Florian Sotoca, Lens : « le coach nous a dit que le maintien passerait par le jeu et le plaisir »

Au moment de retrouver la Mosson, lieu de la signature de son premier contrat professionnel, Florian Sotoca décrypte la première partie de saison survitaminée du promu lensois, gavé à la potion magique « Haise ».

Florian Sotoca marque un doublé pour la première de Franck Haise sur le banc, contre le PFC.
Florian Sotoca marque un doublé pour la première de Franck Haise sur le banc, contre le PFC. ©Maxppp

Foot Mercato : salut Florian, cette saison le RC Lens dégage un sentiment assez fort chez ceux qui l’observent, de par sa capacité à ne jamais lâcher, son envie d’aller tout le temps vers l’avant et son histoire, aussi. C’est quelque chose que vous ressentez sur le terrain ?

La suite après cette publicité

Florian Sotoca : bien sûr qu’on le ressent. On a un état d’esprit irréprochable depuis le début de saison. On est conquérants et on a un groupe qui ne lâche jamais rien. On prend aussi beaucoup de plaisir à évoluer ensemble et ça depuis la préparation. On a vite vu que l’on avait des automatismes entre nous, un système qui nous convient bien et un coach qui prône le jeu. Je pense que cela se ressent et je pense également que les supporters s’identifient à nous. Ils ont tellement le club dans le cœur et avec les années de galères qu'ils ont eues, je crois que cette année ils prennent du plaisir. Et nous, on a qu’une hâte, c’est de profiter avec eux.

FM : vous êtes clairement l’équipe la plus sexy du championnat alors que vous n'aviez pas tant de marge l'an passé en Ligue 2.

FS : c’est vrai qu’en début de saison on avait un peu d’appréhension. On se demandait si on avait le niveau de la Ligue 1 parce qu’on sortait d’une saison complexe l’an passé malgré la montée au bout de 28 journées. Mais on voulait se prouver et prouver à tout le monde qu’on avait notre place ici. Je pense que c’est ce qu’on a fait en première partie de saison. Tant qu’on gardera cette énergie, le fait de bien vivre ensemble et de se la donner au bon moment, on pourra encore faire de très belles choses.

FM : votre réussite dépasse même le seuil de la France, puisque le journal espagnol AS titrait il y a quelques jours « Lens, l’Atalanta Française ».

FS : pour nous, c’est très flatteur d’être comparé à ce genre d’équipes. C’est une grande formation avec de grands joueurs. Il n’y a qu’à voir leur parcours l’an dernier en Ligue des champions. C’est vrai que l’on a un peu la même philosophie de jeu et le même profil tactique. On joue en 3-5-2 comme eux. Après, eux, ils ont de grands joueurs, nous, on essaie de faire le maximum avec ce qu’on a.

FM : c'est quoi cette «philosophie » ?

FS : on a système qui demande beaucoup d’efforts parce qu’on va chercher l’adversaire. Derrière, c’est pratiquement du un contre un à chaque fois. On prend des risques, mais ce sont des risques qui sont à l’heure actuelle payants. Tout le monde est concerné. Ça part de Jean-Louis (Leca) et de nos défenseurs qui prennent beaucoup de risques, que cela soit défensivement ou offensivement. Ils aiment le ballon et relancer proprement. Et nous, devant, on arrive bien à combiner, à se trouver. Tout le monde adhère à ça. On a un jeu à risques mais qui est aussi réfléchi. On a des joueurs intelligents qui s’adaptent à différentes situations. C’est comme ça qu’on a réussi à répondre à différentes tactiques. On a un système qui demande beaucoup de réflexion, beaucoup d’efforts pour s’adapter au système adverse mais aussi au notre. Dans un même match le dispositif peut changer. On a plusieurs solutions à chaque problème pour justement en poser un maximum à l’adversaire. On a plusieurs trajets de jeu. On veut imposer notre style de jeu. Parfois, ça marche bien, d’autres, moins, mais c’est ce qui fait notre force. Au final, ça fait des matches plaisants à regarder pour vous et, nous, on prend du plaisir. C’est le plus important.

Jean-Louis Leca, portier du RC Lens

FM : quel est l'impact du staff sur cette envie de faire le jeu ?

FS : depuis que le coach, Franck Haise, a pris les rênes de l’équipe (le 25 février 2020, NDLR), on a tout de suite senti qu’il voulait une équipe qui joue et qui ne subit pas. Après le premier match à Nice (défaite 2-1), pendant la causerie il nous a clairement dit que le maintien passerait par le jeu et le plaisir. C’est ce qui nous arrive depuis le début de l’année. Quand une équipe entière est sur la même longueur d’onde, forcément, tout se déroule bien. Et si on peut valoriser la Ligue 1 avec un beau jeu, c’est tant mieux pour nous. Après, on ne veut pas se prendre pour d’autres. On sait qu’on est promus et qu’on va avoir des moments plus compliqués. On s’y est préparés.

FM : la rupture un peu surprise avec Philippe Montanier l'an dernier a donc été bénéfique.

FS : on a eu des difficultés en début d’année 2020 avec le coach Montanier, on avait moins de résultats, moins de qualité dans le jeu, on a eu une période entre janvier et février où l’on était passés troisièmes. La situation était délicate pour un club comme le RC Lens qui voulait remonter très rapidement dans l'élite. La direction a fait le choix d’écarter Montanier à cette époque-là. Le groupe avait été un peu surpris, mais après le coach Haise est arrivé et il a imposé ses idées. Il a fait deux matches en Ligue 2, où il nous demandait déjà davantage de jeu, plus de solutions, et ça a très bien payé sur les deux premiers matches où l’on fait deux victoires au PFC et face à Orléans. Deux succès qui nous amènent en Ligue 1. Ça a fait déclic dans nos têtes. On est resté sur cet élan ensuite.

FM : comme toutes les équipes modernes qui réussissent, vous mettez beaucoup d’intensité dans vos rencontres. Vous avez eu une préparation physique lourde cet été ?

FS : je ne dirais pas lourde, mais je dirais une très bonne préparation. Mais ce qui fait la vraie différence, c’est qu'on met énormément d’intensité tous les jours aux entraînements. Ça nous fait avancer. Même ceux qui jouent un peu moins, ils sont à fond. C’est comme ça que le groupe progresse, tous les jours. On s'améliore physiquement, techniquement, tactiquement et le terrain reflète nos entraînements, parce qu’on se la donne toute la semaine !

FM : autre chose ressort, vous ne lâchez jamais l’affaire. D’où vient cette volonté collégiale d’y croire jusqu’au bout peu importe le scénario du match ?

FS : on a un groupe expérimenté qui sait d’où il vient. C’est ce qui transpire le week-end où l’on est une équipe de battants. Contre Reims, alors qu’on perd 4-2 à la 90e, on arrive à renverser le score (doublé de Sotoca : 90e et 90e +1, NDLR). Pareil contre Lyon où beaucoup d’équipes auraient abdiqué à 3-0 et en auraient pris 5 ou 6, et, nous, on arrive à revenir à 3-2. Je pense même que si on marque ce deuxième but un peu plus tôt, on peut les faire encore plus douter. C’est ce qui plaît aux supporters. Même si il y a défaite, ils voient qu’on a tout donné, qu'on ne lâche rien. Ça représente les valeurs de la ville.

FM : vous dégagez aussi beaucoup de confiance dans votre jeu, que cela soit individuellement ou au niveau du collectif. C'est l'entraîneur qui vous la transmet ?

FS : c’est un mélange de choses. Il y a les résultats qui sont très vite arrivés (avec notamment une victoire contre Paris dès la deuxième journée, NDLR) et qui nous ont permis de travailler sereinement ensuite. On n'a pas paniqué après la défaite à Nice, on est restés dans la même philosophie de jeu et c’est aussi comme ça qu’on a pris les points. Et c’est, je pense, comme ça qu’on en prendra encore : en jouant notre jeu, tout simplement. On a un collectif fort, même si sur quelques matches, ce sont certaines individualités qui ressortent comme Gana (Ignatius Ganago) en début de saison ou comme Gaël (Kakuta), qui a été très régulier pendant six mois et qui nous a porté. Mais ça part vraiment du collectif, ça part de Jean-Louis (Leca) dans les buts et de notre défense, et puis notre état d’esprit nous fait avancer. Le staff encadre tout ça.

FM : le revers de la médaille de ce jeu, c’est que désormais même les équipes supposées plus fortes que vous au début de saison jouent avec un bloc bas à Lens et peuvent vous piéger en contre. Est-ce que le risque n'est pas de se faire avoir à son propre jeu, à savoir se faire aspirer par cette envie d’aller sans cesse vers l’avant ?

FS : les équipes ont changé leur approche quand elles jouent contre nous, c'est clair. En début de saison, on était un promu et peut être que certains nous ont pris un peu à la légère. Nous, on a profité de ça et on a pris beaucoup de points. Mais depuis deux mois, on sent un autre regard sur nous, à Bollaert, on affronte des équipes regroupées derrière. Notamment Nice, Strasbourg, Angers, qui ont très bien joué le coup. Ils nous ont attendu, ils nous ont contré et on a pris des buts évitables. Maintenant, c’est à nous de nous adapter à ces situations. Il va falloir qu’on trouve des solutions, d’autres schémas de jeu et c’est ce qu’on travaille à l’entraînement. Là, on a des matches compliqués qui arrivent à Montpellier, contre Marseille et Rennes, mais on va jouer comme on le fait depuis le début de saison et on verra où cela nous mène. En tout cas on veut faire un résultat à Montpellier et retrouver le chemin de la victoire.

Seko Fofana

FM : votre effectif mêle de très jeunes joueurs avec des joueurs d’expériences, mais aussi des joueurs avec des parcours très différents. Vous diriez qu’il y a une forme de transmission ?

FS : il y a beaucoup de partage, c'est certain. On est un groupe qui vit bien et on a de très bons jeunes. Je pense d’ailleurs que s'ils gardent la tête sur les épaules, ils pourront voir haut. Et en tant que cadres, on essaie de faire attention à l’équilibre du vestiaire, qui est souvent fragile dans le foot. Avec les autres attaquants, la concurrence est très forte, on est cinq pour deux ou trois postes, mais cela se passe très bien parce que chacun tire du positif de l’autre. On est aussi complémentaire les uns des autres. C’est ce qui nous pousse à aller encore plus loin. Moi, j’ai un parcours atypique donc je profite de tout ce qui m’arrive, car j’ai signé professionnel sur le tard (à 24 ans, NDLR). Et c’est vrai que quand vous voyez Kali (Arnaud Kalimuendo), qui est de 2003, alors que moi je suis de 90, cela peut faire sourire. Mais dès que je peux le conseiller, je le fais et je suis aussi ouvert à ses conseils. C’est comme ça que l'on arrive à être performants. Chacun prend de l’autre, en essayant d’amener du positif.

FM : c’est peut être justement ça, le fait de profiter de chaque moment grâce au recul, que vous pouvez apporter à des jeunes comme Arnaud Kalimuendo ?

FS : oui, c’est vrai qu’ils n'ont pas forcément le recul nécessaire parce qu’ils ont été formatés très jeunes. Ils sont là depuis toujours alors que moi je n’ai signé professionnel qu’à 24 ans. Je me sens encore tout jeune dans ma tête même si j’ai 30 ans. Je suis très fier de faire partie du RC Lens et j’essaie de transmettre ça aux plus jeunes, parce qu’ils ne réalisent pas forcément la chance qu’ils ont d’être dans ce club-là ou tout simplement dans cette division.

Arnaud Kalimuendo

Plus d'infos

Commentaires