Foot Mercato : Comment est né le projet de l’Académie Mehamha ?

Saïd Mehamha : Je suis quelqu’un, à la base, qui aime beaucoup travailler avec les enfants. Quand j’avais joué en Algérie (JSM Béjaïa, ndlr), j’avais suivi un peu l’Académie du Paradou et j’avais trouvé ça super intéressant. Une fois de retour en France, j’étais blessé et j’avais quelques personnes qui m’avaient demandé si je pouvais m’occuper de leurs enfants. Je l’ai fait avec trois ou quatre personnes. Au fur et à mesure, il y a eu de l’évolution. C’est monté à 3, 10, 20, 50 puis 100 gamins. Il y a un peu plus d’un an, je me suis dit qu’il fallait structurer la chose. Au début, on travaillait sur un terrain de five. Mais ça devenait compliqué de travailler sur un soccer. Il n’y avait pas de délimitations pour les touches pour les petits. J’ai commencé à avoir des u12-u13 qui prenaient de l’espace. Ça ne devenait plus possible. J’ai vu le président de l’ES Trinité, que je connais très bien, qui m’a proposé de mettre à disposition des terrains. J’ai commencé à créer une association. Puis on a commencé à mettre toutes les équipes en place, puis un site internet. J’ai investi ensuite un peu d’argent dedans pour tout ce qu’il y a actuellement. On a commencé à être invité et à gagner des tournois. Puis ensuite on a été invités dans de grands tournois. On a mis ensuite en place une cellule de recrutement et on a recruté des entraîneurs qui travaillent avec moi, etc...

FM : Mais il me semble qu’au départ vous ne vouliez pas donner ce nom-là...

S.M  : Je cherchais un nom pour mon académie. Au début, je voulais l’appeler l’Académie des AS, car à la base je devais faire ce projet avec un de mes anciens entraîneurs à l’OL. Mais finalement, il est parti sur un autre projet. Comme il s’appelle Abdel (Belarbi) et moi Saïd, on avait pensé à ce nom. Au final, j’ai demandé un peu autour de moi. On m’a dit : "Autant utiliser ton nom, tu as été joueur pro et ça va t’aider". Je ne regrette pas de les avoir écoutés parce que c’est vrai que ça m’a aidé et ça m’a ramené des joueurs.

FM : Le parrain de votre Académie est un certain Nabil Fekir. Pourquoi l’avoir choisi ? Est-il impliqué ?

S.M  : Pourquoi Nabil ? C’est un très bon ami. C’est une personne à qui j’ai parlé du projet et qui m’a dit directement fonce. Il m’a poussé à réussir ce projet. Il m’a aidé. Il était là à l’inauguration et il a rencontré les jeunes de l’académie.Durant les stages, il vient. Il vient aussi parfois lors de nos entraînements. Il est très impliqué malgré le peu de temps qu’il a. Souvent, même en dehors, il demande des nouvelles des jeunes au téléphone. C’est super important. Il n’a pas juste mis son nom et merci au revoir. Il est investi. Quand on est en tournoi, il a demandé directement des nouvelles. Quand on gagne, il est heureux comme si c’était lui qui avait gagné.

FM : Quels sont les objectifs de l’Académie Mehamha ?

S.M : Je veux préparer un maximum de gamin afin de les envoyer dans des clubs professionnels. C’est mon but. Mais comment ? C’est là le travail que l’on fait. On veut les préparer pour que quand ils arrivent dans des clubs pros, ils ne soient pas perdus. Certaines fois dans des clubs amateurs il y a de très bons garçons. Mais ils sont appelés par des clubs pros et quand ils y vont ils sont perdus car ce sont de bons joueurs dans leurs clubs mais il n’y a pas toujours l’exigence. Quand un joueur arrive en retard à l’Académie, il ne s’entraîne pas. J’ai connu le centre de formation de l’OL et j’essaye de me rapprocher beaucoup de ce qui est fait là-bas. Pourquoi ? Parce que c’est un bon centre de formation, j’y étais pendant 17 ans, je sais comment ça fonctionne. J’essaye de les préparer à ça. Ensuite, ce qu’on a de plus que les clubs pros c’est qu’on est dans la proximité avec les parents, on est accessibles, on rigole aussi tout en travaillant. Dans les clubs pros, il y a une certaine barrière. On a aussi une barrière mais on n’oublie pas que l’on reste une Académie et ça reste familial. J’insiste beaucoup sur ce côté là. On fait beaucoup de repas ensemble ou avec les coaches. C’est super important.

FM : L’objectif est de les éduquer sur le terrain. Mais cette Académie est aussi une école de la vie...

S.M : Exactement. Le but est de former des joueurs. Même s’ils ne deviennent pas footballeurs, on les aura aussi éduqués dans la vie. Arriver à l’heure, être respectueux notamment quand ils sont dans des familles d’accueil, etc...Demain, s’ils n’ont pas réussi dans le football au moins ils auront appris les valeurs de la vie.

FM : Avez-vous aussi un oeil sur tout l’aspect scolaire ?

S.M : C’est compliqué à gérer comme certains ne sont pas dans les mêmes écoles. On arrive à demandes les bulletins à certains parents. Ce serait différent s’ils étaient tous ensemble en sport étude. C’est un peu compliqué pour gérer ce côté-là même si on essaye de le faire. Par contre, si pour un petit ça ne va pas l’école, on l’interdit de participer aux entraînements. On est pointilleux là-dessus. Aujourd’hui, on est en pleine recherche d’une école car le but est que nos petits de l’Académie soient en sport étude. On essaye d’être en relation avec une école pour qu’ils aient tous les mêmes horaires à l’école et aux entraînements. Ce serait plus facile pour nous de gérer aussi cette partie scolaire.

FM : Cette structure est destinée à des enfants âgés de 7 à 14 ans. Pourquoi ne pas vous ouvrir à d’autres catégories ?

S.M : Je voulais d’abord bien gérer toute la pré-formation. Ensuite, on verra pour aider des joueurs plus grands. Mais on travaille pour le moment sur la pré-formation car on pense que les clubs professionnels sont tops au niveau de la formation. Mais je pense qu’au niveau de la pré-formation, ils laissent encore filer trop de gamins. Il y a trop de bons joueurs qu’ils ne voient pas à mon goût. Nous, ce sont ces joueurs-là que l’on récupère. Le but de l’Académie est de les envoyer vers des clubs pros.

FM : Vous parliez de la mise en place d’une cellule de recrutement. Comment recrutez-vous les joueurs ?

S.M  : Dans un premier temps, on organise un stage de deux semaines pendant les vacances scolaires. Les stages sont ouverts à tous les jeunes entre 7 et 14 ans. Je vous avoue que j’ai du mal à faire des détections et dire à des gamins que je ne les garde pas. Ça m’est arrivé de le faire et de voir des gamins pleurer. Ça ne m’intéresse pas. Je préfère organiser ces stages et avoir les gamins du matin au soir pendant deux semaines. Si tu connais le football, tu sais s’il a une marge de progression ou pas. On les choisit comme ça s’il nous intéresse. Mais les stages ne sont pas uniquement faits pour entrer dans l’Académie. C’est du perfectionnement. Dans un second temps, on va dans des tournois avec les joueurs de l’académie où on a la chance de faire partie des favoris. Quand on y va , deux entraîneurs coachent et le troisième est en tribune pour regarder les équipes adverses et voir s’il y a des joueurs susceptibles de rejoindre l’académie. Donc ensuite c’est plus facile pour nous d’aller voir un jeune et de lui dire s’il est intéressé pour rejoindre l’Académie.

FM : Pour encadrer la centaine d’enfants que vous avez, vous êtes quatre. Pouvez-vous nous présenter vos équipes ?

S.M  : Il y a Abdel (Belarbi) qui gère plutôt la partie individuelle. J’ai Jean-Michel (Coelho) qui est un bon coach. C’est une personne qui est très exigeante dans le travail. C’est un point que nous avons en commun. Ça m’a plu directement. Ses séances sont très intensives. Quand je l’avais supervisé, j’ai vu qu’il a bien fait évolué des gamins qui étaient moyens à la base. Je me suis dit qu’il y avait du travail derrière tout ça. Pour Nacim (Belmiloud), c’est la même chose. C’est un bon entraîneur qui reprend beaucoup les jeunes. À cet âge-là c’est bien. Ils ont besoin d’être repris. Il est aussi beaucoup dans l’affectif. Les gamins ont besoin de se sentir aimés. Mes entraîneurs se complètent bien. Je pense que je vais devoir augmenter mon staff car nous avons encore des demandes. On ne prend pas n’importe qui. Les coachs que j’ai pris ne sont pas là par hasard. Je les ai supervisés moi-même pendant quatre mois, j’ai regardé leurs manières de travailler, ce qui me plaisait. Puis je les ai engagés ensuite. Je reçois souvent des CV de coaches qui veulent rejoindre l’Académie.

FM : Vous avez parlé des tournois auxquels vous participez. A terme, envisagez-vous d’inscrire des équipes en championnat ?

S.M : L’objectif dans quelques années serait de, pourquoi pas, de rentrer dans des championnats. On s’est mis dans la tête qu’actuellement il faut pour nous faire beaucoup de matches amicaux. On en a fait contre l’ASSE par exemple. On se dit qu’il faut que nous fassions moins de matches ou de tournois, mais qu’on soit plus dans le côté qualité. On veut qu’il y ait du niveau en face. On n’est pas prêts encore à débuter un championnat. Je pense que dans 2 ans on sera prêt. Mais là chaque week-end, les jeunes sont avec leurs clubs et quand ils ne jouent pas avec leurs clubs, c’est à ce moment-là qu’ils jouent avec l’Académie. On organise aussi des plateaux avec 4 ou 5 équipes par génération.

FM : Votre but est de former des jeunes et de les envoyer vers des clubs pros. Avez-vous déjà réussi à le faire ?

S.M : On a un petit qui a signé 5 ans au FC Nantes. C’est fait. On en a un autre qui est sur le point de signer là-bas aussi. On a aussi un jeune qui a signé à l’AS Monaco. Il y en a un dernier qui devait rejoindre l’OL mais ça ne devrait pas se faire finalement. D’autres clubs sont dessus. En un an, c’est pas mal déjà. Tout ça, sans compter ceux qu’on envoie faire des essais. Certains pourront rejoindre des clubs pros à la fin de la saison. Cela concerne nos plus grands joueurs (âgés de 13 ou 14 ans).

FM : Beaucoup de clubs professionnels suivent ce que vous faites.

S.M : J’ai eu des contacts avec des clubs et ils me demandent si je peux leur envoyer tel ou tel joueur. On commence à avoir de plus en plus d’appels. Je n’ai pas envie de m’éparpiller. J’ai rencontré l’OL pour essayer de voir comment travailler ensemble. L’OL reste un club phare, où j’ai grandi et où je connais tout le monde. Ce serait bien que l’on puisse collaborer ensemble. On est en pourparlers actuellement. Mais je ne ferme la porte à personne.

FM : Le projet est bien lancé. Mais avez-vous besoin d’investissements extérieurs ?

S.M  : Nous avons 100 enfants aujourd’hui. Mais si je pouvais en avoir 300 aujourd’hui, je les aurais. C’est simplement au niveau des infrastructures que ça bloque. On a qu’un seul terrain donc on ne peut pas faire plus. Le but est d’avoir notre propre structure, d’avoir nos installations et de bosser chez nous. Il y a beaucoup de personnes, des recruteurs qui viennent de partout en France pour regarder nos entraînements. Ça dérange les petits et ça me dérange aussi. C’est un terrain qui appartient à la ville donc je ne peux pas interdire l’accès. On veut travailler tranquillement. On a préparé un business plan. On est prêt à investir mais on recherche aussi des investisseurs qui puissent nous aider dans ce projet. S’il y a quelqu’un qui croit à ce gros projet, je serais prêt à le rencontrer. Aujourd’hui, on aurait besoin de 3 millions d’euros pour avoir nos installations avec une salle de récupération, nos vestiaires, nos terrains de foot, notre salle de musculation, etc...On a déjà vu l’architecte qui a fait des plans. On a vu avec les entreprises. Il nous manque juste la somme maintenant.

Pour en savoir plus, le site de l’Académie Mehamha.