Antonio Cassano est vraisemblablement l’un des plus gros gâchis du football moderne. La faute à un caractère à part, une certaine folie qui s’est toujours exprimée au travers de sa – déjà – longue carrière professionnelle. À la Roma, où on n’aura pas compté ses frasques et autres brouilles avec Capello, au Real, où son hygiène de vie déplorable lui aura valu le surnom de Gordito (le petit gros), à la Samp’, où il est parti en claquant la porte au défunt Riccardo Garrone, au Milan, en rejoignant la rivale Inter. Des insultes à l’arbitre aux déclarations tapageuses, frasques que Capello avait nommé « cassanate », Cassano s’est forgé une réputation de joueur ingérable. Plus ingérable qu’un Balotelli, et de loin – « J’étais plus fou que lui au même âge, Pirlo me l’a confirmé » assurait l’intéressé lorsqu’on lui posait le comparatif –, l’enfant de Bari Vecchia a plombé sa carrière, en dépit d’un talent comparé à celui d’un Baggio.

Un talent qui s’est finalement toujours exprimé au mieux dans les clubs moins huppés. Cassano, qui a donc fréquenté le Real, les deux milanais ou encore la Roma, ne s’est jamais autant éclaté qu’à la Sampdoria, dans un effectif dénué de star. Pas étonnant donc, de le voir aujourd’hui retrouver son meilleur niveau du côté de Parme. Pas que le joueur ne se soit pas fendu de jolis gestes lors des précédentes saisons – longtemps meilleur passeur du championnat l’année de son malaise cardiaque, 7 buts et 9 assists avec les Nerazzurri la saison dernière – mais force est de constater qu’il s’est cet été remis en question, à l’instar de ce qu’il avait pu faire à son arrivée à Gênes. Par remise en question, on veut bien entendu parler de diète. Antonio Cassano, qui a toujours accusé un embonpoint à la limite du professionnalisme, a perdu en 4 mois pas moins de 10 kilos. Ce que la Gazzetta appelle une performance, au regard du légendaire appétit de l’intéressé et des spécialités culinaires de la région parmesane.

Toujours est-il que FantAntonio – diminution d’Antonio le fantastique – apparaît aujourd’hui comme un professionnel exemplaire. Dur à croire, mais vrai. S’il n’y a pas de grands changements dans ses statistiques, lui qui en est actuellement à 5 buts et 3 passes en 13 rencontres de Serie A, c’est dans l’attitude, que le renouveau se traduit. Outre sa volonté de retrouver une forme décente, il apparaît irréprochable dans la vie du groupe. Comme l’assure la Gazzetta, il s’était par exemple excusé devant ses coéquipiers et le staff ducali, au lendemain d’un match où il avait été remplacé précocement en raison d’une pâle prestation. Du jamais vu chez Cassano, lequel se prenait par exemple le bec avec un Stramaccioni il y a de cela quelques mois. L’entourage et l’environnement qui entourent le joueur sont aussi des éléments qui peuvent expliquer ce revirement de comportement. Jeune papa, Cassano s’est découvert des responsabilités. Une nouveauté là encore, pour un joueur que l’on a également surnommé « Peter Pan » une dizaine d’années.

À Parme, Cassano a ensuite découvert une ville tranquille, et un club où il dispose de la confiance des dirigeants comme de son coach. Son entraîneur, justement. Roberto Donadoni. Ancien sélectionneur italien de 2006 à 2008, il est celui qui a rappelé le Pibe de Bari en Nazionale, lui qui avait été exclu sous la gestion de Lippi. Sans doute la raison pour laquelle il est à ce jour le seul technicien avec lequel Cassano entretienne des relations décentes. Donadoni n’est en tout cas pas étranger au renouveau d’un joueur qui aspire désormais à retrouver la Squadra Azzurra, où il n’est plus apparu depuis l’Euro 2012. « Si je suis convoqué, je serai l’homme le plus heureux du monde. Sinon, j’irai au Brésil avec ma famille en vacances, et je serai aussi heureux » déclarait FantAntonio au sortir de son match du weekend à Naples, où il a inscrit le but de la victoire (0-1), son 100e en Serie A. En effet, l’attaquant, s’il a disputé 3 Euros, n’a pas encore participé au moindre Mondial. En Italie, il se susurre que c’est son caractère qui l’aurait exclu de la Nazionale de Prandelli, ses coéquipiers n’appréciant guère son attitude de trublion. Mais ça, c’était l’ancien Cassano. Le nouveau veut finir sa carrière « alla grande », comme il l’avait déclaré à sa présentation à Parme. Si nous ne sommes clairement pas à l’abri d’une rechute de la part de l’énergumène, les progrès relèvent de l’inédit. À 31 ans, Cassano a prouvé qu’il pouvait changer. Et ce n’est sûrement pas l’une de ses cassanate.