La place de l’Autriche dans le football européen est plutôt en retrait. Si la sélection a participé deux fois à la demi-finale de la Coupe du monde (1934 et 1954) avant de connaître des années moins fastes, les clubs ont eu moins de réussite. C’est simple, le Casino Salzbourg (ancêtre du Red Bull Salzbourg) a perdu la finale de la Ligue Europa - alors nommée Coupe UEFA - en 1994 alors que le Rapid Vienne par deux fois (1985, contre Everton, et 1996, face au PSG) et l’Austria Vienne (1978) ont également échoué en finale de Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe. Certes, le bilan est loin d’être honteux, mais au 21e siècle, l’Autriche a encore perdu en influence. Encore puissant dans les années 1990 (10e au classement UEFA en 1997), l’Österreichische Fußball-Bundesliga est rentré dans le rang au fil des années et les épopées européennes se sont faites plus rares. Toutefois depuis quelques saisons, le Red Bull Salzbourg a relancé une dynamique positive avec en point d’orgue une demi-finale lors de la Ligue Europa 2017-2018. Lors de l’exercice en cours, le club qui appartient au géant autrichien des boissons énergisantes participe à la Ligue des Champions pour la première fois de son histoire.

Placé dans un groupe compliqué où figurent le dernier vainqueur Liverpool, le Napoli et Genk, la formation autrichienne a su tirer son épingle du jeu. S’il sera compliqué de terminer à l’une des deux premières places, le Red Bull Salzbourg est bien parti pour être reversé en Ligue Europa. Ancien terrain de chasse du club de la ville de naissance de Wolfgang Amadeus Mozart, la Ligue Europa permet justement à deux équipes autrichiennes de s’illustrer depuis le début de la saison. Tout d’abord, le LASK (également appelé Linzer Athletik-Sport-Klub) qui a participé aux barrages de la Ligue des Champions et qui figure à la deuxième place d’un groupe où l’on retrouve le Sporting CP, le PSV Eindhoven et Rosenborg. En ballottage favorable, l’équipe de Valérien Ismaël sort notamment d’un succès 4-1 contre le dernier deuxième du championnat néerlandais. En ballottage défavorable, le Wolfsberger AC a néanmoins encore son destin entre ses mains. Dans un groupe de la mort où cohabitent l’AS Roma, le Borussia Mönchengladbach et l’Istanbul Başakşehir, la formation de Carinthie compte quatre points en autant de journées. Soit un de moins que l’AS Roma et le Borussia Mönchengladbach et trois de moins qu’Istanbul Başakşehir. Si la qualification semble compliquée, le Wolfsberger AC a toutefois débuté sa campagne par une lourde victoire 4-0 contre les Fohlen de Marco Rose. Des prestations insolentes qui viennent mettre en lumière le bon travail des clubs autrichiens depuis quelques années.

Le Red Bull Salzbourg en pionnier

En juin 2005, le SV Austria Salzbourg, club trois fois champion d’Autriche (1994, 1995 et 1997) est racheté par l’entreprise Red Bull. Géant dans le domaine des boissons énergisantes, le groupe autrichien tend alors à se développer dans le sport. Après la Formule 1, le Motocross ou encore le Hockey sur Glace, l’entreprise décide de continuer le développement de son soft power dans le football. Un choix marquant qui sera suivi d’autres investissements au cours des années suivantes (New York Red Bulls, RB Leipzig, Red Bull Brasil, Red Bull Ghana...). La maison mère, le Red Bull Salzbourg, répond rapidement présente sur la scène nationale. Si l’Austria Vienne remporte le titre en 2006, le club rouge et blanc glanera 10 des 13 championnats d’Autriche suivants avec des investissements importants et une stratégie sur le long terme. Très orienté sur le marché local (Martin Hinteregger, Stefan Ilsanker, Marc Janko, Marcel Sabitzer ou encore Andreas Ulmer), le Red Bull Salzbourg va vite se pencher sur les jeunes joueurs. La stratégie est de découvrir les pépites de demain et de leur permettre de progresser dans un environnement sain. Certes les entraîneurs ont défilé (Giovanni Trapattoni, Roger Schmidt, Adolf Hütter, Oscar Garcia, Marco Rose...), mais l’idée est toujours restée la même.

Interrogé par nos soins, Andreas Ulmer, capitaine et joueur le plus capé du Red Bull Salzbourg (424 matches), nous a expliqué que le style de jeu de l’équipe était une raison importante de son succès : « nous avons développé une philosophie de jeu claire dans le club ces dernières années, qui est appliquée de manière très cohérente. Nous avons toujours eu du succès au niveau national et nous nous sommes également fait connaître au niveau international. Notre style de jeu agressif et intense nous a apporté beaucoup de succès. Un facteur important ici réside entre les nombreux talents que nous développons et avec lesquels des joueurs plus expérimentés font un bon mélange. » En plus de monopoliser ou presque les championnats nationaux, la formation des bords de Salzach s’est peu à peu fait un nom en Europe. En Ligue des Champions, les échecs ont été nombreux avec des revers en tours préliminaires. Incapable de participer à la phase de poules de la plus prestigieuse des compétitions de clubs, le Red Bull Salzbourg va s’illustrer en Ligue Europa. Régulièrement capables de s’extraire des phases de poules (6 fois sur 8), les Autrichiens atteindront les huitièmes de finale lors des éditions 2013/2014 et 2018/2019 et même la demi-finale lors de l’exercice 2017-2018. La consécration d’un projet.

La jeunesse comme maître mot

Certainement la saison la plus réussie de l’histoire du club jusqu’à maintenant, 2017-2018 récompense un travail de longue haleine. Après s’être installé comme la référence en Autriche, le Red Bull Salzbourg a accéléré son recrutement de jeunes éléments. Au fil des ans, Valentino Lazaro, Kevin Kampl, Sadio Mané, Marcel Sabitzer, Naby Keita ou encore Duje Caleta-Car vont être révélés. Si certains s’épanouiront loin de la sphère Red Bull comme Sadio Mané, aujourd’hui à Liverpool, d’autre vont "filer à l’Allemande". Alors que Salzbourg était le centre du projet Red Bull, très vite, le niveau du championnat autrichien a posé problème. Ne pouvant pas concurrencer pleinement des équipes de Premier League, Liga ou Serie A, les dirigeants de la marque aux boissons énergisantes se sont tournés vers l’Allemagne et la Bundesliga. Direction Leipzig avec la rachat en 2009 du SSV Markranstädt et la fondation du RasenBallsport Leipzig plus connu en tant que RB Leipzig. Pouvant compter sur la puissance et l’attractivité de la Bundesliga, le RB Leipzig a fait venir les principaux jeunes talents de Salzbourg et continue de travailler sur la jeunesse.

Si le Red Bull Salzbourg aurait pu s’effondrer lors de la perte de son statut de "club fanion", cela n’a pas du tout été le cas. Le travail opéré auprès des jeunes sera même récompensé avec un succès en Youth League lors de la saison 2016-2017. Successivement coach de l’équipe U16 puis U18, Marco Rose sera l’architecte de cette équipe sacrée en Youth League. Le technicien allemand sera d’ailleurs récompensé par ses résultats en prenant la succession d’Oscar Garcia, parti alors à l’AS Saint-Étienne. Suivant le travail de son prédécesseur, Marco Rose va s’appuyer sur une jeune génération prometteuse qu’il va peut à peu incorporer à l’équipe première. Si bien que des joueurs comme Amadou Haïdara, Hannes Wolf, Xaver Schlager ou encore Patson Daka vont tout doucement avoir leur chance. Ce savant mélange accouche d’une demi-finale de Ligue Europa perdu de justesse contre l’Olympique de Marseille (0-2 puis 2-1 après prolongation) et un titre de champion d’Autriche. Un processus se met en place et le style de jeu du Red Bull Salzbourg reçoit enfin la lumière qu’il méritait.

Un pressing inépuisable

La réussite du club frontalier avec l’Allemagne se trouve en grande partie dans son jeu. Une véritable identité qui a été instaurée au fil des années et qui s’est développée avec réussite. Le "Gegenpressing" ou contre-pressing, prôné par Jürgen Klopp notamment et qui se retrouve souvent en Bundesliga, s’est développé en parallèle à Salzbourg lorsque Ralf Rangnick était au club. Au point de devenir un modèle ? « Il est certain que d’autres clubs autrichiens doivent s’orienter un peu vers nous. Mais en fin de compte, chacun doit suivre son propre chemin et sa propre philosophie. Ce que vous pouvez dire, c’est que certains clubs vont dans la même direction que nous. LASK ou Wolfsberg pensent dans notre direction et affichent de très bonnes performances en Europa League » nous a expliqué Andreas Ulmer. Proche dans le style, le LASK et Wolfsberg sont les deux concurrents les plus solides du Red Bull Salzbourg en championnat. Une adversité qui, même si elle est souvent défaite, a toujours maintenu Salzbourg concentré sur la scène nationale. Actuellement leader avec un point d’avance sur le LASK, le Red Bull Salzbourg tentera à nouveau de défendre sa couronne de champion. En parallèle, le club dispute pour la première fois de son histoire la phase de poules de la Ligue des Champions.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que pour ses débuts, l’équipe rouge et blanche n’a pas fait dans la dentelle. Si on pouvait nourrir des doutes avec les départs de nombreux cadres, le Red Bull Salzbourg a parfaitement renouvelé son effectif. On pense tout d’abord au Norvégien Erling Braut Håland, qui est arrivé à l’hiver 2019 de Molde (transfert conclu en août 2018). Le natif de Leeds porte le secteur offensif de son équipe avec 26 buts et 6 passes décisives en 18 rencontres toutes compétitions confondues. Il est pourtant bien aidé en attaque avec Takumi Minamino (6 buts et 9 passes décisives en 17 matches), Hee-chan Hwang (7 buts et 14 passes décisives en 17 rencontres), ou encore Patson Daka (14 buts et 6 passes décisives en 20 rencontres). Sur le banc, Marco Rose a lâché son carnet pour prendre la direction du Borussia Mönchengladbach. Son remplaçant, l’Américain Jesse Marsch, n’arrive pas de nulle part puisqu’il était coach des New York Red Bulls entre 2015 et 2018 et adjoint de Ralf Rangnick à Leipzig l’an dernier. Son bilan est pour le moment très bon. En Ligue des Champions, le club a réussi à rivaliser avec Liverpool (défaite 4-3) et Naples (défaite 2-1 et match nul 2-2) dans les yeux. Troisième, Salzbourg, qui a respectivement cinq et quatre points de retard sur ses rivaux, devrait sauf retournement de situation être reversé en Ligue Europa.

Le LASK, une nouvelle tête d’affiche

Troisième ville la plus peuplée d’Autriche, Linz est représentée dans le championnat autrichien par le LASK - également appelé Linzer Athletik-Sport-Klub. Fondée en 1908, c’est la plus vieille formation de la Haute-Autriche. Pourtant, son histoire ne dépasse pas les frontières autrichiennes et le LASK sera surtout connu pour son instabilité. En 2001, il est relégué en deuxième division est rencontre de premiers problèmes financiers. En 2012, il se voit refuser sa licence professionnelle et doit accepter de repartir des championnats amateurs. Rapidement remontée en deuxième division, la formation noire et blanche va progresser au fil des ans. En 2015, Oliver Glasner prend en charge l’équipe première et met en place des bases qui conduiront à la montée en puissance du LASK. Né à Salzbourg, il a fait ses gammes au Red Bull Salzbourg. Tout naturellement, il décide de mettre en place un jeu direct basé sur un pressing haut. Une seule volonté, défendre en attaquant et se retrouver souvent et rapidement en position de tir. Une idéologie puisée à Salzbourg, qui permettra au club de monter dans l’élite en 2017.

Après une quatrième place très intéressante pour son retour dans l’élite, le LASK sera même le dauphin du Red Bull Salzbourg lors de l’exercice suivant. Ce qui permettra à Oliver Glasner de rejoindre Wolfsbourg et au LASK d’être qualifié pour les tours préliminaires de la Ligue des Champions. Son remplaçant Valérien Ismaël a été agréablement surpris par cet héritage comme il nous l’a expliqué : « ça a été une base de travail qui a été fait en amont de sa part. Et puis, il a été pendant quatre ans et demi à la tête de cette équipe, donc ça a été ce qui a poussé ma décision. Le système de jeu était très imprégné dans cette équipe, donc je savais que je n’allais pas recommencer à zéro et que je devais apporter ma petite touche personnelle peu à peu sans forcément faire de gros changements. » Le technicien français avait également l’avantage de ne pas se lancer dans l’inconnu : « je connaissais parce que comme j’habite près de Munich, j’avais souvent l’occasion de voir les matches en Autriche. C’est pour ça aussi que ça m’a aidé dans ma décision de choisir le LASK. Cette philosophie de jeu, cette idée de pressing correspond aussi à ma philosophie. C’est vrai que ça a été un choix qui s’est fait très rapidement pour le LASK. »

Le LASK veut s’inscrire dans la durée

Ses débuts ont été impressionnants avec une qualification en Coupe d’Autriche, trois victoires sur ses trois premiers matches de championnat, mais surtout une qualification pour les barrages de la Ligue des Champions. Opposé au FC Bâle, pourtant bien plus expérimenté à ce stade de la compétition, le LASK va se qualifier avec sérieux en s’imposant deux fois (2-1 et 3-1). Des débuts probants pour Valérien Ismaël et son équipe qui ont néanmoins buté au tour suivant contre le FC Bruges (défaites 1-0 et 2-1). Reversé en Ligue Europa dans le groupe du Sporting CP, du PSV Eindhoven et de Rosenborg, Linz a ensuite montré beaucoup de caractère. « Cela (la défaite contre Bruges ndlr) nous a permis de faire un très bon match contre Eindhoven (0-0) et de les battre (4-1) parce qu’on avait appris de ces matches. Cela veut dire que l’équipe évolue à un très bon niveau et elle apprend aussi de ce qui est important, les détails. On savait de quoi on était capable, car on l’avait démontré contre Bâle et Bruges. On est capable de ça et il faut terminer le travail démarré cet été avec une qualification. » Actuellement deuxième de sa poule, le LASK pourrait d’ailleurs se qualifier jeudi pour les seizièmes de finale en cas de victoire contre Rosenborg et de défaite du PSV Eindhoven face au Sporting CP.

Avec 38 points en 15 matches, le LASK n’a qu’un point de retard sur le leader Salzbourg. Dans d’excellents temps de passage, le club basé à Linz est en course pour faire aussi bien voire mieux que la deuxième place de l’an passé.Néanmoins, le club noir et blanc peut s’en vouloir d’avoir concédé un match nul contre le Red Bull Salzbourg « Pour nous c’est un accroc, car on menait 2-1 à 30 secondes de la fin du match », pointe du doigt Valérien Ismaël avant de poursuivre : « ils ont marqué dans les arrêts de jeu. C’est une équipe qui croit en ses qualités, c’est une équipe qui croit au système de jeu que nous avons, qui croit en cette philosophie. On a des principes de jeu qui sont appliqués, que ça soit défensivement ou offensivement. On a vu aussi avec les nouveaux joueurs qu’on a recrutés qu’ils se sont rapidement intégrés et ils ont appris les principes de jeu rapidement. Ça nous a permis d’être performants. » À l’instar du Red Bull Salzbourg, le LASK s’appuie sur un jeu porté vers l’avant. Après déjà 24 matches au compteur, l’équipe noire et blanche a inscrit 54 buts et se distingue par son jeu léché. Une identité qui semble être la meilleure option pour gagner des matches dans la Bundesliga autrichienne.

« Ce qui est important en Autriche et ce qui correspond aux équipes de haut de tableau, c’est que ce sont des formations qui jouent avec un pressing intensif. Il faut avoir une grande intensité pendant 90 minutes, ce qui correspond aussi aux attributs du football allemand. Le championnat autrichien a une identité et on voit forcément que cette identité d’intensité, de pressing, d’être à la limite pendant 90 minutes se reflète sur le classement. », nous explique Valérien Ismaël. La dynamique du LASK est certes positive, mais le club ne se dresse pas du tout comme un concurrent à Salzbourg. « Non, ils sont intouchables, car ils ont des moyens financiers qui sont beaucoup plus fort que les nôtres. Ce qui est important pour le LASK c’est de s’établir dans les cinq premiers du championnat et de jouer régulièrement au niveau international. C’est ce qui nous permet d’évoluer et on le voit cette année », continue Valérien Ismaël, avant d’imaginer un bel avenir « avec la construction d’un nouveau stade d’ici deux ans puis l’évolution sportive de l’équipe en parallèle. On sent que ce club a une vision de là où il veut aller dans quelques années. Tous les joueurs importants ont prolongé leur contrat, on a des joueurs maintenant qui ont été appelé en sélection autrichienne. »

Wolfsberger, le petit poucet

Si le Red Bull Salzbourg agit en tant que locomotive et que le LASK est en plein développement, un troisième larron vient se mêler à la fête : le WAC également appelé Wolfsberger AC. Situé en Carinthie, à la frontière avec la Slovénie, le club est niché au sein de la petite ville de Wolfsberg et ses 25 000 âmes. Habituée aux divisons inférieures, cette formation obtiendra sa promotion dans l’élite autrichienne en 2012, auréolée d’un titre de champion de D2. La suite sera intéressante pour le club qui se maintiendra au fil des ans. Malheureusement pour le WAC, cette régularité pour se maintenir se transformera en stagnation. Une arrivée apportera un souffle nouveau au Wolfsberger AC. Passé comme adjoint au sein du club autrichien entre novembre 2015 et mai 2017, Christian Ilzer a fait ses gammes au TSV Hartberg, un club modeste qu’il a su emmener en première division autrichienne. Une expérience réussie qui a poussé le WAC à lui offrir un poste de coach titulaire. Un rôle dans lequel il va continuer à s’épanouir et va permettre à son nouveau club d’entamer un nouveau cycle.

Commentateur pour Sky Sports Autriche et journaliste alloué au WAC, David Eder est revenu pour nous sur le tournant qui a été pris : « beaucoup de contrats de joueurs ont expiré à ce moment-là, donc quand il est revenu au WAC, il (Christian Ilzer ndlr) a pu reconstruire l’équipe en fonction de ses idées. Il n’avait pas beaucoup de ressources financières, mais avait pris beaucoup de bonnes décisions concernant les nouveaux joueurs (par exemple, Michael Liendl, Lukas Schmitz, Marcel Ritzmaier, Michael Novak sont arrivés). Ilzer a une idée très claire de la manière dont il voulait jouer. Un jeu offensif, agressif avec un positionnement haut sur le terrain. Depuis, le WAC s’est presque toujours aligné en 4-4-2 losange. » Une révolution qui portera ses fruits puisque le club terminera à la troisième place du championnat, décrochant ainsi son billet pour la Ligue Europa. À l’instar du départ d’Oliver Glasner au LASK, Christian Ilzer va également plier bagage pour rejoindre l’Austria Vienne.

Comme le dernier dauphin du championnat autrichien, le WAC va alors miser sur un coach avec une identité de jeu similaire à son prédécesseur. Gerhard Struber, qui sortait d’expériences au sein des classes jeunes du Red Bull Salzbourg et du FC Liefering (club satellite du RB), est arrivé. Un choix intelligent comme le souligne David Eder : « Gerhard Struber, a poursuivi sur cette lancée et a rendu le jeu de son équipe encore plus offensif, plus agressif et en partie plus risqué. C’est d’une certaine façon : jouer ou mourir, surtout si les détails ne fonctionnent pas. C’est un parfait mélange de jeunes et de vieux, de travailleurs et d’artistes avec surtout une énorme détermination.. » Pour autant, le succès du Wolfsberger AC est bien plus précaire que celui du LASK ou de Salzbourg et dépend surtout du bon travail effectué depuis plusieurs saisons. « Le WAC n’a pas de directeur au sens classique du terme. L’entraîneur principal a une double fonction : il est également le responsable lorsqu’il s’agit de recruter de nouveaux joueurs. Celui qui décide si les joueurs peuvent être signés, c’est le président, Dietmar Riegler. Mais la recommandation et l’expertise sont toujours enracinées dans le coaching. Pour résumer, il n’existe pas de développement ou de philosophie à long terme responsables du succès actuel du club », note alors David Eder.

Un club familial

La réussite du WAC n’est pas que sportif mais elle aussi structurelle avec un président influent. À la tête du club depuis près de 20 ans, Dietmar Riegler (53 ans) a totalement changé le visage du club. « Il y a 20 ou même 10 ans, il était tout sauf prévisible que le WAC puisse avoir le même succès qu’aujourd’hui. Même être dans la première division peut être considéré comme un énorme succès. Jouer en Coupe d’Europe comme ils le font actuellement est une chose à laquelle personne à Wolfsberg n’aurait jamais osé rêver » nous explique David Eder. En mettant en avant un jeu séduisant et tout en entretenant un environnement sain et familial, le club veut avant tout mettre son staff et ses joueurs dans les meilleures conditions possibles. Un travail que Dietmar Riegler ne fait pas seul. « L’épouse du président, Waltraud Riegler, s’occupe beaucoup des familles des joueurs étrangers. Ensemble, ils aident à organiser de nombreuses choses essentielles dans la vie privée des joueurs, comme trouver un appartement ou une maison. Aider leurs enfants à aller à l’école et faire en sorte que leur famille rencontrent d’autres personnes comme les habitants ou les familles des autres joueurs. La vie sociale et le bien-être sont rendus très faciles par le club. Je ne me souviens d’aucun ancien joueur du WAC qui a eu un mauvais mot à propos du club après son départ », souligne David Eder.

Un contexte idoine pour travailler et qui permet à l’ensemble du club d’être en harmonie. Au-delà des très bonnes conditions de vie des joueurs, leurs qualités ont bien entendu le rôle majeur dans les résultats du WAC à l’instar de l’Israëlien Shon Weissman (23 ans) et ses 18 buts et 2 passes décisives en 20 matches. Collectif très solide, le WAC reste sur d’excellents temps de passages avec une troisième place actuellement à huit points du LASK (9 de Salzbourg), mais cinq longueurs devant le quatrième le Rapid Vienne. Seuls points noirs, un onze qui est souvent utilisé. Non pas par manque de niveau des remplaçants, mais plutôt pour des soucis tactiques. Les remplaçants disposant alors de moins d’automatismes. Cela s’est notamment senti en Ligue Europa contre Istanbul Basaksehir (défaites 1-0 et 3-0). Des résultats qui viennent gâcher une bonne entame de compétition avec une victoire 4-0 face au Borussia Mönchengladbach et un match nul contre l’AS Roma (1-1). Dernier de son groupe, le WAC compte un point de retard sur le Borussia Mönchengladbach et l’AS Roma tout en restant à trois longueurs d’Istanbul Basaksehir. Pour se qualifier, il faudra faire carton plein lors des deux derniers matches. Une mission difficile surtout qu’un événement vient de chambouler le Wolsfberger AC. Contacté par la lanterne rouge de Championship, Barnsley, Gerhard Struber a décidé de quitter le WAC. En attendant, l’intérim est assuré par Mohamed Sahli. Reste désormais à savoir si ce départ n’handicapera pas la progression du club autrichien.

L’impact du Red Bull Salzbourg en Autriche

Comme le Red Bull Salzbourg, comme le LASK, Wolfsberger AC a su mettre en place une identité de jeu bien défini basée sur le pressing. Pour David Eder, un homme symbolise parfaitement ce style autrichien : « Ralf Rangnick est arrivé à Salzbourg il y a plusieurs années (2012-2015 en tant que directeur sportif et actuellement à la tête des relations internationales du groupe Red Bull dans le football ndlr). Avec lui à Salzbourg, ils ont toujours suivi ce style et développé une philosophie très particulière. Les équipes autrichiennes ne l’ont pas copié des équipes allemandes, c’est arrivé simultanément. De mon point de vue, cette philosophie reposait sur deux sources principales : d’une part, Jürgen Klopp, qui a montré à Dortmund ce qui leur a permis de remporter le titre en Bundesliga en 2011 et 2012. De l’autre, il y avait Ralf Rangnick, qui - avec son mentor Helmut Groß en retrait - a déjà montré les fondements de cette idée lorsqu’il dirigeait Hoffenheim il y a plus de 10 ans. »

L’arrivée de Ralf Rangnick avait alors accéléré le développement du Red Bull Salzbourg avec une idée bien claire : un jeu transmit dés le centre de formation pour facilité l’éclosion des joueurs "Made in Red Bull Salzbourg". Et bien entendu, ce travail a payé et a en parallèle impacté positivement le championnat. « En Autriche, il était probablement encore plus facile qu’en Allemagne d’essayer et de développer cette idée, car la concurrence pour le Red Bull Salzbourg était comparativement plus faible que pour les clubs allemands de Bundesliga. Par conséquent, Salzbourg a toujours embauché des entraîneurs qui ont pu appliquer cette idée, ce qui a conduit à des progrès constants et finalement à la réussite de leur statu quo. Si vous regardez le football international, vous trouverez de nombreux entraîneurs qui ont franchi une étape décisive dans la ligue autrichienne : Ralf Hasenhüttl (Southampton), Adi Hütter (Francfort), Marco Rose (Mönchengladbach), Oliver Glasner (VfL Wolfsbourg), Niko Kovac (ancien entraîneur du FC Bayern)... Ils ont tous une connexion avec Salzbourg, seule exception Hasenhüttl, mais il était entraîneur principal à RB Leipzig (avec Ralf Rangnick au poste de directeur), encore une fois, vous pouvez voir une sorte de connexion. »

Des clubs historiques à la traîne

Le Red Bull Salzbourg domine, le LASK grandit rapidement tandis que le Wolfsberger AC s’est joint à la fête. Mais qu’en est-il des clubs historiques ? Clubs les plus titrés du pays, le Rapid Vienne (32 sacres) et l’Austria Vienne (24 fois champion) ont reculé dans la hiérarchie tout comme le Sturm Graz (3 titres). En perte de puissance depuis plus longtemps, le Wacker Innsbruck (10 sacres) a été relégué la saison dernière. Des situations difficiles pour ces formations qui n’ont pas su forcément évoluer au bon moment contrairement à leurs rivaux. « Wolfsberg et LASK ont suivi une certaine idée au cours des dernières années. Ils savaient comment ils voulaient jouer au football. Ce qui signifie, ils ont réussi à engager des entraîneurs qui avaient la même idée de jeu et la même conception du football. », relève David Eder, avant de poursuivre.

« Au sens commun, les grands clubs comme le Rapid Vienne, l’Austria Vienne et le Sturm Graz n’ont toujours pas réussi à appliquer une certaine philosophie que leurs clubs défendent. Ou du moins pas une philosophie qui fonctionne. Cela signifie que, à chaque nouvel entraîneur qu’ils embauchent, leur façon de jouer change. Et bien sûr, cela signifie qu’aucun de ces entraîneurs n’a jamais l’équipe parfaite qui puisse jouer au football comme ils l’imaginent. C’est juste un manque de persévérance, un manque de confiance et surtout un manque d’idées. » En attendant leur réveil, le Red Bull Salzbourg continue sa domination, avec le LASK et le WAC comme fidèles poursuivants. Trois équipes ambitieuses, au jeu léché et qui ne calculent pas au moment de disputer la Coupe d’Europe. Ce n’est pas pour rien que le championnat autrichien est le douzième meilleur d’Europe au classement UEFA et reste proche de la Turquie, de l’Ukraine et même des Pays-Bas.