C’est une histoire comme on en entend peu, une de celle qui n’existe que dans les livres ou dans le football. Celle d’un jeune garçon de la région d’Orléans qui finit ses études et décide de partir en Amérique du Sud pour devenir coach. C’est exactement ce qu’a vécu et même que vit encore Geoffroy Lombard (31 ans). Petit flash-back. En 2010, Geoffroy Lombard, qui jouait milieu de terrain un peu plus jeune et qui a fréquenté pendant quelques mois le centre de formation de Dijon, est en troisième année de son école de commerce à Paris.

Il doit passer son master en cinq années, mais au bout de la troisième année, il a le choix de partir faire un stage à l’étranger. Il se tourne alors vers l’Argentine et tombe instantanément amoureux du pays. Cinq mois auront suffi pour qu’il tombe sous le charme du pays de Diego Armando Maradona. Ensuite, c’est classique et c’est lui qui le raconte : « à chaque fois que j’ai eu l’opportunité de faire un stage à l’étranger, je partais en Argentine, pour un trimestre ou un semestre. Je n’ai pas pu faire la cinquième année, j’ai fait une année de césure (une année pendant laquelle il a arrêté son école, ndlr) au Toulouse Football Club. »

« Je ne suis rentré qu’une fois en France »

C’est là que l’histoire commence à être étonnante. S’il admet avoir déjà coaché dans une petite ville de 5000 habitants, des Benjamins (les 11-12 ans), avec un ami, dans la région d’Orléans, c’est à Toulouse qu’il fait ses premières armes au haut niveau. « Officiellement, j’étais community manager, mais j’aidais beaucoup un collègue avec les moins de onze ans », nous détaille-t-il. Mais l’expérience ne dure qu’un an et Geoffroy remonte à Paris afin de terminer sa formation, en cinq ans, en commerce et aussi se mettre en quête d’un travail. « J’ai eu mon diplôme. J’ai fait semblant de chercher un travail à Paris pour faire plaisir au paternel et je me suis vite évadé en janvier 2015. Je suis venu m’installer définitivement, au moins pour un long moment en Argentine. Je ne suis rentré qu’une fois en France », explique-t-il en rigolant.

Sauf que tout n’est pas vraiment simple. Parti à 11 043 kilomètres de la capitale française, il se dit qu’il est plus aisé de créer son entreprise à Buenos Aires. Son projet ? Rien de très précis, mais quelque chose qui a un rapport avec le ballon rond, sa passion. « C’est en travaillant dans une entreprise qui organise des matches de foot pour étrangers que j’ai eu l’idée de créer ma boîte qui s’appelle BA soccer (Buenos Aires Soccer, ndlr), c’est tout ce qui est organisation de ligues amateurs, foot à 5, le futsal, pour femmes et pour hommes. C’était le dimanche en général », se remémore-t-il.

« C’est le diplôme des Bielsa, des Simeone, des Sampaoli »

Mais cela ne suffit bien évidemment pas à remplir les caddies et les placards de sa maison. Cette entreprise, BA Soccer, a une autre grosse activité. Il s’occupe de vendre des places, et c’est de ça qu’il vit depuis quelques années, à des touristes. Grâce à ses contacts, il obtient des places pas chères pour les touristes et s’occupe aussi de trouver des hôtels. Le bouche-à-oreille fonctionne et l’activité décolle, car il ne connaît « aucun entraîneur d’Argentinos Juniors ou d’ailleurs, quelque soit la catégorie, qui vit de ça. » Mais tout cela n’aurait pas été possible sans son passage à l’école de River Plate.

« À travers l’entreprise et la Ligue que j’organise, j’avais une équipe qui s’appelait Internacional parce que c’était une réunion de tous les étrangers qui jouaient dans ma ligue : un avant-centre vénézuélien, un défenseur brésilien, un gardien hondurien, et c’est là que j’ai vraiment pris goût à être entraîneur. On m’a conseillé et dit qu’à River Plate, il y avait le meilleur diplôme d’Amérique du Sud et que tout le monde se battait pour y aller. Je me suis inscrit, je me suis payé les deux ans. Il y a toute l’Amérique du Sud qui vient là parce que c’est le diplôme des Bielsa, des Simeone, des Sampaoli », se rappelle-t-il. Ni une ni deux, Geoffroy Lombard s’inscrit à l’école, paye ses deux années et obtient son diplôme avant de commencer son activité d’entraîneur des jeunes.

De nouvelles expériences cette saison

« Grâce au directeur de l’école, j’ai pu faire un stage à Argentinos Juniors (actuel deuxième du championnat argentin, ndlr), puis maintenant depuis deux ans, j’y suis adjoint. J’ai commencé avec la Novena, les moins de quinze ans, et maintenant je suis avec les moins de dix-huit », détaille-t-il. Sauf que la pression se fait ressentir au fur et à mesure que les catégories augmentent. Au-delà de l’exigence demandée, certains jeunes n’ont parfois plus la motivation ou bien savent qu’ils ne perceront pas forcément, ce qui complique les choses.

« Pour l’instant, j’aime bien le football amateur jusqu’à la quarta. Ici, ce n’est pas des moins (en référence aux catégories, ndlr), mais des niveaux qui montent. Le football commence à douze ans avec la pré-neuf, la neuf jusqu’à quatre. Quarta, t’es en moins de dix-huit. C’est comme ça en Argentine. À partir de la quatrième, on passe en réserve. Ma nouvelle expérience de cette année, c’est qu’il y a plus de pression, d’animosité et de regrets parce que certains savent déjà que c’est compliqué », assure-t-il un brin pensif. Reste que maintenant, c’est à lui de faire son trou dans un championnat où les nombreux coaches formés au pays ne sont pas forcément Argentins.