L’été semble très loin. Londres, le 24 août 2018. Auréolé d’un titre de champion du monde avec les Bleus, Hugo Lloris est arrêté en état d’ébriété et fait la une des tabloïds outre-Manche. Il est condamné à 20 mois de suspension de permis de conduire et 50 000 livres (56 200 euros) d’amende pour conduite en état d’ivresse, au début du mois de septembre. Le gardien de but de 32 ans connaît alors un dur retour à la réalité, quelques mois après une erreur en finale du mondial, que sa prestation globale sur le tournoi et la liesse populaire auront fait oublier dès le coup de sifflet final. Lloris blessé et éloigné des terrains pour six rencontres en début de saison dernière, Tottenham enregistre trois défaites avec Michel Vorm dans son but, avant de décider d’aligner le remplaçant du remplaçant, Paulo Gazzaniga, pour tenter de faire oublier l’absence de l’international français. Irremplaçable.

À son retour en octobre, après deux clean sheet en championnat, « Captain Lloris » se prend les pieds dans le gazon du Philips Stadion d’Eindhoven. « Loco Lloris perd la tête », titre le Daily Mail, « Bête et stupide » annonce le Daily Mirror le 25 octobre au matin, affichant une photo d’Hugo Lloris en plein tacle sur Hirving Lozano, pointant du doigt l’exclusion du champion du monde en fin de match, alors que les Spurs menaient 2-1. Michel Vorm le remplace, le PSV égalise et les Spurs sont au bord de l’élimination au soir de la 3e journée de la phase de poules de la Ligue des champions. C’est grâce à un finish exemplaire des hommes de Pochettino et à un délitement inattendu de l’Inter que la bande à Lloris entrevoie les 8es de finale. Avec les Bleus, malgré un relâchement post-Coupe du Monde palpable, Hugo Lloris tient le cap et réalise une masterclass face aux Pays-Bas, malgré la défaite (2-0). Auteur de 9 arrêts, il établit un nouveau record sur un match en équipe de France, sur les 10 dernières années.

Il dépasse Fabien Barthez et écœure Dortmund

Hier soir, sur la pelouse du Signal Iduna Park de Dortmund, alors que la qualification avait été aux trois quarts validée au match aller (3-0 à Wembley), le gardien français n’en conserve pas moins le calme qu’on lui connaît. Celui qui dépasse Fabien Barthez au nombre de rencontres de C1 disputées par un gardien français (55), à six longueurs du recordman, Grégory Coupet, se démultiplie et enchaîne les parades décisives (7 tirs cadrés pour Dortmund), jusqu’au dernier duel remporté au pied face à Paco Alcacer (89e), qu’il dégoûte, tout comme Reus, Weigl, Götze ou Sancho. Élu homme du match, même ses adversaires lui rendent hommage à la fin de la partie. « Nous pouvons être fiers de notre première mi-temps. Nous espérions que le ballon entre dans le but d’une manière ou d’une autre. Mais Hugo Lloris était beaucoup trop fort aujourd’hui, » a déclaré le défenseur central de Dortmund Julian Weigl au sujet du portier des Spurs.

En Allemagne, c’est un 100e clean sheet qu’enregistre l’ancien Niçois, sous les couleurs du club londonien. Des Spurs qu’il avait rejoints en 2012 et avec qui il est sous contrat jusqu’en 2022. Le Daily Mirror salue d’ailleurs sa prestation XXL en lui attribuant la meilleure note (9) : « des nuits comme celle-ci nous rappellent qu’il est de classe mondiale. De beaux arrêts. », précise le journal. Même son de cloche du côté du Daily Mail, qui juge la prestation du Bleu « Énorme », avec un 9 à la clé : « cinq arrêts décisifs en première mi-temps pour empêcher Dortmund de reprendre pied », avant de présenter un schéma des 5 arrêts majeurs du « Héros Lloris ». Important sur la scène européenne, cette saison Lloris se place également dans le gratin des derniers remparts de PL. Titulaire indiscutable pour la septième saison consécutive, avec 9 clean sheet réalisés en Premier League sur l’exercice 2018/19, le gardien se place au pied du podium, derrière les portiers des deux équipes de tête, Alisson (17) et Ederson (14), et du gardien frondeur de Chelsea, Kepa (11).

Sur la scène anglaise, jamais à l’abri d’une mésentente avec sa défense, comme sur ce but gag encaissé à Chelsea, sur une passe en retrait mal ajustée de Kieran Trippier, il y a une semaine, Lloris n’en reste pas moins le capitaine de la troisième meilleure défense de Premier League. Avec 26 buts encaissés en 24 matches de championnat cette saison, Hugo Lloris tient la baraque et s’est même découvert une nouvelle passion ces dernières semaines : les penaltys. Décisif face à Jamie Vardy, lors de la réception de Leicester, à la mi-février, il permet à son équipe de conserver l’avantage (1-0), avant que Christian Eriksen ne double la mise quelques instants après son sauvetage (victoire 3-1). Il récidive dans le derby du nord de Londres face à Arsenal, samedi, évitant la défaite à son équipe grâce à un penalty arrêté à la 91e minute (1-1) ! Présent dans le nord de Londres depuis 7 saisons, Lloris n’y avait jusque-là détourné que deux penaltys. Ces prouesses du gardien français laissent-elles présager une fin de saison canon des Spurs ? « Nous ne voulons pas nous arrêter là », a lancé Lloris, la qualification en poche.