. Plus dans son rôle en deuxième période, il a manqué de précisions dans le dernier geste. Dommage.

- Götze (non noté) : blessé avant le quart d’heure de jeu, il a eu à peine le temps de faire apprécier son touché de balle et sa qualité de passe dans les petits espaces. Remplacé par Grosskreutz (5). Le nouvel entrant a tardé à rentrer dans la partie, gâchant deux énormes opportunités (36e, 39e) et provoquant ainsi l’ire de son coach. Mieux après la pause, il s’est mis au service du collectif, combinant parfaitement avec Reus sur son côté.

- Reus (6,5) : incroyable d’explosivité au match aller, l’attaquant allemand n’a pas connu la même réussite ce soir, bien pris par ses adversaires. Très discret pendant la première demi-heure, il a semblé manquer de jus. Mieux ensuite quand le Real a baissé le pied, ses percussions, toujours aussi intenses, ont créé des décalages intéressants et il a offert des ballons de buts à ses partenaires (48e, 62e, 72e), maladroits. Capable de faire la différence à chaque instant, il a fait souffrir l’arrière-garde du Real avec une aisance technique affolante.

- Lewandowski (7) : le traitement de faveur qu’il a reçu de la part de Sergio Ramos toute la partie montre bien qu’il était l’ennemi numéro 1 des Madrilènes ce soir. Le Polonais a d’ailleurs livré un beau duel avec le défenseur espagnol tout au long de la rencontre. Toujours aussi percutant, il a rapidement l’occasion de tuer le match après un bel enchaînement (12e). Poison dans la défense grâce à ses appels incessants, il gâche une balle de but (48e) avant d’envoyer un missile qui vient fracasser la barre de Diego Lopez (49e). Même s’il n’a pas marqué, il a encore démontré à quel point il était un attaquant hors pair. Remplacé par Kehl (87e).