Voici une composante d’un club de football qui peut rapporter gros. Car s’appuyer sur des droits télés colossaux ne rime pas forcément avec succès. Et les clubs évoluant en Premier League l’ont bien assimilé depuis plusieurs années déjà. Visionnaires, ces derniers ont estimé que pour tutoyer les sommets, il s’avérait indispensable de posséder une cellule recrutement. L’objectif demeurait limpide : allier compétences et connaissances des joueurs à travers le globe pour dénicher la perle rare, ou tout simplement ce joueur capable de répondre aux besoins du manager de l’équipe fanion. Pour y parvenir, les clubs britanniques se sont structurés, et n’ont surtout pas hésité à allouer une certaine somme d’argent pour façonner leurs cellules selon leurs critères spécifiques.

Un véritable travail de l’ombre

Ainsi, ce sont de véritables petites armées de recruteurs qui sillonnent le monde entier avec pour volonté de renforcer qualitativement l’équipe première. Il n’est ainsi pas rare d’apercevoir en France une armada de scouts venant de tout le Royaume pour arracher cet élément qui va bonifier une formation grâce à ses caractéristiques techniques ou physiques. Mais comment procèdent ces scouts sur une saison complète ? Comment une telle organisation peut fonctionner en évitant ces écueils qui pourraient remettre en cause son existence ? Nous avons essayé de nous infiltrer dans cet univers si particulier et singulier que représente « le scoutisme made in Premier League ». Oui, le football anglais possède une surface financière jalousée notamment en France, mais celle-ci doit être utilisée à bon escient.

C’est ici que la cellule recrutement intervient et active des leviers qui pour certains, sortent des sentiers battus. Mais cette cellule repose avant tout sur une règle : la confidentialité. Difficile de contacter par exemple ces recruteurs français qui officient pour des clubs évoluant dans « le meilleur championnat du monde ». Les intéressés ont quasiment tous décliné nos sollicitations. Allions-nous rester à quai face aux multiples mystères qui gravitent autour du département "scout" d’un club anglais ? Nous finissons par entrevoir la lumière, avec un recruteur français qui officie pour un club de Premier League ayant déjà goûté aux joies d’un sacre continental. Pour protéger ses arrières, son réseau, ce dernier nous impose une règle : conserver l’anonymat et ne pas mentionner une seule fois le nom du club pour lequel il exerce.

Le directeur sportif et le responsable recrutement, pierres angulaires d’une cellule

Nous acceptons sans sourciller. Très vite, nous découvrons les rouages d’une telle structure. Pour mieux comprendre ce que représente cette dernière, prenons un peu de hauteur en nous situant en haut de la pyramide. Sans surprise, on y trouve le directeur sportif. L’homme par qui tout transite. Personnage central, le responsable du sportif incarne la stratégie recrutement du club. Il définit en amont avec l’entraîneur les différents besoins pour les mercatos avec leurs degrés d’urgence. En fonction du schéma tactique élaboré par le coach, les postes à renforcer sont identifiés. L’homme fort du sportif en profite également pour distiller certaines informations essentielles à sa cellule recrutement comme l’enveloppe allouée pour les transferts et les salaires proposés aux joueurs en fonction des postes.

Evidemment, le principal protagoniste s’occupera par la suite des négociations concernant le contrat définitif de la future recrue. Si le club ne possède pas de directeur sportif, c’est le responsable du recrutement qui gère toutes ces démarches, en plus de valider ou non les propositions des différents scouts en allant voir jouer le joueur en question et vanter les mérites du projet sportif et financier au joueur ainsi qu’à son entourage. Descendons alors d’un échelon, pour découvrir le coordinateur des scouts. « Son rôle est davantage organisationnel. Il valide les plannings de tous les scouts, organise la partie logistique en cas de déplacements et centralise toutes les informations, » nous explique notre scout. Notre découverte se poursuit, et nous prenons alors conscience d’une chose : l’importance du détail.

Des postes stratégiques à tous les étages

Ce petit quelque chose chez un joueur qui ne doit pas échapper à la cellule recrutement. C’est ici que les clubs anglais se sont longtemps démarqués de la concurrence sur l’échiquier du recrutement de joueurs. Dans ces jobs peu communs, on y trouve l’analyste vidéo. « Un poste encore une fois stratégique car c’est lui qui effectue les montages vidéos sur les joueurs intéressants qui ont été supervisés dans la semaine par les scouts. Par la suite, il va présenter tous ces joueurs au responsable du recrutement, » confie ainsi notre intervenant qui arpente les stades de l’Hexagone depuis plusieurs saisons maintenant. Vient ensuite un poste particulier nommé « électron libre ».

Comme sa dénomination l’indique, ce membre de la cellule recrutement se déplace sur des zones non supervisées par le club. Il peut également accompagner des scouts si ceux-ci expriment des doutes sur le potentiel d’un joueur supervisé à évoluer en Premier League. Dirigeons-nous à présent vers un poste qui a longtemps incarné le savoir-faire anglais dans le recrutement : l’analyste des données. « Un poste très important dans une cellule recrutement, car cette personne va collecter toutes les données possibles sur un joueur et les comparer ensuite avec celles d’autres joueurs jugés intéressants dans différents pays. Un processus valable sur l’ensemble de la saison, » révèle ainsi notre recruteur français. En bas de cette pyramide impressionnante se trouvent les scouts. Plus d’une dizaine dans le cas de notre club anglais. Ceux-ci couvrent toute l’Europe avec pour chacun un pays de prédilection.

Des centaines de joueurs supervisés par saison

Evidemment, le Royaume-Uni n’est pas occulté et bénéficie également d’une surveillance accrue. Cette véritable petite armée joue un rôle essentiel dans le développement du club. Garante de l’image du club véhiculée à l’étranger, celle-ci exerce avec des préceptes bien spécifiques. « En général, on supervise entre trois et cinq matchs par semaine physiquement. Ensuite, il y a la partie invisible du grand public. On regarde en vidéo deux matchs par semaine d’un pays dans lequel nous n’avons pas de scout. Cela élargit notre champ d’action. Si un joueur nous intéresse, on essaye de le voir sur trois matchs à domicile et trois matchs à l’extérieur dans la saison. Et si possible, on fait en sorte de le superviser deux fois de suite. On rédige ensuite des rapports très détaillés sur les joueurs qui nous intéressent, » nous précise notre intervenant. Autre facette du métier de scout : la communication. C’est lui qui amorce les premiers contacts avec les clubs et les agents pour évoquer la situation contractuelle du joueur, ses émoluments et le montant d’un potentiel transfert.

Le travail abattu par une cellule recrutement d’un club anglais reste colossal. Selon nos informations, un scout peut, en moyenne, voir 250 matchs par saison, soit environ 2 500 matchs supervisés par saison par la cellule recrutement, pour autant de rapports rédigés sur les joueurs. Ces chiffres peuvent évidemment varier selon le nombre de scouts qui exercent dans la cellule recrutement du club. « Selon les clubs, les recruteurs sont plus ou moins nombreux. Par exemple, à Southampton, ils sont cinq scouts, quatre à Aston Villa. Quand ils peuvent être jusqu’à quarante à Arsenal, » nous révèle notre membre d’une cellule recrutement anglaise. Mais au final, comment décide-t-on si un joueur supervisé nécessite un investissement de la part du club ? Tous les trois mois, une réunion se tient en interne avec tous les membres de la cellule recrutement. Le directeur sportif ou le responsable du recrutement y participent. Chaque scout y présente les vidéos des joueurs de leur championnat qu’il juge intéressants à recruter pour le club. Si le joueur suscite l’unanimité, le responsable du recrutement, accompagné du scout du pays où évolue le joueur, se déplacera en personne pour le superviser.

Les clubs de Premier League ne lésinent pas sur les moyens malgré le peu d’élus

« C’est à ce moment précis que les premiers échanges ont lieu avec l’agent ou le président du club concerné, » nous confie notre responsable du recrutement. Puis la direction entame les négociations. Avec un dénouement heureux ou pas... Mais avec tout ce travail de prospection, combien de joueurs supervisés finissent par signer un contrat ? « Cela dépend des clubs. Le ratio de joueurs qui signent dans le club après avoir été supervisés reste très faible. Cela excède rarement trois ou quatre joueurs par saison. C’est peu, cela peut provoquer une certaine frustration pour les scouts, mais cela fait partie du job, » révèle notre régional de l’étape. Et pour scruter les moindres faits et gestes des joueurs aux quatre coins du monde, les pensionnaires de Premier League n’hésitent pas à y mettre le prix. Selon nos informations, le fonctionnement d’une cellule recrutement peut représenter plus d’un million d’euros par saison. Le coût des déplacements effectués par les recruteurs peut excéder les 500 000 euros pour le club par saison. Le prix à payer pour débaucher ses joueurs qui peuvent métamorphoser une équipe, et conserver une longueur d’avance sur la concurrence...