Comment le rôle de community manager a intégré les stratégies de communication dans le monde du foot

À l'heure où tout se fait et se défait très rapidement sur l'Internet, les clubs de football et les joueurs ont presque tout misé sur leur communication digitale. Véritable cheville ouvrière de ce nouveau mode de communication, les community managers commencent de plus en plus à émerger comme de véritables stratèges.

Les community manager sont devenus indispensables à la communication des clubs
Les community manager sont devenus indispensables à la communication des clubs ©Maxppp

Très souvent, les clubs de football, en termes de popularité, dépassent largement les frontières de leur département, de leur région, voire de leur pays. Afin de toucher le plus de monde possible, sur les réseaux sociaux, les écuries de notre cher sport déclinent leur présence dans de nombreuses contrées et donc communiquent en plusieurs langues. Pour animer ces plateformes, hommes et femmes sont derrière leurs ordinateurs ou leur téléphone portable, ce sont des community managers.

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Métier encore un peu dans l'ombre, il tend à se démocratiser ces dernières années et ces community managers sont de plus en plus reconnus et deviennent quasiment indispensables dans une équipe de communication moderne. Grâce à ses deux intervenants, Foot Mercato a pu expliquer comment travaillaient les community managers, quel était leur quotidien et surtout le parcours qui les a amenés jusqu'où ils sont - ou pas - à l'heure actuelle.

Anton Guerin Porojenko a été présent au début de ce métier. Il s'est occupé des réseaux sociaux du Toulousain Max-Alain Gradel. C'est par l'intermédiaire du service des stages de son école, l'EFAP, qu'il s'est retrouvé en contact avec une agence qui était en réalité une antenne d'une boite de production. « À l'entretien on m'a dit : "j'ai besoin de quelqu'un aware sur le digital, qui connaisse les leviers à actionner". Mais je crois que pour ce métier, il faut surtout être patient, comprendre les enjeux, être réactif et puis il faut avoir un certain savoir-faire pour créer du lien », nous confie-t-il.

Des horaires normaux, mais...

De son côté, Lucas Hervouet est community manager du FC Nantes depuis trois ans. Pendant sa licence en communication à l'UCO Angers, il a effectué des stages au service des sports de Ouest-France et à Sports.fr en tant que journaliste sportif. À côté de cela, il tenait, depuis 2013, un compte Twitter @TeamFCN, qui traitait quotidiennement de l’actualité du FC Nantes. La suite, c'est lui qui l'a raconte : « le compte a petit à petit pris de l’ampleur, j’ai noué des contacts avec le club, que j’ai intégré en 2016. J’ai rejoint le club à l’été 2016, directement en CDI, au poste de community manager, donc cela fait maintenant un peu plus de trois ans. Ça passe vite, et en même temps, on a beaucoup évolué depuis 2016 ».

Globalement, les deux ont des horaires relativement similaires de base, mais tout peut changer. Anton faisait du 10h-18h ou parfois du 9h-18h, mais cela changeait en fonction des événements. Par exemple, pendant la Coupe d'Afrique des Nations, il restait plus longtemps tout comme les soirs où Max-Alain Gradel était sur les plateaux de télévision : « c'est l'année où il est performant et gagne la CAN. Je restais pour alimenter le compte Vine. Il y avait un flux tendu d'informations, il fallait que je sois réactif ».

« On ne s’ennuie jamais »

Lucas a aussi des horaires de bureau, mais tous les deux s'accordent sur la spécificité d'être tout le temps disponible. « En semaine, j’ai globalement des horaires de bureau « normaux », 9h - 18h. À cela s’additionnent les jours de match, généralement le samedi, directement au stade, et les lendemains de match, souvent le dimanche, où je poste tous les contenus d’après-match, de chez moi pour le coup. C’est effectivement une des particularités du métier, encore plus dans un club de foot à mon avis. Je dois me rendre disponible à (quasi) n’importe quel moment d’une journée, si une actualité importante doit être communiquée. En période de transferts par exemple, même si nous sommes prévenus en amont que l’on doit se rendre disponible tel ou tel soir. C’est d’ailleurs cette ultra-disponibilité qui est assez compliquée à gérer, même si maintenant, après trois ans au club, j’ai pu trouver un juste milieu et m’adapter. Le deuxième point le plus dur est sûrement la pression : savoir utiliser les bons mots, les bonnes tournures, à chaud, dans la précipitation parfois, tout en sachant que le post sera lu par plusieurs milliers de personnes », nous lâche le CM des Canaris.

Mais justement, pendant ces horaires, que font-ils ? Leur charge est assez différente. « Pendant les matchs, je me trouve au stade, à domicile comme à l’extérieur, en tribune de presse, avec les journalistes. Je réalise un live tweet du match, action par action, sur Twitter, et alimente les comptes Instagram, Snapchat et Facebook, de quelques photos du match, et du score en temps réel. À la fin du match, je publie le résultat, et lance des sondages afin d’élire le meilleur joueur du match, et conclue par un live tweet ou live vidéo de la conférence de presse d’après-match des coaches. Dans un club de football, il y a quasiment tout le temps de l’actualité en dehors des matchs, des choses à dire. Et c’est ça qui rend le métier passionnant. J’aime faire ça, on ne s’ennuie jamais. On relaie les entraînements, on en profite pour faire des interviews un peu décalées avec les joueurs, on interagit avec les supporters, on lance des sondages, des jeux concours. Et en y réfléchissant de plus près, toute une semaine ou presque est liée à un match : le lundi et mardi, on revient sur le match du week-end, le jeudi et vendredi, on commence à faire monter la pression sur le match qui arrive », détaille Lucas Hervouet.

« Il y a beaucoup moins de spontanéité »

Anton, lui, ne s'occupait que d'un joueur, l'actualité était forcément un brin plus limité. Alors, évidemment, certaines tâches sont un peu routinières, parfois. « Au quotidien, il y avait de la routine dans la veille, mais c'était varié. Je faisais de la restructuration de ses pages Facebook et Twitter. Puis après, c'était du classique. De la programmation de tweet puis du conseil sur l'image qu'il voulait avoir. Il fallait aussi travailler la proximité avec les fans puis j'ai fait des pressbooks. J'avais aussi un fichier Excel avec les contacts pour les communiqués de presse. C'était assez tranquille... Enfin, ça dépend du joueur (rires) », nous explique Anton.

Toutefois, ce dernier regrette peut-être une chose. Le fait que tout, aujourd'hui, du fait de l'importance prise par les réseaux, soit devenu calculé. « Il y a beaucoup moins de spontanéité. C'est moins instantané, instinctif. C'est bien plus régulé, avant il y avait plus d'échanges, plus d'interactivité. Les gens ne se rendaient pas vraiment compte à quel point les réseaux allaient prendre cette place si importante », pense-t-il. Force est de constater que les réseaux sociaux sont devenus une pierre angulaire du travail de communication des clubs et que le métier de community manager est aujourd'hui bien loin des trublions du net qu'on aimait imaginer au début des années 2010. Tâche désormais à eux de continuer à nous partager cette passion autour d'un club, d'un joueur ou tout simplement du football qui nous rassemble tous.

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