Zlatan, histoire d’un champion : le biopic sur les origines du Suédois

Zlatan Ibrahimović laisse rarement de marbre. Trash-talker dans les médias, esthète sur les terrains et bourreau de travail à l’entraînement, celui que l’on surnomme le « géant suédois » fascine ceux qu’il n’horripile pas. Son nom, sa taille, son nez, son jeu, sa gouaille sont autant de critères qui font de lui un footballeur unique, inclassable. Une nature singulière qui prend racine dans le quartier d’immigrés de Rosengård, niché dans la ville de Malmö au Sud de la Suède, et couchée sur le papier par Paolo Castaldi, auteur de bande dessinée italien.

Une partie de la couverture du livre zoomée
Une partie de la couverture du livre zoomée ©Maxppp

A l’aube des 90’s, Zlatan dribble entre les guerres de gangs, les drames familiaux et l’exclusion sociale. Un point de départ inexorablement relié à l’arrivée, indissociable du géant qu’il est aujourd’hui. Pour raconter Zlatan, Paolo Castaldi va donc sur place. Pendant une semaine, il interroge les habitants du quartier qui le connaissaient, des locaux, des fans des Malmö FF qui se trouvent par hasard à côté de lui à la table d'un café ou d'un restaurant et navigue dans la banlieue. Il en revient avec un roman graphique intitulé « Zlatan, histoire d’un champion », qui paraîtra le 16 septembre prochain en France aux éditions « Des ronds dans l’O ». Avant la sortie de son livre, Foot Mercato est allé à sa rencontre.

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Foot Mercato : pourquoi avoir choisi le sujet de Zlatan ?

Paolo Castaldi : parce qu’il y a tous les ingrédients que je recherche dans une Histoire avec un H majuscule. Il y a la rédemption sociale d'un homme, l'épopée sportive, le football de banlieue que j'ai toujours vécu et raconté …. Il y a aussi les tensions sociales auxquelles l'Europe est encore confrontée aujourd'hui, avec de nouvelles émeutes, de plus en plus bruyantes, d'une droite raciste et intolérante qui progresse. Il y a également mon footballeur actif préféré : Ibra. Et puis, surtout, il y a la réponse aux questions de milliers de journalistes et de fans de sport : pourquoi Zlatan fait-il et dit-il de telles choses ? Pourquoi est-il si effronté ? Pourquoi est-il si exubérant ?

FM : pourquoi sortir ce biopic maintenant ?

PC : j'ai ressenti le besoin de raconter sa jeunesse maintenant parce que son histoire est celle de très nombreux migrants européens. Faire une bande dessinée comme « Zlatan » c’est ma façon de prendre parti et de faire de la politique. C'est une bande dessinée contre les mouvements populistes qui veulent fermer les ports et enfermer les Italiens à l'intérieur (de leur pays, ndlr).

FM : dans votre œuvre vous écrivez « le foot d’Ibra est inscrit dans l'architecture du quartier autant que dans ses origines », que vouliez-vous dire ?

PC : je suis convaincu que chaque joueur de football est conditionné dans son style, surtout dans sa jeunesse, par l'environnement qui l'entoure, par le terrain dans lequel il apprend à jouer. Je prends l'exemple de Cassano, un ancien footballeur italien qui est très doué pour le jeu de jambes, le dribble et la feinte. C'est parce qu'il a appris à jouer dans les ruelles étroites de Bari, où le terrain était formé par une rue de 3 mètres de large et 20 mètres de long. Pour passer votre adversaire, vous deviez jouer contre le mur ou inventer des dribbles rapides dans des espaces étroits. Ainsi, les rues de Bari ont influencé le style de Cassano. La même chose s'est produite avec Zlatan. Le terrain où il a appris à jouer, à Rosengård, est comme un petit stade car il est entouré sur les quatre côtés par des bâtiments de cinq étages. C'était ses tribunes. C’est là qu’est née sa célébration avec les bras vers le ciel et le regard haut et fier. Parce que les gens regardaient par la fenêtre les enfants jouer et qu’il voulait faire bonne impression. Dans un quartier comme Rosengård, pour être un gagnant il faut pouvoir le prouver, c'est tout. C'est comme ça qu'on gagne le respect des autres enfants. A chaque but, il se réjouissait comme ça, comme pour dire : "tu vois, regarde-moi bien, je suis le plus fort, je suis Zlatan."

FM : et vous, quel œil portez-vous sur le quartier de Rosengård ?

PC : dès que je suis descendu du bus, après quelques pas, c'était comme si je rentrais à la maison après une journée de travail. J'ai mis des écouteurs dans mes oreilles, comme vous le faites dans les endroits où vous vous sentez à l'aise, où vous n'avez pas besoin d'entendre si le danger vient derrière vous, et je suis allé à Crosman Vag, la rue où Zlatan a grandi, la rue du campement des gitans, où tout a commencé. Je me sens bien dans les banlieues. Elles sont comme la mer, hostiles seulement si vous ne la connaissez pas, si vous ne la respectez pas assez. Jouer au football sous -4 degrés à l'intérieur de ce terrain a peut-être été ma plus grande émotion. Une dame me regardait par la fenêtre pour voir qui était ce grand garçon au milieu du terrain qu'elle ne connaissait pas, qui jouait au football seul dans ce froid et qui s'est arrêté pour prendre des photos. Je l'ai salué en souriant et je lui ai dit en anglais : «je suis ici pour Zlatan Ibrahimovic». Elle m'a souri en retour avec un sourire deux fois plus grand et plus beau que le mien, avant de retourner dans sa maison. C'est comme à Naples avec Maradona. Si vous parlez de Zlatan, vous parlez de Rosengård. Si vous parlez de Rosengård, vous parlez de tous ces gens.

FM : comment se rythmaient vos journées ?

PC : pendant la journée, je sortais pour collecter du matériel et faire des entrevues, prendre des photos. Le soir, je restais dans ma chambre pour écrire le scénario, faire quelques sketchs, boire de la bière Falcon ou Pripps Bla et prendre des dîners tout prêt au supermarché, du smörrebrod et du saumon. Il faisait un froid glacial pour le mois d'avril. Il faisait -3, - 4 degrés en permanence, même le jour, il neigeait sans cesse et le vent venant de la mer du Nord vous coupait la peau. Ce fut une expérience inoubliable.

«Vous pouvez sortir un homme de Rosengård mais pas Rosengård de cet homme»

FM : sur un fond politique agité.

PC : la Suède, comprise comme un État, comme une nation, comme une institution, essaie de maintenir ses qualités de pays accueillant et attentionné, multiethnique et tolérant envers ceux qui viennent chercher leur fortune. Elle investit encore beaucoup dans la recherche et la culture. Mais la crise y a aussi frappé fort et certains Suédois, qui se sentent manifestement plus blonds que d'autres, commencent à se demander si c'est vraiment nécessaire de dépenser tout cet argent pour aider un Pakistanais, un Syrien, un Italien ou un Portugais à chercher du travail et une vie meilleure. Nous avons donc ici des forces politiques ultra-nationalistes qui, pour la première fois, lors des dernières élections, parviennent à entrer au Parlement.

FM : que dites-vous aux gens qui voient Zlatan Ibrahimović comme un égocentrique ?

PC : je suis convaincu que, ces dernières années, il a plaisanté à ce sujet afin de construire son personnage dans les médias. Un personnage que certains n'aiment pas, mais que beaucoup d'autres apprécient. Un personnage qui fait peur aux opposants. Mais tous ceux qui ont travaillé avec lui parlent d'une autre personne, sérieuse et généreuse. Bien sûr, je ne dis pas qu'il n'est pas égocentrique. Mais ceux qui ne savent pas ce que signifie de se battre pour être le meilleur à tout prix, ceux qui n'ont jamais ressenti le besoin d'étaler leur force et leur talent ou qui sont extrêmement empathiques et de bonne humeur, sont généralement des personnes qui ont grandi dans un contexte d'aisance culturelle.

FM : vous le voyez toujours comme un jeune de la rue ?

PC : bien qu'il ait beaucoup atténué ce côté de son caractère, il lui reste encore quelques parties de street-football. Sur un mur de Rosengård il est écrit : «vous pouvez sortir un homme de Rosengård mais pas Rosengård de cet homme.» C'est également vrai pour le football.

Zlatan Ibrahimovic

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